Hello les Oncers!
Je tenais à remercier tous ceux qui m'ont laissé un commentaire pour les chapitres précédents! ça m'a fait énormément plaisir.
C'est avec beaucoup de retard que je mets ce chapitre 8 en ligne. Tout s'est enchaîné: panne d'écriture (pas d'inspiration heureusement), manque de temps, vacances,... et en plus ma bêta est en pleine période de révision. Malgré tout, elle a trouvé le temps de me le corriger et je l'en remercie!
Ce chapitre est un de mes préférés. Préparez-vous à emprunter l'ascenseur émotionnel!
Avertissement: Rating M. Je vous déconseille de manger en lisant ce chapitre (surtout la première partie). J'ai laissé libre court à mes idées tordues et le résultat est plutôt sanglant. Et oui, le Dark One n'est pas un ange et Hordor non plus!
Je vous souhaite une très bonne lecture!
Chapitre 8
Dark One.
Belle se redressa et regarda furtivement par la fenêtre. La lune brillait dans le ciel sombre, baignant le petit village dans un silence glacial. Elle jeta également un coup d'œil à Rumplestiltskin qui dormait à poings fermés à côté d'elle. Elle tourna la tête et constata que Baelfire était toujours endormi.
Dark One.
Elle se glissait discrètement hors du lit et remit son corset qui était par terre. En plongeant ses pieds dans ses bottes, elle fut soulagée de sentir la lame de la dague dans celle de droite. Personne ne l'avait subtilisée pendant qu'elle s'était assoupie. Mais pourquoi donc mettait-elle en doute les intentions de son époux et de son fils ? La Noirceur avait encore une fois altéré ses pensées. Elle prit sa cape et en sortit la perce-neige. Elle fit rouler la petite fleur entre ses doigts et lui demanda intérieurement de veiller sur Rumple et Bae. Elle la mit dans un petit verre et la posa sur la table. Sa magie allait protéger la petite famille si pour une raison ou pour une autre quelque chose arrivait en son absence. Elle sortit sur la pointe des pieds aussi discrètement que possible. La porte n'émit pas le moindre bruit et elle la referma tout aussi silencieusement. Elle couvrit ses longs cheveux bouclés de son capuchon pour se protéger de la pluie qui n'avait pas cessé. La lueur de la lune faisait briller les toits copieusement arrosés. Une forte odeur de paille humide et de feu de bois flottait dans l'air. Son regard balaya la rue unique qui était déserte à cette heure très tardive, à la recherche de ce murmure.
- Qui est là ? demanda-t-elle à voix basse pour ne pas réveiller les villageois.
- C'est quelqu'un qui requière ta présence, dearie, dit Rumple tout de cuir vêtu en sortant de la brume, les cheveux en bataille et la peau brillante. Si cette personne t'appelle une troisième fois et que tu souhaites la rencontrer, ferme les yeux et laisse-toi guider.
- C'est la voix d'un enfant. Elle est à la fois douce et fragile. Pourquoi un enfant voudrait-il rencontrer le Dark One ?
- Tu n'as qu'une seule façon de le savoir, dit-il avant de disparaître.
Dark One.
Elle ferma les yeux, se laissant guider par cette voix à la fois douce et pleine de souffrances. Elle avait l'impression de flotter et de voler dans un tourbillon de couleurs sombres indistinctes. Lorsqu'elle rouvrit les yeux, elle se trouvait dans la forêt. Non loin d'elle se tenaient deux hommes du Duc qu'elle reconnut à leurs cuirasses décorées de la terrifiante murène blanche. Ils étaient accompagnés de quatre enfants. L'un d'eux se faisait fouetter, le dos à nu. Des sanglots se faisaient entendre à chaque claquement. Le cuir avait déjà bien lacéré sa peau si jeune et des gouttelettes écarlates glissaient le long de sa chair. Elle serra ses poings et sentit la colère monter en elle. Elle était si violente qu'elle ne pensait pas être en mesure de pouvoir la retenir.
Le fouet s'entortilla autour de l'homme qui tomba lourdement dans la tourbe sans comprendre ce qui lui arrivait. Ses liens étaient tellement serrés que seul un grognement s'échappa de sa gorge. Le petit garçon qui l'avait appelée se tourna lentement, la peur dans les yeux. Il était chérif et portait un uniforme de soldat trop grand pour lui. Ses cheveux bruns étaient collés sur son visage juvénile à cause de la pluie. Il respirait de manière saccadée et ses lèvres pourpres ne se touchaient pas. Il était toujours agenouillé et ne semblait pas être en mesure de se lever. Était-ce à cause de l'apparence monstrueuse de l'être qu'il avait sommé, de la peur qui le saisissait aux tripes ou de la douleur des coups ? Elle marcha dans leur direction d'un pas lent mais menaçant. Son regard s'était accroché sur sa proie, ficelée comme un rôti.
- Arrêtez-vous ! ordonna l'homme qui gardait les trois autres enfants en sortant son épée de son fourreau.
- Qu'allez-vous faire si je ne m'arrête pas ? demanda-t-elle posément.
- Je serai obligé de vous tuer, annonça-t-il.
- Vas-y ! Qu'est-ce que tu attends ! beugla celui qui était à terre. Tue ce monstre !
Il s'approcha à grands pas, son épée brandie.
- Ne bouge pas, ne cille pas, lui souffla son guide qui venait à l'instant de se matérialiser à côté d'elle. La peur et la mort sont pour les mortels, pas pour le Dark One.
Elle déglutit difficilement et inspira profondément. Elle tenta de garder son calme et de refouler son envie de fuir face à la menace qui s'approchait dangereusement d'elle. Le soldat hurla comme une bête pour se donner du courage. La lame brilla dans la nuit et d'un seul coup lui transperça le ventre. Instinctivement, elle se plia en deux. Belle recula de deux pas et baissa la tête sur la lame qui l'avait transpercée.
- Personne ne conteste les ordres du Duc des Basses Terres, rappela-t-il, convaincu d'avoir mortellement blessé le monstre.
A sa grande surprise, elle ne ressentit aucune douleur. Elle se mit à rire. D'un rire qui ne lui apparentait pas. Il était maléfique et terriblement moqueur. Elle bascula la tête en arrière ce qui fit glisser son capuchon et révéla son visage maudit.
- Personne ne conteste la puissance du Dark One, répondit-elle en sortant d'un coup sec la lame de son corps. Et personne ne peut le tuer.
Les yeux des deux soldats se remplirent d'effroi. Celui qui était au sol roula de quelques mètres sur la gauche alors que l'autre, livide, était incapable de faire le moindre mouvement. Elle jeta l'épée qui n'avait pas une seule tache de sang au sol et s'approcha de l'homme debout, le saisissant par magie à la gorge pour qu'il ne fuie pas.
- Les enfants, dit-elle en leur accordant un regard. Tournez-vous et bouchez-vous les oreilles. Quand à toi…
Elle s'approcha de celui qui était au sol et se mouvait comme une chenille grasse. Il s'immobilisa quand il vit ses bottes à quelques centimètres de son visage. Elle se baissa d'un geste lent.
- Garde bien les yeux ouverts, dit-elle avec une voix suave en passant son doigt sous son menton pour qu'il lève la tête.
Pendant ce temps, celui qui était debout réalisa qu'il n'était plus entravé. Dans l'ombre, Rumple se demandait comment elle allait gérer la situation. Il décida pour une fois de rester silencieux. Elle qui semblait ne pas avoir besoin de ses conseils allait devoir le prouver ! L'homme se rua sur l'épée et chargea. Belle se retourna et le figea d'un coup sec mais lui laissant la tête libre.
- Tu vas transmettre un message pour moi au Duc des Basses Terres, dit-elle à l'homme à terre. Tu vas lui raconter ce que le Dark One fait à ceux qui arrachent d'innocents enfants à leurs parents.
Elle s'approcha de l'homme figé avec le regard rempli de haine. Elle sentait la colère bouillonner dans ses veines et les ténèbres prêtes à surgir tel un volcan. Elle baissa ses mains à la hauteur de ses genoux puis les monta gentiment, les paumes vers le ciel. Elle prononça silencieusement une incantation qu'un précédent Dark One avait apprise. Les habits de l'homme craquèrent sous sa cuirasse et se déchirèrent brutalement propulsant les parties protectrices en métal au loin. Les lambeaux furent emportés dans la forêt par un vent qui n'existait pas. Il tenta de la supplier mais la force qu'elle avait déclenchée était si violente qu'aucun son audible ne franchit ses lèvres.
Puis sa peau subit le même sort. Elle se déforma, gondola, s'étira, puis craqua en de multiples endroits. Ses hurlements glacèrent le sang des enfants qui pressaient leurs mains sur leurs oreilles et enfonçaient leurs visages dans leurs genoux. Les nerfs se détachèrent, formant une sorte de toile d'araignée géante. Les fils s'étirèrent de plus en plus, devenant de plus en plus fins jusqu'à éclater en milliards de petits gouttelettes. La peau et les muscles éclatèrent et giclèrent sur plusieurs mètres. L'homme à terre ferma les yeux devant l'horreur de la scène. Les viscères s'envolèrent, le cerveau s'écrasa quelques mètres plus loin, désintégré et le cœur explosa, projetant des milliers de gouttelettes sur le visage de l'autre homme. Il se mit à trembler et à supplier le Dark One de l'épargner alors qu'elle s'approchait de lui. Elle se baissa et attrapa sans ménagement ses joues entre ses phalanges aux ongles noirs.
- Tu vas transmettre un autre message. Dis à Hordor que la Veuve Noire va lui faire payer très cher ce qu'il a fait.
- La… la Veuve… Noire, bégaya-t-il.
Elle se releva avec un sourire de satisfaction, libérant d'un geste magique l'homme qui prit ses jambes à son cou et disparut dans la sombre et angoissante forêt. Elle espérait que ses messages parviennent à ses deux destinataires. En révélant à cet homme que la Veuve Noire et le Dark One ne formait qu'un, elle mettait ainsi un terme à la chasse aux sorcières.
- Rentrez chez vous. Vous ne craignez plus rien, dit-elle avec le plus de douceur possible aux quatre enfants.
- Merci Dark One, répondit le petit garçon au dos lacéré qui l'avait appelée.
Elle s'approcha de lui et d'un geste de la main, toutes ces blessures disparurent sans laisser la moindre trace. Il la remercia et les enfants disparurent dans l'obscurité. Une fois seule, Belle regarda avec horreur la chair déchiquetée et les os qui jonchaient le sol. C'était elle qui avait fait cela. Son estomac se noua et sa vue commença à se brouiller. Elle laissa échapper une boule d'énergie en hurlant. Trois grands arbres s'abattirent dans un fracas épouvantable. Elle haleta et se laissa tomber sur ses genoux. Qu'avait-elle fait ? Devant elle, le crâne ensanglanté du pauvre soldat la fixait de son regard épouvanté. Elle ferma les yeux et prit une grande inspiration. Elle avait été incapable de contenir la Noirceur en elle. La petite princesse était faible. Elle qui se croyait être une héroïne qui faisait toujours les bons choix avait lamentablement échoué. Elle avait trahi ses propres valeurs. Les Ténèbres avaient gagnés. A la fin, elles gagnent toujours.
Elle releva la tête à la recherche de son guide. Mais il n'était plus là. Une larme coula lentement sur sa joue. Éclairée par la lueur de la lune, elle ressemblait à un petit diamant extrait de la mine qui tombait dans le néant et se fracassait au sol, s'éclatant en milliers de minuscules gouttelettes. Comment une gentille personne comme elle pouvait-elle céder aussi facilement ? Pourquoi n'avait-elle pas été en mesure de se maîtriser ? Si Rumple avait disparut, c'était car elle avait accepté les Ténèbres. A cette pensée, son visage se tordit de douleur et les larmes coulèrent sans discontinuité. Elle était devenue le monstre qu'elle redoutait tant. Elle resta là de longues minutes à laisser la pluie glisser sur sa cape sombre. Elle replia ses genoux contre sa poitrine et appuya sa tête dessus. Ce n'est qu'un cauchemar, se répéta-t-elle encore et encore. A force, elle finirait par s'en convaincre.
Elle passa la dague au-dessus des os en faisait des gestes circulaires. Les fragments se transformèrent petit à petit en escargots à la peau noire comme les Ténèbres. Elle ferma les yeux et comme par enchantement, une pluie battante et glaciale se mit à tomber. Cette pluie allait, pensa-t-elle, laver cette terre de son acte ignoble.
Belle était allongée sur le lit et entendait dehors quelques villageois vaquer à leurs occupations. La lumière pénétrait progressivement dans la chaumière à mesure que le soleil se levait. Elle espérait que la nuit ait emporté toutes les horreurs de la veille. Mais elle ne se faisait aucune illusion. Elle avait agi comme un monstre. Elle avait tué cet homme de sang froid.
- Il le méritait, dit son guide qui réapparut et soulagea la brune de sa présence.
« Bien sûr que non ! » pensa la princesse. Ils n'avaient fait qu'exécuter les ordres donnés par un véritable monstre. Pire que le Dark One, plus sadique que la Wicked Witch et plus cruel que l'Evil Queen. Alors qu'elle se croyait seule, perdue dans ses pensées, elle sentit le poids d'un regard. Elle tourna la tête et vit que Rumplestiltskin était bien réveillé et la regardait. Leurs corps se touchaient dans ce lit étroit mais elle n'avait plus envie de se rapprocher d'avantage. Elle avait très bien compris qu'il ne voulait pas d'elle. Pourtant, elle ne souhaitait qu'une seule chose : se blottir dans ses bras réconfortants et oublier toutes les horreurs qu'elle avait commises. Mais elle devait résister. Elle eut un petit pincement au cœur.
- Avez-vous bien dormi ? demanda-t-il en la regardant avec douceur.
- Oui, merci. Je crois, tenta-t-elle, je crois qu'il serait temps qu'on se tutoie. Qu'en penses-tu ?
- Mais vous êtes…
- Belle, juste Belle.
- D'accord, si c'est ce que vous… tu souhaites, se corrigea-t-il.
Elle ne put retenir un sourire. Il avait accepté de faire un pas supplémentaire dans sa direction malgré ce qui s'était passé le soir précédent. Elle avança doucement sa main et lui toucha la joue. Il lui sourit et son regard, d'habitude fuyant, vint rencontrer le sien.
- Pourrais-tu me rendre un service ? demanda-t-il en murmurant.
- Bien sûr. Tout ce que tu veux.
- J'aimerai que tu te rendes à Longbourne. Prends deux quenouilles et livre-les au tailleur. Il te donnera une pièce d'argent. N'accepte pas moins. Ensuite, vas à l'atelier de Monsieur Salvin. Il te donnera trois crayons.
- Je suis sûre que Bae sera très heureux, répondit-elle avec un sourire chaleureux.
- Je l'espère, dit-il en jetant un regard à l'autre lit. Bae est tout pour moi. S'il… s'il partait, je ne survivrai pas.
Il ne put retenir une larme au coin de son œil. Il savait très bien ce qui allait se produire. Mais il espérait avoir fait tout ce qu'il pouvait pour éviter leur séparation. Belle le rassura en réitérant sa promesse. Jamais les hommes du Duc ne les sépareraient.
Elle sortit du lit et attrapa son corset sur le dossier de la chaise. Elle se tortilla pour le mettre rapidement. D'ordinaire, elle n'avait aucune difficulté mais ce jour-là, ses mains moites l'empêchaient de le nouer correctement.
- Laisse-moi t'aider, dit le tisserand en se levant, la voyant dans l'embarras.
Il posa ses mains sur le corset pour le placer exactement là où il devait être. Belle se mordit la lèvre inférieure afin de refréner le plaisir qui grandissait en elle. Tout son corps était parcouru de petits frissons. Il prit délicatement la cordelette en cuir et tira quelque peu pour bien plaquer le corset contre sa poitrine sans l'étouffer. Une fois ajusté, il noua les cordelettes et observa son œuvre avec un petit sourire charmeur au coin des lèvres. Elle le remercia, prit les deux quenouilles et promit d'être de retour dans la matinée. Avant de s'élancer, elle lui vola un baiser sur la joue. Ses joues empourprèrent mais il le cacha en camouflant son visage derrière ses mèches rebelles.
En se tournant contre le lit de son fils, la tristesse l'envahit d'un seul coup. Il s'assit lentement sur le matelas en crin de cheval et souleva la couverture en peau de mouton. Ce n'était pas son fils qui était allongé là mais un amas de tissus. Il prit son oreiller et le serra contre sa poitrine. Il enfouit sa tête dedans et se mit à pleurer. Il l'avait perdu. Son cœur se serra si fort qu'il crut bien qu'il allait exploser. La douleur était si forte qu'elle lui rappelait le moment où de toutes ses forces, il avait abattu le maillet sur sa cheville pour ne pas mourir sur le champ de bataille. Mais cette fois-ci, cette douleur ne s'en irait pas tant qu'ils ne seraient pas à nouveau réunis.
Il s'assit à son rouet et installa le fil d'un geste machinal et précis. Il devait absolument se vider l'esprit, oublier. Son visage était fermé et l'angoisse qui nouait ses entrailles le faisait de plus en plus souffrir. Il se battit pour refouler ses sentiments et se concentrer sur son ouvrage. Mais dès que la roue se mit à tourner, des larmes silencieuses noyèrent sa vue en repensant à l'événement de la nuit.
Il avait sentit Belle se glisser hors du lit très tard dans la nuit et quitter leur petite chaumière comme une voleuse. Redressé dans son lit, il l'avait observée s'éloigner dans l'obscurité, couverte par sa cape sombre. Il avait saisi son bâton et s'était rué sur le lit d'à côté, secouant l'épaule de son fils.
- Bae, Bae, réveille-toi mon garçon, insista-t-il sans hausser la voix comme pour ne pas réveiller d'autres personnes.
- Papa… râla-t-il en frottant son nez dans son oreiller. Je faisais un rêve où…
- Tu me raconteras plus tard. Lève-toi vite. Il faut prendre la route.
Rumplestiltskin était fébrile. Ses mains tremblaient comme les feuilles des boulots dans la tempête. Il attrapa un sac qu'il avait entreposé vers la cheminée et y enfourna des vivres et des habits chauds. Baelfire enfilait ses guenilles dans des gestes lents en observant son père s'agiter. Il n'était pas comme d'habitude. Il était paniqué, affolé.
- Prends ce sac et ceci, dit-il en sortant trois pièces d'or de sa bourse. Ce n'est pas beaucoup mais je sais que tu en feras bon usage. Sur la route, cache-toi si tu entends des chevaux. Les soldats du Duc sont à la recherche de jeunes garçons pour aller guerroyer. Ne t'attire pas d'ennuis. Même si tu as faim, ne vole pas. Demande gentiment et peut-être qu'avec un peu de chance, tu obtiendras quelque chose. Prends aussi ces pelotes. Tu pourras les vendre ou les échanger contre un bon repas ou un abri pour la nuit.
- Je ne veux pas partir sans toi, se plaignit-il.
- Bae, je vais te ralentir. Il faut absolument que tu partes tout de suite. Le soleil va se lever dans quelques heures. Prends cet arc et rends-toi à Herchambaut. Tu as bien compris ?
- Oui, Herchambaut, répéta-t-il pour rassurer son père.
- Vas chez Brunissende. Dis que tu es mon fils. Elle t'accueillera et te protégera.
- Et toi ? Papa, je ne veux pas te perdre.
Rumplestiltskin balaya la pièce de son regard, toujours très agité. Ses yeux se posèrent sur la perce-neige dans son verre sur la table en bois. Il la saisit et la montra à son fils.
- Quand les perce-neiges fleuriront, expliqua-t-il en tentant de faire baisser son rythme cardiaque tout en respirant plus calmement, tu viendras au bout du chemin. Et je serai juste là ! Je te serrais dans mes bras et plus personne ne nous séparera.
- Tu me le promets ?
- Oh oui mon fils, je te le promets.
Il le serra fortement dans ses bras et planta son nez dans ses cheveux pour bien mémoriser son odeur. Il ferma les yeux et rassembla ses forces pour ne pas fondre en larmes. Son fils allait le quitter et il ne savait pas s'il allait un jour le revoir. Il aurait tant voulu partir avec lui, mais il voulait lui donner sa meilleure chance de réussir. Et c'était sans lui.
- Et mademoiselle Belle ? demanda Bae en lui faisant face.
Il l'aimait bien la gentille demoiselle aux longs cheveux bruns ondulés. Elle avait été très aimable avec lui et il avait adoré fabriquer la porte avec elle. De plus, elle rendait son papa heureux. Il avait autant besoin d'elle que lui en avait besoin. Après tout, elle pourrait devenir sa maman si son papa décidait d'admettre qu'il l'aimait vraiment.
- Bae, regarde le lit. Elle est partie, confia-t-il, les yeux humides.
- Tu crois qu'elle nous a abandonnés ?
- Je ne sais pas. Allez, viens.
Rumplestiltskin se redressa et accompagna son fils jusqu'à la porte. Il ne voulait pas lui laisser le temps d'argumenter ou de partir à la recherche de la princesse.
- Tu te souviens ? demanda-t-il une dernière fois.
- Oui, je vais chez Brunissende à Herchambaut. Et tu viendras quand les perce-neiges fleuriront.
- Je t'aime, dit Rumplestiltskin en embrassant son fils une dernière fois.
- Je t'aime aussi papa. Prends soin de toi.
Le chagrin était trop grand. Il lâcha son fils et attendit qu'il disparaisse dans l'obscurité avant d'éclater en sanglots. Ses jambes ne le portaient plus. Il se laissa glisser le long de l'embrasure de la porte jusqu'au sol. Son cœur se déchirait dans d'atroces souffrances. Perdre son fils était le pire des châtiments pour lui. C'était la seule personne qui l'aimait et qui avait confiance en lui. La seule personne qui apportait un peu de lumière dans sa triste existence. Il ne voyait pas d'avenir sans lui. Pourtant, il ne devait pas se laisser sombrer dans le désespoir. Il lui avait fait une promesse. Dans quelques semaines seulement, ce serait à son tour d'affronter le monde extérieur et ses dangers pour le rejoindre dans le petit village de l'autre côté du royaume. Ce voyage lui faisait peur. Mais pour Bae, il retrouverait son courage. Rien ne l'arrêterait.
Il fut brusquement sorti de ses pensées par deux soldats qui entrèrent avec fracas dans sa maisonnette. Son cœur se mit à taper tellement fort dans sa poitrine qu'il avait l'impression qu'il allait jaillir sur le sol couvert de fétus de paille. Les deux hommes le fixèrent de leurs yeux sombres et menaçants, l'épée pointée dans sa direction.
- Pitié… je ne suis qu'un pauvre tisserand. Ne me faites pas de mal, supplia-t-il de sa petite voix tremblante.
Sans un mot, celui qui était le plus proche l'empoigna par l'épaule et le força à sortir sans qu'il n'ait le temps de prendre sa canne ou sa cape. Il fut traîné dehors comme un mouton qu'on allait égorger. On le jeta en avant et il termina à quatre pattes, les mains dans la boue à quelques centimètres de bottes en cuir noir. Il leva lentement la tête et devint livide.
- Mais regardez qui avons-nous là ! s'exclama le seigneur de guerre. Patte d'araignée !
Il écarta les bras et les villageois qui s'étaient rassemblés pour assister au spectacle sous les ordres des soldats, ricanèrent à ce petit surnom qui lui allait si bien. Rumplestiltskin s'appuya sur ses talons pour se redresser quelque peu, essuyant ses mains sur ses cuisses et tentant de comprendre ce qui se passait. L'angoisse semblait le priver de ses pensées. Il savait qu'il allait lui réclamer son fils et il devait trouver une justification à son absence.
- Jouons à un jeu, dit le barbu en baissant le menton. Si tu réponds correctement à toutes les questions, j'épargnerai peut-être ta misérable vie. Mais si au contraire tes réponses ne me satisfont pas, je ne vais pas te promettre que tu verras le coucher du soleil.
Rumplestiltskin se mit à trembler. Hordor semblait déjà savoir que Baelfire ne se trouvait plus dans ce village. Quelqu'un l'aurait-il vu fuir au milieu de la nuit et l'aurait rapporté au chevalier pour quelques pièces d'or ?
- Connais-tu ce jeune homme ? dit Hordor en faisant signe à un blondinet de s'approcher de quelques pas.
- Oui, murmura le tisserand.
- Son nom, insista le noble.
Rumplestiltskin dévisagea le jeune garçon qui l'avait roué de coups à plusieurs reprises avec ses frères dans la forêt alors qu'il partait vendre sa laine au marché.
- Cybard Willibert.
- Bonne réponse ! Tu ne vas pas mourir tout de suite, s'amusa-t-il. Il paraît que c'est toi qui a son cheval.
Le tisserand ne comprenait pas. Pourquoi Hordor qui était envoyé par le Duc enrôler des enfants pour aller guerroyer, se préoccupait-il des chevaux des gueux ?
- Où as-tu eu ce cheval ?
- On… on me l'a offert, Sir, bafouilla-t-il, le regard baissé.
Hordor bascula la tête en arrière et se mit à rire tellement fort que tout son corps en tremblait.
- Mais qui peut bien faire un cadeau à Patte d'araignée ? questionna-t-il en hoquetant.
La foule de curieux se mit également à rire. Rumplestiltskin était complètement paniqué. Il ne comprenait rien à ce petit jeu.
- Reprends ton cheval, dit le tisserand en s'adressant au cadet des Willibert. Je n'en ai pas besoin.
Il espérait que ce geste de bonté calmerait l'assemblée et qu'on le laisserait sain et sauf. Hordor reprit son sérieux et s'accroupit, son pantalon en cuir grinçant dans le mouvement.
- Où est-elle ? demanda-t-il en le fixant droit dans les yeux.
Sa question prit le tisserand au dépourvu. Il fronça les sourcils, ne voyant toujours pas le rapport avec son fils.
- Apparemment, tu ne comprends pas ce que je dis, dit-il avec un sourire moqueur. Comme c'est la deuxième question et que tu as bien répondu à la première, je vais la reformuler : Où est la Veuve Noire ?
- Je… je ne comprends pas.
- Tu sais qui est la Veuve Noire, n'est-ce pas ?
- Non, Sir, répondit le tisserand en gardant la tête baissée pour ne pas affronter son regard. Je n'en ai jamais entendu parler.
- Ce n'est pas « Sir », c'est votre Monstruosité ! annonça-t-il en lui adressant un regard menaçant. C'est elle, la Veuve Noire, qui m'a fait ceci.
Il montra son horrible cicatrice qui prenait une bonne partie de son crâne. L'os y avait été enfoncé en plusieurs endroits comme si l'objet contondant utilisé avait une forme travaillée. Le choc avait dû être violent pour laisser une telle marque.
- Vas me cherche l'affiche ! ordonna Hordor à l'un de ses hommes qui s'exécuta au pas de course.
L'homme arriva en courant et des éclaboussures de boue tachèrent encore un peu plus le pantalon de Rumplestiltskin. Le seigneur tenait l'affiche à deux mains et la lui colla presque sur le nez pour être sûr qu'il la voit bien.
- Je ne l'ai jamais vue, rétorqua-t-il de sa voix étranglée. Je vous le jure.
- Quel gros mensonge ! s'exclama Hordor avec une voix très moqueuse en se relevant.
Sans prévenir, il lui asséna un puissant coup de pied dans les côtes provoquant une douleur insoutenable. Il avait l'impression que tous les soldats présents enfonçaient leur épée dans sa chair. Le tisserand tomba sur le côté et se plia en deux, protégeant ses flans de ses mains. Il ne pouvait plus respirer et l'air commençait à lui manquer. Il ignorait si une autre question lui avait été posée ou si toute l'assemblée se tordait de rire. Après une bonne minute, Hordor lui saisit la tignasse pour le forcer à regarder la foule.
- Tu connais ce gamin ? demanda-t-il en le pointant du doigt.
Un jeune garçon sortit de la foule et s'approcha. Rumplestiltskin fronça les sourcils et l'observa. C'était le fils du meunier qui était plus âgé que Baelfire d'une semaine. Il était plutôt timide et ne cherchait jamais les ennuis. D'ailleurs, Hordor et ses hommes étaient venus le chercher pour l'enrôler de force sous les cris de sa mère.
- Ce garçon fait partie de l'armée. Et il a déserté, annonça le seigneur en regardant la foule, suspendue à ses lèvres. J'aurai dû lui coupé la tête comme la loi me l'impose. Mais il va vivre !
Le meunier et sa femme se serrèrent dans les bras l'un de l'autre. La peur et le soulagement se lisaient sur leurs visages enfarinés.
- Mon garçon, dis-moi ce que tu sais sur la Veuve Noire, demanda Hordor avec une douceur forcée.
- Je l'ai vue cette nuit, répondit-il de sa voix immature. Elle était dans la forêt. C'est elle qui a tué un soldat. L'autre est parti…. Elle… Elle nous a dit de rentrer à la maison. C'est ce que j'ai fait. J'ai couru dans les bois sans m'arrêter.
- Et ? insista-t-il.
- Et quand je suis arrivé au village, poursuivit le jeune garçon, elle était là, sur le chemin quelques mètres devant moi.
- Es-tu certain que c'était elle ? demanda sa Monstruosité.
- Oui. J'ai reconnu sa cape et ses bottes. Elle a attendu dehors un moment, puis elle est rentrée dans la maison.
- Quelle maison ?
- Celle-ci, répondit le garçon en pointant celle de Rumplestiltskin du doigt.
- Merci, tu peux retourner vers ta mère.
Rumplestiltskin était sous le choc. Belle s'était servie de sa faiblesse, son amour pour son fils, ainsi que de sa naïveté pour s'immiscer dans son intimité. Elle savait que même si par miracle il découvrait la vérité, il ne la répéterait à personne car qui pourrait croire un mot provenant du lâche qu'il était ? La colère remplaça la peur. Il s'en voulait tellement. Il aurait dû se méfier. Il savait que personne et encore moins une princesse, ne pouvait l'aimer. Comment avait-il pu y croire ? Quel idiot il pouvait être ! Avec ses sottises, il avait mis son précieux fils en danger et ses heures étaient sans doute comptées. Hordor s'agenouilla et leva le menton du tisserand avec le pommeau de son épée. La peur le submergeait totalement. Il ne contrôlait plus son corps qui ne cessait de trembler.
- Le soldat qui s'est enfui m'a raconté une histoire fascinante, murmura-t-il comme s'ils étaient seuls au monde. As-tu entendu parler du Dark One ?
- Le Dark One ? répéta-t-il. Oui, et je l'ai vu sur son cheval noir quand vous êtes venus la semaine dernière.
- Très bien.
Il lui donna une petite tape amicale sur l'épaule et se redressa. Il chercha le petit brigand du regard. Ce dernier s'était caché derrière une vieille femme.
- Willibert ! Dis-moi qui t'a volé ton cheval, demanda-t-il avec un large sourire.
- Le Dark One, votre Monstruosité, avoua le garçon.
- Vois-tu, dit Hordor en s'agenouillant à nouveau pour ne s'adresser qu'à sa victime, le Dark One que tu as vu la semaine dernière est mort. Son corps a été retrouvé dans les bois près du château du Duc. Il a été poignardé. D'un coup sec.
Le Dark One était mort ? Rumplestiltskin n'en croyait pas ses oreilles. N'était-il pas censé être immortel ? Et pourquoi Hordor lui en parlait-il ? Et si le Dark One était mort près du château, comment avait-il pu voler ce cheval ? Et quel était le lien entre Belle dite la Veuve Noire et le Dark One ? Se connaissaient-ils ?
- Il y a un nouveau Dark One, annonça-t-il. Et tu ne devineras jamais la suite !
Rumplestiltskin sentit une nouvelle vague d'angoisse l'envahir. Il pressentait que quelque soit la réponse qu'il allait donner, le chevalier ne serait pas satisfait. Il jubilait et le tisserand préféra fermer les yeux quelques secondes pour échapper à cette situation dont il ignorait comment il allait s'en sortir. Il aurait grandement besoin d'un coup du destin !
- La Veuve Noire et le Dark One sont la même personne, proclama-t-il haut et fort.
La foule s'étonna. Comment le puissant Dark One avait-il pu trouver refuge chez le lâche du village ? Peut-être parce qu'il était tellement sot que le monstre pouvait vaquer à ses occupations sans qu'il ne se pose la moindre question. Son âme était si facile à corrompre. Certains se demandaient même s'il n'était pas un fidèle serviteur du Mal depuis toujours. Le vieux forgeron au regard de glace dit à haute voix que sa chère Milah était morte car elle avait voulu échapper au démon. Elle avait toujours eu le pressentiment que le tisserand fricotait avec les âmes les plus sombres. Son beau-père ne lui avait jamais pardonné la mort de sa fille dont il le tenait pour responsable. Le tisserand n'avait jamais trouvé la force de lui admettre la vérité. Il pensait également que c'était mieux ainsi car il n'aurait pas hésité à cracher la vérité à Bae. Il n'osait pas imaginer sa réaction si cette situation s'était produite.
- Allez me la cherche, ordonna Hordor à deux de ses hommes qui entrèrent dans la maisonnette du tisserand.
Il regarda avec grande peine sa demeure se faire saccager. Il entendait des bruits de pots se brisant sur le sol et autres objets valdinguer. Il pria pour qu'ils épargnent son outil de travail. Sans ce rouet, il serait bon pour aller mendier comme il le faisait parfois avec son père quand il était enfant. Son visage se tordit sous le poids de la douleur et de la peur. Son nez se mit à couler et les larmes glissèrent abondamment sur ses joues creuses et sales. Non, il ne voulait pas se retrouver à la case départ. Les deux hommes ressortirent quelques minutes plus tard et firent un mouvement négatif de la tête.
- Où as-tu caché la dague ? murmura Hordor aux oreilles de Rumplestiltskin.
Cette information-ci, il tenait à la garder la plus secrète possible. Car il souhaitait s'en emparer pour contrôler le monstre. Rumplestiltskin jura qu'il n'avait jamais possédé de dague et qu'il ne l'avait jamais vue.
- Je suis innocent. Je n'ai rien fait ! Pitié, articula-t-il du bout des lèvres en pleurant.
Hordor se délectait de ce spectacle. Il aimait qu'on le supplie. Il aimait ressentir le pouvoir qu'il avait sur les gens. Il redonna un puissant coup de pied dans les côtes du malheureux qui se tordit de douleurs. Ne supportant plus ses gémissements, il lui asséna un nouveau coup au visage. Son nez se mit à saigner et il cracha du sang sur le sol boueux. Le seigneur de guerre observait sa victime en bombant le torse et en lui jetant un regard dédaigneux. Il s'imaginait déjà avec tout le pouvoir qu'il détiendrait lorsqu'il aurait assujetti le Dark One. Il serait la personne la plus puissante et la plus crainte de tout le royaume. Personne ne contesterait son autorité. Mais avant, il devait mettre la main sur cette dague et faire craquer ce misérable gueux.
- Patte d'araignée, tu es accusé de haute trahison pour avoir hébergé la Veuve Noire, annonça crûment le seigneur. Tu es par conséquent condamné à mort.
La foule s'écarta sur ordre des soldats, laissant le champ libre à son regard qui était à quelques centimètres au-dessus du sol. Il parcourut une certaine distance avant de s'arrêter sur des rondins de bois empilés méthodiquement. De la paille avait été introduite entre les rangées. Au sommet, au milieu se dressait un poteau. Son cœur rata plusieurs battements. Son estomac rempli d'acide se tordit douloureusement. Ses mains se glacèrent et son cerveau fut comme prit dans un étau imaginaire. Son corps fut à la merci de ses nerfs qui donnaient des ordres contradictoires. Il gigotait comme un poulet dont on venait de trancher la tête.
- Pitié ! De grâce, ne faites pas ça ! supplia-t-il alors que deux soldats le saisirent sous les bras.
- Dernière chance, lui murmura Hordor en lui soufflant son haleine nauséabonde au visage. Où est-elle ?
Pendant ce temps, sans se douter du drame qui se passait au village, Belle ressortit de l'atelier de Monsieur Salvin avec les trois crayons enroulés dans un ruban rouge. Avant de repartir, elle acheta un pain aux raisins chez le boulanger et deux livres chez le libraire, payés avec de l'argent fait à partir de pierres. Elle se dit qu'elle pouvait profiter de son temps chez Rumplestiltskin pour leur faire l'école. Elle avait malheureusement remarqué que ni l'un, ni l'autre n'avait reçu une éducation correcte. Rumplestiltskin ânonnait plus qu'il ne savait lire. Brunissende lui avait appris les bases mais il n'était pas assez studieux car il ne comprenait pas à quoi savoir lire allait lui servir dans la vie. Et pourtant ! La lecture était une forme de liberté. Une manière d'échapper à son quotidien quelques minutes, le soir au près du feu. Il pourrait découvrir d'autres cultures, d'autres mœurs. Les belles histoires nous aidaient à mieux supporter notre quotidien. La lecture, c'était également l'accès au savoir. Il pourrait notamment lire les textes de loi. Il serait ainsi plus aisé pour lui de se défendre en citant ces références. Et si quelqu'un lui proposait un contrat, il serait plus méfiant.
Elle avait eu la chance de grandir dans un château et sa mère lui avait donné le goût de la lecture dès l'âge de six ans. Depuis, elle ne passait pas une seule journée sans lire. C'était d'ailleurs cet amour pour les livres qui avait sans doute coûté la vie à sa mère. Si elle n'avait pas tardé à emporter son livre préféré alors que les ogres pénétraient dans le château, Colette serait peut-être encore en vie. Cette pensée lui serra la gorge. Les Ténèbres en elle grondèrent, projetant des images terrifiantes de ces êtres à l'intelligence limitée mais à la cruauté débridée. Elle ne devait pas être faible. La faiblesse n'était pas tolérée. La faiblesse était pour les simples mortels, pas pour le Dark One.
En quittant Longbourne, des mésanges chantonnaient en la suivant. Elle ne put s'empêcher de sourire en les regardant, voler de branche en branche. La pluie s'était transformée en bruine et les nuages devenaient de plus en plus clairs. Elle sourit en pensant que le soleil allait peut-être les percer et réchauffer cette terre qui en avait tant besoin. Elle repensa à Rumplestiltskin qui lui avait sourit ce matin-là, qui l'avait aidée à nouer son corset et qui lui avait confié la mission d'aller chercher le cadeau qu'il avait commandé pour son fils. Il l'aimait. Elle en était certaine. Cette pensée la remplit de joie. Elle prit une grande inspiration et se mit à chanter.
Y a quelque chose dans son regard
D'un peu fragile et de léger
Comme un espoir
Toi mon ami aux yeux de soie
Tu as souri
Mais hier encore je n'savais pas
- Je te trouve bien joyeuse, commenta son guide qui venait de se manifester à ses côtés.
- C'est l'anniversaire de Bae. J'ai envie de voir cet enfant et son père sourire. Et je n'utiliserai pas la magie.
- Hum…
- Je veux être bonne aujourd'hui.
- Bonne ? répéta-t-il tout émoustillé en s'agitant.
- Tu as l'esprit tordu, répondit-elle en levant les yeux au ciel. Je voulais dire « bien me comporter ».
- Certes… mais n'as-tu pas oublié quelque chose ?
Elle s'immobilisa sur le chemin et le regarda avec un regard qui en disait long. Elle n'aimait pas ses interventions et se passerait très bien de ses commentaires.
- Tu m'ennuies avec ton sarcasme, lâcha-t-elle exaspérée avec les mains sur les hanches. Je sais que tout ce que tu veux, c'est que je commette des atrocités comme hier soir pour que tu t'appropries mon âme !
- Tu as été fantastique, complimenta-t-il. Tu as agi comme un vrai Dark One !
- J'ai laissé ma colère prendre le dessus. C'était mal.
- Tu as été d'une cruauté presque sans limite, rappela-t-il. Le dieu des Enfers a certainement applaudi à deux mains.
- Hadès ? répondit-elle en retroussant sa lèvre supérieure, effrayée par cette pensée. C'est lui qui est derrière tout ceci ? Est-ce à cause de lui que je suis dans le passé ?
Elle prit un instant pour réfléchir. Hadès, aurait-il besoin d'un autre Dark One ? Un Dark One plus malléable, qui réagissait à l'injustice en commentant les pires horreurs pour venger ceux qu'il considérait comme innocents ? Sa bouche s'ouvrit en réalisant que ce Dark One si cruel, c'était elle. Aurait-il utilisé le sort de Zelena pour la faire remonter le temps ? Elle devait absolument réagir et ne plus sombrer. Elle ne devait plus utiliser ses pouvoirs. Elle devait juste réussir à ce que Rumplestiltskin rompe la malédiction avec un baiser d'amour véritable. Le temps pressait. Il fallait mettre un terme aux projets de ce dieu sans scrupule. Elle devait rentrer au plus vite.
- Tu n'as toujours pas compris…
- Je comprends très bien. Tu as peur !
- Peur ? s'étonna-t-il. Pourquoi aurai-je peur ?
- Tu as peur que le baiser d'amour véritable entre Rumple et moi fonctionne, car ça signifierait que ton règne de la terreur serait terminé.
Il fit claquer sa langue dans sa bouche soudainement pâteuse et détourna le regard de cette petite dinde bornée.
- Tu n'as pas oublié quelque chose ? demanda-t-il en la regardant à nouveau. A propos d'aujourd'hui ?
- Fiche le camp.
- Ce ne sont pas les Ténèbres qui obscurcissent ton jugement, dearie, mais plutôt ton côté « héros », constata-t-il.
- Laisse-moi tranquille, exigea-t-elle.
- Comme je vois que tu ne veux pas de mon aide, parfait Dark One, ironisa-t-il en ajoutant son petit rire moqueur. Je te souhaite bonne chance et une très bonne journée.
Elle ne releva pas sa remarque. Il n'était là que pour la provoquer, la forcer à sombrer de plus en plus. La nuit dernière, elle avait atteint des sommets ! Ou plutôt, le fond du plus profond des abîmes. Elle devait se ressaisir, puiser dans l'essence même de son être. Elle était une fille juste qui aidait son prochain en faisant le bien. Pas en tuant par vengeance. Non, elle n'était pas mauvaise. Elle savait que l'héroïne qui s'était sacrifiée pour son peuple était là quelques part, enfouie au plus profond de son être par la Noirceur. Elle devait reprendre le contrôle. Elle ne devait plus laisser sa rancœur et les Ténèbres prendre le dessus.
Rumplestiltskin criait à l'injustice et tentait d'échapper à ses bourreaux qui l'emmenaient de force vers le bûcher, spécialement érigé pour lui. Personne ne semblait porter attention à ses supplications. En revanche, les moqueries de certains villageois l'atteignaient comme des coups de lance dans les flans. Il savait que personne ne tenterait quoi que ce soit pour le sauver. Ils allaient même être ravis d'assister aux dernières jérémiades du lâche du village. Certains iraient même raconter à la taverne comment le lâche était mort en exagérant afin que leur récit provoque l'hilarité générale.
Soudain, deux cavaliers arrivèrent au grand galop dans le village et tirèrent fortement sur les rênes de leurs montures pour les arrêter près d'Hordor qui les regarda, étonné de leur arrivée.
- Qu'y a-t-il messieurs, demanda-t-il.
- Nous avons trouvé ce jeune garçon errer seul sur la route royale, expliqua le chevalier sur son cheval alezan aux crins lavés. Il vient de ce village d'après ce qu'il nous a dit.
- Qui est ton père ? dit Hordor en saisissant les joues du jeune homme ficelé derrière la selle et couché sur la croupe du cheval.
Ne voyant que de la peur dans son regard, il pressa ses doigts dans la chair tendre de ses joues, lui tordant les lèvres jusqu'à le faire souffrir.
- Parle ! hurla-t-il. Qui est le lâche qui dit à son fils de fuir ? Qui ?
Hordor avait les yeux injectés de sang et sonda la foule terrorisée par son apparence monstrueuse.
- Qui ? Ou je lui coupe un doigt ! beugla-t-il en éjectant quelques fils de salive.
- C'est… c'est moi, avoua Rumplestiltskin alors qu'on l'attachait au pieu.
- Le lâche du village ! dit le seigneur avant de partir dans un immense fou rire.
Seuls quelques villageois le suivirent, dont le forgeron. Même si Bae était son sang, jamais il n'avait accepté cet enfant. Pour lui, il était contaminé par la médiocrité de son géniteur. Il n'avait rien de sa mère, hormis ses beaux cheveux noirs. Pourtant, Bae lui rendait visite de temps à autre. Il tentait d'apaiser la rancœur de son grand-père et de ressouder cette famille. En vain.
- Donc, tu apprends à ton fils à fuir ? Quel père indigne ! Savez-vous, dit-il en faisant face à la foule, que Patte d'araignée s'est sauvé en courant quand il a compris que les ogres allaient gagner la bataille ? Que tous les autres soldats ont été tués et qu'à son retour sa propre épouse le haïssait au point que sa présence lui faisait horreur.
- De grâce, supplia le tisserand, les yeux remplis de larmes.
- Car voyez-vous, continua-t-il en libérant Bae de ses liens avec un coutelas, les femmes n'aiment guère se retrouver mariées à un lâche.
- Je vous en prie, ne parlez pas de moi comme ça devant mon enfant.
- Papa ! cria Bae avec horreur lorsqu'il le vit attaché sur le bûcher.
- Celui qui refuse d'aller à la guerre est coupable de trahison, annonça-t-il comme une sentence en le pointant du doigt.
- Non ! Non ! Non ! Attendez ! Dîtes-moi ce que vous voulez.
- Ce que je veux ? Tu sais très bien ce que je veux, rétorqua Hordor en lui jetant un regard de défiance, attrapant la torche qu'un de ses hommes venait d'allumer.
Le tisserand, terrorisé, tremblait de tout son être. Il se concentra et tenta de refouler sa peur afin d'avoir les idées les plus claires possibles. Il repensa à Belle et se demanda s'il ne l'avait pas vue avec une dague. Il passa rapidement ses souvenirs en revue mais ne trouva aucun indice. Pourquoi n'avait-il pas été plus attentif ? Peut-être que sa beauté et sa gentillesse l'avait aveuglé ? Il se pinça les lèvres. Il devait se souvenir. Sa vie et celle de son fils en dépendaient.
- Détachez-le, ordonna le seigneur à la surprise générale.
Rumplestiltskin et son fils furent soulagés mais ne comprirent pas ce qui l'avait fait changer d'avis. Après l'avoir libéré, les deux soldats jetèrent le tisserand à terre comme on aurait jeté des détritus dans les douves. Il s'étala dans la boue à moins de trois mètres de celui qui le menaçait. Bae aurait voulu le rejoindre mais un autre homme l'entravait. Et il savait très bien que s'il tentait de se débattre, la situation pouvait dégénérer. Surtout qu'ils avaient obtenu un répit. Son père n'allait pas être brûlé, ou du moins pas tout de suite.
- Fils, dit Hordor en posant sa main gantée sur l'épaule de Baelfire provocant la panique chez son père. Je vais t'apprendre ce que c'est que d'être un homme d'honneur. Un homme d'honneur respecte les lois, n'est-ce pas ?
- Oui… répondit timidement le jeune garçon.
- Que dit la loi quand on refuse de se battre pour son royaume ?
- On… on est coupable de trahison.
- Bien ! Tu es un bon garçon, congratula sa Monstruosité en l'ébouriffant. Et que dit la loi quand on aide un hors-la-loi à échapper à sa punition ?
Baelfire fronça les sourcils. Il ne comprenait pas pourquoi il lui posait cette question. Jamais son père n'avait aidé de voyou. Voyant l'insistance dans le regard du seigneur, il répondit tout de même.
- On est coupable de trahison, lâcha Bae sans perdre son père du regard.
- Pitié, murmura Rumplestiltskin entre deux larmes.
Il était pétrifié par la peur. Il se sentait impuissant. Il ne pouvait pas protéger son petit garçon. Il était en train de faillir à son devoir. Intérieurement, il se haïssait. S'il n'avait pas décidé d'aller secourir cette femme, ils seraient peut-être, en ce moment-ci, dans un lointain village à filer en toute sécurité. Mais il avait échoué en voulant la sauver. Il avait crû avoir fait un geste de bonté, mais il avait aidé un monstre. Ce monstre avait sans doute été mis sur son chemin par le destin pour lui faire payer sa lâcheté. Et maintenant, il allait mourir pour ses trahisons et c'était qui Bae allait en payer le prix. Il ne voyait pas comment ils allaient pouvoir échapper à la fureur de ce monstre d'Hordor et de ses hommes assoiffés de sang.
- Qu'est-ce que ton vieux père t'a demandé de faire cette nuit ? demanda Hordor en insistant bien sur ses mots.
- Il… il m'a dit, bégaya-t-il. Il m'a dit d'aller tenir compagnie à ma tante qui est malade.
- Ne serais-tu pas en train de me mentir ? Ne t'a-t-il pas dit de fuir ?
Le regard de Bae croisa celui de son père et instinctivement, il le baissa.
- C'était pour me protéger. Sir, je vous en prie, supplia Bae. Ne faite pas de mal à mon papa. Il l'a fait parce qu'il m'aime.
Hordor ne put retenir son rire moqueur.
- Ça veut dire que tous les autres parents qui respectent les lois de ce royaume en envoyant leurs enfants se battre n'aiment pas leurs petits ? Bravo Patte d'araignée ! Je vois que tu es un père modèle !
- De grâce, supplia une fois encore le tisserand pétrifié par la peur.
- Regarde-le, dit Hordor à Baelfire en pointant son père du doigt. Il sait très bien qu'il a commis des crimes et tente par tous les moyens de se sauver. Mais comment puis-je, moi, représentant des lois de ce royaume, le laisser s'en sortir. Si je l'épargne, je devrai donc épargner tous les autres. Et tu sais ce qui va se passer ?
Bae secoua lentement sa tête de droite à gauche sans perdre son père du regard.
- Le Mal va régner. Tu veux que le Mal gagne ?
- Non, Sir.
- Donc tu es d'accord avec moi, ajouta-t-il en posant sa main sur l'épaule du garçon. Ton père doit être jugé pour ses crimes.
- Oui, admit-il du bout des lèvres, mais ne soyez pas méchant. Il n'a fait de mal à personne.
Le seigneur de guerre eut un sourire mauvais en regardant le tisserand à terre, mortifié en attendant la sentence. Rumplestiltskin ne pouvait en croire ses oreilles. Le seigneur avait réussi à convaincre son propre fils de le condamner. Comment était-il parvenu à le retourner conte lui ? Sa lèvre inférieure tremblait et les larmes coulaient sans discontinuer sur son visage sali par le coup de pied qu'il avait reçu précédemment. Hordor prit l'arc qui était sur le cheval et le donna au jeune garçon.
- C'est le tien ?
- Oui, Sir.
- Donc, tu sais t'en servir ? demanda Hordor en le regardant droit dans les yeux.
- Oui… Sir.
- Regardez bien, très chers sujets, dit-il en parcourant la foule de son regard froid. Celui qui refuse d'envoyer son fils à la guerre sera exécuté par ce dernier !
- Quoi ? Moi ? Non ? rétorqua Bae complètement choqué par ce qu'il venait d'entendre. Je ne peux pas !
Hordor fit un pas de côté et haussa la voix pour que tout le monde entende.
- Patte d'araignée, par ordre du Duc des Basses Terres, je te condamne à mort pour ne pas avoir respecté les lois du royaume en faisant fuir ton fils !
- Non ! Je ne peux pas tuer mon père ! protesta Bae en lâchant l'arc par terre.
- Tu vas faire ce que je te dis ou je te tranche la gorge devant lui ! menaça-t-il. Tue-le et tu auras la vie sauve.
- Bae, articula péniblement Rumplestiltskin qui était au bord du malaise. Mon garçon, je t'aime et je t'aimerai toujours. Jamais je ne t'en voudrai pour ce que tu dois faire. Tout est de ma faute et uniquement ma faute. J'ai pêché parce que j'avais peur de te perdre. Et maintenant, je dois en payer le prix. Pardonne-moi.
- Non, papa, dit Bae en pleurant. Je ne peux pas.
- Rappelle-toi ce que Belle t'as dit. Concentre-toi, fais le vide dans ta tête. Pense que je suis une botte de paille.
- Non…
- Tu peux le faire. Tu dois le faire pour vivre.
- Celui qui détourne le regard, perdra un œil ! menaça Hordor.
Un silence glacial parcourut l'assemblée. Le temps semblait suspendu. Tous les regards se posèrent sur le jeune garçon qui tenait son arc. Rumplestiltskin repensa aux moments de bonheur qu'il avait passé avec son fils, quand ils chassaient les libellules vers l'étang, quand ils chantaient des comptines près du feu, quand il lui avait appris à carder la laine. Il revoyait son jeune fils couché dans son lit qui écoutait ses histoires de princes, de princesses et de dragons pour qu'il s'endorme et oublie les querelles entre lui et Milah. Il avait toujours tout fait ce qui était en son pouvoir pour le protéger. Il n'avait d'ailleurs pas hésité à condamner son futur enfant à naître pour le sauver de la mort. Baelfire était ce qu'il avait de plus précieux. Et là, s'il lui fallait donner sa vie pour qu'il vive, il le ferait même s'il était terrifié. Il n'avait pas le choix.
Le tisserand, résigné, s'appuya sur ses talons et détacha les ficelles de sa chemise tachée en lin. Il lui pointa son cœur de son doigt fin. Mais le jeune garçon refusa dans un mouvement de tête. Hordor approcha son couteau bien aiguisé de la gorge de Baelfire. Il devait faire un choix. Un choix qui serait de toute façon mauvais. Il allait perdre son innocence pour toujours. Un soldat lui ramassa l'arc à ses pieds et le lui mit dans les mains. Cette fois-ci, il ne le laissa pas tomber. Il hésita, mais voyant le couteau s'approcher de sa trachée, il inspira un grand coup et leva l'arme. Il plaça la flèche sur l'encoche et se mit en position, comme Belle, celle par qui son père allait mourir, lui avait enseigné. Hordor fit un pas de côté, un sourire de satisfaction sur les lèvres. La foule ne riait plus. Ce spectacle était une démonstration. Une forme d'intimidation pour étouffer toute volonté au bas peuple de se révolter ou de ne pas respecter l'autorité du Duc. Bae ferma son œil gauche, visa et tira sur la corde.
- Pardonne-moi papa.
J'espère que ce chapitre vous a plu :) Un petit commentaire me ferait très plaisir :)
