Isabella

Déjà une heure, une heure que je supporte les grognements plaintifs qui nous parviennent de derrière la porte.

Elizabeth me broie la main à chaque fois qu'elle entend sa nièce crier. Esmée, elle est entrée dans la chambre avec sa fille pour lui offrir tout son soutien tandis que nous patientons dans la salle d'attente accolée à sa chambre. Je n'ai d'autres choix que de prendre mon mal en patience tout en priant pour que mon tour soit rapide et que je ne souffre pas autant qu'elle, mais je ne me fais pas d'illusion sur ce dernier point.

Je suis parvenue à m'esquiver à plusieurs reprises pour m'éviter les cris de souffrance d'Alice, mais depuis que son père est arrivé d'un tournoi de golf auquel il a coupé court pour assister à l'accouchement de sa fille, je n'ose plus bouger d'un pouce.

Il est encore plus grand que sur les quelques photos que j'ai vues de lui chez Elizabeth, il a la même carrure développé qu'Emmett et ses épaules sont quasiment aussi larges. Autant dire qu'il est sacrément bien conservé pour un homme de son âge. J'évite autant que possible de le regarder de peur d'avoir à le regarder dans les yeux et ce n'est pas chose évidente puisqu'il passe son temps à arpenter la pièce de long en large.

Comme sa femme avant lui, il m'a chaleureusement remercié d'avoir pris soin de sa fille avant de me broyer la main dans une poignée de mal aussi glaciale que son regard d'acier. Depuis il ne m'accorde plus aucune attention et ce n'est surement pas moi qui vais m'en plaindre, le type me fiche le bourdon avec ses grands yeux pâles, on dirait qu'il lit à travers moi et je déteste ça ! Je garde autant que possible les yeux baissés sur mes genoux et n'échangent que le strict minimum avec Elizabeth, qui de toute façon, est bien trop stressé pour parler. Et cela se comprend, cette fille a le corps aussi développé qu'une gamine de 12 ans ! Mener à terme une grossesse gémellaire n'a pas dû être de tout repos pour elle…jasper devrait avoir honte de lui !

La porte donnant sur sa chambre s'ouvre soudain et nous retenons tous notre souffle lorsque Jasper apparait habillé d'une blouse et d'un cache nez d'hôpital.

-Ca y est ! Le travail va commencer…Elle…On va avoir les bébés !

-Jaspeeeeer !

Il disparait aussi vite qu'il est arrivé et se précipite au chevet de sa précieuse fiancée en claquant la porte derrière lui.

Je n'ai toujours pas encaissé la nouvelle de leurs fiançailles, mais coincée là à attendre qu'elle veuille bien expulser ses bébés, m'a donné l'occasion d'y réfléchir plus posément. Et plus j'y pense et plus je me dis qu'en vérité c'est une bénédiction que je n'ai pas fait la bête à deux dos avec Jasper.

Je n'ose imaginer les complications que j'aurais rencontrées si cela avait été le cas. J'aurais dû négocier avec quelqu'un comme Carlisle Cullen et mon intuition me dit qu'il n'aurait eu aucun mal à me détruire. En plus de cela, même si je déteste Alice Brandon, ma vocation n'a jamais été de briser une famille et il ne fait aucun doute que c'est ce qu'elle représente à ses yeux, j'ai vu la façon dont il la regardait. Ces deux-là se sont bien trouvés.

Et puis dans cette famille, Jasper n'est qu'une pièce rapportée, comme moi, il n'a aucune valeur financière. Il n'aurait donc rien pu m'apporter donc concrètement, même si je me retrouve coincé avec Edward, c'est plutôt une bonne chose.

-Pourquoi ça prend autant de temps ? Et pourquoi n'a-t-elle pas fait une césarienne ? Peste Carlisle au bout du troisième hurlement de sa fille.

-Tu connais mieux que quiconque l'entêtement de ta fille, elle s'est lancée un défi personnel avec cet accouchement…

-C'est toute cette grossesse qui est un défi personnel ! Des jumeaux…pour ma pauvre petite crevette

Elizabeth abandonne ma main pour offrir du réconfort à son beau-frère qui fait mine de ne pas en avoir besoin.

-Peut-être devrais-tu rentrer te reposer, nous t'appellerons quand tout sera fini, propose Elizabeth

-Surement pas ! Je veux accueillir comme il se doit mes petits-enfants…

La porte de la salle d'attente s'ouvre à la volée sur un Emmett à bout de souffle.

-Qu'est-ce que j'ai raté…Ca y est ? Mes neveux…Ils sont là ?

Carlisle secoue la tête d'exaspération, mais son intervention a au moins l'avantage de le faire sourire et détendre l'atmosphère.

Il embrasse sa tante, serre son père dans ses bras et m'adresse un clin d'œil auquel je réponds pas un sourire qui s'efface aussitôt que j'aperçois qui se tient en retrait derrière lui.

-Edward ! S'écrie Elizabeth en rejoignant son fils sur le pas de la porte. Je suis contente que tous les deux vous ayez pu vous libérer pour soutenir Alice, je suis fière de vous les garçons !

-Nous avons fait aussi vite que possible et annuler quelques rendez-vous, mais je n'aurais raté ça pour rien au monde

Mais bien sûr …

-Est-ce qu'on a des nouvelles, demande Emmett qui trépigne d'impatience.

-Aux dernières nouvelles son col était assez dilaté pour qu'elle commence à pousser…

-Beurk non maman pas ce genre de nouvelles ! Se plait Edward en fronçant le nez

Emmett éclate de rire et lui assène une grande claque dans le dos

-Va falloir t'y habituer, bientôt ce sera à votre tour, taquine Emmett

Je me sens rougir mais n'ai pas le temps de lui répondre car un hurlement de bébé déchire le calme de la pièce. Tout le monde retient sa respiration, même moi.

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