Hello les Oncers! Je tenais à vous remercier pour vos commentaires. ça me fait toujours énormément plaisir. Je m'excuse de l'attente un peu longue, mais j'ai dû corriger par mal de petits détails. Merci à ma bêta!

Avertissement: ce chapitre comporte des scènes susceptibles de choquer la sensibilité de certains lecteurs. C'est pourquoi, le rating passe de T à M. Aussi, je vous déconseille de manger en le lisant.

Bonne lecture!


Belle passa le restant de l'après-midi à la taverne. Elle commanda un plat de charcuterie accompagné de choux et de pommes de terre ainsi qu'une bière, provocant des regards interloqués de la part des habitués des lieux. Mais elle n'y prêta pas attention. Elle ne voulait surtout pas s'attirer d'ennuis, et ne souhaitait pas entamer la conversation avec les alcooliques estropiés du coin.

Un barde, coiffé d'un amusant chapeau vert et portant des chaussures pointues, tentait d'apporter un peu de gaieté dans cette ambiance pesante en poussant la chansonnette, mais se fit méchamment rabrouer par les clients qui n'avaient pas le cœur à rire. Il sautilla jusqu'à la table vers la fenêtre sans perdre son sourire, son luth à la main, et se mit à fredonner une chanson populaire à la belle qui se restaurait.

Belle qui tient ma vie

Captive dans tes yeux,

Qui m'as l'âme ravie

D'un souris gracieux,

Viens tôt me secourir

Ou me faudra mourir (bis)

La libraire de Storybrooke posa sa cuillère et écouta avec intérêt le chanteur qui était très heureux d'avoir capté son attention. Elle apporta son doigt à sa bouche et sourit. Ses joues s'empourprèrent et la bonne humeur transmise par la musique lui fit, l'espace d'un instant, oublier la tragédie de la place du village. Elle détourna le regard, gênée, par ces paroles qui semblaient avoir été écrites pour elle. Mais le chanteur ne se laissa pas intimider. D'un pas agile, il se retrouva à droite de la brune.

Pourquoi fuis-tu, mignarde,

Si je suis près de toi

Quand tes yeux je regarde

Je me perds dedans moi,

Car tes perfections

Changent mes actions (bis)

- Théodebert, tu ne vois pas que tu importunes la demoiselle, lança sèchement la tenancière.

Il fit une fausse note et retourna au fond de la salle, déçu, où une chope de bière l'attendait. Belle se leva et lui donna une pièce, le remerciant pour la chansonnette. Son sourire, visiblement, illumina la journée de cet homme.

Après cet interlude, les discussions reprirent de plus belle. Le sujet principal était bien évidemment la venue d'Hordor et de ses hommes.

- Prenons les armes et allons défier ce tyran! proposa le maigrichon accoudé au bar, une fesse à côté du tabouret.

- Ouais! Allons le tuer! enchérit celui auquel il manquait trois dents.

Deux autres estropiés à la table près de la porte approuvèrent l'idée en marmonnant quelque chose que personne ne comprit.

- Avec quelles armes? Des fourches? ricana la tenancière qui essuyait une chope. Vous n'êtes que des péquenauds couards. Vous faites les finauds ici mais vous partez vous cacher dès que les sabots des chevaux des hommes du Duc se font entendre.

- La prochaine fois qu'ils viendront... nous serons prêts! jura l'édenté en heurtant la table de son poing.

La femme bascula sa tête en arrière et partit dans un fou rire incontrôlable. Sa lourde crinière noire sautilla au rythme des secousses. Sa poitrine était tellement généreuse que si elle était en période d'allaitement, elle aurait pu facilement nourrir dix bébés. Elle se calma d'un coup et fixa tour à tour les personnes présentes dans la salle dans un silence sépulcral.

- Vous semblez tous oublier un détail, annonça-t-elle très calmement.

Le maigrichon se gratta la tête, espérant trouver la réponse dans ses poux.

- Le Dark One, bande de sottards*!

Un souffle glacé envahit la pièce, figeant tous les clients. Pourtant la porte resta belle et bien fermée. La seule évocation de son nom suffisait à terrifier n'importe qui dans toute la Forêt Enchantée.

- Dois-je vous rappeler qu'avec la seule force de la pensée il peut vous réduire en cendres?

Belle fronça les sourcils. Il ne lui semblait pas que Rumple lui avait déjà parlé d'un tel pouvoir. Elle avait vécu suffisamment de temps avec lui pour connaître l'étendue de ses capacités.

- Le Dark One est né des Ténèbres. C'est l'être le plus démoniaque vivant dans ce monde. Il répand la terreur sans avoir peur de mourir… Parce qu'il est immortel!

Elle planta son regard dans celui du maigrichon qui faillit tomber de son tabouret. Le pauvre homme se cacha dans le col crasseux de sa chemise trop large. Au même moment, un homme entra dans la taverne, couvert de neige.

- Herchambaut, lâcha-t-il alors qu'il tentait de reprendre son souffle.

Ce nom réveilla Belle. Son cœur s'accéléra dans une cavalcade non maîtrisée car son sixième sens lui indiquait que l'homme véhiculait de mauvaises nouvelles.

- Que s'est-il passé à Herchambaut? demanda Belle pendant que la tenancière servait une bière à l'homme.

- Les ogres, souffla-t-il avant de descendre la moitié de sa chope dans son gosier.

Belle écarquilla les yeux et mit sa main à sa bouche. L'horreur et l'angoisse étaient en train de l'envelopper.

- Les ogres ont tués tout le monde. Le village est rasé.

- Brunissende… murmura-t-elle en regardant sa chope sans réellement la regarder.

La vieille femme lui avait donné sa perce-neige protectrice et elle n'avait sans doute rien pu faire face aux ogres. Elle pria silencieusement pour qu'elle soit allée vendre ses corbeilles à Garin. Une larme coula sur sa joue dans l'indifférence la plus totale pendant que les autres débattaient.

Une fois la neige calmée, elle reprit la route, sa besace et son arc sur l'épaule. Heureusement, les routes étaient encore praticables. En sortant du dernier virage avant d'arriver au petit village suivant, elle s'arrêta net. Quelque chose n'allait pas. Une fumée grisâtre flottait au-dessus des toits et des corbeaux croassaient à vous glacer le sang. En s'approchant, elle entendit des hurlements. Ce qu'elle vit en pénétrant dans le village la terrorisa.

Des femmes étaient en pleurs. On leur avait pris leurs enfants et leurs maris n'étaient plus là. Ceux qui avaient tenté de s'interposer avaient été démembrés, « par magie » comme lui annonça une femme au visage cramoisi. Des bras et des jambes gisaient dans la neige écarlate. Une forte odeur de fer flottait dans l'air saturé de monoxyde de carbone provenant d'une maison qui avait été incendiée quelques heures plus tôt. Un pan de mur tenait encore miraculeusement debout, mais tout le reste n'était que des cendres. Un corbeau se posa sur la tête d'un malheureux. Il ouvrit le bec et le plongea dans l'orbite, agrippant le globe et tirant dessus plusieurs fois. Il réussit à le sortir mais le nerf optique semblait vouloir retenir l'œil. Agacé, la bête releva la tête d'un coup sec deux fois, étirant le nerf qui finit par rompre. Il émit un croassement de satisfaction et s'envola dans les airs avec le prix de son effort, pourchassé par deux congénères.

Tous les muscles de la princesse d'Avonlea se raidirent et elle serra les dents, sentant la colère l'envahir tel un raz-de-marée. Non seulement Hordor volaient les enfants sous les ordres d'un Duc sans morale, mais en plus, il tuait toute résistance pour asseoir sa réputation d'homme cruel et sans pitié. Le sang avait suffisamment coulé. Quelqu'un devait s'attaquer au Mal. Pourquoi pas elle ?

Elle traversa le village sans s'attarder et continua sa route, essayant d'oublier les horreurs de ce monde. Assise bien au chaud près de la cheminée de la taverne, la brune déplaçait les morceaux de pieds de porc de sa soupe d'une extrémité à l'autre. A mesure que les minutes s'écoulaient, le fumet disparaissait et le potage se refroidit. Elle se rappela de ce que Zelena avait fait faire à Rumple alors qu'elle possédait la dague. Cette folle n'avait eu aucun scrupule et Rumple, malgré une forte résistance, n'avait pu qu'obéir aux ordres qu'elle donnait. Il en était de même avec Zoso. Le vrai monstre n'était ni le Dark One, ni même Hordor. C'était le Duc, car c'était lui qui possédait la dague. Elle devait absolument s'en emparer. Oui, mais après ? Elle ne pouvait pas rendre la dague au Dark One. Elle ne connaissait rien de Zoso. Il était peut-être entièrement consumé par les Ténèbres et par conséquent, il était une menace pour tout le royaume.

Elle plongea sa cuillère dans la soupe froide et fit une grimace lorsque le liquide gras réveilla ses papilles. Depuis qu'elle vivait à Storybrooke et s'était habituée à la nourriture du monde moderne, les spécialités culinaires de la Forêt Enchantée avaient du mal à passer. Tout était bien trop gras et lourd. C'était certes nourrissant, mais son estomac avait bien du mal à digérer et la faisait souffrir pendant plusieurs heures. Elle laissa sa cuillère dans le bol et préféra croquer dans le ballon de pain noir aux graines qui accompagnait son assiette.

Elle se replongea dans ses réflexions, ignorant les autres clients qui se plaignaient du prix de la bière qui avait encore augmenté. Elle soupira lourdement en pensant à la seule solution qu'il lui restait. Quelqu'un devait prendre la malédiction. Et si elle laissait Rumple devenir le Dark One ? Il pourrait sauver son fils des griffes d'Hordor, mettre fin à la guerre et ensuite, elle l'embrasserait. Ainsi, la malédiction serait brisée. Mais se laisserait-il séduire aussi facilement ? Rien n'était moins sûr. Elle serait une menace et c'est le Dark One en lui qui murmurerait de la tuer. Elle prit sa chope et regarda au fond. Ses yeux s'étirèrent sur la surface sombre et mobile du liquide, lui donnant un aspect monstrueux. Ses pensées se bousculèrent à vive allure dans les méandres de son esprit. De nombreux flashs lui parvinrent mais elle les évita tantôt à droite, tantôt à gauche, plongeant dans les abîmes de son esprit ou remontant vers la surface jusqu'à ce qu'elle trouve ce qu'elle cherchait. Tout s'arrêta brusquement. Elle n'entendait que sa respiration et sa gorge se noua en pensant à la réponse. Il n'y avait qu'une seule possibilité. Elle ferma les yeux, espérant toujours se réveiller à Storybrooke et sortir de ce cauchemar.

A la nuit tombée, Belle se rendit discrètement dans la Forêt des Landes avec seulement une petite lanterne pour illuminer le chemin qui avait quelque peu disparu pendant la neigée du début de soirée. Le vent sifflait entre les branches des arbres qui ressemblaient à des mains crochues de monstres venant tout droit de l'au-delà. Elle en frissonna et resserra son écharpe. Les deux hommes à la potence à Garin avaient peut-être raison. Cette forêt était peut-être hantée. Belle chassa ses craintes. Elle s'arma de son courage car elle savait que ce qu'elle allait faire aurait d'énormes incidences.

Les sifflements s'accentuaient à mesure qu'elle s'enfonçait dans la forêt. La flamme de sa petite lanterne dansait tellement, qu'elle dût la protéger de sa main gantée. Son pied glissa sur une plaque de glace et se retrouva sur le derrière quelques mètres plus bas, dans un petit ravin qui devait abriter un ruisseau en été. Miraculeusement, la petite flamme était toujours en vie. Elle attrapa la lanterne et poursuivit son chemin, la boule au ventre.

Lorsqu'elle fut certaine d'être seule, elle expira un grand coup pour se redonner du courage. Elle vérifia que la perce-neige se trouvait toujours dans la poche intérieure de sa cape. Rassurée par sa présence, elle se dit que c'était le moment ou jamais de savoir si elle possédait réellement un pouvoir de protection. La petite brune tourna sur elle-même pour s'apercevoir qu'elle n'était entourée que par les ténèbres et sa propre peur. Elle leva la lanterne, s'éclaircit la gorge et s'apprêta à l'appeler. C'était la première fois qu'elle allait se retrouver face au Dark One sous les traits d'un autre que Rumple. Elle espérait qu'il serait coopératif et l'écouterait. Si elle voulait aider Rumple à sauver Baelfire, elle devait tout faire pour changer le passé.

- Dark One, dit-elle avec le plus de conviction possible en brandissant la lanterne. Dark One.

Elle attendit un instant avant de recommencer. C'était ses derniers instants d'innocence. Sa main tremblait, mais elle n'allait pas s'effondrer. Elle était une héroïne et les héros font toujours ce qui est juste, pas ce qui est facile. Elle aurait très bien pu aller directement vers Rumple et l'aider à fuir. Mais il n'en était pas question. Il y avait tellement d'autres victimes innocentes sacrifiées dans une guerre perdue d'avance. Elle ne pouvait pas tolérer ce massacre. Aussi, elle ne voulait pas que Rumple, par ses mauvais choix, ne soit privé de Bae et condamne tout un royaume pour le rejoindre avant de le perdre définitivement.

- Dark One, je te somme d'apparaître.

Rien ne se passa. Elle resta seule, plantée au milieu de cette forêt inhospitalière en pleine nuit sans lune. Un hibou hulula au loin et quelques chauves-souris traversèrent le ciel, lui glaçant le sang au passage. Elle souffla lourdement et abaissa son bras. Elle se retourna, prête à rebrousser chemin, lorsqu'elle lâcha la lanterne dans la neige. Elle était nez-à-nez avec une silhouette de corpulence moyenne, cachée sous une longue cape noire.

- Qui me demande? dit-il d'une voix grave qui semblait forcée.

- Je m'appelle... Belle. Et vous?

- Que veux-tu? demanda-t-il sans répondre à sa question.

- Je… je suis venue vous rendre votre liberté.

A ces mots, le Dark One éclata de rire. Un rire profond et terriblement moqueur. Belle s'en voulait un peu. Elle n'avait certainement pas employé les bons mots et avait passé pour une nigaude face à l'entité maléfique.

- Je sais que le Duc détient votre dague. Il la cache dans son château derrière une tenture.

Il cessa immédiatement de rire et s'avança vers elle, de façon menaçante.

- Comment sais-tu pour la dague? Personne n'est au courant.

- Parce que je connais... un Dark One.

- Ce n'est pas possible! Il n'y a qu'un seul Dark One et c'est moi! Dis-moi qui t'envoie? Merlin? demanda-t-il, les yeux injectés de sang alors qu'il voulu la serrer à la gorge en avançant sa main crochue dans sa direction.

Belle ferma les yeux, imaginant ses mains s'allonger tels des fantômes vers sa gorge délicate. Son cœur envoya son sang beaucoup plus rapidement dans ses veines et sa jugulaire se mit à grossir. Le souffle commença à lui manquer. Mais ce n'était pas à cause de son étreinte mais de son angoisse. Elle ferma brièvement les yeux et puisa dans ses ressources pour remplir ses poumons d'oxygène. Le Dark One resta silencieux, la bouche entre-ouverte laissant paraître son étonnement. Pourquoi sa magie était-elle impuissante ? Personne ne résistait au Dark One ! C'était lui le plus puissant !

La colère monta subitement de ses tripes. Sans prévenir, il fit un brusque geste de la main qui aurait envoyé n'importe qui au tapis en une fraction de seconde. Mais Belle resta immobile à tenir tête au Dark One qui commençait à bouillir. Il créa une boule de feu qu'il envoya dans sa direction. Mais au lieu de la brûler, elle fut déviée par une force magie et s'éteignit dans la neige.

- Arrêtez ! ordonna-t-elle avec plus d'assurance qu'elle ne l'aurait cru.

Ils se fixèrent pendant de longues secondes. Belle se dit qu'elle devait le calmer avant qu'il ne trouve un moyen de la tuer. Après tout, le Dark One était le plus puissant de tout le royaume et elle ne connaissait pas l'intensité de la magie contenue dans la fleur.

- Quel genre de sorcière es-tu ? demanda-t-il, passablement agacé.

- Je ne suis pas une sorcière, mais de la magie blanche me protège, avoua-t-elle en sortant la fleur de sa poche.

Il fit un pas en avant et plissa les yeux pour l'observer.

- La perce-neige, symbole de l'espoir et de la pureté. Où l'as-tu trouvée ?

- Je ne vous le dirai pas, rétorqua-t-elle. Et vous ne l'aurez pas.

- Tu es très téméraire, constata-t-il.

Jamais personne auparavant n'avait osé lui tenir tête. Il se demandait bien ce que cette femme lui voulait. Il s'approcha d'un pas, la tête penchée pour mieux l'examiner. Il voyait bien qu'elle était tendue mais elle ne semblait pas effrayée par son apparence repoussante. Cette femme était habitée par un courage immense. Ou alors, elle était complètement folle.

- Dis ce que tu sais, toi qui semble en savoir beaucoup sur moi, demanda-t-il en joignant les deux mains et en écartant les jambes pour être bien stable sur la neige, à quelques centimètres de la belle afin de la déstabiliser.

- Je sais… dit-elle en avalant difficilement sa salive. Je sais que vous êtes esclave du Duc des Basses Terres. Et que le Dark One ne peut tolérer cette situation.

- Je suis maître de mes actes, rétorqua-t-il.

- Non, ce n'est pas vrai, lâcha-t-elle sans baisser son regard. Le Dark One a de plus grands desseins que d'exécuter les ordres médiocres d'un Duc qui n'est pas capable d'avoir une armée pour se battre contre les ogres. D'ailleurs, s'il était intelligent, il se servirait de vos pouvoirs magiques pour mettre fin à cette guerre. Je pense que ce qu'il souhaite, c'est d'être vu comme une personne puissante et sans pitié afin d'éviter un coup d'état. Et il vous exhibe comme son monstre soumis, à la cruauté sans limite qui ne fait qu'une bouchée des dissidents. Vous n'êtes qu'une marionnette à ses yeux.

Belle le fixait, la bouche encore entre-ouverte de cette dernière joute verbale. Elle savait qu'elle jouait sa vie. Le Dark One pouvait être très vite agacé et supprimer la vie d'une personne était un acte insignifiant. Ses yeux ambrés étaient rivés sur elle, se demandant probablement si elle aurait le courage de soutenir son regard. Ce qu'elle fit brillamment.

- Tu as raison, dit-il très calmement.

- Faisons un marché, proposa-t-elle en inspirant profondément pour se donner de l'assurance. Vous m'aidez à récupérer la dague et je vous libère.

- Marché conclu, annonça-t-il sans prendre le temps de réfléchir.

Ils marchèrent un peu dans les bois à la seule lueur de la lanterne. Le Dark One lui parla du château du Duc et de l'emploi du temps de ce dernier. Belle n'avait que quelques jours pour agir. Il allait également donner l'ordre à ses hommes d'écumer les villages près de Longbourne à la recherche d'enfants-soldats. C'était dans cette région-ci que Rumple et Baelfire vivaient.


Le jour suivant, Belle se fit passer pour une domestique du château du Duc, habillée par le Dark One d'une robe bleue qui ressemblait étrangement à celle qu'elle portait au Dark Castle. La bâtisse était de taille respectable avec plusieurs tours rondes et carrées dont une immense tour deux fois plus haute que les autres, une haute muraille et une grille d'entrée massive qui demandait l'effort de deux hommes pour la manipuler. Elle acheta un panier au marché et le garnit de pommes et de poires. Elle passa le contrôle de sécurité à l'entrée sans le moindre problème. On lui indiqua le chemin des cuisines et sitôt la porte franchie, elle s'élança avec légèreté dans les escaliers de la tour Nord.

Elle traversa un couloir sombre en pierre, puis ouvrit la porte d'une grande pièce qui ressemblait étrangement au salon de Rumple. Il y avait une table démesurée en bois massif en son milieu, des chandeliers, des tentures et d'immenses fenêtres en verre jaunâtre. Le plafond était tellement haut qu'elle fut prise d'un léger vertige. Elle entra sur la pointe des pieds et jeta un coup d'oeil derrière la première tenture à sa gauche.

- Que faites-vous ici? demanda un garde en armure sorti de nulle part, la main sur le pommeau de son épée.

Elle sursauta et se figea un instant. Son cerveau était en ébullition, cherchant la meilleure excuse possible.

- Il… il y a un oiseau dans le château, dit-elle avec le plus de conviction possible et son plus beau sourire. Je dois le mettre dehors.

Il fit une moue, comme s'il ne la croyait qu'à moitié. Belle continua de chercher l'oiseau imaginaire en regardant derrière chaque étoffe. Un nuage de poussière tombait à chaque fois et elle éternua après la cinquième. Même si elle avait tout fait pour le retenir, le son résonna dans le couloir adjacent. Le garde ne la perdit pas une seconde du regard.

Il ne restait qu'une seule tenture, celle qui avait les armoiries du Duc composées de deux terrifiantes murènes blanches sur fond noir. Elle inspira profondément et la tira. La petite brune s'immobilisa, le regard fixe. Elle était là, à seulement quelques centimètres de sa main sur un support fixé contre une grille. Elle semblait dominer la pièce de sa puissance magique.

La lumière provenant des bougies semblait donner vie à ses ondulations. Cette vie, c'était sans doute celle de Zoso dont le nom était gravé sur la lame. Elle avait toujours eu beaucoup de mal à comprendre comment la vie de l'hôte pouvait être rattachée à la dague. Néanmoins, elle savait à quel point posséder la dague pouvait faire souffrir le Dark One. Elle ignorait tout de Zoso mais elle savait qu'après une période d'esclavage, l'hôte pouvait être tenté de changer radicalement sa situation. Rumple avait tout fait pour se libérer de l'emprise de la dague mais il était moins sûr que Zoso ait les mêmes desseins. Son mari lui avait raconté comment l'ancien Dark One l'avait piégé pour qu'il prenne la malédiction. Zoso était certainement à bout et n'avait pas de but personnel. Elle était prête à parier qu'il avait tout perdu.

- Vous l'avez vu? demanda le garde en voyant que Belle avait le regard figé sur quelque chose.

- J'ai cru l'apercevoir, mais non, il n'est pas là, mentit-elle. Par contre, il faudra que je revienne avec une échelle. Il y a beaucoup de poussière et de toiles d'araignées.

- Que faites-vous ici! hurla un homme bedonnant avec une moustache rousse et des yeux de braise en entrant d'un pas assuré dans la pièce.

C'était le Duc des Basses Terres en personne. Le monstre plus cruel que le Dark One. Le regard de Belle se durcit mais elle se força à sourire quand il approcha. Elle fit une révérence et dit qu'elle était à la recherche d'un oiseau. L'homme la dévisagea et prit une de ses mèches qu'il amena à son nez. Il respira son parfum et Belle ne savait plus trop comment réagir. Ses mains devinrent moites et son cœur s'accéléra brutalement. Si elle n'était pas sous couverture, elle l'aurait frappé. Mais elle ne voulait pas terminer dans un cachot.

- Je veux qu'elle serve les victuailles pour le Conseil, annonça-t-il au garde qui approuva.

Belle fut prise de panique. Qu'allait-il lui faire? Certainement pas uniquement la regarder servir un plateau de fromage. Elle devait trouver un moyen de s'emparer de la dague et de fuir au plus vite. Elle sortit rapidement de la pièce et alla se réfugier dans une autre plus petite à l'étage d'en dessous pour rassembler ses idées. La porte s'ouvrit seulement quelques minutes après, et une autre femme à l'air sévère lui demanda pourquoi elle n'était pas en cuisine pour préparer le casse-dalle. La petite brune se leva et justifia son absence par de la fatigue.

En début de soirée, Belle fut envoyée, avec une autre fille bien plus jeune qu'elle, apporter la mangeaille aux seigneurs de guerre et au Duc. Ils étaient assis autour de la table ronde en bois massif. Les discussions étaient vives. Ils semblaient se disputer au sujet de la chasse aux sangliers dans la Forêt des Landes. Dès qu'elles pénétrèrent dans la salle, le silence revint et leurs regards se fixèrent sur leurs seins, bien trop mis en valeur par leurs corsets trop serrés. D'un coup, ils se transformèrent en dangereux prédateurs, prêts à dévorer leurs proies. Elles pouvaient entendre que leurs présences les faisaient marmonner, probablement des obscénités, à voix basse. Belle avait l'impression de se diriger vers des loups affamés dans une arène sans issue. Dans quelle galère s'était-il aventurée ?

Belle posa son plateau entre Hordor et le Duc sans leur accorder le moindre regard. Elle était terriblement nerveuse mais se concentrait pour ne pas être démasquée. Elle n'avait qu'une seule envie, s'emparer de la dague qui n'était qu'à quelques mètres derrière le siège du Duc.

- Balthazar, interpela le Duc. De combien de soldats supplémentaires disposons-nous sur le front Nord ?

- Presque deux milles ! s'exclama-t-il avec fierté.

- Et combien au Sud ?

- Six cents, répondit Hordor en baissant légèrement la tête.

- Quoi ?

Le Duc se leva brutalement de sa chaise et tapa du poing sur la table.

- C'est intolérable ! hurla-t-il. Il en faut plus, beaucoup plus !

- Il n'y a plus de garçons en âge de se battre dans cette région. Ils sont déjà au front, se justifia-t-il.

- L'âge sera abaissé à quatorze ans, treize s'il le faut. Et prend aussi les filles !

- Mon seigneur, tenta Belle.

Le rouquin qui transpirait à grosse gouttes, la fixa de son regard carnassier, mais ne la fit pas taire.

- Ce ne sont que des enfants…

- Des soldats ! corrigea le Duc. S'ils savent se servir d'une fourche, ils savent se battre avec une épée !

- Ils vont tous mourir.

- Et alors ? Les gueux restant n'ont qu'à procréer ! L'hiver est rude et rien ne pousse de toute manière.

Le sang de Belle ne fit qu'un tour et la rage l'envahit alors que les hommes autour de la table se mirent à rire. Mais avant qu'elle n'entreprenne quoi que se soit, Hordor posa sa sale main sur la fesse de Belle et la serra comme pour tâter un fruit.

- Sir Hordor! s'écria-t-elle, heurtée par un comportement si immodéré.

Belle était à deux doigts de prendre le couteau du plat de charcuterie et de le lui planter dans le cou. Cette pensée l'effraya. Comment pouvait-elle avoir autant de noirceur en elle?

- Je ne me souviens pas vous avoir permis de me répondre, dit-il sèchement avant de rire aux éclats en voyant Belle outrée. Je ne savais pas qu'on avait de nouvelles servantes.

- Faut bien un peu de réconfort en ces temps de guerre, lança celui qui se trouvait de l'autre côté de la table.

- Si vous n'avez plus besoin de rien, messires, j'aimerai prendre congé…

- Tu me plais toi. Et j'ai envie d'un dessert, dit Hordor en la saisissant par le bras.

- Je… je dois aller aider à la cuisine, expliqua la brune qui commençait à sérieusement paniquer.

- Tu ne vas pas l'abîmer tout de suite quand même? demanda le petit noiraud ventripotent à gauche du Duc.

Hordor partit dans un énorme fou rire, suivi du Duc. Belle en eut des frissons. Ces hommes étaient pires que les ogres eux-mêmes. Ils étaient habités d'une cruauté sans limite et n'avaient aucune morale. Et malheureusement pour elle, elle n'avait pas encore tout entendu.

- Quand elles se comportent comme des chiennes, elles méritent ce qui leur arrive, lâcha le Duc avant de boire une grosse gorgée de vin rouge qui coula dans sa barbe.

- Comme quand vous avez planté une flèche avec votre arbalète dans le front de la petite Lucette? commenta le barbu vers la fenêtre.

- Et quand j'ai égorgé Mona la grassouillette. On aurait dit un cochon qui couinait! s'esclaffa de rire Hordor.

Belle faillit lâcher la carafe de vin, le souffle coupé. Elle était outrée et se demandait comment elle allait se sortir de ce bourbier sans problème. Les dix hommes ricanèrent en voyant la terreur dans ses yeux bleus. L'autre fille d'à peine quatorze ans se faisait tripoter par deux autres hommes répugnants. La pauvre était tellement terrorisée qu'elle ne parvenait pas à retenir ses larmes. Belle hésita à appeler le Dark One à l'aide mais comme elle ne possédait pas la dague, le Duc pouvait sans autre forme de procès, donner un contre-ordre. Le Duc mit un terme à la séance et invita ses hommes à profiter des bonnes choses de la vie. Certains se ruèrent sur leur gobelet de vin quand d'autres attaquèrent le jambon ou le fromage. Hordor quand à lui, préférait la chair vivante.

Il empoigna Belle telle une bête, la bascula sur son épaule et l'entraîna dans ses quartiers sous les rires des autres hommes alors que la jeune femme tentait de se débattre. Elle agita ses jambes qui frappaient l'air et elle tapa de toutes ses forces avec ses poings dans le dos de son ravisseur. Ses efforts semblaient vains et l'amusaient.

- Relâchez-moi ! ordonna-t-elle, toujours en le frappant.

Mais ses supplices n'eurent aucun écho. Il ferma la lourde porte, la jeta sur le lit sans ménagement et la dévisagea voracement. Belle émit un petit cri, roula sur elle-même et s'appuya sur le lit pour se redresser. Elle voulait lui montrer qu'elle n'avait pas peur même si son corps lui envoyait des signaux opposés. Son cœur tapait tellement fort dans sa poitrine qu'elle crut qu'il allait en sortir. Il s'approcha d'elle lentement en passant sa langue sur ses dents mal entretenues. Le regard de la belle parcourut rapidement la pièce à la recherche d'un moyen de s'échapper. Ses cheveux en bataille lui obstruaient partiellement la vue et sa respiration saccadée faisait voler ses mèches.

- Que voulez-vous de moi? demanda-t-elle la gorge nouée.

- Que tu me satisfasses, gourgandine.

- Mais… mais je suis mariée, répondit-elle en espérant freiner les ardeurs du chevalier sans morale.

Il rit et balaya son argument de la main. Il la saisit d'un coup sec et plota ses seins protégés par un corset rigide. Ses doigts sales tentaient par tous les moyens de se défaire de cet obstacle comme des assaillants tentant de franchir la grille d'un château. Frustré, il la fit pivoter d'un demi-tour et arracha le laçage comme un loup arracherait la chair encore chaude d'une biche pas encore morte.

- Je… je ne suis pas… une catin, murmura-t-elle en plaquant l'avant du corset contre sa délicate poitrine.

- Toutes les femmes ici appartiennent au Duc. Je suis son bras droit et je peux faire ce que je veux... Même te tuer.

A ces mots, elle se mit à trembler et se pétrifia sur place. Il était si proche qu'elle pouvait sentir son haleine répugnante. Il glissa délicatement sa main dans ses beaux cheveux, huma leur parfum et imagina le reste de sa soirée. Elle sentit tout son être trembler. Elle ne savait pas comment elle allait pouvoir s'en aller. Les larmes de peur commencèrent à glisser le long de ses joues fraîches.

- Ne t'inquiète pas ma beauté. Si tu me donnes ce que je veux, tu auras la vie sauve.

Elle était très loin de se sentir rassurée. La panique la gagnait de plus en plus et elle peinait à rassembler ses idées. Les connexions neuronales dans sont cerveau étaient tellement actives qu'elle avait l'impression de courir pieds nus dans une forêt en pleine nuit fuyant un loup. La peur dominait tout. L'angoisse naissante dans son vente se propageait dans tout son être. Elle devait impérativement trouver une solution. Elle bougea un peu sa tête à la recherche d'un objet pouvant l'aider, mais avant même qu'elle établisse une stratégie, Hordor posa ses grosses mains sur ses épaules. Il la força à s'agenouiller et à défaire les attaches de son pantalon.

- Non… balbutia-t-elle. S'il vous plaît…

- Tu veux t'en aller? demanda-t-il.

Belle leva son regard, surprise de sa proposition.

- C'est ce que je souhaite, admit-elle avec une petite voix.

- C'est d'accord. Tu me satisfais et je te laisse partir.

Les larmes montaient à nouveau à ses yeux et son nez rosissait. C'était un cauchemar. Elle ferma brièvement ses yeux, s'imaginant dans les bras réconfortant de Rumple. Elle souhaitait de tout son cœur se retrouver sur le canapé à ses côtés à lire un livre alors que le feu crépitait dans la cheminée, une couverture sur leurs jambes.

Mais la réalité la frappa en pleine face quand Hordor la força à entrouvrir la bouche avec ses doigts, comme lorsqu'un cheval refuse le mors. La nausée lui montait et elle tenta de lutter avant de ravaler sa fierté en repensant à son objectif. Elle inspira un grand coup et toucha du bout de sa langue rose l'objet de son dégoût. Mais il était tellement pressé, qu'il lui mit la main derrière la tête et la poussa contre lui pour que son membre soit complètement au chaud. Elle le relâcha immédiatement et toussa.

- Recommence, commanda-t-il.

Elle essaya rapidement ses larmes avec les mains. Inspira profondément et se rapprocha. Elle ferma les yeux, et alors que son corps lui criait de partir, elle se força à ouvrir la bouche et faire de petits vas-et-viens. Elle s'aida de sa main pour que les sensations lui soient démultipliées. Il lâcha un grognement tandis que les larmes coulaient sur les joues de la brune.

Elle continua, refoulant son dégoût, et essayant de vider son esprit. De n'être dans cette chambre que physiquement. Elle accéléra un peu le rythme pour endormir la vigilance de son agresseur. Il ferma gentiment ses yeux et se laissa aller à cette douce chaleur que la bouche de la brune lui procurait. Il émettait des bruits de bêtes terrifiants. Un mélange entre le brame du cerf et le grognement d'un ours.

Sans prévenir, elle croqua d'un coup dans le fruit interdit, maintenant la pression. Il poussa un hurlement de douleur et du sang jaillit, recouvrant son visage et ses boucles brunes. Elle attrapa le lourd serre-livre murène en bronze sur la table de nuit et le frappa de toutes ses forces au visage.

Le guerrier meurtri dans sa chair s'écroula au sol telle une masse. Son sang se répandit lentement sur le sol en pierre. Belle contempla son œuvre et lui cracha dessus le sang qu'elle avait encore dans la bouche.

- Tu n'as que ce que tu mérites, monstre, dit-elle avec la plus grande sévérité dans le regard.

Elle attrapa le pot de chambre et vomit toutes ses tripes, se tenant les cheveux. Sans s'attarder plus longuement, elle attrapa une étole pour couvrir le sang qui était sur son buste, referma la porte et partit au petit trot sur un pas léger dans le couloir en direction de la grande salle. En passant vers une fenêtre, elle fut horrifiée par son reflet. Elle ressemblait à un zombie qui venait de se nourrir comme dans le film qu'elle avait regardé avec Ruby le mois précédent. Elle n'aurait jamais pensé que la partie la plus tendre et la plus vénérée des hommes contenait autant de sang. Mais ce goût de fer la répugnait et la nausée la gagnait à nouveau. Elle la refoula comme elle put car elle devait absolument fuir.

A chaque fois qu'elle croisait un garde, elle baissait la tête, tentant de garder son sang froid. Elle venait de commettre l'acte le plus odieux de sa vie. Sa conscience ne cessait de lui marteler que ce qu'elle avait fait était mal, très mal. Elle essayait de se répéter qu'elle n'avait pas eu le choix. Peut-être qu'au bout d'un certain temps, elle se serait convaincue que c'était la seule option envisageable.

Quand elle arriva à quelques mètres de la porte de la grande salle, elle réalisa qu'elle était gardée par deux hommes bien bâtis. Elle se mordit la lèvre en espérant que le Duc et les autres seigneurs n'étaient plus là. Dans l'ombre, elle réfléchit à une ruse. Son regard parcourut rapidement les pierres de l'escalier en colimaçon comme si la solution allait lui parvenir par là. Elle s'imagina divers scénarii sans omettre les paramètres les plus importants. Que faire si quelqu'un se trouve dans la pièce ? Comment s'échapper du château ? Que faire si le Duc a pris la dague ? Une fois la solution trouvée, elle se mit à courir dans leur direction.

- Il y a un voleur dans le château! s'écria-t-elle en montrant les escaliers du doigt.

Comme les escaliers menaient aux appartements du Duc, les deux soldats se précipitèrent sans poser la moindre question à la servante. Le fait que les deux hommes partent, était bon signe: la grande salle était vide. Belle attendit qu'ils atteignent l'étage supérieur pour pousser la porte en bois, jetant un rapide coup d'œil à l'intérieur. Elle fut rassurée. Personne ne s'y trouvait. Sans perdre plus de temps, elle déplaça la chaise du Duc contre le mur, se ruant vers la tenture avec les murènes, et grimpa. Elle inspira un grand coup, tira la tenture et saisit la dague. Elle la dissimula dans sa botte sous sa longue jupe, remit la chaise en place et descendit l'escalier.

Tous les soldats étaient en alerte. Certains montaient, d'autres descendaient dans le désordre le plus complet. Le martèlement de leurs par sur la pierre résonnait telle une marche militaire. Elle se rendit à la cuisine où elle récupéra sa cape, posée sur le dossier d'une chaise. Belle traversa ensuite la cour, se freyant un chemin parmi les gardes en état d'alerte et se cacha à l'écurie. Elle entendit la voix d'Hordor, fou de rage, qui réclamait la tête de la servante. Elle sortit brièvement la tête de derrière les bottes de paille et l'aperçut. Il avait le crâne à moitié enfoncé et le sang couvrait la moitié se son visage. La lumière de sa torche le rendait encore plus abominable que ce qu'il était. Ses dents luisaient et sa haine jaillissait au milieu du brouhaha. Elle se fit toute petite derrière les bottes de paille quand il tourna la tête dans sa direction, pour devenir le plus invisible possible.

- Sale catin montre-toi! Je sais que tu es là! beugla-t-il en entrant dans l'écurie.

Sous l'effet de l'angoisse, son souffle était audible. Elle mit sa main à sa bouche pour ne pas qu'il entende sa respiration, ni son cœur qui cognait fortement dans sa poitrine. Il sortit son lourd sabre de son fourreau et le planta nerveusement dans les bottes. Belle retint un cri ainsi que son envie de fuir. Son instinct de survie était activé, mais elle se battait contre. Malgré sa détermination, aucun des coups portés dans la paille ne l'atteignit. Hordor se fit une raison, quitta l'étable et alla déverser sa colère ailleurs.

Belle souffla lourdement de soulagement. Elle attrapa ses genoux et y reposa sa tête qui la faisait souffrir. Elle avait probablement échappé au pire. Elle ne put s'empêcher de glisser sa main sous sa jupe et de caresser le manche si rassurant de la dague. Ce n'était donc pas un rêve. Elle avait effectivement réussi à subtiliser l'arme contrôlant le Dark One au nez et à la barbe du Duc et de ses hommes. Afin de garder son avantage, elle devait encore sortir de l'enceinte du château et retrouver le Dark One dans la forêt.

Pendant l'attente, elle sortit la petite perce-neige de la poche intérieure de sa cape, se remémorant les mots de Brunissende à son sujet. C'était sans doute cette petite fleur qui l'avait sauvée d'une mort quasi certaine. Sans elle, elle serait sans doute en route pour l'échafaud et Hordor se serait fait un malin plaisir de lui couper la tête avec l'imposante hache du bourreau qui était toujours prête à l'emploi. Elle frissonna en imaginant le tyran, attraper sa tête tombée par les cheveux et la mettre sur une pique pour "décorer" la cour. Mais comme Hordor était très frustré qu'elle l'ait pareillement humilié en mordant dans son phallus, il aurait peut-être opté pour la torture. Belle ferma les yeux, essayant de chasser ces horribles pensées de son esprit.

*Sottards : expression utilisée au Moyen-âge pour dire « couillons »


C'est la première fois que j'écris un chapitre aussi explicite et j'espère qu'il vous aura plu. N'hésitez pas à me laisser un petit commentaire :)