Hellooooooooo How are you ?!
Moi ça va, bien que je sente les prémices d'un rhume pointer le bout de son nez, pour ma plus grande joie !
Bref, aujourd'hui au programme, ce que beaucoup attendent avec imaptience : THE rencontre !
Mais avant ça, Un peu plus du passé de Marco, rencontre avec un autre habitant de la maison !
Après opération "Sauver la maison", place à l'opréation "sauver Regina" !
ENJOY
Premier contact
Emma en avait le souffle coupé : devant elle une magnifique serre circulaire abritant des dizaines et des dizaines d'arbres, sans compter les diverses plantes et fleurs parsemant des allées en friche. Comme le reste, le temps semblait avoir eu raison de ce lieu : les arbres étaient morts, les fleurs fanées, et les plantes desséchées …
« C'est … magnifique et glauque à la fois. On a l'impression que le temps s'est arrêté ici. »
« Madame n'est pas venue ici depuis des années. C'était le cadeau de mariage de Monsieur. »
« Ah oui ? »
« Elle désirait un coin de jardin, il lui a fait construire cette serre afin qu'elle puisse s'adonner à sa passion du jardinage en toute saison. »
Emma s'avança une odeur d'humidité plana et elle soupçonnait quelques taupes et vipères d'avoir élu domicile. Elle s'avança jusqu'à un immense arbre trônant en plein milieu de la serre. Quand elle posa sa main sur son tronc, Marco l'interrompit :
« C'est le pommier de Madame. Elle l'a ramené spécialement de chez elle. »
« Sérieux ? »
« Ils l'ont déraciné et ramené ici. Madame a fondé sa serre autour de ce pommier. »
« Depuis quand elle a déserté les lieux ? »
« Cela fait des années maintenant. Je crois que la dernière fois fut juste après le départ de Miss White. »
« Je vois … »
« Avant cela, Madame passait la majorité de ses journées dans cette serre. Elle en oubliait parfois même de s'alimenter. Je m'en souviens, je lui apportais moi-même ses plateaux repas. Elle aimait s'occuper de ses fleurs et ses plantes. Je l'ai même surpris une fois à leur parler. »
Emma sourit alors, imaginant très bien la scène, elle-même parlant parfois à son ficus qu'elle avait affectueusement nommé Alfred.
« On va s'occuper de ça aussi. »
« Je … Je ne pense pas que Madame soit d'accord. Cette pièce est son sanctuaire, peu de personnes avaient le droit d'y siéger. »
« Mais aujourd'hui c'est moins un sanctuaire qu'un cimetière pour plantes. Tout est mort ici. Il faudrait déterrer et replanter des fleurs, arroser les plantes … Y'a du boulot, mais on en viendra à bout. »
Marco grimaça alors et se tortilla sur place, soudain mal à l'aise « Nous ne devrions pas y toucher. »
« Faites moi confiance Marco. Et quoiqu'il arrive, j'endosserais toutes les responsabilités. »
« Oh il n'était pas question que cela soit autrement. »
Elle se tourna vers lui, et ils échangèrent un sourire complice. D'un seul coup, il ne lui apparaissait plus comme un vieux ronchon assis sur des principes rigides et stricts.
« Marco … Vous avez de la famille ? »
« Oh j'ai un fils. »
« Ou est-il aujourd'hui ? »
« Il est parti il y a longtemps. Je l'ai perdu … »
« Comment ? »
« Il n'a pas compris mon choix de rester ici auprès de Madame. »
« Vous … Voulez dire que vous avez choisi Regina au lieu de votre fils ? » s'étonna Emma
« Vous ne pouvez pas comprendre. Mon fils est un adulte accompli aujourd'hui, je n'ai jamais rechigné à son éducation : il a fait de belles et longues études, a trouvé une femme et attend son premier enfant. Quant à Madame et bien … Elle est seule, elle a tout perdu. »
« Vous restez ici par charité alors ? »
« Non, par amour. Parce que je porte autant Madame dans mon cœur que mon fils et parce que je vois la chance qu'il a eu et qu'elle n'a même jamais effleuré. Ils ont, de plus, à peu près le même âge. Qu'aurais-je du faire alors ? A mon âge, je n'aurais pas retrouvé de travail. J'aurais été un poids pour mon fils alors que j'avais encore toutes mes capacités pour aider autrui. Je ne suis pas encore près à rendre mon tablier, même si cela est contraignant et nous plonge dans une certaine solitude. J'ai un toit sur la tête, une bonne paie. Et vous demanderez à chacun ici, ils ont choisi de rester et aujourd'hui, même s'ils en paient les conséquences, ils ne partiraient pas avant de savoir Madame de nouveau heureuse. »
« C'est fort louable mais comment pouvez-vous penser ça en ne faisant rien pour que les choses changent ? Laisser les choses ainsi, la poussière s'accumuler, les meubles vieillir, le cristal ternir et les plantes mourir … En quoi l'aidez-vous de nouveau à être heureuse ? »
« Je crois que nous nous sommes égarés en nous laissant tomber dans un quotidien monotone. Nous ne voulons que rendre la vie plus facile à cette femme qui a eu moins de chance. »
« Comment était-elle ? Je veux dire, avant tout ça. »
Marco soupira en souriant, comme s'il venait d'avoir la vision de jours meilleurs et plus joyeux « Elle était jeune, douce et idéaliste. Elle aimait les fleurs et l'équitation. »
« Il y a des chevaux ici ? »
« Oui. Graham s'en occupe l'hiver, lorsque les jardins n'ont pas besoin d'entretien. Madame aimait la nature, elle aimait vaquer dans son jardin, sortir et se balader. »
« Je vois … Et tout cela ne lui manque pas ? »
« Elle n'en voit tout simplement plus l'utilité. »
« C'est dommage … Mais on va faire en sorte que ça change. » dit-elle dans un sourire en jetant un œil vers la serre « Je me chargerais moi-même de cette partie, j'y tiens. Est-ce que Graham pourrait me prêter main forte ? »
« Je le lui demanderais. Mais … Miss Swan, soyez prudente. Ne pensez pas que votre arrivée va bousculer les conventions. »
« Je serais patiente. » dit-elle, sûre d'elle de façade, alors qu'à l'intérieur, rien n'était moins sur.
OoOoOoOoOoOo
« L'opération « Sauver la maison » est en marche ! Je suis motivée. A vrai dire, il y a bien longtemps que je n'avais pas ressenti autant d'implication quelque part. Je me sens investie d'une mission de sauvetage. Le grand ménage commence aujourd'hui. On a déjà bien avancé et je suis contente que tous participent. Sous mon impulsion, Marco, Belle et Ashley commencent à dépoussiérer les meubles, ça peut pas leur faire du mal.
Je n'ai pas encore pu parler à Regina, et j'espère que les répercussions de ce que je suis en train de faire ne seront pas trop fâcheuses. Y'a que moi pour agir avant de réfléchir, et j'espère sincèrement qu'elle ne s'en prendra pas aux autres.
En attendant, je vais continuer mon œuvre en faisant de la restauration de la serre ma priorité. J'espère vraiment parvenir à mes fins car je ne passerais pas un mois entier terrée dans une maison aux volets fermés. Bientôt, je lui redonnerais ses lettres de noblesses. »
Elle referma son ordinateur et repensa alors à ses actes : et si Regina s'en prenait aux autres à cause d'elle ? Elle ne supporterait pas d'être la cause d'un licenciement massif. Tous l'avaient dis : ils étaient bien ici, bien logés, bien payés, bien traités. Ils avaient tous choisis de rester par respect mais aussi par compassion.
Si elle avait bien compris les faits : ils avaient tous assisté à ce mariage sans amour et la détérioration de l'état de Regina : d'une fraiche jeune fille à une femme acariâtre, solitaire et triste. Tous avaient prêté serment pour veiller sur elle, malgré le fait que leur maitre soit mort depuis longtemps et sa fille mariée et heureuse au loin.
Plus que de la pitié envers elle, c'était avant tout de l'obéissance mais aussi du respect et Emma pouvait comprendre cela.
OoOoOoOoOoOo
Le repas passa et Emma décida de s'attaquer à la serre tandis que Belle, Ashley et même Ruby passèrent leur après-midi dans la salle de bal. Emma, seau d'eau en main, gants et tablier, entra dans la serre et soupira d'avance « Et merde … Dans quoi je me suis lancée … »
« On se le demande. » lança une voix masculine derrière elle
Elle fit volte face et vit un homme svelte, grand, cheveux châtains « Qui êtes-vous ? »
« Graham. »
« Oh vous êtes le jardinier. »
« Exact. Marco m'a parlé de vos ambitions et le fait que vous ayez besoin d'aide pour agencer de nouveau la serre. »
« Exact. Merci encore. »
« Oh bah ce n'est pas comme si j'étais débordé. »
« Je vois. »
« Je ne sais pas si Regina appréciera que l'on touche à sa serre. » Emma fronça les sourcils et le fixa quelques secondes « Quoi ? »
« Non rien …. C'est … C'est gentil de prendre ce risque. » dit-elle dans un sourire
« Il faut bien que les choses changent ici, ça ne pourra pas faire de mal et ça ne pourra pas non plus être pire. »
« Ok. Par quoi on commence alors ? »
« Bah … Avant de pouvoir replanter quelque chose ici, il faut nettoyer les verreries : le vert de gris et la mousse se sont agglutinés sur les vitres. Si le soleil ne passe plus, les rayons ne pourront pas alimenter les plantes et fleurs. Rien ne poussera ici tant qu'on aura pas nettoyé. »
« Oh ok … Ca va être plus compliqué que ce que je pensais. »
« Je suis là pour ça. » dit-il en attrapant le seau « On aura pas besoin de ça, je vais chercher un tuyau d'arrosage. »
« Et je fais quoi moi ? »
« Vous vous y connaissez un peu en jardinage ? »
« Je sais arracher. »
« C'est l'essentiel pour l'instant. Faites massif par massif. Vous n'avez qu'à tout mettre dans la brouette là-bas, je me chargerais du reste. »
« Ok merci. »
Graham sortit alors en laissant Emma. Il y avait du travail et Emma se demandait si elle aurait assez d'une seule vie pour finir tout ce qu'elle avait entrepris. Elle choisit alors un massif au hasard, qui se trouvait être d'anciens rosiers. Maintenant, ne siégeaient qu'un tas de ronces séchées semblable à des bâtons de réglisse plantés dans le sol. Elle grimaça avant de tirer sèchement sur un plant. Evidemment, cela aurait été tellement plus simple que cela marche du premier coup. Elle réitéra la chose mais cette fois-ci en y mettant un peu plus d'énergie et au bout de 2 essais, la racine lui resta dans les mains.
Elle sourit glorieusement mais le perdit quand elle vit le nombre incalculables de ronces et autres mauvaises herbes à retirer : elle allait y passer des années !
Et à défaut d'y passer des années, elle y passa toute son après-midi. Et ce n'est que lorsque la nuit l'empêcha de voir ce qu'elle faisait, qu'elle s'arrêta. Graham la rejoignit alors « Bien joué. Ca avance plus vite que ce que j'avais prév… Enfin, vous voyez … »
« Vous pensiez que j'en ferais pas la moitié, avouez. » dit-elle amusée
« Bah je savais pas de quoi vous étiez capable. Là je sais. On se revoit demain ? »
« Je ne vous ais pas encore vu dans la maison, vous habitez à l'extérieur ? »
« Nope. Regina m'a fait une petite maison, que dis-je, une cabane, dans le jardin. C'est petit mais j'y ais mon intimité. » dit-il
« Ouais … Alors à demain. »
Elle sortit de la serre et souffla un bout coup : elle était rincée et ne désirait qu'une chose à présent : prendre un long bain bouillonnant. Elle traversa la cuisine où elle n'y trouva personne, et pour cause, quand elle jeta un œil sur sa montre il était plus de 23h. Elle ouvrit le frigo et prit une grappe de raisins qu'elle picora en allant vers sa chambre.
Mais, au pied du grand escalier, elle sursauta : dans la pénombre, une silhouette longiligne semblait l'attendre.
« Miss Swan … » murmura-t-elle d'une voix rauque qui semblait venir d'outre tombe.
« Madame. »
« Je vous serais grée de ne pas divertir mes employés durant leur service. »
« Excusez-moi ? »
« Ils sont payés pour ce que je leur dis de faire, ni plus ni moins. Et, que je sache, vous n'êtes pas celle qui les paie. »
« Certes, mais encore faudrait-il qu'ils aient quelque chose à faire … »
« Comment osez-vous ! » lança la voix d'une force que n'imaginait pas Emma qui en fit un pas en arrière
« A vrai dire, j'en sais rien : peut-être est-ce le fait d'être nommée dame de compagnie et de, finalement, tenir compagnie à personne ? D'être femme de ménage mais ne le faire que dans quelques pièces seulement … Ou encore d'être le jardinier d'un jardin en friche … »
Elle ne distinguait pas le visage de son interlocutrice, seule sa voix la guidait vers son visage. Elle ne voyait que le bas de sa robe qui semblait être un velours bordeaux et des broderies en dentelles noires.
« Quoique vous fassiez, vous n'avez pas à interférer dans mes affaires. » s'insurgea-t-elle d'une voix calme mais imposante
« Vos … Affaires ? Je tiens juste à redonner un coup de neuf à cette maison, est-ce si mal que ça ? De toute façon, vous êtes constamment enfermée dans votre chambre, qu'est-ce que ça peut vous faire. »
C'était peut-être la phrase de trop, celle qu'elle allait regretter et qui allait la faire virer. Elle serra les dents, mordillant sa lèvre inférieure.
« Je vois … » marmonna la voix rauque
Puis elle monta les escaliers sans un mot de plus, ce qui laissa dubitative Emma : alors quoi, c'était tout ? Pas de cris, de menaces ou de renvois ? Emma aurait pu être soulagée mais elle se posa des questions : baisser les bras aussi facilement ne prouvait pas qu'Emma avait raison mais seulement que cette femme mystérieuse, cette Regina, n'avait plus de volonté de se battre ni même de s'affirmer. Elle semblait lasse de la vie et de tout ce qui l'entoure. Finalement, à défaut d'avoir peur, Emma avait de la peine pour elle.
Elle se demandait encore comment ses employés ne s'étaient pas rebellés et n'étaient pas encore partis tant elle n'aurait certainement aucune volonté de les retenir.
Emma savait qu'en plus de la maison, elle devrait s'occuper de redonner à cette femme le gout de vivre et non plus de survivre.
OoOoOoOoOoOo
Le lendemain, Emma se leva avec l'idée nouvelle de surprendre sa patronne. Après tout, Ruby ne lui avait-elle pas dis que sa fraicheur et son nouveau point de vue pourrait changer les choses ? Elle devait donc en faire des atouts et s'en servir pour faire succomber Regina.
Avant tout, elle devait la connaitre un peu mieux. Elle devait l'approcher suffisamment pour, au moins, voir son visage.
« Aujourd'hui est THE jour ! Je vais commencer une nouvelle mission « sauver Regina ». Je ne sais pas ou je vais et si je réussirais mais je ne sais pas pourquoi, je me sens investie de cette mission. J'ai envie de réussir et je ne sais même pas d'où vient cet attachement pour cette femme que je n'ai qu'entrevu. Je sais pas, elle me fascine autant qu'elle me fait peur et qu'elle m'intrigue. J'espère juste ne pas mettre la barre trop haute et ouvrir suffisamment son cœur pour qu'elle s'accorde un peu de répit. »
OoOoOoOoOoOo
Emma s'habilla et se rua sans attendre dans la cuisine. Comme elle l'imaginait Marco et Granny étaient là : l'une préparant le petit déjeuner, l'autre dressant un plateau complet.
« Hey ! »
Marco et Granny la fixèrent, surpris par tant d'enthousiasme « Miss Swan. » répondirent-ils en cœur « Que nous vaut cet entrain matinal ? » lança Granny
« Je me disais que ce matin … » Elle poussa Marco pour prendre le plateau à sa place « Je pourrais apporter moi-même le petit déjeuner de Madame. »
Granny laissa tomber sa cuillère dans l'évier dans un bruit métallique fracassant « Com… Quoi ? »
« Ca me permettra de mieux la connaitre aussi. C'est mon 3ième jour ici et je ne l'ai pas encore vu une seule fois … »
« Miss Swan… » l'interrompit Marco
« S'il vous plait, appelez-moi Emma. Je suis pas du genre très … Miss. Et ça vaut pour vous aussi. » dit-elle en pointant du doigt Granny qui avait repris ses fourneaux
« Mis… Emma … Je ne pense pas que ça soit une bonne idée. »
« Au contraire, il faut sortir un peu de votre routine dans laquelle vous vous êtes tous encroutés. De plus, ce n'est guère qu'un petit déjeuner. »
Marco et Granny échangèrent un regard mi inquiet, mi curieux mais acquiescèrent alors et laissèrent Emma garnir le plateau avant de monter le grand escalier avec précaution. Elle toqua une fois selon les indications de Marco, puis entra.
Sans surprise, la pièce était dans le noir et le lit désert.
« Posez le plateau sur la table. » lança une voix derrière l'immense fauteuil. Emma s'avança alors et posa délicatement le plateau avant de s'éloigner. Quand Regina vit le dit plateau, elle alpagua ce qu'elle pensait être Marco « Marco ! Que signifie cela ? »
« Pardon mais … C'est moi. »
« … »
« J'ai pensé que vous aimeriez des pancakes. »
« Ces … Choses sont trop caloriques. Si vous comptez me tuer en me plongeant dans un coma diabétique, vous ne sauriez vous y prendre mieux. »
« Ne soyez pas amère et cynique, goutez au moins. Je suis sûre que vous allez aimer. » Puis, sans attendre, elle sortit en refermant la porte derrière elle.
Regina jeta un œil sur son plateau : à défaut d'avoir ses fruits et biscuits, elle avait une tasse de chocolat, une viennoiserie et des pancakes nappés de sirop. Elle grimaça avant de gouter car, finalement, elle avait faim.
Et lorsque Marco revint chercher son plateau quelques heures plus tard, ce dernier était vide.
Et Emma réitéra la chose 3 jours durant : tous les matins elle apporta à la jeune femme son plateau et cette dernière était d'abord restée muette avant de la remercier par la suite.
En parallèle, le ménage de la maison avait grandement : Granny ainsi que Ruby et même Marco s'étaient pris au jeu. Et ils devaient bien avouer que la maison avait fière allure depuis : les meubles et les parquets étaient cirés et lustrés, les lustres brillaient de mille feux, les marbres avaient retrouvé une seconde jeunesse, les tentures et rideaux étaient éclatants de couleurs, et une fois ouverts, ils pouvaient laisser entrer le soleil qui illumina le reste de la maison.
Emma était fière d'elle. Elle-même s'attela à la tâche ardue de finir de nettoyer la serre avec Graham. La verrerie avait enfin retrouvé son éclat et sa transparence, et la plupart des massifs étaient désherbés.
« Beau travail ! Cette serre va retrouver sa splendeur d'antan, elle va adorer ! »
Emma souffla, satisfaite avant de s'asseoir à son tour en fixant le ciel étoilé « Ca fait combien de temps ? »
« Pardon ? »
« Combien de temps toi et Regina ? »
« Je … Euh … Je vois pas de quoi tu parles. » balbutia-t-il, visiblement pris de court
Emma souffla en rigolant « Mais bien sur … Alors, vous couchez ensemble ? Encore maintenant ? »
« … »
« Graham ? »
« C'est fini depuis un moment. » avoua-t-il finalement « Et si tu crois qu'elle a trompé son mari, tu te trompes : on a commencé à se « voir » après sa mort … Après le départ de Snow. Comment tu as su ? »
« Depuis que je suis arrivée, tout le monde ici l'appelle Madame, tu es le seul à l'appeler par son prénom. Pour les autres, ils la nomment ainsi par respect et distance, mais toi tu l'appelles ainsi parce que vous êtes intimes. »
« Hm hm. Logique intéressante. T'es flic ou quoi ? » s'amusa-t-il
« Pas besoin. Ca se voit que cette femme a une emprise sur toi. De plus : pourquoi garder un jardinier quand il n'y a plus de jardin ? Et quand je t'ai évoqué auprès d'elle, elle s'est mise sur la défensive. »
« Entre elle et moi il s'agissait juste de sexe … Y'a jamais eu de sentiments. »
« Ca me regarde pas tu sais … »
« C'est toi qui a commencé en évoquant le sujet. » di-il en souriant « Je suis pas un pervers et c'est une très belle femme … Je dirais même une des plus belles que j'ai pu voir. »
« Ah oui ? Comment est-elle ? Et épargne-moi les détails scabreux ok. »
« Brune, ni trop petite, ni trop grande, les formes où il faut, des yeux noisettes perçants, une cicatrice sur la lèvre supérieure. »
« Qui vient d'où ? C'est pour ça qu'elle ne souhaite pas qu'on la regarde dans les yeux ? »
« Quoi ? Non. En tout cas, personne ici évite son regard si c'est ce que tu veux dire. Et personne ne sait pour la cicatrice, elle l'avait déjà en arrivant ici. Je l'ai connu avant tout ça, elle était si jeune et si innocente. Et White l'a complètement détruite. »
« Il … Il l'a frappait ? » s'étonna Emma
« Il n'avait pas besoin : il avait à disposition une jeune fille fraiche qui était sa femme, il pouvait en faire ce qu'il voulait. Sa virginité a été, pour lui, un cadeau de mariage. »
Emma frissonna à la perspective de se faire déflorer par un homme de l'âge de son propre père et avec qui elle aurait été mariée quasiment de force.
« Ca a pas du être simple tous les jours pour elle … »
« Et c'est ce qui l'a fait se consumer de l'intérieur : elle est devenue aigrie et taciturne, et quand son mari est mort et sa belle-fille partie, elle était seule et désemparée. Toutes les rumeurs circulant à son sujet ont eu raison de ses derniers liens avec ce monde. Un soir j'étais venu m'occupé de récolter pas mal de légumes, demandés par Granny, et elle était là, assise sous son pommier, elle pleurait. J'ai voulu lui parler, comprendre et l'aider, mais elle s'est jetée à mon cou, m'a embrassé et … Bah je ne suis qu'un homme. »
« Vous avez couché sous cette serre ?! »
« Bien sur que non. Elle m'a entrainé dans sa chambre. Ca a duré un moment. Je venais presque tous les soirs et on faisait … Enfin tu vois. »
« Pourquoi vous avez arrêté ? »
« Y'a quelques mois, elle n'a plus voulu. Elle a fermé sa porte et m'a clairement dit de ne plus rien tenter avec elle. »
« Pourquoi être resté alors ? C'est pas pénible de bosser pour son ancienne amante, ex, peu importe ce que vous étiez ? »
« Je suis jardinier. Je sais rien faire d'autre. Regina est généreuse sur nos paies et j'ai besoin d'argent avant de rebondir : j'aimerais déménager en Californie, mais j'ai pas les ressources pour l'instant. Alors j'économise. »
« Je vois … »
« Je te dégoute hein … » dit-il dans un sourire
« Pas vraiment. Vous étiez adultes et consentants. De plus, elle était déjà veuve, vous n'aviez rien à vous reprocher. »
« Ouais … Bon, il se fait tard, tu devrais aller te coucher, demain on commencera à replanter. »
Graham se leva et disparut tandis qu'Emma resta un moment encore dans la serre, digérant ces nouvelles informations : plus elle en apprenait sur cette femme, et plus cette dernière la fascinait. Elle rêvait le jour où elle l'aurait en face d'elle et qu'elles échangeraient leurs premiers mots.
OoOoOoOoOoOo
« Marco ? »
« Oui, Madame. »
« Que se passe-t-il ici ? »
Le vieil homme était à peine rentré dans la chambre pour venir chercher le plateau repas de la jeune femme que cette dernière l'invita à entrer et s'avancer. Il s'était approché alors, jusqu'à se poster près du large fauteuil et, la pièce toujours éclairée par le feu de cheminée, elle était là, assise, telle une reine sur son trône.
« Miss Swan a entrepris de grands travaux de nettoyages dans la maison. »
« … »
« Oh vous devriez voir cela : la maison a retrouvé sa jeunesse d'antan, elle est magnifique. » s'enthousiasma plus que de rigueur Marco
« … »
Marco sentit alors une gêne peut-être n'aurait-il pas du montrer autant d'enthousiasme à la tâche, mais, il devait bien l'avouer, il avait retrouvé le plaisir de vivre ici et espérait qu'il en serait de même pour la jeune femme à ses cotés.
« Je … Nous avons tous participé. Mais nous tenions nos engagements envers vous en priorité. »
« Quelles pièces avez-vous restauré ? »
« Toutes Madame, sauf celles interdites à Miss Swan bien sur. Et … »
« Et ? »
« … La serre aussi. »
Il sentit la jeune femme se raidir et esquisser une léger grimace « Comment a-t-elle osé … » marmonna-t-elle
« Je pense qu'elle n'a pas voulu vous porter préjudice Madame. Elle a simplement envie de … Vous faire plaisir. »
« Assez ! » la coupa-t-elle sèchement, faisant sursauter de surprise Marco « Qu'elle cesse immédiatement ! »
« Madame … Elle … »
« Quoi ? »
« Elle l'a fini aujourd'hui même. »
La jeune femme fit volte face et, pour la première fois depuis des mois, voire des années, Marco vit une étincelle de vie dans ses yeux : de la colère mêlé à de la stupeur, voire même un brin d'espoir. A ce moment précis, il comprit que ce qu'entreprenait Emma commençait à porter ses fruits et que, malgré la colère grondant chez Regina, les choses pourraient changer.
« Sortez. » lâcha-t-elle finalement
Marco n'insista pas et sortit sans demander son reste. Regina se calfeutra plus encore dans son fauteuil et ses yeux fixèrent les flammes dansant frénétiquement autour d'une buche sacrifiée. Les crépitements et les lueurs associées la plongèrent dans un souvenir nostalgique, une vison qu'elle n'avait plus eu depuis fort longtemps : sa serre, belle, fleurie et inondée de soleil. De multiples senteurs, florales ou fruitées, émanant ça et là … Une des plus belles serres de la ville, voire du conté … Peut-être même de l'Etat.
Elle sourit alors et son cœur rata un battement quand elle s'en rendit compte. Elle perdit bien vite ce rictus de contentement et replongea ses pensées dans le feu ardent.
OoOoOoOoOoOo
Emma était éreintée : elle avait finalement terminé la serre plus tôt que prévu, mais au prix de plusieurs ampoules, cloques et courbatures. Après avoir passé pas moins d'une heure dans son bain, elle en sortie plus légère et sereine. Elle eut à peine le temps de s'habiller qu'on toqua à sa porte. Quand elle ouvrit, elle eut la surprise d'y trouver un Marco tout penaud
« Marco ? »
« Je … Je voulais simplement … M'excusez … Emma. »
« Mais de quoi ? »
« D'avoir douté de vous et de votre manière de faire. »
« De … Quoi ? »
« Continuez comme cela, cela portera ces fruits. »
« Ouais … Sauf que j'ai pas encore réussi à la faire sortir de sa tanière. »
« Il faut être patiente. Vous savez combien de dame de compagnie j'ai fait entrer ici avant vous ? »
« Non. »
« Près de 8. Aucune n'a compris l'urgence de la situation ou n'a voulu tenter quoique ce soit. Vous êtes la première qui essaie et qui réussi, qui comprend et qui touche. »
« Touche ? Vous voulez dire que … Qu'elle … »
« Continuez juste ce que vous faites, gardez la foi et l'espoir. Bonne nuit Emma. »
A peine la porte fut-elle fermée qu'Emma se tourna vers son lit, s'y engouffra sans pouvoir enlever un sourire sur son visage : avait-elle finalement réussi à fendiller la carapace de Regina ? Le chemin semblait encore long avant de réussi complètement sa mission mais elle avait espoir car maintenant, grâce aux encouragements de Marco, elle savait qu'elle ne faisait pas tout ça en vain.
A présent, elle devait passer la vitesse supérieure. Il ne restait plus qu'un lieu dans ce manoir qui requérait une attention particulière, un lieu qui, elle l'espérait, toucherait Regina jusqu'à la faire sortir de son mutisme. Cette nuit-là, elle eut du mal à s'endormir, ses pensées n'étant tournées que vers ce qu'elle accomplirait à partir de demain.
OoOoOoOoOoOo
« Tu veux faire quoi ? »
Ruby venait de tomber sur sa chaise, abasourdie par les propos d'Emma : ça ne suffisait plus qu'elle déboule ici et déménage toute la maison, à présent elle voulait aussi s'attaquer au jardin extérieur !
« Y'a pas mort d'homme hein … »
« T'es malade ! Est-ce que tu sais la surface que c'est ?! »
« Je sais, enfin je crois. Mais il faut bien que ça soit fait. On est début Octobre et bientôt la neige recouvrira tout. »
« Et alors ? »
« Alors j'aimerais que, lorsqu'elle fondra, on ait un beau paysage. »
« Parce que tu crois que tu vas être encore là au printemps ?! » lança sarcastiquement Ruby
« Je l'espère. En tout cas je ferais tout pour que ça soit le cas. »
« Si tu continus à fouiller partout, tu vas te faire virer sans même avoir le temps de dire ouf. »
« Sauf que, selon de source sûre, j'ai de bons résultats. »
« Tu … Tu veux dire que … »
« Que ça marche et que j'espère bientôt … Bah … Je sais pas en fait. J'aimerais vraiment qu'elle sorte de sa chambre. »
« Bon courage. »
« J'aurais pensé que tu m'aiderais pour le jardin. »
« J'y connais rien moi aux plantes et fleurs ! Et puis … »
« Quoi ? »
« Je supporte pas Graham, c'est un con. »
« Bah ça peut pas être plus clair. » s'étonna Emma « Et pourquoi ça ? »
« Déjà parce qu'il a profité de Regina. »
« Ah oui ? Il m'a dis que c'était mutuel pourtant. »
Ruby lâcha un hoquet moqueur « Bah voyons … Elle était paumée : elle vient de perdre son mari, sa belle-fille devient distante. Elle est fragile et là, le beau jardinier se pointe et fait son œuvre. Totalement cliché certes, mais ça marche. Et quand Snow a découvert qu'elle s'envoyait le jardinier, elle a décidé de quitter la maison pour la fac. »
« Tu m'avais pas dis ça. »
« Parce que j'en voyais pas l'utilité. Ils ont couché ensemble, des plans sex furtifs, durant près de 2 ans. »
« Pourquoi a-t-elle arrêté les frais ? »
« Parce que ce coureur de jupons s'est tourné vers une nouvelle proie : moi. »
« Qu… Mais … »
« Ca s'est passé dans la serre. Il m'avait demandé un coup de main pour je ne sais plus quelle raison, j'ai accepté et … J'avais pas fais un pas dans la serre qu'il m'a coincé contre la vitre et a commencé à me tripoter. Je l'ai bien vite arrêté, sachant ce qu'il faisait aussi avec elle. Il était hors de question que je marche sur ses plates bandes, j'allais pas risquer ma place pour un mec. Mais en même temps … Je voulais être honnête avec elle et j'ai été lui dire pour Graham. A mon plus grand étonnement, elle ne l'a pas renvoyé mais elle a interdis l'accès à la serre à quiconque. Elle a cantonné Graham au jardin. »
« Mais … T'as vu dans quel état il est ce jardin ? Il est en ruine ! »
« Je sais mais elle s'en fiche. Elle a pas ouvert ses rideaux depuis des lustres et encore moins sorti de ses appartements depuis des mois, des années même. »
« Mais elle le paie ! Elle le paie à rien faire et lui en profite ! Vous, vous êtes payés : toi a faire les chambres que l'on te demande, les filles à faire le ménage dans les pièces demandées, Marco le service et Granny la cuisine. Mais lui … »
« Je sais et ça me débecte, mais on y peut rien. »
« Pourquoi ne pas le virer simplement ?! »
« Parce que … Je crois qu'elle ne veut pas qu'en sortant d'ici, il colporte des rumeurs infondées mais invérifiables pour l'extérieur. »
« Mais pourquoi ferait-il une chose aussi dégueulasse ? »
« Parce que … Parce qu'un domestique l'a déjà fait en quittant cette demeure il y a des années et que cela a eu les conséquences que nous connaissons : un mutisme de Regina et nous, condamnés à rester ici tant pour la protéger que pour nous empêcher de commettre une faute. Emma … Personne ne peut sortir d'ici, personne. »
« Mais les 7 autres dames de compagnie avant moi ? »
« Ce n'était rien que des bêtes curieuses qui voulaient voir de leurs yeux tout ce que l'on disait sur nous et sur elle. Quand nous nous en sommes aperçus, chacune à été virée sans ménagement. Elles ne pouvaient pas faire plus de mal que ce qu'elles avaient déjà entendu à l'extérieur. Du moins, c'est ce que nous pensions. A chaque départ, une nouvelle rumeur émergeait : Regina était une femme défigurée qui restait dans sa chambre parce qu'elle était hideuse, nous étions sous payés et enchainés le soir venu pour nous empêcher de sortir … Bref, des vertes et des pas mûres. »
« Et tout cela tu le sais … Par Killian. »
« Exact. Il n'a jamais cru à tout ça, parce qu'il me voit telle que je suis : je ne suis certes pas la plus heureuse du monde mais il voit bien que je ne suis pas maltraitée ici, payée plus que besoin. »
« Tu as dis que ce n'était pas la première fois qu'un domestique colportait des rumeurs … Tu parlais de qui ? »
« … »
« Ruby ? »
« Ecoute … Je … Si tu veux de l'aide pour le jardin, pas de soucis mais … Fais gaffe à toi, ne pousse pas le bouchon trop loin. Si effectivement, tu commences à obtenir des résultats, il serait fâcheux que tu sois renvoyée. »
Emma savait que Ruby n'en dirait pas plus, peut-être plus tard … En attendant, aujourd'hui, elle était bien décidée à rénover le jardin, en commençant par nettoyer l'immense fontaine asséchée depuis.
« De l'aide ? »
Tandis que Ruby et Emma grattait la pierre pour lui redonner un coup de jeune, Graham se pointa derrière elles « Euh … Pour la fontaine rien mais … Si tu pouvais passer un coup de tonte sur la pelouse. »
« Attends, t'es sérieuse ? T'as vu la hauteur de l'herbe ? »
« Elle aurait pas été si haute si tu avais fais ton taff en temps et en heure. » argua Emma
Graham esquissa un sourire en s'essuyant le coin de la bouche « Ah ok je vois … » dit-il en jetant un œil vers Ruby en comprenant que cette dernière avait parlé « Touché. »
« Alors, tu vas nous aider ou faire ce que tu fais depuis des années, c'est-à-dire rien ? »
Graham ne dit rien et s'éloigna. Quelques minutes plus tard, résonna un bruit de moteur de tracteur sur lequel Graham commença son œuvre.
« Bien joué. » sourit Ruby à Emma
OoOoOoOoOoOo
Regina venait à peine de se réveiller. Et ce n'était pas un réveil habituel : ce matin, elle fut tirée de son sommeil par un bruit inhabituel : un moteur … Elle ouvrit les yeux et se redressa vivement. Elle sortit de son lit, enfila un peignoir et, pour la première fois entrouvrit ses rideaux. Les rayons du soleil lui brulèrent la rétine avant que ses yeux ne s'habituent à la lumière de nouveau. A ce moment là, on toqua à la porte. Elle imaginait aisément que c'était Swan qui lui apportait son petit déjeuner, comme elle le faisait depuis 4 jours maintenant elle fut presque surprise quand la porte s'ouvrit et laissa apparaitre Marco.
« Ou est-elle ? » lança Regina, sans prendre la peine de regarder le vieil homme
« Oh elle … Elle est occupée, dans le jardin. »
Regina fronça les sourcils et ouvrit de nouveau les rideaux Elle les plissa pour y voir Ruby et une blonde, vraisemblablement Emma Swan, nettoyer la grande fontaine qui ne servait plus depuis des années. Puis, plus loin elle vit Graham sur un tracteur, tondant la pelouse avant de soupirer. Elle fronça les sourcils et referma les rideaux.
« Déposer mon plateau ici. »
« Madame … »
« Ca sera tout Marco, merci. »
Il n'insista pas et referma la porte. Elle jeta un œil sur son plateau puis ouvrit de nouveau les rideaux et ne pu détourner son regard de cette étrange femme …
Dans le jardin, Emma et Ruby arrivaient enfin à bout du nettoyage : la pierre, contrairement à ce que pensait Emma, était blanche, comme de la craie et arborait de belles sculptures : une tête de lion, des roses et des soleils.
« Dis, faudrait voir à la raccorder pour voir si elle marche toujours. » lança Ruby
« Ouais, laisse-moi souffler un peu tu veux. » dit-elle en se laissant tomber à terre, le dos contre la fontaine. Machinalement, elle jeta un regard au manoir en face d'elle et plus particulièrement à une fenêtre. Elle plissa les yeux mais … Non, elle ne rêvait pas : les rideaux étaient à demi tirés et une silhouette émergeait. Mais elle eut à peine le temps de s'en rendre compte que la silhouette disparue derrière les rideaux qui furent brusquement refermés. Elle sourit alors
« Pourquoi tu souries comme une débile ? »
« Hein ? Non, pour rien … Je suis simplement contente que ça soit fini. »
« Il nous reste pas mal de boulot encore : tu te rends compte qu'il faut tailler les haies et arbustes et que j'ai aucune idée de comment faire ? »
« On trouvera. » dit-elle pleine de confiance.
L'avait-elle vu ? Il lui semblait que oui. Regina frissonnait à l'idée que des yeux étrangers aient pu se poser sur elle. Il était évident qu'à cette distance, elle n'avait pu voir grand-chose … Mais tout de même, elle l'avait surprise en train de l'épier, c'était un acte de faiblesse impardonnable.
OoOoOoOoOoOo
La journée passa sans qu'Emma ne sorte du jardin : finalement, le taillage de haies était une science bien plus compliquée que ce qu'elle pensait. Elle avait eu un mal de chien à en tailler une convenablement. Et quand elle y parvint enfin, la nuit commençait à tomber, il était évidemment qu'elle n'en ferait pas d'autres aujourd'hui.
Il était tard et l'heure du souper avait été dépassée depuis une bonne heure déjà. Alors c'est avec surprise qu'elle découvrit que la table avait été dressée, Marco l'attendant.
« Je … J'ai pas vraiment faim Mar… » Elle se stoppa net en voyant non pas une assiette, mais 2 dressées. Elle s'approcha puis se retourna vers Marco « Qu'est-ce que ça signifie ? »
« Madame m'a demandé de dresser le couvert pour 2 ce soir. »
« On reçoit ? »
« Je ne pense pas. »
« Mais ça veut dire que … Que … »
« Que vous devriez prendre rapidement une douche avant de passer à table. » dit-il dans un sourire et avant même que Marco n'ait pu rajouter autre chose, Emma avait déjà disparu, ayant monté les marches 4 à 4.
Elle prit la douche la plus rapide qu'elle n'ait prise avant de penser rapidement à une tenue appropriée : ce n'était pas un rencart ni même une soirée dansante … Juste un repas avec sa patronne … Patronne qu'elle n'avait encore jamais vu de près. Elle opta pour quelque chose de simple : un jean et une paire de bottes marron, un top bordeaux, un petit gilet noir par-dessus. Elle attacha ses cheveux en une queue de cheval haute et se passa de maquillage.
Elle descendit et vit avec soulagement que Regina n'était pas encore arrivée. Elle s'installa alors et Marco apporta l'entrée, une salade de crudités toute simple, puis il disparut, laissant Emma seule un moment … Un long moment. Elle attendit 10 minutes et pensa alors que Regina avait changé d'avis ou voulait simplement lui poser un lapin pour lui donner une bonne leçon.
Et alors qu'elle enleva sa serviette et s'apprêta à sortir de table, excédée, elle entendit des bruits de talons sur le parquet.
Elle se raidit alors et son cœur s'accéléra sans qu'elle ne puisse rien y faire. Elle s'agrippa aux accoudoirs alors que les pas se rapprochèrent encore et encore jusqu'à s'arrêter sec. Elle aurait voulu se retourner pour l'apercevoir mais craignait que sa curiosité ne lui joue des tours. Elle resta alors figée et attendit. Puis les pas reprirent alors et bientôt Emma vit une silhouette lui passer devant, sur le coté droit pour aller se poster à l'assiette en face de celle d'Emma.
La jeune femme resta bouche bée, Graham avait raison, elle avait un corps quasi parfait avec des courbes harmonieuses et de longs, très longs, cheveux bruns. Sa robe de velours rouge lui allait parfaitement. Et quand cette dernière se retourna pour lui faire face et qu'elle s'assit tout naturellement, Emma en perdit les mots.
Pour la première fois en 5 jours, depuis son arrivée, elle voyait enfin le visage de sa patronne, la maitresse de maison. Contrairement aux rumeurs, Regina n'avait rien d'hideux : les traits de son visage et la couleur ambrée de sa peau faisaient penser à des origines latines, ses yeux noisette étaient entourés de longs cils gracieux. Sa bouche était dessinée sensuellement, et Emma remarqua la fameuse cicatrice, discrète. Cela aurait été un tel gachis de ne pouvoir regarder cette femme dans les yeux ...
Pendant quelques instants, elle ne pu détacher ses yeux de Regina, sachant que c'était pour le moins non discret, et interdit dans le réglement, mais elle n'y pouvait rien. Quand Regina se racla la gorge de gêne, Emma détourna enfin le regard pour le reporter sur son assiette et sa salade.
« Nous n'avons pas été présentées … Je suis Regina Mills. »
Emma nota qu'elle ne portait plus le nom de son mari : par choix ?
« Em… Emma Swan, enchantée. »
Regina esquissa un léger sourire au vu de la gêne visible d'Emma. Cette dernière aurait voulu parler, lui poser un millier de questions, mais sa gorge resta serrée et sa bouche sèche, aucun mot ne pu sortir sans qu'elle ne les trouve trop superficiels ou inutiles.
« Eh bien … Vous sembliez plus éloquente lorsque vous vous permettiez de m'apporter mon petit déjeuner à la place de l'homme qui est payé pour cela. » lança Regina, sans même la regarder.
« Oui euh … C'est juste que … Je … »
« Oui ? »
« Je ne m'attendais pas à vous voir ce soir, et encore moins à partager un repas avec vous. »
« Je vois. »
« De plus … Je suis sensée être votre dame de compagnie si je ne peux pas vous apporter votre petit déjeuner, que puis-je faire ? »
Regina la fixa alors avant d'esquisser un léger sourire « Certes. »
« Aurais-je le plaisir de vous avoir à diner tous les soirs maintenant ? »
« Probablement pas. »
« Pourquoi ? »
« Je ne suis venue ce soir que pour voir le visage de la femme qui semble bousculer cette maison de fond en comble. »
Emma se crispa alors : ca y est : l'avalanche de reproches allait pleuvoir sur elle comme la pluie durant une mousson. Elle en perdit soudainement l'appétit et reposa ses couverts. Malgré tout le charisme et le respect qu'inspirait Regina, la curiosité d'Emma la titillait. Et quitte à devoir se prendre une rafale de reproches, elle préférait encore en apprendre un peu plus sur elle avant d'être congédiée.
« Je voulais simplement mettre en valeur cette demeure qui est splendide et qui mériterait un meilleur traitement. »
« Est-ce à dire que mes employés ne font pas leur travail ? » la taquina Regina
« Non, non, au contraire. Ils font exactement ce que vous leur dites … »
« Donc, il semblerait que vous ayez sciemment pris la place de la maitresse de maison en donnant des ordres à droite et à gauche ? »
« Non, non je … J'ai jamais … Enfin … Jamais voulu prendre votre place, non loin de là cette idée. »
Regina s'amusait de la maladresse et du malaise d'Emma comme un chat pouvait s'amuser avec une souris avant de la dévorer toute crue. Elle sourit alors avant de boire une lampée de vin rouge qu'Emma ne toucha pas de la soirée.
« Marco m'a dit que vous aviez restauré toutes les pièces au rez-de-chaussée ? »
« Exact. Du hall en passant par le petit salon, le boudoir et la salle de bal. »
« La salle de bal ? » s'étonna Regina « En quel honneur ? »
« Parce qu'elle avait besoin d'un bon coup de frais aussi. Et, qui sait, de belles réceptions pourraient y être de nouveau données. »
Regina perdit son sourire sournois « Marco m'a aussi dit que vous aviez touché à la serre. » dit-elle sur un ton plus sec, et avant qu'Emma ne confirme, elle rajouta « Je vous prierais de ne plus y entrer à l'avenir. »
« C'est dommage. »
« Pardon ? »
« Je dis : c'est dommage. Elle est magnifique. Je me vois aisément lire un livre en toute sérénité sous cet immense pommier. » dit-elle dans un large sourire franc
Regina plaqua alors ses couverts sur son assiette dans un bruit sec « Miss Swan, je vous prierais de respecter les règles et mes ordres. Vous êtes mon employée ici et non l'inverse. »
Emma serra les poings et les dents, se retenant de lui dire ce qu'elle pensait de sa politique interne auprès de ses employés. Elle se redressa alors et ne pipa mot jusqu'à ce que Marco n'arrive avec le reste du repas : des lasagnes. Sentant l'atmosphère assez tendue, Marco ne resta pas longtemps.
« Les lasagnes c'est votre plat préféré ? J'ai vu que Marco vous apportait souvent ce plat le soir. »
« Exact. »
« Il m'a dit aussi que vous cuisiniez et qu'avant, vous n'hésitiez pas à mettre la main à la patte. »
« Miss Swan y a-t-il une chose que vous ne sachiez pas sur mon compte en l'ayant appris de la bouche de quelqu'un d'autre ? »
« Bah, on peut pas dire que vous soyez très loquace … Ni visible d'ailleurs. J'ai bien du mal à obtenir des informations à la source, alors il faut bien que je trouve un autre moyen. »
« Pourquoi cherchez-vous à obtenir des informations ? »
« Parce que vous m'intriguez. »
Regina cessa son geste et la fixa, incrédule de tant d'aplomb « Excusez-moi ? »
« Vous avez bien entendu : dès que j'ai vu l'annonce, je me suis demandée qui pouvait être cette personne qui demandait une dame de compagnie. Sérieux, vous vivez à quel siècle ? On a l'impression que le temps s'est arrêté à l'ère victorienne. Y'a pas internet, pas de télé … Je suis bien heureuse d'avoir le courant ici. »
« Est-il si mal de vouloir se passer de technologie qui nous bouffent nos journées en nous connectant ? »
« Non, mais, du coup, vous n'engagez pas non plus la conversation avec vos congénères. »
« Vous êtes toujours aussi impertinente ? »
« Toujours. »
Regina se tortilla alors sur son siège, désagréablement surprise qu'Emma ait tant de répondant « Vous devrez apprendre à vous tempérer ici. Nous ne tolérons guère les petites fouineuses impudentes et sûre d'elles. Beaucoup sont passées avant vous et ne sont pas restées à cause de leur suffisance. » lui lança-t-elle sèchement
« Vous êtes obligée d'être une parfaite garce ? »
« Ex… Excusez-moi ?! Comment osez-vous ! » balbutia de surprise Regina qui en perdit ses mots
« Vous êtes aigrie et amère. Vous êtes recluse dans votre chambre comme une pestiférée. Pire encore, vous avez perdu non seulement toute crédibilité mais aussi tout pouvoir sur votre vie. Comment une femme aussi belle et charismatique a-t-elle pu se perdre ainsi ? Vous devez prendre votre vie, votre maison et tout le reste en main. »
Regina se leva soudainement et tapa ses mains sur la table « COMMENT … COMMENT OSEZ-VOUS ! »
« J'ose parce que je pense que vous méritez bien mieux que ce que vous vous infligez ! »
« Sortez … » souffla-t-elle entre ses dents
« Reg… »
« SORTEZ ! » hurla-t-elle
Emma serra sa mâchoire, abattit sa serviette sur la table et, sans regret, sortit sans se retourner. Les larmes aux yeux, elle monta les marches plus vite encore qu'en allant prendre sa douche. Quand elle claqua furieusement sa porte de chambre, Regina sursauta avant de se rasseoir.
Marco fit son entrée « Je suppose que le diner est fini Madame ? »
« … »
« Madame ? » Marco se pencha légèrement et vit une infime larme couler le long de la joue de la jeune femme. Il n'en revenait pas : Emma l'avait touché bien plus qu'elle ne l'aurait voulu « Regina … » murmura-t-il en lui posa une main amicale sur l'épaule. Et, à sa plus grande surprise, elle ne le repoussa pas. Il ne se souvenait plus du jour où il l'avait réconforté ou même touché « Ca va ? »
La jeune femme renifla discrètement avant d'essuyer rapidement une larme « Marco ? »
« Oui ? »
« Suis-je vraiment ce qu'elle a dit ? Suis-je devenue cette femme aigrie et taciturne ? Suis-je … Une garce ? »
« Madame … »
« S'il vous plait, répondez-moi. Soyez franc. Je vous le demande Marco. »
Il soupira alors, ferma brièvement les yeux, et lâcha finalement « Vous avez changé, c'est … Indéniable. »
« Comment cela est-il arrivé … » soupira-t-elle; comme si la vérité la frappa de plein fouet
« Les événements, le temps ont fait leur œuvre. Mais rien n'est irréversible Regina. Laissez-la vous aider. »
Regina serra les poings, emprisonnant la serviette entre ses doigts jusqu'à ce que ses phalanges soient blanches « Vraiment ? » grinça-t-elle
« Regina, vous devriez voir ce qu'elle a entrepris, les travaux commencé, le ménage effectué. Elle est probablement maladroite, mais elle n'a pas de base. »
« Ruby lui a parlé je le sais, elle le fait toujours. » dit-elle en secouant un peu la tête « Elle sait. »
« Mais sait-elle tout ? Je ne pense pas car, Madame, même Ruby ne connait pas la vérité. »
« Je suis fatiguée, je vais me coucher. »
Marco sourit alors « Vous n'avez plus l'habitude de sortir de votre chambre … »
« Certes. Bonne nuit Marco. »
Et alors qu'elle allait sortir de la salle à manger, Marco l'alpagua « Madame ! »
« Oui ? »
« Dois-je mettre le couverts pour 2 à partir de demain ? »
Regina resta silencieuse quelques secondes avant de tourner légèrement la tête « Oui. » Puis, sans rien rajouter d'autres, elle disparut. Quand elle s'arrêta devant sa porte de chambre, elle se tourna afin de regarder la porte de la chambre d'Emma, puis elle entra dans la sienne.
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« Ca y est, je l'ai vu … Regina. Cette rencontre fut explosive, comme je l'imaginais.
Elle est belle, très belle. J'ai même rarement vu une femme avec autant de charisme et de beauté. Mais dieu qu'elle est pénible et têtue ! Je crois que toutes ces années passées recluse l'ont sérieusement affecté. Elle a perdu la notion de tout contact humain.
Ce soir elle a été exécrable et j'arrive pas à comprendre … Je suis perdue avec elle. Il faudrait que je commence à m'occuper plus d'elle et moins de la maison de toute manière, mis à part le jardin, y'a plus grand-chose à faire. A la limite, il faudrait que je jette un œil aux pièces dont je n'ai pas accès, peut-être que je la comprendrais mieux.
En attendant, je supporte pas qu'on me prenne pour une conne alors, pour lui faire les pieds … Je vais l'éviter pendant quelques jours !
Mon but pour les jours à venir : finir le jardin avant qu'il ne fasse trop froid pour pouvoir mettre le nez dehors. »
TBC
Next : Rapprochement et premiers pas entre Regina et Emma. Pourquoi les domestiques rechignent à sortir ? Vous en aurez un aperçu dans le prochain chapitre !
