Bonjour à tous! Merci à ceux qui ont pris le temps de me laisser un petit commentaire. ça fait toujours plaisir. Voici un nouveau chapitre que j'ai pris énormément de plaisir à écrire. J'espère que vous allez apprécier la rencontre entre Belle, Rumple et Bae. Il y a aussi un "nouveau" personnage qui va mettre un peu de piquant.
Un grand merci à ma bêta pour ses conseilles très précieux! Sans elle, je pense que je n'aurai pas passé le cap de ce chapitre que je trouvais trop "gentil" et en décalage avec le reste de la fic. Mais un peu de douceur dans ce monde de brutes, ça ne fait pas de mal :)
Bonne lecture!
Chapitre 5
- Tout compte fait, dit-elle en se tournant vers Zoso qui lui adressa un sourire de satisfaction.
La petite avait peut-être bien cédé une partie de son âme aux Ténèbres.
- Que puis-je faire pour toi? demanda-t-il avec un certain enthousiasme.
- Apprends-moi à changer d'aspect. J'aimerai pouvoir me déplacer avec mon ancienne apparence, pas sous la forme d'un Dark One.
- Tu n'aimes pas ton teint doré, ni tes ongles noirs?
- Pas vraiment. Et encore moins les dents pourries, se plaignit-elle. Peux-tu arranger cela?
Satisfait l'ancien Dark One passa toute l'après-midi avec sa petite protégée à lui expliquer comment faire. En élève studieuse, Belle écouta attentivement toutes les indications. Même avec de la bonne volonté, il lui avait fallu plusieurs tentatives pour parvenir à changer la couleur de ses cheveux. Ne voulant pas abandonner, elle s'entraîna jusqu'à arriver à un résultat satisfaisant. Mais soudain, Belle se retrouva à 30 centimètres au dessus de la neige. Elle baissa la tête et vit ses pattes poilues. Elle avait réussi à se changer en chat.
- Très bien, dit Zoso qui paraissait gigantesque. Et maintenant que dois-tu faire?
Elle tenta de répondre mais au lieu de mots, ce ne fut qu'un miaulement qui s'échappa de sa bouche. Elle écarquilla les yeux et fut prise d'un début de panique. Elle piétina le sol et se tourna de 180 degrés tantôt dans un sens tantôt dans l'autre, apercevant sa longue queue rousse. Qu'allait-elle faire si elle était incapable de retrouver sa forme humaine? Elle fit quelques pas hésitants et rassembla ses idées. "Arrêter de penser, sentir les émotions, rassembler l'énergie au centre, visualiser le résultat, libérer la magie." Un nuage bordeaux se forma autour du chat et s'éleva avant de disparaître.
- Tu as réussi le plus difficile. Reprendre ta forme de Dark One après t'être transformée en animal, expliqua-t-il. Je te déconseille l'escargot. Ça ramollit la cervelle.
Sans répondre, elle disparut à nouveau dans un nuage et reprit son apparence humaine. Fini la peau dorée et les dents pourries! Un large sourire se dessina sur son visage angélique.
- Maintenant en route, dit-elle, mettant un terme à la leçon de magie.
Elle avait perdu du temps mais il était impératif qu'elle sache changer d'apparence. Elle ne voulait pas apparaître sous ses traits effrayants de Dark One face à Rumple. Il aurait probablement peur et fuirait.
Elle quitta le chemin ouest le matin suivant, après avoir marché toute la nuit. C'était l'avantage d'être le Dark One: plus besoin de dormir! Au sommet de la colline, descendait un sentier jusqu'au lac gelé. Elle s'assit sur un rocher et attendit le lever de soleil. Les premiers rayons pointaient déjà derrières les collines. A mesure que la lumière gagnait du terrain sur la nuit, elle découvrait un paysage hivernal somptueux. Cette étendue tranquille, respirait la sérénité. Les collines aux formes douces caressaient les quelques nuages teintés de rose qui dansaient dans le ciel. Des goûtes glacées pendaient aux bouts des branches de boulots. Un petit tintement se faisait entendre pour qui avait l'ouïe fine lorsqu'elles s'entrechoquaient. Tout était figé par le froid et aucun son d'animaux ou d'humains ne lui parvenait. C'était comme si en une nuit, elle avait franchi une porte et s'était retrouvée dans un autre monde. Elle ferma les yeux et profita de la douce chaleur qui lui caressait le visage. Elle vida son esprit et se détendit.
Après un agréable moment relaxant, elle réajusta sa besace sur son épaule, descendit le long du chemin sinuant entre les arbres en faisant quelques glissades et commença la traversée du lac. Le vent venait de se lever et balaya les mèches de cheveux tombées sur son visage. Le froid tentait de lui mordre son minois mais sans y parvenir. Elle continua son chemin inexorablement. Des petits craquements se firent entendre ça et là.
Après avoir parcourut plus de la moitié de la distance, la glace émit un craquement beaucoup plus inquiétant que les précédents. Belle aurait dû avoir peur, mais sans doute à cause de son nouveau statut de Dark One, elle n'y prêta pas attention et continua. Un autre craquement se fit entendre, puis un autre. Soudainement, la glace rompit et la belle se retrouva d'un coup plongée dans l'eau glacée. Elle agita ses bras, tentant de s'agripper mais un nouveau morceau se détacha.
Le lac était loin d'être calme. Une nuée de petites bulles et gouttelettes enveloppèrent le corps de la jeune femme et l'entraînèrent dans les profondeurs. Elle agita ses bras de toutes ses forces et nagea en direction de la lumière, ses joues gonflées d'air. Mais en arrivant en haut, elle fut bloquée par la glace, trop solide à cet endroit-ci. Elle tapa de ses deux poings la surface mais ne parvint pas à créer de fissure. Elle voulut hurler mais ses paroles n'étaient qu'un enchevêtrement de bulles plus ou moins grosses. Elle tourna sur elle-même, ses cheveux suspendus autour d'elle, à la recherche d'une sortie.
- Pourquoi paniques-tu ? demanda Zoso qui flottait dans un nuage de bulles sous la glace.
Le bougre semblait jouer sous l'eau. Il avait les bras et les jambes écartés et tournait sur lui-même, s'amusant comme un enfant, toujours avec son sourire béat.
- Tu es immortelle. Tu te demandes certainement comment te sortir de ce mauvais pas, n'est-ce pas ? Il serait temps de te servir de tes pouvoirs. Pour te téléporter, il te suffit de visualiser l'endroit où tu veux te rendre. Comme tu ne sais pas à quoi ressemble Longbourne, tu peux déjà visualiser la berge opposée de ce lac.
Il avait raison, elle ne pouvait pas mourir, pas ainsi. Mais elle refusait d'utiliser ses pouvoirs. Il était hors de question d'abandonner encore une part de bonté aux Ténèbres. Elle nagea quelques mètres et tapa à nouveau la glace. Sans paniquer, elle recommença plusieurs fois jusqu'à ce qu'elle aperçoive au loin quelque chose de sombre qui plongeait dans l'eau, créant de petites vaguelettes sous la glace.
- Donc, tu préfères te jeter droit dans le piège que te tend tu-ne-sais-quel-être-maléfique plutôt que de te téléporter? Hum… tu dois être le Dark One le plus téméraire! Ou le plus fou.
Encore une fois, il avait raison et cela la faisait intérieurement rager. Elle aurait dû être complètement pétrifiée par la peur car cela faisait déjà plus de deux minutes qu'elle était tombée. Elle tourna le dos à son guide et fit trois grosses brasses en direction de la chose sombre. On aurait dit le doigt d'un géant, ou plus rationnellement, une branche. Comment une branche pouvait-elle se trouver au milieu du lac ? Elle s'approcha, saisit l'objet et sentit que quelque chose lui agrippait la cape derrière son épaule gauche alors que la branche sortait de l'eau. Elle inspira un gros coup en sortant la tête de l'eau. L'air emplit ses poumons et elle semblait revivre. Avant qu'elle ne reprenne ses esprits, elle sentit quelque chose lui attraper les hanches et la tirer complètement hors de l'eau.
- Vas chercher du bois et fais un feu sur la berge ! ordonna une voix masculine qui provenait d'à côté d'elle.
Elle s'appuya sur la glace et tourna la tête, le visage dissimulé derrière ses mèches mouillées.
- Vous allez bien ? demanda-t-il de sa voix inquiète et à la fois tellement rassurante.
A sa vue, elle sursauta et se cacha sous sa cape, espérant qu'il n'avait pas eu le temps de voir son visage de monstre.
- Merci de m'avoir sauvée, dit-elle à travers le tissu.
- Venez, il ne faut pas rester là. La glace peut rompre à tout moment et vous allez mourir de froid.
Il se redressa, s'appuyant sur son bâton et lui tendit sa main crasseuse et osseuse. Elle ferma les yeux se disant que ce n'était pas possible. Pas déjà. Elle n'était pas prête à le rencontrer. Elle ne maîtrisait pas ses pouvoirs.
- Tu aurais dû m'écouter ! rappela Zoso en ricanant.
Il se tenait debout sur la glace, tout sec. S'il n'était pas juste un fantôme, elle le taillerait en pièces avec la dague! Elle refoula cette pensée qui l'horrifia et baissa le regard, toujours en cachant son visage. "Arrêter de penser, sentir les émotions, rassembler l'énergie au centre, visualiser le résultat, libérer la magie." Elle sortit timidement sa main de sous sa cape et sourit. Elle bascula son capuchon et attrapa sa main toujours tendue.
- Je vous remercie, monsieur, dit-elle avec un petit sourire charmeur. Vous m'avez sauvé la vie.
- Je vous en prie, dit-il timidement.
- Je m'appelle Belle.
- Rumplestiltskin.
Même si elle le savait déjà, entendre le son de sa voix lui réchauffait le cœur. Une larme de joie perlait au coin de son œil et brillait tel un diamant éclairé par le soleil. Elle avait une forte envie de le serrer dans ses bras et de l'embrasser mais c'était trop tôt. Il ne la connaissait pas encore et risquait de la rejeter. Il la regardait de ses yeux bruns profonds, dissimulés partiellement dernière des mèches trop longues en pagaille. Son visage était creusé et abîmé par la dureté de la vie de cette époque. Il portait des guenilles sales qui ne devaient pas vraiment protéger sa frêle silhouette du froid. Alors qu'ils se fixaient en silence, il perdit petit à petit son sourire et sa bouche s'entrouvrit. Son regard se remplit d'effroi. Il était tellement effrayé que ses cheveux et tout son corps se mirent à trembler.
- Vous… vous êtes une sorcière ! articula-t-il péniblement, s'appuyant sur son bâton pour reculer.
Belle paniqua. Elle n'avait sans doute pas réussi à maintenir son apparence passée, perturbée par la présence de son mari. Elle jeta un rapide coup d'œil et vit qu'effectivement, sa main était à nouveau dorée. Au premier abord, elle ne sut comment faire pour le figer afin de se laisser un peu de temps pour trouver une solution. Ses pensées embrouillées parcoururent les méandres de son esprit à présent corrompu. Elle cherchait les bribes de souvenirs de Zoso et de ses enseignements. Elle ferma les yeux pour se forcer à se souvenir. Soudain, elle fit un mouvement comme son guide lui avait montré mais sa main, en heurtant Rumplestiltskin, le déséquilibra et il tomba en arrière dans l'eau glacée.
- Bravo Dark One ! Voici comment on élimine une personne gênante, commenta Zoso en ricanant.
- A l'aide !... je ne sais pas… nager ! appela Rumple à chaque fois qu'il parvenait à sortir sa tête de l'eau.
Il tentait en vain de s'accrocher à la glace avec ses ongles dans des gestes saccadés. Ses mains n'arrêtaient pas de glisser et il retombait à chaque fois dans l'eau.
- Aide-moi ! Il ne doit pas mourir ! C'est lui que je cherche ! cria-t-elle en paniquant, accroupie sur la glace et tendant sa main qu'il ne parvenait pas à attraper.
Au lieu de lui fournir l'aide demandée, Zoso se délecta du spectacle. La pauvre sotte ne gérait absolument pas la situation. Les Ténèbres en elle lui ordonnèrent de le laisser se noyer alors que sa part de lumière lui disait de le sortir de ce mauvais pas au plus vite. Et pour ne rien arranger, le jeune garçon était ressortit de la forêt, courant sur la glace.
- Papa ! hurla-t-il.
- Fixe-le de ton regard perçant, monte ta main et fige-le, ordonna Zoso.
Elle suivit ses conseilles et sitôt le petit figé, qu'elle attrapa le père qui commençait à s'enfoncer dans l'eau sombre par le col et l'aida à sortir. Il haleta bruyamment et cracha l'eau glacée qui encombrait ses poumons. Il resta un moment, sur le dos, à regarder le ciel en se demandant probablement s'il était mort.
- Est-ce que ça va ? demanda Belle en se mordant la lèvre, pleine de culpabilité.
Elle n'avait vraiment pas assuré.
- Je… je crois, répondit-il en toussant.
Il tourna lentement la tête dans sa direction et en la voyant, il s'agita sur la glace. Belle prit une grande inspiration et le figea à son tour.
- Tu es un piètre guide ! lança-t-elle.
- Dois-je te rappeler que c'est toi qui ne voulais pas que je t'apprenne à te servir de tes pouvoirs. Que vas-tu faire à présent? Il sait que tu as des pouvoirs magiques et à sa tête, je ne pense pas que ton plan va réussir.
- Arrête de ricaner tout le temps ! Je sais que j'ai fait une erreur. Apprends-moi à effacer ses souvenirs. Mais pas tout, juste les cinq dernières minutes, supplia-t-elle.
Une fois tout revenu dans l'ordre, elle annula le sort qui les figeait. Le garçon se remit à courir dans leur direction, complètement affolé. En arrivant près d'eux, il se jeta au sol et glissa jusqu'à son père.
- Tout va bien, mon fils. Ne t'inquiète pas, répondit-il en tremblotant.
Belle se leva et l'aida en le soutenant sous le bras, alors qu'il s'appuyait sur son bâton avec sa main droite.
- Il faut qu'on l'amène au plus vite vers le feu avant qu'il soit en hypothermie, annonça-t-elle au jeune garçon.
Quand ils arrivèrent vers le feu sous les sapins, Belle lui ôta sa cape détrempée et demanda à Baelfire de lui céder la sienne. Elle lui demanda également de le frotter vigoureusement pour ne pas que le froid l'engourdisse. Prétextant d'aller rechercher du bois pour ne pas que le feu ne meurt, elle s'éloigna pour demander de l'aider à son guide.
- Que dois-je faire ? demanda Belle en panique.
- Laisse-les et pars, conseilla Zoso en appuyant sur ses mots.
- Jamais ! Je dois les protéger. Hordor et ses hommes vont venir pour prendre Baelfire. Et… et Rumple ne pourra pas le sauver car je suis le Dark One.
- Laisse-le te tuer si tu ne t'en sens pas capable, lâcha-t-il alors qu'elle se figeait. Ce pouvoir est trop grand pour toi. Passe ton tour.
- Non !
- Je sais pourquoi tu ne m'écoute pas.
- Parce que tu veux que je sombre ou que je meurs ! rétorqua-t-elle, les bras croisés.
Elle voulait lui montrer qu'il pouvait ricaner tant qu'il voulait, la tenter par tous les moyens, jamais elle ne céderait. Mais soudain, il fit quelque chose de complètement inattendu. Belle en eut le souffle coupé et resta bouche bée. Zoso avait disparut et elle était maintenant face à une silhouette qu'elle connaissait bien. Il était chaussé de longues bottes lacées, portait un pantalon en cuir qui lui moulait les cuisses et les fesses, une chemise orangée aux manches amples laissant deviner son torse et surmontée d'un gilet en cuir de crocodile. Son cou était délicatement protégé par une écharpe en soie, fermée par une broche en or. Son visage était encadré par des cheveux mi-longs gris ondulés. Il la fixait de ses yeux reptiliens avec un petit sourire en coin.
- Rumple ? C… Comment est-ce possible ? se demanda-t-elle interloquée.
- Eh oui, dearie. C'est bien moi.
- Mais… mais tu n'as jamais été Dark One !
- Dans ce monde-ci, à cette époque-ci.
- Est-ce que tu veux dire que tu viens du futur ?
- Décidément, tu ne comprends rien. Je viens de ton esprit !
Elle secoua la tête. Non, ce n'était pas possible. Rumple n'avait jamais été Dark One… à moins que… Elle frissonna à l'idée que le Dark One fouille tous ses souvenirs et s'en serve contre elle.
- Vas-tu m'écouter à présent ? demanda-t-il, un sourire aux coins des lèvres et la tête légèrement inclinée.
Belle pressa ses lèvres roses l'une contre l'autre. Ce guide l'agaçait mais il avait raison. Elle devait se reprendre et accepter ses pouvoirs afin d'éviter une nouvelle catastrophe. Si Rumple la tuait, il perdrait Baelfire et ne connaîtrait jamais l'amour véritable. Non, elle ne pouvait le lui en priver. C'est plus déterminée qu'avant qu'elle revint près du feu et demanda au garçon de les conduire chez eux.
- Non… murmura Rumplestiltskin qui tremblotait et s'agrippait à la cape. Il faut fuir.
- Vous n'êtes pas en état de fuir, répondit la brune. Je vais vous aider. Et je vous protégerai. Je vous donne ma parole.
Ils avaient quitté le lac depuis de nombreuses heures déjà. A Longbourne, ils s'étaient quelque peu réchauffés à la Taverne du Poney Fringant avant de poursuivre leur route. A mesure qu'ils s'approchaient de la plaine, la neige faisait place à un paysage beaucoup plus sombre où les arbres étaient dénudés et où le sol boueux était marqué par le passage de chaque voyageur et de chaque carrosse. Leur avancée était très lente. Leurs chaussures avaient des difficultés à s'extraire de cette masse lourde comme si des mains invisibles venant des enfers tentaient des les attirer vers les profondeurs. Belle soutenait le tisserand à gauche pendant qu'il s'appuyait fortement sur son bâton de sa main droite. Baelfire marchait silencieusement à côté d'eux, une lanterne à la main, en jetant de temps à autre un œil en direction de son père qui se plaignait de plus en plus du froid et de la pénibilité du voyage.
- J'ai besoin d'une pause, supplia Rumplestiltskin.
- Il y a une souche là-bas, dit Belle en la lui montrant.
Il leva la tête et la distance, même modeste, lui sembla insurmontable. Le désespoir envahit son regard et il pinça ses lèvres, sentant les larmes monter.
- Tu dis que tu l'aimes mais là, tu vas plutôt le tuer, dit Rumple en narguant la belle de son rire aigu. Utilise tes pouvoirs.
- Jamais !
- A qui parlez-vous ? demanda Rumplestiltskin, surpris qu'elle hausse pareillement le ton sans raison apparente.
- Je suis désolée. La fatigue me gagne également, mentit-elle en jetant un regard noir à son guide qui s'amusait de la situation.
Soudainement, Rumplestiltskin tomba à genoux, les mains dans la terre molle et collante, et le visage caché par ses mèches. Tout son corps tremblait de froid et de fatigue.
- Bae… souffla-t-il.
- Papa ! s'écria le garçon en se jetant à ses pieds.
Il prit son fils dans ses bras et entre deux larmes lui dit qu'il était désolé de ne pas avoir la force de le protéger.
- Lève-toi ! ordonna-t-il. Je sais que tu peux le faire.
- Je ne suis qu'un lâche. Je… je dois t'abandonner. Vas te mettre à l'abri.
- Papa ! Non, tu dis n'importe quoi ! On restera toujours ensemble.
- Je n'ai plus la force de continuer, admit-il en sanglotant.
- Votre fils a raison. Levez-vous.
- Vous ne comprenez pas, c'est terminé pour moi.
- Je vais vous porter, proposait-elle.
- Vous êtes gentille mais je ne peux pas accepter. Et je suis trop lourd pour vous.
- Vous plaisantez ? Vous êtes si chétif qu'un enfant de douze ans est plus lourd que vous. Je suis…
Elle s'arrêta un instant, réfléchissant à un mensonge. Bien évidemment, elle ne pouvait pas dire que grâce à ses pouvoirs, elle pouvait même porter un géant.
- Je suis une guerrière.
- Vous avez déserté ? demanda Rumplestiltskin qui refusait toujours de se mettre sur ses deux pieds.
- Je vous raconterai mon histoire quand on sera arrivé. Marché conclu ? dit-elle en lui tendant la main.
Il hésita un instant, regardant Baelfire comme pour lui demander son avis. L'enfant fit un mouvement discret de la tête et il attrapa la main tendue de la mystérieuse femme qui lui fit un large sourire.
- Passez votre bras derrière ma nuque et laissez-vous faire, expliqua-t-elle avec douceur.
Elle fléchit les genoux et mit sa main gauche sous ceux du tisserand. Une fois dans ses bras, il se cacha du mieux possible sous sa cape. Il sentait la honte l'envahir. Il espérait que personne de son village ne le verrait dans cette position si embarrassante. Mais s'il voulait survivre à la nuit glaciale qui s'installait lentement, il n'avait guère le choix.
Belle repensa à sa période au Dark Castle. Et plus précisément au jour où elle était montée sur la grande échelle pour comprendre pourquoi les rideaux ne s'ouvraient pas. Les journées étaient de plus en plus belles et elle trouvait dommage que le grand salon soit toujours plongé dans une sinistre obscurité. Son maître était comme à son habitude à son rouet et elle en avait profité pour lui demander pourquoi il filait si souvent. « Pour oublier », lui avait-il répondu. Et quand elle le questionna sur le maux qu'il tenait d'oublier, il rit en disant que ça fonctionnait. Il ne se souvenait plus. Elle avait aussi ri. Il avait la réputation d'être la personne la plus intraitable du royaume et pourtant, il n'était pas dénué d'humour. Mais en la voyant sur cette échelle, il se leva et alla voir ce qu'elle faisait. Elle tira à plusieurs reprises sur le tissu qu'il avait cousu pour les ouvrir. Mais soudainement, elle chuta et se retrouva dans ses bras. Elle se souvint du sentiment de sécurité qu'elle avait ressenti à ce moment-ci. Elle espéra de tout cœur qu'il en était de même pour le tisserand.
Ils avançaient lentement dans l'obscurité silencieuse, parfois brisée par le hululement d'un hibou. Les bottes de Belle s'enfonçaient profondément dans la boue collante, lui demandant un gros effort pour continuer leur périple. Elle sentait la douce chaleur émise par le corps de celui qu'elle aimait plus que tout au monde. Sa tête était appuyée contre sa poitrine et son nez touchait un de ses seins, l'endroit le plus réconfortant pour tout un chacun. Il renvoyait à des souvenirs d'enfance dont seul le subconscient en avait connaissance. Mais elle sentait également qu'il tremblait.
- Ne t'endors pas, murmura-t-elle en baissant le menton, pour être au plus près de son oreille. Pense à ton fils. Il a besoin de toi.
Ils arrivèrent dans le petit village tard dans la nuit. Les quelques habitants encore dehors furent étonnés de voir une femme de petite taille porter le lâche du village comme on porterait un enfant. Aucun regard, aucun mot ne furent échangés. Belle savait à quel point ces gens le méprisaient et elle ne voulait pas se mettre en colère. Le risque de perdre le contrôle était trop grand. Baelfire qui marchait devant eux, ouvrit le rideau de jute qui faisait office de porte. Dans la petite chaumière humide et froide, Baelfire alluma le feu dans la cheminée en soufflait sur la paille qui s'embrasa. Il souffla encore et encore jusqu'à ce que les bûches commencent à se consumer. L'écorce se mit à craquer et la fumée s'engouffra dans le conduit de pierre. Pendant ce temps, Belle coucha Rumplestiltskin dans son lit. Sa peau était glacée, ses lèvres bleutées et il peinait à garder les yeux ouverts. Il avait lutté pendant tout le voyage et là ses forces l'abandonnaient.
- Vous êtes en sécurité, murmura-t-elle en lui dégageant une mèche à moitié gelée sur son visage.
- Ils vont revenir… souffla-t-il. Partez.
- Personne ne prendra votre fils, dit-elle à voix très basse.
- C…comment… le savez-vous ?
- Reposez-vous, dit-elle. Vous devez reprendre des forces.
Il la contempla silencieusement pendant quelques minutes. Il était loin d'être insensible à la douceur et à la beauté de son visage. Elle semblait si irréelle et pourtant, elle l'avait vaillamment porté jusque chez lui. Était-elle un ange ? Il se demandait s'il n'avait pas perdu la vie, noyé dans ce lac et qu'il se trouvait à présent au paradis. Sa vision se troubla petit à petit et l'image angélique de cette femme aux yeux bleus disparut. Il ferma lentement ses paupières et laissa la fatigue l'emporter.
- Il va s'en sortir ? demanda le garçon avec une pointe d'inquiétude dans la voix quand Belle eut couvert le corps de son père de son épaisse couverture en peau de mouton.
- Oui, j'en suis sûre, répondit-elle, toujours en regardant celui qui l'avait sauvée.
Elle alluma une bougie qu'elle glissa dans une lanterne et la posa sur un tabouret qui faisait office de table de nuit. Elle alla s'asseoir près du feu et regarda ce fils que Rumple avait mis 300 ans à retrouver. Bien sûr elle connaissait Neal, mais lorsque Rumple parlait de son petit Baelfire, c'était l'enfant qu'elle avait en face d'elle dont il parlait. Celui qui l'aimait plus que tout au monde. Celui qui était prêt à tout quitter pour vivre heureux dans un monde sans magie.
- Dis-moi, que faisiez-vous sur ce lac?
- Papa voulait qu'on fuie.
- Fuir la guerre ?
- Non, il ne voulait pas que j'aille me battre. Pourtant, si c'est ce que la loi me dit de faire, je le ferai. Je n'ai pas peur.
- Je suis certaine que tu es très courageux mais la guerre est horrible. C'est la mort qui t'attend là-bas.
- Je pendrai une épée et je battrai ces monstres !
- Oh Bealfire…
- Comment connaissez-vous mon nom ? lança-t-il en sautant du banc.
- Je… ton père me l'a dit, répondit-elle avant de se mordre la lèvre.
Ce n'était pas vraiment un mensonge mais Belle se dit qu'elle devait être plus prudente.
- Je m'appelle Belle.
- Enchanté. Je pense que papa serait d'accord pour que vous restiez.
- Ton père a un grand cœur, dit-elle avec un sourire chaleureux.
- C'est normal. Vous l'avez sauvé.
- Il est tard mon garçon, tu devrais aller dormir.
Belle les veilla toute la nuit. Elle entretenait également le feu afin de tempérer la pièce unique ne chute pas. De temps à autre, elle sortait pour sentir la froidure de la nuit. Elle réalisa à quel point son ouïe était plus fine. Malgré le silence apparent, elle pouvait entendre les battements d'ailes des hiboux au loin et le craquement des branches sous les pattes des renards. Elle ne décela cependant aucun grondement d'ogre ni de cavalcade ce qui était rassurant. De retour à l'intérieur, elle s'assit sur le lit de celui qui était son mari dans l'autre monde. Elle posa délicatement le dos de sa main sur son front qui était fiévreux.
- Je suis désolée, confia-t-elle dans un murmure.
- Tu vas trouver que je me répète, dit son guide en la faisant sursauter. Mais si tu veux le sauver, tu devras utiliser ta magie.
- Et offrir mon âme aux Ténèbres ? C'est hors de question. Je trouverai un autre moyen.
- Comme tu veux. Mais sache que tant que tes pouvoirs seront hors de contrôle, tu risques de faire l'opposé de ce que tu souhaites, expliqua-t-il en imageant ses paroles de ses mains.
Rumplestiltskin marmonna quelque chose d'inaudible et Belle détourna son attention sur lui. Il était certainement en plein rêve. Ou peut-être cauchemardait-il. Il s'agita un peu plus et lui heurta la cuisse avec sa main. Ce contact le sortit de son rêve en sursaut. Il était en sueur et haletait.
- Tout va bien. Vous êtes chez vous, rassura Belle qui ne pouvait s'empêcher de lui sourire. Ce n'était qu'un mauvais rêve. Rendormez-vous.
- Que… que faites-vous… sur mon lit ? demanda-t-il, perplexe.
- Je veille sur vous. Vous avez un peu de fièvre à présent, dit-elle en trempant un torchon dans un baquet d'eau et le passant délicatement sur son visage et son torse couverts de saletés et de gouttes de sueur.
Dans le silence de la nuit que seul le crépitement du feu brisait, le tisserand observait la femme à moitié dans son lit. Ses boucles brunes tombaient gracieusement le long de sa poitrine à peine dévoilée par son corset. Son sourire était aussi apaisant que celui d'une maman et son regard velouté se voulait rassurant. Ses gestes lents sur sa peau étaient de douces caresses. Des petits frissons lui parcoururent la nuque telle une armée lancée à l'assaut d'un château fort. Il sentit une douce chaleur l'envahir. Cela faisait des années qu'il n'avait plus rien ressenti de tel. Il était face à un ange, il n'y avait pas de doute. La fatigue l'engourdit à nouveau et ses paupières devinrent lourdes. Trop lourdes pour continuer ce rêve éveillé. Il ne pouvait pas gagner cette bataille.
Elle aurait tant voulu lui déposer un tendre baiser sur le front, mais en son for intérieur, elle savait que ce n'était pas une bonne idée. Elle préféra l'observer en silence. La lueur de la lune, filtrée par les rideaux de paille, adoucissait les traits de son visage souffrant. Il ouvrit légèrement la bouche, laissant un timide sifflement s'échapper. Elle prit sa cape qui était restée sur le banc près de la cheminée et en sortit la perce-neige de la poche intérieur. Elle l'embrassa affectueusement et la glissa sous l'oreiller.
- Rien ne t'arrivera, promit-elle.
J'espère que ce chapitre vous aura plu!
