Everybody Dies
Il ne pouvait pas.
Certes, il était homme à douter facilement. Comme l'avait si bien dit...comme l'avait si bien dit Greg un jour, les choix moraux le rendaient malade d'inquiétude. Chacune de ses décisions étaient mûrement réfléchies, soupesées, torturées. Mais là, c'était clair et net.
Il ne pouvait pas.
Il ne pouvait pas.
Il ne pouvait pas.
Venir jusqu'ici lui aurait été impossible sans le secours de Stacy. Effondrée, elle aussi, mais qui se tenait digne dans ses habits noirs, élégante jusqu'au bout. Loyale, courageuse Stacy. Il lui serait reconnaissant à jamais de l'avoir amené ici. Non seulement elle s'était assise à côté de lui, soutien tacite, mais elle avait également eu le bon goût de ne pas avoir amené son mari.
Wilson regarda alors autour de lui, hébété. À sa droite se trouvait Foreman et Chase, impassibles. L'oncologue se demanda qui ils étaient venus pleurer à ces funérailles : un professeur, un ami, ou juste un patron invivable dont ils se faisaient un devoir – une corvée – de venir saluer une dernière fois. Il oscillait entre les deux options sans parvenir à trancher.
Huit ans, tout de même, ça compte.
Cameron avait pris la parole, ses cheveux désormais blonds retenus en un chignon sage, pâle sous son fard et le menton tremblant, luttant contre ses émotions. Puis, après un étrange regard vers Chase et Foreman, elle laissa sa place à 13 qui la remercia d'un signe de tête. Wilson regretta de ne pas avoir pu se rapprocher du Dr Hadley alors qu'elle était encore à Princeton. Il appréciait son sens de la repartie, son intelligence et même la distance (parfois prise pour de l'arrogance) qu'elle affichait. Il aurait pu s'en faire une amie, et maintenant c'était trop tard.
C'est toujours trop tard.
Parmi les autres personnes assemblées, il y avait aussi Taub et ses deux petites, Dominika, Adams, Park, la mère de House, et plusieurs visages de Princeton. Avec, bien sûr, Amber et Kutner éternellement aux abonnés absents.
Cuddy n'était pas venue. Alors qu'elle avait prétendu l'aimer.
Tout le monde ment.
Wilson sentit qu'on lui tirait sur la manche. C'était Foreman qui glissa que c'était son tour de parler. Il en eut presque un haut-le-coeur. Se leva et marcha vers l'estrade sans voir les gens autour. Planté devant le micro, il fixa l'assemblée. Il ne pouvait pas. Mais il le devait. Alors il essaya de parler.
« House, commença-t-il, était le meilleur...un des meilleurs médecins...»
Une sonnerie de téléphone lui coupa la parole. James grommela contre l'indécence des gens qui n'avaient pas pensé à éteindre leur portable, avant de se rendre compte qu'il s'agissait du sien. Embarassé et furieux, il regarda son écran. Nouveau message. Ça n'avait pas de sens. La plupart de ses connaissances étaient dans cette salle, alors qui...
Il eut un hoquet en reconnaissant le numéro. Numéro qu'il connaissait par cœur. Il ouvrit le message.
« Ferme-là, crétin. »
