Hello les Oncers!
Merci beaucoup pour vos commentaires! J'ai vraiment adoré écrire ce chapitre et j'espère que vous allez l'apprécier.
Côté rating, on passe en T à la limite du M.
Un immense merci à ma bêta pour ses suggestions et corrections! Car sans elle, je n'aurai pas vu l'éléphant dans le couloir et ce chapitre aurait pris l'eau.
Bonne lecture!
Chapitre 7
Ils se couvrirent de leurs longues capes et s'installèrent derrière la maisonnette à la cheminée fumante. Le cheval, attaché à la barrière, les regarda en mâchonnant de la paille. Belle redressa une botte de paille qu'elle appuya contre le muret séparant le jardin de la propriété adjacente, puis alla rejoindre le jeune garçon à une dizaine de mètres. Elle lui donna l'arc et lui expliqua comment se mettre en position de tir.
C'était la première fois de sa vie qu'il maniait une arme plus grosse et plus puissante que le petit couteau que son père lui avait donné. La sentir entre ses mains le faisait se sentir homme. Il n'était plus le petit garçon que son père voyait toujours. Il avait presque quatorze ans et d'ailleurs, le lendemain, il serait enrôlé dans l'armée pour défendre son royaume. Une certaine fierté le parcourut. Il s'entraîna tout l'après-midi et écouta les conseils de Belle avec grande attention. Après tout, elle était une véritable guerrière !
Ne voyant personne dans la maison, Rumplestiltskin décida de sortir. Aveuglé par la lumière du soleil couchant, il plissa les yeux, puis les protégea avec sa main gauche. Il avait passé les derniers jours dans l'obscurité et ses yeux n'étaient plus habitués. Il observa attentivement la scène qui se déroulait juste devant lui : son invitée était en train d'instruire les techniques du maniement de l'arc à son fils. Son sang ne fit qu'un tour. Il déglutit avec difficulté et s'appuya sur son bâton, pressant le pas pour les rejoindre.
- Que faites-vous ? demanda-t-il quelque peu agacé.
- Regarde Papa ! Je suis bientôt un archer, répondit fièrement Baelfire. J'ai déjà mis deux flèches dans la cible depuis ici !
Rumplestiltskin soupira. Il était plutôt mécontent que son fils manie une arme mais il ne protesta pas. Belle eut un petit sourire en constatant qu'il ne voulait pas exprimer son mécontentement face à elle. C'est sans doute parce qu'à cette époque-ci, il n'était pas permis aux gens du peuple de hausser le ton face à des nobles et encore moins face à une princesse. Le jeune garçon banda l'arc, se concentra sur la cible en tirant la langue et décocha la flèche. Il rouspéta lorsque cette dernière partit derrière le muret.
- J'espère que tu n'as pas tué une poule de Monsieur Flocel, Bae, réprimanda son père.
- Je vais aller rechercher la flèche, dit Belle en se précipitant de l'autre côté du mur.
Mais ce qu'elle vit la figea sur place. La flèche avait atteint le père Flocel en plein cœur ! Il était affalé contre le mur en pierre de sa maison, les jambes écartées et les bras ballants. Son gros ventre débordait par-dessus sa chemise tachée de sang et son chapeau en feutre avait glissé sur ses cheveux gras. Elle porta les mains à son visage devenu livide. Ce qui ne devait être qu'un jeu s'était transformé en cauchemar. Son idée saugrenue venait de voler l'innocence du fils de son époux. Seul un monstre pouvait faire cela. En éloignant ses mains de son visage, elle vit que sous le choc, ces dernières étaient à nouveau dorées. Mais d'un doré plus brillant. Elle vérifia que personne n'ait vu l'incident et se précipita vers le pauvre homme, en reprenant son apparence normale.
- Rumple, murmura-t-elle. Rumple ! Viens, j'ai besoin de tes conseils.
Pourquoi ce satané guide ne venait-il jamais quand elle en avait le plus besoin ! Il était certainement caché quelque part à observer la scène et à ricaner. D'un côté, ne pas entendre ses remarques acerbes, était reposant. Elle inspira un grand coup et réfléchit. Personne ne pouvait ramener les morts, pas même le Dark One. Elle se plongea dans ses réflexions à la recherche d'une solution. Il était inconcevable que Bae soit accusé du meurtre de son voisin. Elle jeta à nouveau un bref coup d'œil pour s'assurer d'être seule. Elle ouvrit sa main et lentement la referma. L'homme disparut dans un nuage de fumée rouge et la flèche, sans la moindre goutte de sang, tomba au sol à côté d'un gros escargot mort gisant dans sa bave. Elle ramassa la flèche et se dépêcha de retourner dans le jardin adjacent.
Baelfire n'était plus là. Il ne restait que Rumplestiltskin qui tenait l'arc et l'observait attentivement.
- Vous voulez essayer ? demanda Belle.
En posant cette question, elle réalisa qu'elle ne connaissait pas la réponse. La seule fois qu'elle avait vu Rumple user de cette arme, c'était dans la Forêt de Sherwood. Mais comme cet arc-ci était magique, même un manchot comme Hook aurait réussi à atteindre sa cible.
- Où avez-vous trouvé cet arc ? demanda-t-il en la regardant de ses yeux chocolat.
- Une vieille dame me l'a donné.
- Une vieille dame, répéta-t-il en touchant la partie inférieure de l'arc.
Son pouce semblait caresser le bois et il paraissait perdu dans ses pensées comme lorsqu'on revit un souvenir.
- Pourquoi voulez-vous savoir ? demanda Belle avec curiosité.
- Parce que cet arc m'appartenait, dit-il en levant la tête dans sa direction.
Belle fut clouée sur place. Comment Brunissende pouvait-elle posséder l'arc de Rumplestiltskin ? Elle lui avait pourtant dit qu'il appartenait à son défunt mari.
- Savez-vous pourquoi il a fini chez une vieille dame vivant dans la forêt ?
Il la regarda avec un sourire.
- Vous aimez les histoires, n'est-ce pas ?
- Absolument, répondit-elle avec enthousiasme. Voulez-vous me conter celle de votre arc ?
- D'accord. Alors…
- Allons à l'intérieur, suggéra-t-elle. Il commence à faire froid. Votre toux va mieux, ce n'est pas le moment d'empirer les choses.
Ils préparèrent le repas ensemble dans la joie et la bonne humeur. Ils épluchèrent et coupèrent quelques légumes racines qu'ils mirent à bouillir dans le bouillon. Ils rajoutèrent quelques champignons séchés et une poignée d'orge. Baelfire raconta avec fierté comment il avait progressé au tir en seulement quelques heures. Il ne s'était pas autant amusé depuis longtemps. Une fois rassasiés, les adultes lavèrent les assiettes et les cuillères dans le seau prévu à cet effet. Puis, Rumplestiltskin mit de l'eau à bouillir afin de préparer leur breuvage préféré.
Baelfire était en train de dessiner avec un morceau de charbon à la lueur d'une bougie sur la table à tout faire alors que Rumplestiltskin versa une tasse de thé fumant à Belle près de la cheminée. Elle la prit à deux mains et souffla délicatement. Il s'assit à côté d'elle et fit de même après avoir reposé la théière. Belle attendit silencieusement qu'il lui conte l'histoire de son arc. Il contemplait le reflet des flammes sur le liquide sombre. Il semblait perdu dans ses pensées. Soudain, il brisa le silence.
- Enfant, je vivais chez deux dames. Des fileuses, expliqua-t-il en regardant le feu.
- Comment s'appelaient-elles ? demanda Belle non sans une certaine curiosité.
- Mélissendre et Brunissende.
Brunissende ! Elle ne put en croire ses oreilles. Comment cette femme avait-elle pu se trouver sur son chemin ? Était-ce un hasard qu'elle lui donne l'arc de Rumplestiltskin alors qu'elle ne savait même pas que c'était lui qu'elle recherchait ? Était-ce la main du destin ?
- Elles m'avaient recueilli dans leur maison dans un village à quelques jours de marche d'ici, continua le tisserand. Noël approchait et tous les enfants attendaient ce jour avec grande impatience. Certains rêvaient de recevoir un chapeau, d'autres un lapin. Pour ma part, je souhaitais seulement… dit-il en se pinçant les lèvres et en baissant la tête.
Elle apposa gentiment sa main sur son épaule pour le réconforter. Cette fois-ci, il ne sursauta pas, comme s'il l'attendait. Elle savait à quel point il était difficile pour lui d'évoquer son passé. L'abandon de son père avait été une tragédie. Même 300 ans plus tard, il était incapable de parler de ces instants sans verser une larme de tristesse ou de colère. Ses yeux se mouillèrent. Mais gêné par sa présence, il passa rapidement sa manche sur son visage pour effacer toute trace de sa tristesse avant de poursuivre son récit.
- Je n'attendais rien de cette journée. J'allais filer comme tous les autres jours. Mais le matin à mon réveil, les deux femmes m'ont offert l'arc et les flèches du mari de Brunissende qui était décédé depuis longtemps. Pour elles, j'étais devenu un homme.
- Quel âge aviez-vous ?
- Quatorze ans, je crois, dit-il en levant les yeux au plafond comme pour y trouver la confirmation. Elles avaient gravé ce « R » dans le bois pour bien me montrer qu'il était à moi et rien qu'à moi. Je ne sais pas comment c'était dans votre château, mais dans le bas peuple, on ne possède généralement pas grand-chose. Chaque possession est donc chérie…
Il but une gorgée de thé et poursuivit son histoire.
- Il avait neigé ce matin là et je suis sorti pour aller jouer. J'ai montré mon arc à Odette. C'était la fille du boulanger avec qui je jouais parfois.
- Vous l'aimiez ? demanda-t-elle curieuse.
- Je ne sais pas. Vous savez, quand vous êtes un enfant, ces choses d'adultes vous sont inconnues. Mais je crois que oui. Je l'aimais bien.
- Qu'avez-vous fait de votre arc ?
- Vous allez rire. Elle m'a demandé de lui décrocher une étoile.
- Une étoile ? s'étonna Belle.
- Oui, dit-il avec un petit sourire au coin des lèvres. On s'est secrètement retrouvés en pleine nuit dehors. Je voulais grimper sur le toit de sa maison, mais j'avais tellement peur de tomber que j'avais seulement atteint le mur du jardin qui était à peine plus haut que moi. Comme je ne voulais pas qu'elle rie de moi, j'ai essayé de faire bonne figure. Depuis là, j'ai tiré deux flèches. Une s'est fichée sur le toit et l'autre s'est perdue dans l'obscurité.
Son regard suivait les flammes qui dansaient dans la cheminée dans un mouvement hypnotique.
- Pourquoi suis-je en train de vous raconter cette histoire ? demanda-t-il, perdu par son récit.
- Vous vouliez me raconter l'histoire autour de votre arc.
- Ah oui. Cette même nuit, continua-t-il après s'être éclairci la gorge, des cavaliers avec des torches ont déboulé dans les rues ensommeillées. Ils ont demandé à tous les villageois de sortir et de se réunir sur la place du marché.
Il marqua une pause, rassemblant ses souvenirs et cherchant le moyen s'exprimer le plus clairement possible. Mais les images et les sons qui lui revenaient étaient douloureux. Il déglutit, inspira profondément et poursuivit.
- Les hommes ont été séparés des femmes et des enfants. Ces envahisseurs étaient brutaux. Ils n'hésitaient pas à frapper les gens. Les cris et les hurlements résonnaient entre les murs des maisons. Malgré tout, une des deux fileuses, Brunissende, avait réussi à échapper à leur vigilance avec un groupe d'enfants pendant que Mélissendre faisait diversion. Elle connaissait la ville comme sa poche et elle savait que derrière les barils de rhum de la taverne, il y avait une brèche dans le mur d'enceinte.
- Vous faisiez partie de ce groupe ? demanda-t-elle avec douceur.
- Oui, ainsi qu'Odette et trois autres enfants. Nous avons couru dans la neige, le froid et la nuit. Mais un cavalier nous poursuivait. Heureusement que son cheval était tombé et s'était brisé la jambe. Il devait continuer à pied et s'enfonçait dans la neige qui freinait son avancée. Il avait une épée et un arc. Il l'a bandé et a tiré.
Le regard de Rumplestiltskin était vide. Seules les flammes de la cheminée y apportaient un peu de lumière. Belle laissa sa main glisser le long de son dos jusque sur sa cuisse et s'approcha de lui. Il frémit mais ne s'éloigna pas.
- Souhaitez-vous connaître la fin de cette histoire ? demanda-t-il en plongeant ses yeux dans le bleu des siens.
- Seulement si votre cœur ne se brise pas à nouveau, murmura-t-elle.
- Que savez-vous ? Vous êtes de sang noble. Vous ne connaissez rien à la dureté de la vie des gens de basse classe.
- J'en sais plus que ce que vous pensez et je peux vous dire que vous avez une image fausse de la vie de château. Vous savez, les femmes n'ont pas beaucoup d'opportunités de montrer ce dont elles sont capables. Voir le monde, être des héroïnes. Alors quand je suis partie, j'ai saisi cette chance. J'ai toujours voulu être brave. Pendant mes années d'errance, j'ai traversé de nombreuses contrées, combattu des monstres, aidé de nombreuses personnes à vivre un peu mieux. J'ai eu faim, froid, je me suis sentie abandonnée, me demandant ce que je faisais là. Mais jamais je n'ai baissé les bras, alors qu'il me suffisait de retourner dans le château de mon père loin des tourments des gens de basse classe comme vous dites.
Il l'écoutait religieusement. Intérieurement, il se maudissait. Comme avait-il pu être aussi catégorique et indélicat avec une princesse ? Il avait de la chance qu'elle soit différente des autres. Sinon, il ne donnait pas cher de sa peau. Il mit ses deux mains autour de sa tasse et baissa son regard, tentant de rassembler ses pensées. Une bûche craqua dans la cheminée et le fit sursauter. Son cœur s'accéléra quelques secondes avant de se calmer à nouveau.
- La flèche avait atteint Brunissende entre les omoplates, continua-t-il. La pointe dépassait de sa poitrine et le sang coulait. Elle m'a demandé de tirer une flèche sur le cavalier qui se rapprochait de nous. Je peux vous jurer que j'ai serré les dents et que je me suis concentré. Mais la flèche… elle… elle s'est perdue dans la nuit. J'avais échoué.
Il essuya ses larmes qui s'accumulaient sous ses cils avec sa manche et renifla un coup. Ses souvenirs qu'il avait mis tant de temps à oublier, lui rappelait douloureusement ce qu'il était : une personne sans aucun talent. Il prit une grande inspiration et regarda les flammes dans la cheminée.
- Elle a ensuite pris mon arc et dit qu'elle ferait tout pour le ralentir, poursuivit-il. Avant de mourir, elle m'a confié un secret.
Sans s'en rendre compte, Belle se rapprocha. C'était sans doute sa curiosité qui l'avait poussée. Mais elle savait aussi qu'un secret pouvait être aussi douloureux que merveilleux. Connaissant son mari, elle penchait pour la première option et se préparait à le réconforter.
- Au printemps, j'aurai dû me rendre dans le village où nous nous trouvons maintenant pour rencontrer ma promise. Elle m'a dit que ma future belle-famille m'accueillerait.
- Mais vous n'aviez que quatorze ans, s'étonna Belle.
- J'étais déjà vieux pour l'époque. Maintenant, les gens sont mariés à seize ans. Je me suis donc rendu ici avec les autres enfants. J'ai frappé à la porte de ladite maison et on nous a accueillis. Néanmoins, nous avons senti que nous n'étions pas les bienvenus.
- Que s'est-il passé ?
- Cette famille était pauvre. Le père, un forgeron alcoolique brutal, refusait que sa femme nourrisse tout le monde, menaçant de la frapper si elle lui désobéissait. Il disait qu'en ces temps difficiles, il n'était pas de son devoir de nourrir toute la vermine de la contrée. Les époux, leur fille et moi mangions donc à notre faim et nous avions interdiction de donner quoi que ce soit aux autres. Les autres enfants se partageaient une seule portion, une fois par jour. De plus, ils dormaient dans les cendres de la forge adjacente à la maison.
- C'est cruel, répondit la princesse. Ce ne sont que des enfants, pas des animaux.
- Odette, continua-t-il, est tombée malade. Elle était tellement faible que même le druide n'a rien pu faire. Elle… elle est morte quelques semaines plus tard.
- Je suis navrée, dit-elle en lui frottant le dos.
- Après quelques semaines, poursuivit-il après s'être éclairci la gorge, le forgeron a vendu les autres enfants en disant que tout était de ma faute. Que je n'aurai jamais dû les amener chez lui. Il les a vendus à un forain pour quelques pièces d'argent. Je ne les ai plus jamais revus.
- Comment peut-on être si cruel avec d'innocents enfants ? murmura-t-elle, totalement sous le choc.
Elle sentait les Ténèbres en elle se réveiller et attiser sa haine et sa rancœur. Elle serra les dents pour les repousser le plus profondément possible.
- C'est la vérité. Si je n'avais pas raté mon tir, personne n'aurait été vendu. Au printemps, j'ai été marié à leur fille de douze ans, la mère de Bae.
Milah ! Belle comprenait à présent encore mieux pourquoi elle lui avait dit qu'elle ne l'avait jamais aimé. Elle se rapprocha de lui et naturellement s'avança jusque vers ses lèvres comme attiré par un aimant. Sans crainte, il se rapprocha également. Une force invisible les rapprocha. Leurs lèvres s'effleurèrent, puis ils s'embrassèrent tendrement, comme deux adolescents découvrant l'amour.
- Mais qu'est-ce que tu fais ? interrompit son guide, visiblement inquiet. Tu veux perdre tes pouvoirs maintenant ? Es-tu consciente que vous allez tous vous faire massacrer par Hordor ? Rappelle-toi qu'il vient demain.
Il avait raison. Elle ne pouvait pas perdre ses pouvoirs maintenant. Mais ses lèvres étaient si douces et chaudes à la fois qu'elle ne put s'en détacher. Les ténèbres en elle tentaient de la raisonner alors que sa part de lumière lui disait de briser la malédiction pour mettre fin à ce cauchemar. Sa tête se transformait en véritable champ de bataille. Les idées, les avertissements, les encouragements, tout se mélangeait dans le chaos absolu. Elle se concentra afin de bloquer le baiser libérateur mais de vivre pleinement ce moment de tendresse. Sentant son hésitation, Rumplestiltskin se détacha d'un coup.
- Je… je suis désolé, bégaya-t-il. Je ne voulais pas…
- Ne vous inquiétez pas. Vous n'avez rien fait de mal. C'est moi qui m'excuse, dit-elle complètement paniquée en baissant le regard.
Elle se leva d'un bond et attrapa sa cape. Elle avait besoin de sortir et de prendre l'air. Qu'est-ce qui lui était passé par la tête ? Pourquoi l'avait-elle embrassé maintenant ? Le connaissant, il allait très certainement se refermer comme une huitre et elle devrait patienter encore longtemps avant qu'ils ne brisent cette fichue malédiction. Mais ce qui lui faisait le plus peur, c'était toutes les atrocités qu'elle allait encore commettre. Son guide allait s'en donner à cœur joie.
- Tu l'aimes bien, dit Baelfire en se retournant.
Rumplestiltskin avait complètement oublié la présence de son fils dans la maisonnette. Il sentit la honte et la gêne l'envahir. Alors que ses joues s'empourprèrent, il se cacha derrière ses mèches décoiffées, se pinçant les lèvres en cherchant une réponse appropriée.
- Non…
- Non ? Pourtant tu aimes bien être avec elle, commenta-t-il.
- C'est compliqué. Tu ne peux pas comprendre, tenta d'expliquer le père.
Baelfire sourit. Rien qu'en voyant son père cafouiller, il savait qu'il n'était pas indifférent à la présence de cette femme qui partageait leur chaumière depuis peu.
- Moi je l'aime bien, avoua le jeune garçon. Elle est gentille, elle cuisine bien et elle a un arc. C'est pratique pour se protéger des méchants.
Rumplestiltskin ne put retenir un sourire. Même si son fils allait fêter ses quatorze ans, il avait encore une vision innocente du monde et des relations humaines. Il aurait tellement voulu qu'il reste un enfant et ne grandisse jamais. Le monde des adultes était si cruel et plein de désillusions.
- Je ne suis pas gentil ? s'inquiéta-t-il. Je cuisine mal ? Je ne sais pas te protéger ?
- Papa, tu ne comprends rien, se lamenta Bae.
Il se leva de sa chaise et vint s'asseoir où Belle se trouvait quelques minutes auparavant. Il prit les mains de son père entre les siennes et lui fit une confession.
- Je ne t'ai pas beaucoup vu sourire depuis la mort de maman. Tu fais tout pour que je sois heureux et je t'aime. Tu es le meilleur des papas.
Un sourire se dessina timidement sur le visage de Rumplestiltskin. Les mots de son fils lui réchauffèrent le cœur et il sentit des larmes émerger aux coins de ses yeux.
- Mais tu as aussi droit au bonheur, continua son fils. N'écoute pas ce que les gens disent. Ecoute ton cœur. Et si tu ne l'écoutes pas, écoute-moi. Mademoiselle Belle est vraiment très gentille et je crois bien qu'elle t'aime beaucoup. Ne la laisse pas partir.
- Bae… Belle est une princesse, murmura-t-il. Je ne suis qu'un modeste tisserand. Et boiteux en plus. Que ferait-elle de quelqu'un comme moi ? Les princesses épousent des princes, pas des gens du peuple. Bientôt, elle repartira.
- Elle est différente, rétorqua-t-il. Tu n'as pas écouté son histoire toute à l'heure ? Vas la chercher ! Montre-lui que tu tiens à elle.
Il approuva en secouant la tête, se leva en s'appuyant sur son bâton et prit sa cape. Mais quand il franchit la porte fraîchement installée, il n'entendit que les sabots d'un cheval lancé au galop claquant dans la boue qui s'éloignait dans la nuit. Il pleuvait des hallebardes et seule la lueur de la lune éclairait faiblement ce paysage monochrome. Il s'appuya contre le mur en soupirant, laissant son regard se perdre dans l'obscurité. Il l'avait perdue. Pour toujours. Une larme glissa le long de sa joue. Bae avait raison. Son cœur était en train de se briser et les regrets s'additionnaient dans son esprit. Il se détestait. Mais sans doute était-ce mieux ainsi. Il n'avait rien à faire avec une princesse. Elle trouverait certainement son prince charmant ailleurs.
Avant de s'élancer dans la nuit, Belle avait jeté un charme de protection sur la maison pour s'assurer que rien ne leur arrive. Le cheval galopait à vive allure en direction de Longbourne. Elle voulait fuir son échec et tenter de se vider la tête. Elle reprit son apparence de Dark One et se pencha sur l'encolure de sa monture pour qu'elle accélère encore son allure. Le soleil s'était couché depuis un moment déjà et plus personne ne sillonnait les routes boueuses de la région. C'était une bonne chose car en l'état actuel, elle ne savait pas si elle serait en mesure de maîtriser ses pouvoirs.
- Tu fuis tes problèmes, dearie ? demanda son guide, un sourire moqueur sur le visage.
- Laisse-moi tranquille, siffla-t-elle entre ses dents serrées.
- Tu es déçue. Ton plan a échoué. Celui que tu croyais être ton amour véritable t'a rejetée.
Elle tira sèchement sur les rênes et descendit de cheval, se ruant sur son guide en brandissant la dague et en hurlant, folle de rage. Mais au lieu de rencontrer la résistance de son corps, elle s'étala de tout son long dans la boue, l'arme plantée devant elle.
- Tu es ridicule, répondit-il en la regardant hautainement, les bras croisés.
- Quand vas-tu me laisser tranquille et arrêter de te moquer ? hurla-t-elle en se relevant.
- Pas la peine de monter sur tes grands chevaux, dearie. Il te suffit d'ouvrir les yeux. Tu es le Dark One et personne ne pourra jamais t'aimer.
Elle créa une boule de feu dans sa main et la jeta dans sa direction avec fureur. Mais elle lui passa au travers et enflamma un buisson épineux.
- Garde tes forces pour la grande bataille, conseilla-t-il.
- Je ne veux plus t'entendre ! Disparais ! J'ai besoin d'être seule !
Elle fit quelques pas et s'assit lourdement sur une souche détrempée. Son capuchon protégeait son visage de la pluie glacée qui ruisselait sur tout son corps. Son regard se posa sur ses mains qui tenaient la dague. La boue disparaissait petit à petit, laissant apparaître son nom sur la lame ondulée.
- Ce n'est qu'un rêve, murmura-t-elle.
Elle n'arrivait toujours pas à y croire. Comment avait-elle fait pour remonter le temps ? La réponse lui échappait toujours. Elle repensa à sa dernière journée à Storybrooke. Après son repas au Granny's avec Mary Margaret, elle avait passé tout l'après-midi à la bibliothèque et seul Henry en avait franchi les portes. La pluie du début d'après-midi s'était transformée en orage et elle se rappela qu'elle avait oublié son parapluie à la maison. Elle avait téléphoné à Rumple qui n'était qu'à quelques mètres dans sa boutique d'antiquités. Il la rassura de sa voix suave en lui disant de ne pas s'inquiéter. Il lui apporterait un parapluie dès que leur journée de travail serait terminée. Aurait-elle traversé la route sans faire attention à la voiture qui passait ? Serait-elle étendue dans un lit à l'hôpital plongée dans un profond coma ? Rumple, lui raconterait-il des histoires ? Se confierait-il sur son passé ? Serait-ce ces mots qui la faisaient évoluer dans ce monde ?
- Une porte ! Je dois trouver une porte pour me réveiller et revenir à Storybrooke !
Elle se leva d'un bond et regarda autour d'elle. Elle coupa quelques branches cassantes avec la dague, cherchant un indice. Ses bottes s'enfonçaient dans la tourbe meuble et elle penchait dangereusement de droite, puis de gauche. Elle leva l'artefact et l'agita en espérant qu'une porte se dessine.
- Tu perds ton temps, dit son guide qui réapparut soudainement.
Il était assis sur un rocher, les jambes croisées et ses doigts croisés sur son genou. Ses cheveux ondulés se plaquaient sur son visage grisâtre. Il était de cette couleur à cause de la lueur de la lune. Son regard semblait accusateur et la déception se lisait sur ses traits.
- Je sais comment arrêter tout ceci ! s'enthousiasma-t-elle en revenant sur le chemin. J'ai trouvé la porte !
- Petite inconsciente, dit-il en se levant d'un bond.
Il s'approcha en sautillant et en agitant ses indexes de gauche à droite comme s'il mimait les essuie-glaces d'une voiture.
- Nourris la folie et la folie se nourrit de toi, chantonna-t-il avec un sourire plutôt mesquin.
Belle fronça les sourcils et ne comprit pas où il voulait en venir avec son énigme. Mais elle n'en avait cure. Elle avait la solution juste sous ses yeux. Elle leva la main et observa la dague. La pluie et la lune faisait briller la lame et les cinq lettres gravées ressortaient fortement. De nombreux souvenirs traversèrent son esprit un peu comme si elle voyait soudainement défiler sa vie devant elle avant de mourir. Ses agissements avaient bouleversés toute l'histoire. Elle avait condamné des innocents. Cora mourrait car elle ne serait pas capable de transformer la paille en or. Et donc Regina ne verrait jamais le jour. Charming ne deviendrait jamais un prince. Emma ne naitrait jamais et de ce fait Henry non plus. Par son geste égoïste d'avoir voulu que Rumple ne vive pas une vie de Ténèbres, elle avait condamné tant de monde. Elle retourna la dague et saisit fermement le manche à deux mains. Elle approcha à lame de sa poitrine et souffla profondément.
- Arrête ça tout de suite ! rugit son guide complètement hors de lui. Tu vas finir dans le caveau et personne ne viendra te chercher.
- C'est mieux ainsi, répondit-elle toujours en tenant la dague. Au moins, je ne ferai plus de mal à quiconque.
- Je ne peux pas prédire l'avenir, mais je suis à peu prêt sûr d'une chose, dit-il gravement en s'approchant à moins de cinq centimètre de son visage. Bae va être envoyé à la guerre et mourra dans d'atroces souffrances. Quand à l'amour de ta vie, il se laissera mourir de chagrin. Est-ce ce que tu souhaites ?
Elle resta à l'observer silencieusement. La pluie coulait sur tout son corps et la lune faisait briller sa silhouette menaçante. Elle avait l'impression qu'elle pouvait sentir son souffle dans son cou. Mais bien évidemment, ce n'était que son imagination. Il n'était pas réel. Il avait fait ce qu'il avait pu pour la dissuader de mener son geste à terme. Un petit sourire apparut au coin de ses lèvres et fit un grand pas en arrière pour la laisser respirer. Il avait compris ce que son hésitation signifiait.
- Je te déteste, dit-elle en rageant la dague dans sa botte.
Elle remonta en selle et poursuivit sa route. A sa grande surprise, son guide disparut. Elle était bien contente de ne plus entendre ses remarques agaçantes, ni de voir son sourire moqueur. Néanmoins, elle sentait les Ténèbres gronder à l'intérieur d'elle, la harcelant sans cesse.
Quand elle arriva à Longbourne, elle reprit son apparence de Belle et descendit de cheval. Elle l'attacha à l'entrée de la ville, prêt à repartir en cas de problème. Quelque chose se tramait. A cette heure-ci, la ville aurait dû être plongée dans le calme de la nuit. Une odeur de brûler flottait dans l'air. Mais ce n'était pas que du bois qu'on avait enflammé. Elle reconnut l'odeur de chair brûlée qui lui avait donné la nausée sur le champ de bataille. Elle marcha calmement, caché sous son capuchon, pour se rapprocher de la source de cette anomalie. Un grand feu au centre de la place éclairait toutes les façades environnantes. La foule massée là commençait à se disperser. Le spectacle était terminé. Elle s'approcha prudemment et demanda à une femme ce qui se passait.
- Une femme a été brûlée pour trahison, expliqua-t-elle la voix encore tremblante.
- Qu'a-t-elle fait ? demanda la brune.
- Elle a hébergé la Veuve Noire.
« Mensonge ! » tonna Belle intérieurement. La rage l'envahit et le brasier doubla d'intensité sans la moindre explication rationnelle. Les flammes étaient plus hautes que les toits des maisons, provocant les cris de certains habitants qui se ruèrent au puits pour éteindre le brasier.
- Qui l'a dénoncée ? demanda-t-elle en faisant de son mieux pour contenir sa colère.
- Je ne peux pas vous le dire.
- Ne craignez rien. Personne ne saura au courant. Vous pouvez me faire confiance.
La femme la dévisagea, se demandant si elle pouvait effectivement lui faire confiance. Mais la peur était trop grande. Elle s'excusa et rentra chez elle. Belle se mit à la recherche de la personne à l'origine de ce drame. La délation était apparemment encouragée et certains, sans scrupules, condamnaient des innocents afin de toucher une maigre compensation pécuniaire. Cette situation était intolérable. Son statut d'héroïne lui disait de rétablir la justice et les Ténèbres en profitaient pour l'inciter à venger la victime. Elle tenta au mieux d'ignorer le conflit qui grandissait en elle. Après avoir questionné plusieurs personnes, elle obtint finalement un nom : Gildric le potier.
Sans attendre, Belle se faufila dans la foule tel un chat, chassant une souris. Arrivée devant la maison en question, elle la contourna et se fondit dans l'ombre. Elle disparut dans un nuage de fumée rouge.
- Crois-tu que c'était ce qu'il fallait faire ? demanda la femme du potier avec une voix tremblante.
- Personne ne la regrettera. Elle était veuve et n'a jamais eu d'enfants. Et nous avions besoin de cet argent, expliqua l'homme aux mains calleuses.
L'atelier était faiblement éclairé par quelques malheureuses bougies presque entièrement consumées. L'homme d'une trentaine d'années, semblait plus âgé que son âge réel. Son visage était fatigué, sale et déjà partiellement ridé. Il était maigre comme un clou et son dos commençait à se voûté, probablement à cause des nombreuses heures passées à tourner ses jarres. Sa femme était plus petite que lui et avait les joues pleines. Elle avait un long nez fin qui tranchait avec la rondeur de son visage. Sa robe était fatiguée et raccommodée à divers endroits.
Belle avait un très bon point de vue. Elle était couchée sur l'étagère du haut, dissimulée par des jarres et des pots de toutes formes. Elle avait étendu ses longues pattes noires devant elle et sa queue se balançait dans le vide. C'était donc eux, ces êtres abjects qui avaient condamné une innocente pour quelques malheureuses pièces. Et la raison pour laquelle ils l'avaient choisie la répugnait.
Ils se tenaient au milieu de l'atelier entre les sacs d'argile et le tour. Le sol était très sale et de la poussière flottait dans l'air. Belle se leva et poussa un pot qui se brisa avec fracas sur le sol, faisant sursauter les habitants des lieux.
- Un chat noir aux yeux jaunes, Gildric ! s'écria la femme de sa voix aigue en pointant l'animal du doigt. C'est le diable qui vient nous punir !
- Ce n'est qu'une sale bestiole, Frida. Je vais la chasser, dit-il avant de saisir un balai par son extrémité.
- Il ne faut pas qu'on le voit ici ! On va être accusés de sorcellerie, ajouta-t-elle nerveusement.
Belle se fit un malin plaisir de pousser tout ce qui se trouvait sur son passage provocant une rage folle chez le potier. Quand elle arriva au bout de l'étagère, elle se déplaça dans un nuage de fumée rouge jusqu'au sol en reprenant son apparence de Dark One par la même occasion. Le potier et sa femme furent pétrifiés de terreur. Elle les dévisagea de ses yeux ambrés en inclinant la tête pour être sûre qu'ils n'oublieraient jamais sa visite. Elle savait que son allure était menaçante, terrifiante et inoubliable. La femme tremblait comme une feuille, prête à s'évanouir.
- Qui… qui êtes-vous ? marmonna-t-il de sa voix étranglée. Que voulez-vous ?
- C'est… c'est une sorcière ! hurla sa femme de sa voix aiguë.
- Pourquoi avez-vous condamné cette femme ? demanda-t-elle en ignorant sa question. Que vous avait-elle fait ?
Le mari saisit un ébauchoir bien tranchant, le serrant fortement dans sa main moite, bien décidé à l'utiliser à la première occasion. Sa femme se cachait derrière lui, n'osant pas regarder l'intruse.
- Répondez à ma question ou vous le regretterez, menaça-t-elle.
Voyant qu'il ne lui obéissait pas, elle s'approcha de quelques pas. Il leva la main droite et d'un geste magique, elle éjecta l'ébauchoir contre le mur.
- Vous pensiez m'assassiner ? demanda-t-elle posément. Désolée de vous décevoir. Je suis immortelle.
Alors qu'elle s'apprêtait à lui faire payer son geste, son regard fut attiré par un symbole gravé sur une jarre décorée de grappes de raisins : une murène. Elle prit l'objet qui était sur une table juste à côté à deux mains. La vision de cet animal marin fit bouillir une rage démesurée dans ses entrailles. Elle se força à respirer calmement pour ne pas perdre le contrôle.
- S'il vous plaît, ne la brisez pas, implora le potier. C'est une commande du Duc des Basses Terres.
- Elle a donc beaucoup de valeur, répliqua le Dark One.
- Oui, milady. Nous… nous allons pouvoir réparer notre toit.
- Parlez-moi de la veuve que vous avez condamnée, insista-t-elle en serrant les dents.
- Elle… elle était folle. C'était une sorcière. Elle parlait aux corbeaux et faisait des potions avec des herbes.
- Donc, elle devait mourir ?
- Elle a menacé de nous jeter un sort, confia Frida qui avait soudainement retrouvé son courage.
- Quel sort ? s'enquit Belle.
- Un sort d'infertilité.
- Comment puis-je savoir si ce n'est pas un autre de vos mensonges ? demanda-t-elle en plantant son regard dans le leur à tour de rôle.
- Pitié, nous regrettons sa mort ! lâcha la blonde au bord des larmes.
- Mensonges ! Vous êtes tous des êtres ignobles ! cria-t-elle en lançant la jarre de toutes ses forces.
Elle se brisa en mille morceaux et le potier fut à deux doigts d'avoir un malaise. Comment allait-il expliquer au Duc ce qui s'était passé ? Non seulement il n'allait pas être payé mais en plus, il ne serait plus le fournisseur officiel du château. Sa réputation allait être entachée et la honte s'installerait sur sa famille.
Belle devait sortir. Elle leur avait fait suffisamment peur. Mais son guide lui rappela qu'une jarre brisée ne vengerait jamais la mort d'une innocente.
- Ils vont recommencer dès qu'ils en auront l'occasion, lui souffla-t-il. Tu te dois de protéger leurs futures victimes.
Une fois encore, il se servit ses faiblesses pour l'atteindre. Belle était une personne intègre et la justice devait s'appliquer. Seulement maintenant, son jugement était altéré par les Ténèbres qui ne cessaient de la pousser sur le chemin de la vengeance. D'un geste brusque, elle arracha le cœur du potier, lui provoquant une énorme douleur dans la poitrine. Sa femme voulut hurler, mais ses forces l'abandonnèrent et elle s'écroula sur le sol crasseux.
- Que t'as rapporté ce mensonge ? demanda-t-elle le plus calmement possible en planta son regard ambré dans ses prunelles brunes apeurées.
- D… deux… deux pièces d'or… milady.
- Donc la vie d'une personne ne vaut que deux pièces d'or ? demanda-t-elle, debout sur la pointe des pieds, en penchant la tête afin de l'effrayer encore plus avec son apparence monstrueuse.
Les flammes des bougies doublèrent de taille alors que les deux protagonistes se faisaient face dans la pièce centrale.
- Vous êtes un monstre ! hurla-t-elle en serrant l'organe palpitant entre ses doigts crochus.
Il se tordit de douleur et ne put prononcer le moindre mot. Belle vit que son guide la regardait agir depuis le coin de la pièce. Il était appuyé contre le mur, ses bottes lacées croisées et un sourire de satisfaction sur son visage démoniaque. Sa petite protégée se débrouillait tellement bien qu'il n'avait même pas à intervenir.
- Lève-toi, ordonna le Dark One en regardant la femme à terre.
D'un mouvement de la main, elle la remit sur pied et la réveilla en lui assénant une claque. La pauvre femme était déboussolée et terrifiée. Elle osait à peine lever les yeux.
- Toi qui aimes colporter des rumeurs, prononça-t-elle en insistant sur chaque mot, tu vas pouvoir dire à tout le monde ce qui se passe quand on ment au sujet de la Veuve Noire.
- Vous… vous êtes la Veuve Noire ? osa-t-elle à peine demander.
- Dis à tout le monde que le Dark One ne tolère pas le mensonge et qu'il arrive malheur à ceux qui mentent.
- Pitié… ne tuez pas mon mari, implora la blonde, les yeux remplis de larme et le visage rosi par la peur et le chagrin pendant que son mari se tordait de douleur.
- Regarde ma main, ordonna le Dark One, attendant qu'elle s'exécute. Gildric, je vous condamne à mort pour calomnie.
- Non ! hurla son épouse alors que Belle réduisait en cendres le cœur de son époux qui tomba au sol.
La femme se rua sur le corps sans vie de son époux tandis que Belle se dirigeait vers la porte, reprenant son apparence de princesse avant de retourner dans l'obscurité de la nuit.
- Tu m'impressionnes de plus en plus, commenta Rumple qui avait revêtis son costume de crocodile avec les pointes menaçantes cachant ses fins poignets.
- Tais-toi ! Disparais ! C'est mal ce que j'ai fait ! J'ai… j'ai écouté…
- Les Ténèbres en toi, répondit-il pour l'aider à terminer sa phrase. Tu as fait ce qui était juste. Il a condamné cette pauvre femme au bûcher. Il devait mourir.
- J'aurai juste dû lui faire peur… Mais il y avait cette rage en moi, dit-elle beaucoup plus calmement. Je n'ai pas su la retenir. Je me transforme en monstre.
Elle s'assit lourdement sur un charriot non loin du cheval qu'elle avait offert à Rumplestiltskin. Elle ne pouvait empêcher son esprit de revivre l'événement chez le potier. Elle regarda ses mains, redevenue aussi satinée que le clair de lune. Et pourtant, un monstre terrifiant, redoutable, impitoyable et cruel se cachait juste sous la surface.
- Ressaisis-toi, lâcha son guide qui se tenait bien droit face à elle. Tu as agi en Dark One. Et dois-je te rappeler… que tu es le Dark One.
- Je peux être le Dark One et bien agir, rétorqua-t-elle. Je peux utiliser mes pouvoirs pour faire le bien.
- Et c'est ce que tu as fait. Tu as vengé cette femme.
- Ce n'était pas la bonne manière de faire, répondit-elle en le regardant. Il aurait dû être jugé pour son crime.
- Jugé ? s'étonna son guide, amusé par sa naïveté. Tu crois vraiment que la justice est équitable dans ce monde ? Les juges sont nommés par le Duc des Basses Terres. Tu crois vraiment que leurs verdicts sont justes ?
Elle le détestait et détestait encore plus son rire moqueur. Mais une fois de plus, il avait raison. Elle se releva et remonta sur son cheval. Il était temps de repartir.
Il était tard mais Rumplestiltskin n'arrivait pas à s'endormir. Il s'était installé à son rouet et filait dans le silence le plus absolu, seulement éclairé par la lueur de la cheminée. Il repensait aux événements de la journée et de l'incident avec Belle. Il se rappelait aussi de ce que son fils lui avait dit. Au fond, il avait peut-être raison : il avait raté sa chance de retrouver le bonheur. Pourquoi n'avait-il rien vu ? Son cœur se serra et il ne put retenir une petite larme. La mélancolie s'empara de lui et son sourire s'était évanoui, probablement pour toujours.
Il entendit la porte de la maisonnette s'ouvrir et se retourna d'un coup, saisissant un couteau à portée. Son cœur tapait très fort dans sa poitrine et sa main tremblait, saisie par la peur.
- Belle ? Vous êtes revenue ? s'étonna-t-il, mais soulagé par sa présence.
- Etes-vous heureux que je sois revenue ? demanda-t-elle avec un large sourire dissimulant son inquiétude.
- Je n'en suis pas mécontent, avoua-t-il en la regardant avec un petit sourire.
Elle lui mit les mains sur les épaules et s'assit sur la petite chaise.
- Je… je m'excuse pour toute à l'heure, admit-elle. Je ne voulais pas vous brusquer.
- Je vous pardonne, dit-il avec douceur, ses joues s'empourprant face à sa présence.
Elle passa doucement sa main sur son front et constata que la fièvre avait bien baissé. Le mélange d'herbes du druide était efficace.
- Vous allez beaucoup mieux.
- On dirait bien, murmura-t-il. Est-ce que vous allez déjà nous quitter ?
A sa question, elle sourit. Finalement, il tenait à elle. Il ne s'était pas refermé comme une huitre comme elle l'avait craint. Il y avait donc de l'espoir pour qu'ils brisent ensemble cette malédiction. Mais au même instant, ses espoirs se faisaient attaquer par les Ténèbres qui lui susurraient de se débarrasser du tisserand avant qu'il ne s'empare de la dague. Car tous les hommes ne cherchent qu'une seule chose : le pouvoir. Cet amour qu'elle avait cru décelé dans ses paroles n'était qu'un leur. Elle secoua vivement ses boucles sauvages, ordonnant aux Ténèbres de se taire.
- Non, je… je vous ai fait une promesse et je vais la tenir. Je tiens toujours mes promesses.
- Vous n'êtes pas obligée, répondit-il en contemplant son visage si parfait.
- J'y tiens, insista-t-elle.
Elle regarda le feu quelques instants et rassembla son courage. Elle redressa son dos et toussa un coup.
- Je… hésita-t-elle. J'ai quelque chose à vous confier.
Elle avait toute son attention. Il la fixa de ses beaux yeux chocolat et la lueur du feu colorait sa peau.
- Brunissende… elle est vivante.
- Quoi ? Comment ? demanda-t-il complètement choqué par cette révélation.
- Elle m'a sauvé du champ de bataille. Elle m'a accueillie chez elle, à Herchambaut. Elle m'a soigné et c'est elle qui m'a donné votre arc.
- Elle est vivante…
Son cœur semblait rater quelques battements. Il sentait sa pression chuter, mit sa main sur la cuisse de Belle pour se retenir et sa tête heurta sa poitrine. Son souffle était court et saccadé.
- Chuuuu. Respirez doucement, recommanda-t-elle en lui caressant les cheveux.
Il toussa et se reprit, passant sa main dans ses cheveux en bataille. Ils restèrent silencieux pendant de longues minutes. Lui en regardant le feu et elle en l'observant avec un petit sourire compatissant.
- Merci, dit-il en brisant le silence. Merci de me l'avoir dit.
Il n'arrivait toujours pas à y croire. Il repensa à cette fameuse nuit où elle l'avait sans doute sauvé de l'esclavage ou de la mort. Il ignorait comment elle avait survécu, mais de savoir que celle qu'il considérait comme sa mère était en vie était pour lui une source d'espoir et de réconfort. Sans s'en rendre compte, un sourire se dessina sur son visage fatigué. Un sourire d'espoir.
- Il est tard, vous devriez aller dormir, conseilla-t-elle.
A sa remarque, Rumplestiltskin regarda l'intérieur de sa chaumière : il y avait le lit de Baelfire où se dernier s'était enroulé dans la couverture et le sien. Il réalisa que la princesse d'Avonlea avait sans doute dormi les nuits précédentes sur le sol. Il fut traversé par un sentiment de honte.
- Prenez mon lit.
- Et vous ? Ou irez-vous dormir ? demanda-t-elle.
- Je… je me débrouillerai. J'ai un peu de laine et quelques couvertures dans un coffre. Je dormirai par terre.
- Ne soyez pas ridicule. Si vous dormez par terre, vous allez vous casser le dos et aurez froid.
Elle se leva et tira la couverture en peau de mouton, insistant pour qu'il aille dans son propre lit. Ce dernier n'était pas large. Mais en se serrant un peu, deux personnes pouvaient y dormir. Il lui obéit et se colla contre le mur, l'invitant sous la couverture. Elle sourit, se débarrassa de ses chaussures, de sa cape et de son corset, puis se glissa à côté de lui.
- On sera un peu à l'étroit. Ça ne vous dérange pas ? s'inquiéta-t-il.
- Pas du tout.
Elle aimait sentir la chaleur de son corps contre le sien. Depuis son arrivée, elle n'avait jamais été aussi proche de lui physiquement. Une vague de souvenirs agréables l'envahit et elle ne put retenir un petit sourire. Elle se mit sur le côté et vit qu'il lui tournait le dos, tout recroquevillé contre le mur. Elle appuya sa tête contre son dos et ne put s'empêcher de laisser sa main caresser son flan. Il se raidit mais ne dit rien et ne la repoussa pas. Elle déposa un tendre baiser dans sa nuque qui n'était pas cachée sous sa chemise en lin. Elle aimait sentir son odeur capiteuse et la douceur de sa peau. Ses cheveux quant à eux, étaient imprégnés de l'odeur du feu. Tous ses sens étaient en éveil mais elle se battait intérieurement pour ne pas brusquer les choses. Les Ténèbres libéraient et intensifiaient tous ses sens. Son désir était de plus en plus puissant, brûlant. Les papillons dans son ventre s'agitaient comme un Diable dans un bénitier. Elle avait envie de le dévorer, là, tout de suite. Sans vraiment s'en rendre compte, elle laissa sa langue gouter à sa peau, ses dents résister à l'envie de le croquer et sa main se glisser sous sa chemise. Il gémit et se retourna face à elle. Lui demandant du regard ce qu'elle faisait.
- Je… je suis désolée, lâcha-t-elle, les yeux écarquillés en réalisant qu'elle avait dépassé les bornes.
Son regard se déplaça en direction du lit de son fils comme s'il voulait s'assurer qu'il dorme à poings fermés. Sans lui répondre, il mit sa main derrière sa nuque et l'embrassa tendrement, timidement, puis avec plus de passion. Leurs corps s'enroulèrent sous la couverture, pressés l'un contre l'autre dans ce lit minuscule. Leurs chemises se retrouvèrent l'une après l'autre sur le sol couvert de fétus de paille. Mais en voyant sa poitrine dénudée, il eut un mouvement de recul.
- Je ne peux pas, murmura-t-il en baissant la tête et en se dégageant d'elle, ses mèches couvrant ses yeux.
- Qu'y a-t-il ? demanda Belle, un peu vexée qu'il abandonne. Je ne comprends pas.
- Je… je ne me sens pas prêt… pour ça. Excusez-moi.
Elle ne répondit rien. Elle se mordit la lèvre, comme pour l'aider à analyser ce qui venait de se passer. Où avait-elle fauté ? Quel geste déplacé avait-elle fait ? Quel souvenir douloureux avait-elle réveillé ? Immédiatement, elle pensa à Milah. Cette femme l'avait torturé mentalement et peut-être aussi physiquement pendant presque toute leur vie commune.
Elle lui saisit doucement le menton pour qu'il lui fasse face. Puis, elle lui caressa le visage, le dégageant de ses mèches. La lueur provenant de la cheminée soulignait ses traités tirés et l'embarras qui l'avait arrêté net dans son élan. Il semblait tellement honteux qu'il n'osait plus la regarder.
- Je ne vous en veux pas, rassura-t-elle. Vous avez raison. Nous devons prendre notre temps.
Prendre son temps. Mais elle n'en avait pas ! Si elle continuait à céder aux Ténèbres à chaque fois qu'un comportement l'horripilait, son cœur serait consumé à cent pour cent en moins de temps qu'il ne faut pour le dire. Elle ne comprenait pas pourquoi Rumplestiltskin était si réticent face à elle. Il semblait encore plus inaccessible que lorsqu'il était Dark One.
Rumplestiltskin avait la boule au ventre. Une boule de culpabilité si grosse qu'elle lui coupait le souffle. Il savait qu'il ne serait jamais assez bien pour elle. Elle méritait tellement mieux que lui. Les humiliations de son ex-femme lui résonnaient comme les cloches d'une église. Elles étaient si fortes qu'il n'entendait plus que cela. Il détourna le regard pour ne pas devoir affronter celui de Belle. Il l'avait déçue, une fois de plus. Elle allait partir. C'était une évidence. Il ne pouvait s'empêcher de jeter des regards discrets au lit adjacent.
Il lui souhaita bonne nuit et se retourna contre le mur, laissant couler silencieusement quelques larmes. Sans crier gare, son guide apparut entre la cheminée et le lit et se mit à rire.
- Si tu veux briser la malédiction avec cet homme, tu es mal barrée, dearie ! se moqua-t-il.
Elle n'avait qu'une envie : le saisir à la gorge et le forcer à avaler sa langue de vipère ! Les flammes dans la cheminée doublèrent d'intensité, faisant sursauter les amants. Belle se calma immédiatement et le feu se réduisit, rassurant Rumplestiltskin qui ne comprit pas ce qui venait de se passer.
- Sais-tu pourquoi ton plan échouera ? demanda-t-il en gloussant.
Elle roula les yeux pour seule réponse.
- Parce que tu n'es pas et ne sera jamais son amour véritable.
Elle fronça les sourcils. Bien sûr qu'ils étaient faits l'un pour l'autre ! Il n'y avait aucun doute. Sinon, comment aurait-elle réussi à presque briser la malédiction au Dark Castle ?
- Son véritable amour est ici, dit son guide en montrant l'autre lit avec ses deux indexes tendus. Maintenant, tu sais ce qu'il te reste à faire.
- Jamais, murmura-t-elle.
J'espère que vous avez passé un bon moment. Qu'avez-vous pensé de ce chapitre?
