Hello les Oncers!

Merci beaucoup pour vos commentaires :) ça fait toujours plaisir à lire et ça m'encourage à poursuivre l'écriture.

J'ai eu beaucoup de plaisir à écrire ce chapitre qui développe les relations Belle/Rumple, Rumple/Bae et Belle/Bae dans ce monde hostile. J'espère que vous allez aimer :)

Bonne lecture!


Chapitre 6

Le lendemain, Baelfire s'étira dans son lit et bâilla. Les rayons du soleil qui passaient par la petite fenêtre l'éblouirent. Il s'assit dans son lit, les cheveux en bataille et cligna des yeux.

- Bien dormi ? dit Belle en entrant dans la maisonnette avec un panier sous le bras.

- Je crois, oui, répondit-il toujours en clignant des yeux.

- J'ai apporté le petit déjeuner, annonça-t-elle avec un sourire.

Mais le garçonnet ne répondit pas. Il se glissa hors de son lit et alla voir son père qui dormait toujours.

- Papa, dit-il en lui secouant légèrement l'épaule.

Belle perdit son sourire quand elle vit qu'il ne réagissait pas aux appels répétés de son fils. Un sentiment de crainte l'envahit lorsqu'elle vit que la perce-neige jonchait le sol au milieu de centaines de fétus de paille. Elle posa son panier et s'approcha, ne sachant trop que faire. Elle était figée telle une poupée de cire, espérant voir une réaction de la part de son époux.

- Laisse-moi tranquille… marmonna Rumple entre ses dents sans ouvrir les yeux, mais en se tournant contre le mur et en s'enroulant dans la couverture.

- Oh Papa !

Baelfire lui sauta dessus et lui fit un gros câlin. Belle se sentit soulagée et un sourire réconfortant naquit sur son visage angélique. Rumple avait l'impression d'être encore dans le coton. Sa tête le faisait souffrir comme si un bébé dragon trop à l'étroit allait sortir de sa boîte crânienne et s'envoler. Il regardait son fils en plissant les yeux, le soleil se réfléchissant sur sa peau juvénile. Il posa délicatement sa main sur sa joue et lui dit à quel point il l'aimait.

Belle les laissa profiter de ce moment pendant qu'elle préparait les œufs qu'elle avait achetés à la voisine, dans l'unique casserole en fonte. Les petits rires de Baelfire et les mots doux de Rumplestiltskin lui réchauffaient le cœur. Malgré ce moment de sérénité, elle devait également rester concentrée afin de conserver son apparence. L'épisode du lac lui avait bien démontré que Rumple n'était pas prêt à la voir telle qu'elle était.

- Comment vous sentez-vous ?demanda-t-elle en l'observant depuis le foyer.

- Vivant, articula-t-il avec difficulté.

Sa gorge le faisait souffrir et sa voix s'étranglait. Il toussa pour s'éclaircir le passage et observa celle qui l'avait sauvée. Elle portait une robe longue en lin de couleur bleu qui s'accordait parfaitement avec ses yeux. Ses bottes en cuir sombre étaient lacées, probablement jusqu'au genou. Ses belles boucles brunes descendaient gracieusement le long de ses délicates épaules pour aller caresser ses seins, camouflés dans un corset bien serré. Elle se tenait droite et semblait être une vraie lady. Elle ne pouvait retenir un sourire chaleureux en plongeant ses yeux dans les siens, couleur caramel. Il se passa rapidement la main dans ses cheveux grisonnants en bataille. L'angoisse le prit aux tripes. Comment cette femme distinguée pouvait-être le regarder ainsi, lui qui n'avait jamais été beau ni physiquement ni moralement. Il ne put soutenir son regard. Il attrapa un large pull en maille qu'il enfila par-dessus ses guenilles pour se protéger des courants d'air mais aussi du regard de cette femme.

Rumplestiltskin pouvait parfois être très borné. Il refusa de prendre son petit déjeuner tant que son fils ne serait pas rassasié. Son comportement lui ouvrit encore un peu plus les yeux sur la dure réalité de la vie à cette époque. Il se privait volontairement de manger afin de s'assurer que son fils puisse vivre. Mais en agissant ainsi, c'était lui qu'il était en train de tuer.

- Il y en a assez pour tout le monde, assura-t-elle en montrant ce qui restait dans la casserole. Mangez pendant que c'est chaud.

Sans un mot, il prit son assiette, fuyant son regard, comme un enfant qui venait de se faire gronder par la maîtresse d'école. Elle eut un petit sourire, car elle savait que c'était sa façon à lui de dire qu'elle avait raison. Le bruit de sabots claquant dans la boue et des cris d'effroi de villageoises brisèrent la quiétude de cette matinée ensoleillée. Baelfire se rendit prudemment vers la sortie et déplaça un peu le rideau pour voir ce qui se passait. Belle jeta un rapide coup d'œil et reconnut les ennuis.

- Que se passe-t-il ? demanda Rumplestiltskin depuis le fond de la maisonnette.

- Restez à l'intérieur. Je vais voir ce qui se passe, annonça-t-elle en attrapant sa cape, le visage fermé.

A l'extérieur, elle couvrit ses cheveux de son capuchon et s'approcha à distance respectable des cavaliers, la tête basse. Elle reconnut immédiatement celui qui était sur le grand cheval noir. Son visage encore tuméfié était complètement déformé à gauche. La murène du serre-livre avait fait ressortir toute la laideur de cet être abject à l'âme encore plus noire que celle du dieu des Enfers lui-même.

- Oyez brave gens. Nous sommes à la recherche d'une vile créature, dit-il à voix haute pour que toute l'assemblée l'entende. Sur ce parchemin se trouve le portrait d'une femme extrêmement dangereuse avec des yeux bleus aussi beaux que fourbes. La Veuve Noire ! C'est elle qui m'a fait ceci !

Il montra son crâne défoncé du doigt, dévisageant chaque personne avec ses yeux remplis de haine et de mépris. Les paysans eurent un mouvement de recul.

- Elle est aussi grande que toi, dit-il en pointant une jeune femme du doigt. Ôte ta coiffe et lève la tête que je t'observe.

La jeune fille avec de longues nattes rousses et les joues roses s'approcha timidement sous le regard hautain du chevalier et de ses hommes. Elle enleva son étole et redressa la tête. Son visage couvert de crasse était fin et élégant. Dans d'autres circonstances, elle aurait pu être une très jolie femme. Sa robe bordeaux trop large, agrémentée d'un tablier en lin tombait jusqu'à ses délicates chevilles. Ses pieds étaient chaussés de sabots, trop grands pour elle. Hordor la dévisagea, se dandinant sur sa selle en cuir qui grinça.

- Ce n'est pas toi. Tu auras la vive sauve ! dit-il en rigolant comme s'il lui faisait une faveur. Celui ou celle qui nous permettra de la capturer recevra une récompense de dix pièces d'or !

Les villageois réagirent à cette annonce en babillant à voix basse.

- Mais si vous la cachez, menaça-t-il en levant l'indexe, vous serez brûlé vif !

Il balança sa tête en arrière et rit à gorge déployée. Belle serra son poing et n'avait qu'une envie : lui arracher la langue pour le faire taire, lui trancher les mains pour qu'il ne prenne plus d'enfant pour aller guerroyer et lui crever les yeux pour qu'il ne puisse plus terroriser les foules.

- Tu as de brillantes idées ! souleva son guide en la regardant.

Elle eut honte. Comment une gentille fille, douce et juste comme elle pouvait avoir de telles pensées ? Une personne cria au feu et la foule se mut dans le désordre le plus complet. Les plus faibles se firent bousculer et tombèrent dans la boue alors que d'autres coururent au puits pour remplir des seaux d'eau. Certains rentraient chez eux et revirent avec des couvertures pour éteindre le feu qui avait pris dans un tas de foin.

- Maintenant, tu sais comment semer le chaos ! complimenta Rumple en gloussant et en se tortillant dans son pantalon en cuir.

Elle se pinça les lèvres et tenta de retenir la colère qui grondait toujours en elle. Jamais avant de devenir Dark One, elle n'avait autant ressenti la puissance de ses sentiments. Elle avait bien sûr déjà été en colère mais jamais elle n'aurait pensé à assassiner quelqu'un ou à bouter le feu. Elle réalisa que cette malédiction se nourrissait notamment de ses craintes et de ses colères. Elle devait absolument apprendre à se maîtriser sinon elle deviendrait l'arme absolue du Mal.

Elle se cacha derrière le mur de la maisonnette de Rumplestiltskin et fixa le brasier. Elle plissa les yeux, tendit la main droite et referma doucement ses doigts. Les flammes diminuèrent de taille en rythme jusqu'à disparaître comme par enchantement. Les habitants se félicitèrent d'avoir maîtrisé le sinistre, alors qu'un des hommes d'Hordor clouait le portrait de Belle avec la récompense contre un tronc.

- Petite devinette.

Belle sursauta en entendant la voix de son guide qui était à califourchon sur une barrière comme s'il montait un cheval.

- Qu'est-ce qui est plus dangereux qu'un dragon en furie, un volcan en éruption ou la folie d'Hordor ?

Elle lui tourna le dos, ne jugeant pas utile de lui répondre. Mais voyant qu'elle préférait fuir, il apparut face à elle.

- Tu ne sais pas ? Un Dark One qui ne maîtrise pas ses pouvoirs, dit-il l'air grave en serrant les dents.

- Je vais juste apprendre à maîtriser mes sentiments car je n'ai pas besoin de ces pouvoirs.

- Mais alors, lâcha-t-il en écartant les bras, pourquoi as-tu voulu devenir le Dark One ?

- Pour que personne n'utilise ces pouvoirs à mauvais escient.

- Même lui ? demanda-t-il en pointant la maisonnette de son index.

Elle frissonna en pensant que le Dark One avait investi chaque parcelle de son corps et de son âme. Elle ne pouvait rien lui cacher et n'avait plus aucune intimité. Plus aucun de ses souvenirs ne lui appartenait. Elle jeta un rapide coup d'œil à la petite maison en se rappelant son objectif. Elle devait absolument rompre cette malédiction avant de perdre complètement le contrôle.

Une fois les cavaliers partit placarder leurs affiches dans un autre village, elle s'approcha lentement de l'arbre et jeta un bref coup d'œil à la pancarte. Heureusement pour elle, le dessin n'était pas très ressemblant. Ses yeux étaient trop grands, son nez trop gros et sa bouche de travers. Elle eut un petit sourire moqueur. Si c'était ainsi qu'Hordor se la remémorait, elle n'avait pas grand-chose à craindre ! Personne ne la reconnaîtrait avec une telle représentation. La Veuve Noire. Elle ne put s'empêcher de sourire en lisant ce nom. D'une certaine manière, il correspondait à ce qu'elle était devenue. Encore une fois, elle secoua la tête afin de chasser les Ténèbres de son esprit. Elle devait reprendre le contrôle.

- Qui ont-ils emmené ? demanda Rumplestiltskin lorsque Bae rabattit le rideau.

- Personne. Tu crois qu'on est sauf ?

- Non mon fils. Je crois que ce n'est qu'un répit. Ils voulaient certainement quelque chose d'autre. Mais peu importe. Il faut te mettre à l'abri.

- Je ne veux pas te quitter.

- Je te promets que tout ira bien, dit-il en se levant et en allant à son rouet.

Il prit de la laine de son panier et installa le fil d'un geste habile qu'il avait répété tant de fois. La roue se mit en mouvement dans un léger grincement. Baelfire prit une couverture sur le lit et la déposa sur les épaules de son père.

- Merci, répondit-il en toussant.

Puis, il fut pris d'une violente quinte de toux et se tapa la poitrine avec sa main gauche alors qu'il couvrait sa bouche avec son autre main.

- Qu'est-ce qui t'arrive ? demanda le jeune garçon avec inquiétude.

- Tout va bien, rassura-t-il sitôt sa toux calmée. Vas jouer avec tes amis. Et couvre-toi bien !

Il hésita une seconde. Quand son père lui donnait un ordre, ce n'était jamais bon signe. Il l'observa un instant en silence. Il avait les épaules en avant sur son tabouret et son dos était aussi voûté que le plafond d'une église. Ce n'était guère étonnant qu'il se plaigne souvent de douleurs dorsales. N'entendant pas le bruit de sa cape se diriger vers la sortie, Rumplestiltskin se retourna et jeta un regard à son fils toujours là à l'observer. Il lui demanda silencieusement ce qu'il faisait encore à l'intérieur. Le jeune garçon baissa le regard, soupira et sortit.

- Comment va-t-il ? demanda Belle qui était sur le point d'entrer dans la maisonnette.

- Je ne sais pas trop, confia le jeune garçon. Sa toux m'inquiète. Mademoiselle Huguette est morte de la toux au début de l'hiver.

- Ne t'inquiète pas, dit-elle en le prenant dans ses bras afin de le réconforter. Il ne va pas mourir.

Baelfire trouvait cette femme bien intrigante. Pourquoi avait-elle décidé de rester avec eux ? Et pourquoi donc se comportait-elle de manière si familière ? Et comment pouvait-elle assurer que son père ne mourrait pas ? Était-elle une fée ?

- Y a-t-il un druide dans ce village ? demanda-t-elle avec douceur.

- Non, mais il y en a un dans le village suivant, répondit-il en pointant le chemin du doigt. Il est juste derrière la forêt. Mais faites attention, parfois, il y a des brigands.

- Que veulent-ils ? s'informa-t-elle.

- De l'argent ou des objets de valeurs. Et si tu n'as rien, ils te frappent.

Le sang de Belle ne fit qu'un tour. Elle comprit en lisant l'expression sur le visage de Baelfire, qu'ils avaient déjà eu affaire à ces personnes malfaisantes. A nouveau, elle sentit sa colère gronder en elle. Elle serra les poings et tenta de se maîtriser pour ne pas bouter le feu à un autre tas de foin.

- Je compte sur toi pour veiller sur ton père. Il faut qu'il reste au chaud, qu'il boive du thé et mange un peu.

- Et si les soldats reviennent ? demanda-t-il inquiet.

- Prononce mon nom trois fois.

Elle le regardait avec un tendre sourire alors qu'il fronçait les sourcils. Comment l'appeler trois fois pouvait-il l'aider ? Plus les heures passaient et plus cette jeune femme devenait intrigante. Il la regarda s'éloigner avant de décider de retourner à l'intérieur.

- Je t'avais dit d'aller jouer, réprimanda Rumplestiltskin sans lever les yeux de son ouvrage.

Baelfire ne répondit rien et s'assit en face de son père.

- Tu la connais ? demanda-t-il.

- Belle ? Non, je ne crois pas.

- Pourtant, on dirait qu'elle nous connaît. Tu ne trouves pas cela étrange ?

- Je ne sais pas. Oui, peut-être, répondit-il, toujours absorbé par son travail.

- Est-ce que tu l'aimes ?

A ces mots, il leva la tête et regarda son fils.

- Tu me déconcentres. Vas jouer dehors.

Le jeune garçon obéit en silence. Mais malgré le ton employé, il eut un petit sourire. De son côté, Rumplestiltskin s'en voulait. Il n'était pas dans ses habitudes de parler ainsi à son cher fils. Mais quelque chose avait changé. Il avait l'impression de ne plus être complètement lui-même. Il était perturbé.


En quittant le village, Belle reprit son apparence de Dark One, le capuchon couvrant ses cheveux bouclés. Elle marcha d'un pas décidé mais sans courir. Le sentier était cahoteux et ses pieds se tordaient dans ses bottes. D'ailleurs, elle sentait le frottement de la dague contre son mollet droit. La larme ondulée, extrêmement tranchante, lui tailladait la peau. Mais elle n'y prêta pas attention. Elle se soignerait en temps voulu. Elle aurait dû ressentir de la douleur ou du moins des picotements, mais tout ce qu'elle sentait, c'était le mouvement de la lame qui lui rappelait qu'elle était le Dark One et qu'elle devait tout faire pour protéger cette dague. Personne ne devait jamais s'en emparer.

Au plus profond de la forêt, le chemin était barré par trois hommes équipés de bâtons. Le plus grand et le plus gros était devant alors que les deux autres plus petits et plus maigrichons étaient en retrait.

- Arrêtez-vous, ordonna le plus grand qui devait être le meneur, en forçant sa voix pour se donner un côté menaçant.

Elle lui obéit, toujours avec la tête baissée et dans le silence le plus complet.

- Pour passez, vous devez payer, annonça-t-il. Une pièce d'or.

- Non, vous allez me laissez passer sinon vous ne pourrez plus jamais escroquer personne.

Les trois hommes partirent dans un énorme fou rire. Ce petit bout de femme ne manquait pas d'aplomb ! Était-elle courageuse ou inconsciente ? Que comptait-elle faire face aux frères Willibert qui avaient obtenu le droit de passage de nombreux paysans équipés de fourches ?

- Je vous propose un marché, dit-elle, toujours cachée sous son capuchon. Vous me donnez votre cheval et me laissez passer… en échange vos misérables vies seront sauves.

- Elle nous menace ! rétorqua le plus jeune non sans étouffer un petit rire.

- Ça sera 5 pièces d'or ma jolie ! lança le grand bonhomme en s'approchant d'elle à grand pas.

Elle bascula son capuchon et le fixa de ses yeux ambrés. Il se figea dans son élan, ouvrant bêtement sa bouche où il manquait deux dents. Elle leva sa main droite et serra la gorge du petit frère qui étouffa.

- Es-tu certain de refuser ce marché ? insista-t-elle dans le calme absolu.

- Pre… prenez le cheval, milady ! bégaya-t-il en montrant l'équidé attaché à un arbre.

Avant qu'elle ne desserre son étreinte sur le plus jeune, son guide se matérialisa à côté d'elle, la faisant sursauter.

- Donne-leur une leçon, suggéra-t-il.

- Non ! répondit-elle sèchement en fixant le plus grand droit dans les yeux.

- Mais je croyais que vous vouliez le cheval, ajouta-t-il complètement perdu.

- Ils t'ont humiliée et ils vont recommencer. Tu ne veux plus qu'ils arnaquent les pauvres paysans qui passent par cette forêt, n'est-ce pas ? demanda Rumple.

- Ils ont compris, répondit-elle sans détourner son regard.

- Tu leur fais confiance ? pouffa-t-il de rire.

Elle relâcha le petit frère mais au lieu de prendre le cheval et de partir, elle transforma l'aîné en escargot sous les cris d'effroi des deux autres. Elle en fit de même avec le moyen et se dirigea lentement vers le petit qui mouilla son pantalon trop large. En voyant la peur sur sa frimousse de sale gamin, un sourire de satisfaction naquit sur son visage. Elle effleura sa joue de son ongle noir pour sentir la peur de ce garçonnet.

- Maintenant, va cultiver de la salade et laisse les braves gens circuler. Si je te revois brigander, tu rejoindras tes frères. Compris ?

- Ou… oui, milady, prononça-t-il avec difficulté.

- Ce n'est pas milady. C'est Dark One, dit-elle en s'approchant du cheval.

Elle monta sur le hongre brun, lui donna un petit coup de botte dans le flan et partit en direction du village au petit trot.

- Impressionnant, dearie ! commenta son guide qui s'était confortablement installé sur la croupe du cheval. Imagine ce que tu pourrais faire avec tes pouvoirs. Tu pourrais gouverner tout le royaume.

- Ce n'est pas ce que je veux.

- Alors tu préfères laisser des ducs et des roitelets mettre le royaume à feu et à sang, massacrant des enfants dans une guerre perdue d'avance ? Si tu veux vraiment que les injustices cessent il ne te suffira pas seulement de prendre le royaume. Il te faudra également gouverner les sept royaumes magiques. Ainsi, tu seras toute puissante et plus aucun enfant ne souffrira. Plus personne ne sera une menace car personne n'osera contester la suprématie du Dark One.

Son silence le fit sourire légèrement. Il savait qu'il avait touché la corde sensible. Belle serra les dents et poursuivit son voyage. Elle avait à nouveau cédé un part de bonté aux Ténèbres et se jura de ne plus recommencer.

- Tu veux que je devienne un gentil Dark One qui gouverne tous les royaumes ?

- Qui t'as dit d'être gentille ? Tu écraseras tes ennemis, bien sûr, commenta-t-il de sa voix haut perchée.

- Jamais personne ne devra s'emparer des sept royaumes. C'est de la tyrannie.

- Pourquoi n'acceptes-tu pas les Ténèbres? Tu n'aimes pas le pouvoir? s'inquiéta son guide.

- Non.

- Pourtant quand tu as utilisé la magie, j'ai ressenti ta satisfaction.

- Je ne sombrerai pas car j'ai un avantage par rapport aux autres Dark Ones: je sais ce qui arrive quand l'hôte est entièrement consumé. Et je n'ai aucun intérêt à vous faire tous revenir pour semer le chaos.

- Quel est ton but, alors?

- Il est simple. Briser la malédiction.

- Personne ne pourra jamais t'aimer. Tu es un monstre, Belle.

- Je sais que Rumplestiltskin brisera la malédiction.

- Lui? Le boiteux, lâche et peureux, lâcha-t-il dans un éclat de rire. Tu te voiles la face. Il n'aime ta compagnie que parce que tu le protèges.

- C'est faux et je te le prouverai.

Pendant ce temps, Baelfire avait rejoint Morraine, son amie d'enfance. Ils étaient tous les deux assis sur une botte de paille derrière chez elle, à l'abri des regards des autres villageois. Ils voulaient éviter que des rumeurs circulent. Il y en avait déjà suffisamment qui ternissaient l'image de Bae et de son père sans que les railleries touchent la jeune fille et sa famille. Elle tenait ses genoux couverts par sa longue jupe bleue entre ses bras et avait posé sa joue dessus. Une grande cape à capuche brune la protégeait du froid humide. Elle regardait avec tendresse son ami qui lui avait confié ses dernières inquiétudes. Les deux adolescents passaient de nombreuses heures ensemble, à jouer ou à discuter. Mais pour une fois, ils ne parlaient pas de la plus grande menace qui planait sur leurs têtes : celle d'être enrôlé de force.

- Tu ne lui fais pas confiance ? demanda la blondinette qui avait tressé deux mèches et les avait nouées derrière sa tête.

- Je ne sais pas. Toute cette histoire est bizarre. Je ne sais pas pourquoi elle reste. Papa dit toujours qu'il n'y a pas de hasard. Elle est donc là pour une bonne raison. Mais laquelle ?

- Elle est peut-être juste gentille, suggéra-t-elle.

- On n'a rien à lui offrir. On est de pauvres paysans et c'est une guerrière.

- J'ai peut-être une idée, répondit-elle avec un petit sourire.

- Quoi donc ?

- Et si elle était amoureuse de ton père ?

- On ne tombe pas amoureux comme ça ! commenta Bae en agitant ses bras.

- Tu n'as jamais entendu parler du coup de foudre ?

- Je ne crois pas que papa l'aime. Enfin, oui mais comme une amie ou quelque chose comme cela.

- En étais-tu certain ?

Bae réfléchit et secoua la tête. Il ignorait tout de l'amour et de comment se comportaient les grandes personnes quand elles étaient amoureuses. Comment savoir si les gens s'aimaient ? Tout ce qu'il connaissait, c'était l'amour des parents pour leurs enfants. Il l'avait vu à maintes reprises et surtout chez lui. Son père l'aimait de tout son cœur et cet amour était réciproque. Il repensa à la dernière conversation qu'il avait eue avec son père et de comment il l'avait chassé. Et si Morraine avait raison ?

- Je vais rentrer et aider papa à carder la laine lavée, dit-il avant de se lever.


En entendant les sabots d'un cheval marteler le sol, Rumplestiltskin bondit de son lit alors qu'il s'était allongé après avoir filé pendant plus d'une heure.

- Baelfire ! Il faut te cacher, ordonna-t-il en sortant le coffre qui était sous son lit.

Il en sortit hâtivement tous les tissus et incita son fils à y entrer.

- Papa, le coffre est trop petit ! La derrière fois je me suis fait mal aux genoux et à la tête. Depuis, j'ai encore grandi, rappela-t-il douloureusement.

- Ça ne fait rien. Je te soignerai. C'est mieux que de mourir. Entre là-dedans, s'il te plaît, implora-t-il.

Rumplestiltskin sentit la peur le prendre aux tripes. Quelqu'un pénétra dans leur chaumière en faisant voler le rideau qui faisait office de porte. Il se mit devant Baelfire, espérant le cacher derrière sa frêle silhouette. La pression redescendit lorsqu'il vit que ce n'était que Belle qui était revenue, basculant son capuchon.

- J'ai de quoi vous soigner, dit-elle en montrant le bouquet d'herbes qu'elle avait ramené.

- Il y a quelqu'un d'autre, dit-il, toujours paniqué à cause du bruit des sabots.

- Oh, vous parlez du cheval ? C'est le vôtre, annonça-t-elle.

- Le mien ? demanda-t-il, étonné.

- Parfaitement. Ainsi, vous n'aurez plus besoin de marcher pour aller vendre votre laine, répondit-elle avec excitation.

- Comment l'avez-vous eu ?

- Est-ce important ? C'est un cadeau, dit-elle un peu perplexe face à son scepticisme.

- Je ne peux pas accepter, dit-il en secouant la tête. Ramenez ce cheval à son propriétaire.

- C'est impossible. Le marchand est parti. C'est ma façon de vous remercier, insista-t-elle.

- Mais… c'est l'hiver et je n'ai pas de quoi le nourrir.

- Ne vous inquiétez pas. J'ai ramené des bottes de paille.

- Pourquoi voulez-vous m'aider ?

- Vous m'avez sauvé la vie et j'ai failli vous tuer avec ma maladresse. C'est ma manière de vous remercier.

- Vous en avez déjà trop fait.

- Un merci aurait suffit, ajouta-t-elle avec un petit sourire.

Il hésita une seconde, plongeant le regard dans ses mystérieux yeux bleus aussi pur que le ciel de printemps.

- Merci mademoiselle.

- Je vous en prie. Maintenant, occupons-nous de votre toux et de votre fièvre.

Elle prit un bol en bois et y mit les herbes qu'elle broya avec un mortier. Ces dernières craquèrent sous la force qu'elle mettait. Elles disparurent petit à petit pour laisser place à une sorte de bouillie verdâtre.

- Ouvrez votre chemise et allongez-vous sur le dos, demanda-t-elle.

Il hésita un instant. Puis il tira gentiment sur les cordelettes qui fermaient sa chemise beige sale et fatiguée. Il la regarda comme s'il lui demandait silencieusement si elle voulait vraiment qu'il se couche, et elle acquiesça. La lumière qui provenait de la petite fenêtre partiellement obstruée par le rideau de paille faisait encore plus ressortir ses clavicules que d'ordinaire. En s'approchant, Belle réalisa à quel point il devait physiquement souffrir. Son corps semblait être beaucoup plus âgé que ce qu'il n'était. Intérieurement, elle se promit que plus jamais lui ou son fils ne souffrirait.

Rumplestiltskin était nerveux. Il serra la couverture entre ses doigts décharnés. Aucune femme ne l'avait touché depuis le départ de Milah. Il n'y avait rien d'étonnant à cela. Qui aurait voulu s'acoquiner du lâche du village qui n'avait ni terre, ni titre ? Lorsqu'elle le toucha du bout de son indexe, il eut un léger mouvement de recul. Elle fit un petit sourire mais ne dit rien. Sa main s'approcha à nouveau de sa poitrine. Cette fois, il ne contracta qu'un muscle. Ses prunelles chocolat étaient attirées par ses mouvements doux. Elle poursuivit sans discontinuer, voyant sa nervosité faire petit à petit place à de l'apaisement. Une chair de poule naquit et il fut parcourut de petits frissons jusque dans sa nuque.

- Votre main est glacée.

Elle ignora sa remarque, continuant d'étaler la pommade qu'elle avait fabriquée. Le Dark One avait la peau froide. C'était une de ses caractéristiques. Même en changeant son apparence, elle ne pouvait masquer ce détail. Heureusement, Rumplestiltskin ne le savait pas. Elle se pencha un peu au-dessus de lui et une de ses boucles glissa le long de son épaule. Elle toucha la peau de l'homme étendu juste à côté d'elle ce qui le fit frémir.

- Vous… vous m'aviez promis une histoire, rappela Rumplestiltskin, visiblement perturbé par cette présence féminine.

- Ne vous inquiétez pas, répondit-elle en effleurant son pectoral gauche de son indexe. Je n'avais pas oublié…. Et je tiens toujours mes promesses. Fermez les yeux.

Il obéit mais était loin d'être rassuré. Une fois sa tâche terminée, elle déposa le bol sur la table, le couvrit, puis s'assit confortablement à ses côtés sur le lit, prenant une grande inspiration. Allait-elle tout lui dire ou raconter une nouvelle histoire ? Elle se souvenait de l'Univers Alternatif que Rumple avait imaginé où il était un chevalier héroïque et elle, une femme amoureuse, dévouée et attentionnée. Mais elle se souvenait également à quel point ce monde parfait lui avait explosé au visage.

- Il était une fois, dans un grand château, une princesse qui adorait lire des romans de capes et d'épées. Secrètement, elle rêvait d'aventures et d'amour passionné. Mais elle s'ennuyait seule, toute la journée, dit-elle d'une voix très douce.

- Pourquoi s'ennuyait-elle ? demanda-t-il sans ouvrir les yeux.

- Laissez-moi vous conter cette histoire et vous saurez.

- Depuis la mort de sa mère, son père ne voulait plus qu'elle sorte car il ne voulait pas la perdre. De plus, sans lui demander son avis, son père la fiança au fils du comte de la contrée voisine. Ce mariage arrangé allait permettre à son père de bénéficier d'une armée conséquente pour vaincre les ogres. Ce fiancé était grand et bien bâti. Il collectionnait les trophées de chasse ainsi que les conquêtes féminines. Pour lui, une épouse devait être dévouée et tout sacrifier pour lui et ses futurs enfants. Il n'était pas du tout du goût de la princesse. Jamais elle ne donnerait son cœur à quelqu'un d'aussi superficiel. Pour elle, l'amour était un mystère à découvrir.

- L'a-t-elle tout de même épousé ? demanda le tisserand dans un souffle.

- Pensez-vous sincèrement qu'elle avait cédé ? demanda-t-elle avec un sourire au coin des lèvres. La princesse ne supportant plus d'être enfermée, s'enfuit en pleine nuit. Elle partit dans une quête… une quête vouée à l'échec. Elle voulait absolument retrouver les souvenirs de la mort de sa mère. Car elle pensait qu'une fois ses souvenirs retrouvés, elle pourrait avancer. Après de nombreux jours de marche, elle les récupéra sous la forme d'une pierre qu'un troll de pierre lui donna. Mais avant de rentrer, un éclair la fit chuter elle et son amie qui l'accompagnait. La princesse avait un choix à faire : récupérer ses souvenirs ou aider son amie, suspendue dans le vide.

- Vous l'avez sauvée ?

- Non, j'ai fait le mauvais choix.

- Vous ne pouviez pas savoir.

- J'ai sacrifié une vie ! Pour un caillou qui de toute façon est tombé.

- Ce n'est pas parce que vous avez fait un mauvais choix que vous êtes une mauvaise personne, tenta de rassurer Rumplestiltskin en rouvrant les yeux. Au lac, vous avez dit que vous étiez une guerrière.

Elle devait absolument trouvé une histoire crédible. Elle se mordit la lèvre inférieure et les idées s'enchaînèrent à vive allure dans son esprit. Elle devait rapidement procéder à un tri et prendre la moins mauvaise solution.

- Après cet événement, elle n'est pas rentrée chez elle. Et donc, n'épousa pas son fiancé. Elle ne voulait pas salir l'honneur de son père. Imaginez un peu ce que les gens diraient : « la petite princesse chérie est une meurtrière ! »

Il lui saisit le poignet, ce qui la fit sursauter, plantant son regard de braise dans ses yeux bleus.

- Ne vous préoccupez pas des « on dits ». Ce qui compte, c'est ce que vous avez au fond de vous. Et je suis sûr que vous êtes quelqu'un de bien.

- Alors pourquoi les écoutez-vous ?

Cette question, elle avait toujours voulu la lui poser mais elle n'avait jamais trouvé le bon moment. Il se pinça les lèvres et détourna le regard, la fuyant. Après un moment de silence, il inspira profondément et lui répondit.

- Parce que dans mon cas, tout est vrai. Je suis un lâche, dit-il en mettant sa main sur sa poitrine pour donner vie à ses mots. J'ai fui la guerre en me mutilant la jambe.

- Ce n'est pas de la lâcheté. Vous l'avez fait pour votre fils. Parce que vous l'aimez et que vous ne vouliez pas qu'il grandisse sans père.

Il fronça les sourcils et la regarda interrogativement.

- Comment savez-vous tout ceci sur moi ?

- Ouvrez les yeux, dit-elle en illuminant son visage d'un sourire. Il faut être aveugle pour ne pas voir à quel point vous êtes un père protecteur. Vous avez peur qu'il arrive malheur à votre fils alors vous le surprotégez. C'est naturel.

- Comme votre père, ajouta Rumplestiltskin.

- Je regrette d'avoir fui. Car c'est bien plus tard que j'ai compris à quel point il m'aimait.

- Que tentez-vous de me dire ? demanda-t-il en plissant les yeux, faisant ressortir ses rides. Que je vais perdre mon fils ?

Cette phrase l'effraya. Il détourna la tête, écarquilla les yeux et entrouvrit la bouche. C'était une piqûre de rappel de la part du destin. Il se souvenait des mots de la voyante au camp pendant la première guerre des ogres : « Tes actions de demain sur le champ de bataille laisseront ton fils sans père. » Il se demanda si cette mystérieuse femme n'était pas là pour lui rappeler son passé. Ou était-elle cette voyante ?

- Je vous promets que vous ne le perdrez pas.

- Comment peux-tu promettre une chose pareille ? demanda son guide qui avait eu le culot de s'asseoir au pied du lit.

Belle lui lança un regard noir, sans répondre à sa question. Mais il ne disparut pas pour autant. Il semblait être là pour la narguer. Son but était de la faire chuter. Et il trouvait probablement qu'elle s'éloignait trop des tentations qu'il s'évertuait à mettre sur son chemin. Elle mettait aussi les Ténèbres en danger en établissant le contact avec le tisserand.

- J'ai décidé de prendre les armes, continua-t-elle, en voyant toutes les injustices de ce monde.

- Il y en a tellement, murmura Rumplestiltskin qui avait refermé ses yeux. Votre quête est vaine.

- Je vous promets qu'un jour, je mettrai un terme à cette guerre.

- Vous êtes une utopiste. Les héros ne peuvent pas gagner parce que le Mal triche impunément.

- Quand on trouve une cause qui vaut la peine qu'on se batte pour, on n'abandonne pas, lui dit-elle en caressant ses cheveux.

Le sommeil venait de l'emporter. Elle déposa un petit baiser sur son front et resta encore de longues minutes à l'observer. Elle sortit la perce-neige de son corset et la glissa sous l'oreiller. Seul le feu qui craquait dans la cheminée troublait ce moment de quiétude. Baelfire était assis sur la petite chaise en bois et ravivait le feu avec une branche en guise de tisonnier. La princesse d'Avonlea alla le rejoindre.

- J'ai besoin de ton aide, lança-t-elle.

- Moi ?

- Oui, nous allons fabriquer une vraie porte.

Lui ? Fabriquer une porte ? Il n'avait jamais travaillé le bois mais cette activité émoustilla sa curiosité. Baelfire accepta avec joie. En plus de ce travail, il allait en profiter pour connaître un peu mieux leur invitée. Les deux sortirent de la maisonnette sur la pointe des pieds, aussi silencieux que des ombres. Cela faisait plusieurs mois qu'ils vivaient sans porte. Rumplestiltskin n'avait pas réussi à rembourser une dette qu'il avait contractée auprès du meunier et ce dernier, dans une rage folle, avait détruit la porte à coup de hache. Heureusement pour Bae et son père, leur voisin Monsieur Flocel, l'avait arrêté avant qu'il ne pénètre dans la maison et ne les tuent. Mais à court d'argent, Rumplestiltskin n'avait pas trouvé d'arrangement avec le menuisier. Ce dernier ne voulait pas de sa laine qu'il disait infestée de vermine.

- Baelfire, avez-vous des clous ? demanda-t-elle une fois qu'ils furent à l'extérieur.

- Non.

- Un marteau ?

- Non.

- Une brouette ?

- Non, désolé, avoua-t-il en faisant une moue.

Belle regarda autour d'elle. Il fallait se procurer ces éléments pour transporter le bois et monter la porte. Elle se dirigea vers la demeure du meunier et demanda si elle pouvait emprunter sa brouette, faisant fi de son envie de lui faire payer son acte passé. Il la regarda avec un sourire gourmand, prêt à céder à sa demande quand soudain, il vit qu'elle était accompagnée de Bae. Il refusa sèchement et leur claqua la porte au nez. Belle fit de son mieux pour contenir sa colère.

Elle prétexta un besoin pressant pour s'éloigner du jeune garçon un instant. Une fois derrière la maison, cachée par un tas de sacs de jute, elle ramassa quelques pierres et passa sa main au-dessus. Rien ne changea. Elle recommença. Toujours rien. Elle ragea.

- Besoin d'un coup de main, dearie ? demanda son guide qui se matérialisa devant elle, jouant avec un brin de paille.

- Oui. J'ai besoin d'argent ou d'or. Rumple… enfin toi, tu transformais la paille en or. Dis-moi comment faire, exigea-t-elle.

Il laissa un petit rire aigu s'échapper de sa gorge et jeta son fétu de paille dans un geste très théâtral.

- Ce n'est pas si simple.

- Que dois-je faire ?

- Tout est question d'émotions. C'est ainsi que naît la magie. Pense très fort à un moment qui t'as mise dans une telle rage que tu aurais pu tuer.

Elle ferma les yeux et revit le moment où elle était au château du Duc dans les quartiers de Sir Hordor. Elle l'avait certes frappé avec le serre-livres, mais elle aurait voulu le faire souffrir de longues heures, l'entendant la supplier de l'épargner. Mais jamais elle ne céderait. Elle finirait son œuvre en enfermant son corps meurtri dans une cage suspendue et laisserait les corbeaux se régaler alors que ses hurlements se feraient entendre jusqu'au fin fond de la contrée.

- Tu apprends vite, complimenta son guide qui se pencha pour observer sa main.

Les petits cailloux avaient fait place à des pièces d'argent. Elle sourit, satisfaite de sa performance, mit les pièces dans sa poche et rejoignit Baelfire qui attendait sagement vers le puits. Ils retournèrent ensemble chez le meunier et elle lui donna une pièce d'argent pour lui emprunter sa brouette quelques heures. Il vérifia que la pièce était une vraie la tournant plusieurs fois, puis la mordit. A la vue de l'état de sa dentition, il avait dû en mordre beaucoup ! Satisfait, il prêta sa brouette.

Chez le menuisier, ils n'eurent aucun problème à obtenir des planches, entassées dans un coin. Il fallait dire qu'après la tempête de l'automne de nombreux arbres tombés avaient été débités en planches. Les plus longues avaient été transférées au chantier naval à quelques kilomètres de là. Le Duc avait lancé la construction du plus grand navire de guerre jamais construit dans les Basses Terres. Il s'était lancé ce défi car le Duc des Hautes Terres possédait déjà une flotte d'une dizaine de navires et dont le vaisseau amiral avait permis de conquérir une nouvelle terre pleine de richesses. Mais cette conquête lui avait coûté trois vaisseaux, tous coulés par une bande de pirates sanguinaires. En entendant ce récit, elle ne put que penser au meilleur ennemi de son époux. Elle se demandait également si elle allait le rencontrer et si elle allait le rendre manchot à son tour. A près tout, ce ne serait qu'une vengeance pour tout ce qu'il lui avait fait. Belle secoua ses boucles brunes et chassa les Ténèbres de son esprit. En regardant les planches de plus près, Belle se dit qu'ils avaient de la chance. C'était du mélèze, un bois particulièrement résistant aux intempéries.

Bae conduisit la brouette au pas de course à travers tout le village en riant. Belle lui courait après, lui disant d'être prudent lorsqu'il tournait ou croisait le chemin de quelqu'un. Elle tenta de rattraper les planches qui glissaient mais le garçon était trop rapide. Tous les villageois levèrent la tête en se demandant bien ce qu'il se passait. Que faisait le fils du lâche avec cette femme ? Qui était-elle ? Que voulait-elle ? Mais tant Belle que Bae les ignorèrent.

Bae s'arrêta juste devant leur maisonnette à bout de souffle mais avec un large sourire sur le visage. Belle arriva quelques secondes après le jeune homme, les bottes et le bas de sa robe couvertes de boue. Ensemble, ils posèrent les planches parterre et rendirent la brouette au meunier. Ils s'arrêtèrent ensuite chez le forgeron où Belle se procura des clous, un marteau, des gonds, des pentures et un verrou pour une seule pièce d'argent.

- Et maintenant ? demanda le jeune garçon. Comment fait-on ?

Il était motivé et très excité par ce projet.

- On va aligner six planches, répondit-elle en les montrant du doigt. Ensuite, on mettra une traverse en haut et l'autre en bas. Et une troisième en diagonale pour solidifier l'ensemble. Il faudra également fixer des pentures en haut et en bas. Après on fixera les gonds dans le mur et on mettra la porte en place. Finalement, on installera le verrou.

- Vous savez faire tout cela ? demanda-t-il rempli d'admiration pour la jeune femme pleine de ressources.

- J'ai déjà aidé une amie à monter une armoire Ikea.

- Ikequoi ?

Belle rit et tenta une explication bancale. Baelfire se dit que les nobles avaient de drôles d'occupation. Qui montait des armoires soi-même en suivant un plan ?

- Tu peux me dire « tu », tu sais.

- Mais vous êtes une princesse, chuchota Bae pour qu'aucun voisin n'ait vent de cette information.

- Ici, je suis juste Belle. Acceptes-tu de me tutoyer ?

A cette époque ancienne, les enfants n'étaient pas autorisés à tutoyer les adultes. Il arrivait même parfois que le vouvoiement soit utilisé pour communiquer avec les parents. La princesse d'Avonlea avait remarqué que cette coutume n'était pas appliquée chez Rumplestiltskin. Était-il en avance sur son temps ou est-ce que les paysans avaient d'autres habitudes ? Elle se dit qu'elle pourrait avoir cette conversation intéressante avec son mari dès qu'elle serait de retour à Storybrooke. Encore fallait-il qu'elle trouve une porte ou qu'elle se réveille. Elle était encore convaincue que ce monde ne reflétait pas la réalité. Mais ce qui la faisait douter était le temps qui s'était écoulé depuis son arrivée.

- C'est d'accord. Est-ce que tu te plais ici ? demanda-t-il un peu timidement.

- Oui, beaucoup. Et toi et ton papa, vous êtes adorables.

- Adorables ? répéta-t-il. Il faudra que tu le lui dises !

Oui, il le fallait. Elle savait que c'était à elle de faire le premier pas. Rumplestiltskin avait tellement été conditionné toute sa vie qu'il ne croyait plus qu'il puisse être désirable et attirant. Il était persuadé qu'il était un homme sans valeur, sans talent et ne méritant pas d'être aimé. Il se punissait lui-même en s'isolant et en refusant tout contact avec d'autres personnes. Il était aussi très méfiant. Il avait été abandonné et blessé un nombre incalculable de fois. Afin de se protéger, il avait érigé un mur autour de son cœur. Ce mur, elle se devait de l'abattre, et ce, le plus rapidement possible.

- Tu es un très bon bricoleur, souligna-t-elle alors qu'il tenait un clou et qu'elle tapait gentiment pour l'enfoncer dans le bois.

- Je me débrouille, répondit-il modestement.

- Sais-tu ce que tu voudras faire quand tu seras grand ?

- Je suis déjà grand, corrigea-t-il en prenant le clou suivant. Je pense que je serai tisserand comme papa. Il m'a appris à choisir la laine, la laver, la carder et la filer. Il me reste à apprendre à la tisser. Mais comme on n'a pas de métier à tisser…

- Je pourrai t'en offrir un, proposa-t-elle.

- Papa ne voudra pas.

- Si je te l'offre, il ne me devra rien, expliqua-t-elle.

- Je ne peux pas accepter.

Belle n'insista pas. Elle comprenait le refus de l'adolescent et ne voulait pas le mettre mal à l'aise. A cette époque-ci, personne ne faisait de cadeau à personne. Tout se troquait et c'était ainsi que certains accumulaient d'énormes dettes. L'aperçu qu'elle avait eu des mœurs de cette contrée avait été suffisant pour lui montrer que ceux qui détenaient les richesses étaient cruels et sans cœur.


Rumplestiltskin s'était remis à son rouet dès le départ de Belle et de Bae. Il aurait dû rester au chaud sous sa couette et laisser du temps à la pommade de Belle d'agir, mais il avait autre chose à faire. Une tâche très important que ni Bae, ni Belle ne pouvaient comprendre. Il se laissa hypnotiser par le mouvement rotatif et monotone de la roue qui glissait dans sa main. Les pensées se bousculaient dans sa tête aussi vite que lorsqu'on feuillette une bible à la recherche d'un psaume précis. Il était tiraillé entre la menace des soldats du Duc, des ogres qui gagnaient chaque jour un peu de terrain et la présence de Belle. Il savait que s'ils restaient plus longtemps dans leur chaumière, ils seraient séparés pour toujours. Et qu'adviendrait-il de Belle ? Allait-elle rester à ses côtés ? Certainement pas. Partirait-elle à la recherche de Bae ? Probablement pas. Ou partirait-elle aider une autre personne pour oublier son échec ? Probablement. Elle avait fait une promesse qu'elle ne pouvait pas tenir. Il le savait. C'était son rôle à lui de protéger son fils. Il ne pouvait compter sur personne d'autre. Il était déterminé à ne pas échouer. Il serra les dents et regarda la laine qu'il avait déjà filée. Il coupa le fil et commença à l'enrouler méthodiquement autour de sa main pour en former une pelote. Cette laine était son salut.

Des rires le sortirent de ses réflexions. Il vit que Belle et Baelfire décrochaient le rideau de jute qui les séparait du monde extérieur. Il se leva lentement et vit qu'ils installaient une porte en bois. Bae était à l'intérieur, Belle à l'extérieur et ils la soulevaient pour la fixer aux gonds qu'elle avait préalablement fixés dans le mur.

- T'as vu papa ? On a une porte ! s'exclama de joie le jeune garçon.

Il acquiesça et fit un simple sourire. La déception sur le visage de son fils pouvait se lire de loin.

- C'est bien. C'est très bien, répondit-il toujours perturbé par ses pensées au rouet.

- Regarde, c'est moi qui ai planté les clous ici, montra Bae fier de son œuvre.

- Bravo. Et merci à vous deux. Mais…

- Non, vous ne me devez rien, l'interrompit Belle en franchissant la porte. Qu'en pensez-vous ?

Elle savait qu'il pouvait être timide et réservé mais elle ne comprenait pas pourquoi il ne montrait pas plus ses sentiments. Il se comportait bizarrement. Comme quand il lui cachait des secrets. Elle plissa les yeux et tenta de lire en lui. Malheureusement, il était loin de se laisser faire. Il lui faudrait bien plus d'effort pour percer ses secrets. Il prit appui sur sa canne et s'approcha de l'entrée, fuyant son regard. Face à la porte, il observa le travail accompli sous le regard enjoué de son fils. Il toucha le bois et laissa glisser ses doigts le long des veines. Il ouvrit la porte et la referma. Aucun grincement ne se fit entendre.

- Comme ça on aura plus jamais froid, ajouta Bae.

- Vous avez fait du très bon travail, complimenta-t-il avec un sourire. Digne d'un menuiser !

Puis, il prit son fils dans ses bras et lui déposa un baiser dans ses cheveux noirs. Il était tellement fier de son petit garçon.

Sa toux était revenue. Belle le réprimanda gentiment en lui déconseillant de passer plus de temps sur son rouet. Il n'était pas encore suffisamment bien remis pour travailler. Il ne contesta pas et promit de lui obéir. Après avoir bu une tasse de thé, Rumplestiltskin retourna dans son lit et n'eut besoin que de quelques minutes pour s'endormir. La princesse d'Avonlea sortit un livre de sa besace et alla s'asseoir à côté de Bae qui toisait ardemment la braise comme s'il poignardait une vile créature.

- Demain, c'est mon anniversaire et ils vont venir me chercher, dit-il mélancoliquement en regardant les flammes grandir et danser.

- Personne ne viendra, répondit-elle avec un sourire.

- Tu ne sais pas ce qui se passe ici. Papa m'a raconté des histoires terribles. Tu crois qu'il exagère pour ne pas que j'y aille ?

- Non Baelfire, dit-elle en glissant une mèche de ses cheveux derrière son oreille. Tout ce qu'il t'a dit est vrai. La guerre n'est pas faite pour les enfants.

- Il m'a dit de fuir. D'ailleurs, on s'est disputé quand tu étais partie. Je lui ai dit que ce n'était pas bien de fuir. Mais je ne veux pas l'abandonner.

- Je voulais t'offrir ce livre pour ton anniversaire, dit-elle en posant ses mains sur la couverture, mais je crois que j'ai une autre idée. Si on allait dehors.


Qu'avez-vous pensé de ce chapitre? Une petite review, même quelques mots, me ferait très plaisir :)