Hello les Oncers!
Je tenais à m'excuser pour le retard. J'ai eu des semaines très chargées et pas beaucoup de temps pour écrire cette fic qui demande beaucoup de patience. Comme ma bêta est en pleine période du bac et à très peu de temps, c'est donc Valou qui a eu la lourde tâche de corriger ce chapitre. Un grand merci à elle!
Hordor est dans le village de Rumple et Bae et il a demandé au jeune garçon de tuer son père. Va-t-il le faire? Belle va-t-elle arriver à temps? Je vous laisse découvrir tout ceci dans ce nouveau chapitre.
Bonne lecture!
Chapitre 9
Baelfire libéra la corde et la flèche partit à toute allure, fendant l'air en tournoyant sur elle-même. Rumplestiltskin ferma les yeux, refusant de voir la mort venir l'arracher à ce monde. La flèche alla se ficher dans la boue à quelques centimètres de son genou. Il laissa échapper un soupire de soulagement. Son cœur tapait très fort dans sa poitrine, le faisant souffrir. La peur le paralysait et l'empêchait d'agir ou de prononcer le moindre mot. Même s'il avait accepté son sort, la vue de cette flèche le fit paniquer. Son regard se posa sur son fils, l'arc toujours en position. Le jeune garçon était blafard. Mais en voyant que son père était toujours en vie, son regard s'adoucit.
- Mortecouille* ! Tu es aussi minable ton père ! beugla Hordor. Approche-toi d'un pas ou deux et recommence. Si après trois flèches il n'est pas mort, c'est toi que j'égorge, compris !
Il cracha ces mots très durs au visage du jeune garçon qui tremblait de tout son corps. Il regarda son père, pour lui demander silencieusement s'il avait une solution. Mais il ne vit que de la peur dans ses prunelles chocolat. Hordor le pressa à nouveau et lui ordonna de tirer une nouvelle flèche, agitant son couteau pour lui rappeler que la menace de mort était sérieuse. Bae tendit nerveusement la corde, et en même temps qu'il visait, décida de croire qu'un miracle allait se produire. Il retint la flèche plusieurs secondes. La corde lui sciait la jointure des phalanges et sa main tremblait sous la tension.
- Belle, Belle, je t'en prie aide-nous, murmura-t-il.
A quelques kilomètres de là, la jolie brune s'immobilisa sur le chemin et fit volte-face. Quelqu'un l'appelait. Mais elle constata qu'elle était seule. Puis elle repensa à l'appel au secours qu'elle avait reçu du garçon qui se faisait fouetter. Et cette fois-ci, ce n'était pas le Dark One qu'on appelait au secours, mais elle. Cette voix, elle la connaissait. C'était celle de Bae. Personne d'autre ne savait que si on l'appelait trois fois, elle viendrait. Ils avaient donc des problèmes ! Hordor était certainement là. Quelle idiote elle avait été de penser qu'elle avait une maîtrise totale sur la situation ! Pourquoi n'avait-elle pas écouté son guide ? Il avait pourtant tellement insisté. Elle entendit son nom une troisième fois, ferma les yeux et se laissa transporter jusque vers le jeune garçon.
La scène devant elle lui glaça le sang. Baelfire avait bandé son arc et visait son père, assis sur ses talons dans la gadoue ! Ils étaient entourés d'une dizaine de soldats en armures et cottes de maille. Tout le village assistait au spectacle. Certains semblaient s'en amuser alors que d'autres étaient terrifiés. Bae décocha et la flèche partit à vive allure en direction du cœur de son père. Dans un geste reflexe, elle arrêta la flèche libérée en plein vol. Cette dernière tomba au sol, juste devant Rumpletiltskin qui haletait. Il venait d'échapper à la mort pour la troisième fois en très peu de temps. L'étonnement remplaça l'effroi sur le visage des villageois. Les soldats et Hordor ne comprirent pas comment une flèche pouvait s'arrêter ainsi en plein vol.
- Que se passe-t-il ? demanda-t-elle en tentant de garder son calme. Laissez-les tranquille.
Son intervention fut des plus remarquée. Comment une femme, apparemment de classe inférieure, pouvait-elle se permettre de s'adresser au seigneur, et de plus sans le moindre signe de respect ! Il n'était pas commun en ces temps reculés qu'une femme ose se mêler de politique ou d'autres affaires « d'hommes ». Derrière elle, le ciel s'assombrit de nuages s'enroulant sur eux-mêmes, le tonnerre grondant à l'intérieur. Tous la regardèrent, stupéfaits. Elle s'avança sans peur dans le cercle, poussant deux soldats qui regardèrent avec étonnement ce petit bout de femme d'à peine plus d'un mètre cinquante. Elle avait l'air grave, les sourcils froncés et le regard plus sombre que d'ordinaire. Sa cape cachait tout son corps et son capuchon encadrait son visage d'ange. Ses boucles brunes tombaient en cascade sur sa poitrine.
- Je suis ravi de te revoir ma beauté, dit Hordor en s'approchant d'elle comme s'ils étaient un couple. Je t'ai manqué ?
- Pas du tout, répondit-elle avec dégoût. Laissez ces villageois tranquilles.
- Ou sinon quoi ? Tu vas encore me faire une jolie cicatrice ? Cher peuple des Basses Terres, annonça-t-il en haussant la voix, je vous présente la Veuve Noire ! Ou le Dark One, comme vous préférez.
- Partez avant de le regretter, menaça-t-elle.
Les Ténèbres hurlaient en elle comme une tempête se déchaînant sur l'océan, créant des vagues de plusieurs dizaines de mètres de haut accompagnées d'un vent violent balayant tous les navires comme de simples feuilles mortes. Elle n'avait qu'une seule envie : tuer une bonne fois pour toute ce monstre qui avait forcé Bae, un enfant innocent, à assassiner son père. Mais elle savait aussi qu'un acte aussi odieux pouvait libérer les Ténèbres pour toujours. Car après la boucherie de la nuit précédente, elle sentait qu'elle était à deux doigts de basculer complètement dans les Ténèbres. Il devait bien y avoir une autre solution que de massacrer toutes ces personnes. Son esprit analysa rapidement la situation à la recherche de la meilleure solution possible, tout en repoussant les assauts incessants de la Noirceur. « Mais oui », pensa-t-elle soudainement. La manière diplomatique, comme une héroïne le ferait !
Son guide se matérialisa à côté de Rumplestiltskin, toujours au sol, tellement tétanisé par la situation qu'il semblait s'être changé en statue de pierre. Il lui jeta un coup d'œil, comme pour l'évaluer. Il n'arrivait toujours pas à comprendre ce qu'elle lui trouvait de bien. Ce n'était qu'un pauvre gueux boiteux et pleurnichard sans aucun talent qui empestait le mouton. Il s'avança lentement vers sa petite protégée en croisant ses bottes lacées à chaque pas.
- Ma chère, dit-il en parcourant les lieux de son regard perçant, tu devrais faire une démonstration de tes pouvoirs. Ne vois-tu pas que cet homme ne te prend pas au sérieux ?
Sa présence ne l'étonna pas. Elle était certaine que de penser à une manière héroïque d'agir allait le faire apparaître. Elle décida de ne pas lui répondre. Il la poussait une fois de plus à être mauvaise. Et non, elle ne céderait pas ! Elle savait qu'elle pouvait être plus forte que la malédiction.
- Laissez cet enfant et son père fuir, dit-elle en regardant le seigneur, puis en regardant ses hommes qui avaient dégainés leurs lourdes épées de leurs fourreaux. Et en échange…
Son regard parcourut rapidement l'assemblée et l'environnement qui l'entourait. Ses yeux trouvèrent la solution à seulement quelques dizaines de mètres.
- Brûlez-moi vive, proposa-t-elle en regardant le bûcher.
Bae et Rumplestiltskin protestèrent en secouant lentement leurs têtes de gauche à droite et en murmurant un timide « non, ne fais pas ça ». Quant à Hordor, il partit dans un énorme fou rire qui prit tout le monde au dépourvu.
- Tu me crois assez bête pour accepter ? demanda Hordor en la regardant droit dans les yeux.
Son guide s'approcha d'elle et lui suggéra de profiter de cette proximité pour lui arracher le cœur. Mais elle refusa. Le monstre, c'était lui, pas elle. Elle devait prouver qu'elle était plus forte que la malédiction. Elle savait qu'en négociant intelligemment, elle pourrait résoudre cette situation. Elle se promit non seulement de sauver Bae et Rumplestiltskin mais aussi tous les autres villageois qui restaient des cibles faciles pour les hommes du Duc. Hordor réduisit encore un peu plus la distance qui les séparait et souleva une de ses mèches pour s'approcher de son oreille.
- Donne-moi la dague et ils sont libres, murmura-t-il.
Les Ténèbres se réveillèrent d'un seul coup. Ce deal était intolérable. Les Ténèbres ne voulaient qu'une seule chose : conserver leur libre-arbitre. La colère se saisit d'elle aussi rapidement que si elle avait traversé une pièce en feu. Il était au courant pour l'artefact ! Elle pensait que le Duc avait gardé cette information pour lui-même afin que personne ne soit tenté de s'en emparer. Mais apparemment, il était idiot, naïf ou bien trop sûr de lui.
- Ton souhait se réalise, dearie, dit son guide avec un rire légèrement moqueur. Tu vas te débarrasser de la malédiction. Mais pas exactement comme tu le voulais. S'il d'empare de la dague, il va te tuer et sera le nouveau Dark One. Prends la dague et tue-le si tu veux vivre. A toi de choisir.
Avait-elle vraiment le choix ? Si Hordor la tuait, les Ténèbres seraient définitivement hors de contrôle. Il céderait ses dernières gouttes de bonté – si toutefois il lui en restait – en quelques secondes seulement. Elle n'avait donc pas le choix. Elle devait agir immédiatement. D'un geste rapide, sans avoir pris le temps de réfléchir, elle s'empara du manche qui dépassait de sa botte droite et planta la lame qui pénétra la chair sans aucune difficulté à travers la cotte de maille. Elle hurla pour laisser s'échapper toute sa rage. Ce monstre devait mourir. Elle vit la peur dans ses yeux et il se plia en deux, lui arrivant dessus. Elle fit un pas de côté et le laissa s'affaler dans la boue. Elle tenait fermement la dague qui avait la lame ensanglantée. Une femme s'évanouit dans les bras de son époux et d'autres émirent un cri d'épouvante. Les soldats dégainèrent leurs armes.
Elle s'apprêta à les attaquer quand au même instant, les dix hommes sous les ordres du seigneur agonisant tranchèrent les gorges de tous ceux qui étaient à leur portée ! Les villageois se mirent à hurler et se fut le chaos. Chacun chercherait à échapper au massacre. Belle lança une boule de feu qui projeta un des soldats à plusieurs mètres. Elle se retourna brusquement et c'est avec effroi qu'elle vit son époux tomber au sol, le sang fusant de sa gorge. Le soldat qui se tenait derrière lui, la lame ensanglantée entre les mains eut un sourire de satisfaction.
- Rumple ! Non ! cria-t-elle en s'élançant vers lui.
- Belle…
Il se tenait vigoureusement la gorge à deux mains et ses mots se noyèrent dans le liquide rouge.
- Je suis désolée… laissa-t-elle échapper entre deux sanglots.
Les yeux remplis de larmes et le cœur plein de culpabilité, elle avança ses mains vers sa plaie, se concentra et tenta de retenir sa vie qui s'en allait. Elle devait réussir. Elle ne pouvait pas le laisser mourir. Et elle devait également sauver tous les autres ! Elle ignorait comment elle allait réussir cet exploit. Elle n'arrivait pas à se calmer et à rassembler sa magie. Elle ne la maîtrisait pas encore complètement et s'en voulait de ne pas avoir continué à s'exercer avec son guide.
- Je suis tellement désolée, murmura-t-elle. Je t'en prie accroche-toi !
Elle le serra dans ses bras pour le protéger, ferma les yeux et murmura une formule dans une langue très ancienne. Elle espéra que sa magie était assez puissante pour le sauver. S'il était trop tard, jamais elle ne se le pardonnerait.
- Eh Dark One ! lui cria Hordor qui était au sol blessé, mais pas mourant, pour attirer son attention. La dague ou le garçon.
Cette pourriture n'était pas morte ! Comment avait-il pu survivre à une blessure aussi profonde, infligée par la dague ? Elle se retourna et vit qu'un des chevaliers tenait fermement Baelfire avec un poignard très aiguisé sous son menton. Elle savait que s'il mettait sa menace à exécution, jamais elle ne pourrait sauver Rumplestiltskin et Bae. Elle devrait faire un choix. Un choix qu'elle ne voulait pas, qu'elle ne pouvait pas faire. Elle repensa à la clairière dans la Forêt Enchantée où Rumple, après avoir été ressuscité par Neal, avait dû choisir entre sauver son fils ou garder la dague. Il avait fait le choix de l'amour au détriment du pouvoir, mais également de sa liberté. Il savait sans doute aussi qu'elle ne l'abandonnerait pas. Qu'elle trouverait un moyen de récupérer la dague et de le délivrer de la Wicked Witch. Cette fois, c'était à elle de faire ce choix. Céder la dague, c'était mettre tout le royaume en danger. Mais la garder voulait dire perdre ceux qu'elle aimait. Elle posa son regard sur la lame gravée qui comportait son nom. Sa main trembla face à ce choix. Les Ténèbres hurlaient, lui disant de conserver sa liberté alors qu'une petite voix au fond d'elle lui disait de céder. C'est à contrecœur qu'elle lança la dague à la lame ondulée en direction du monstre.
- Tu me déçois, confia son guide au visage impassible sans desserrer les dents. D'habitude, tu n'hésite pas à te servir de tes pouvoirs et de rendre justice.
- Tu ne comprends rien ! lui hurla-t-elle le visage rosi par le chagrin et la colère. Ils sont trop nombreux et ils vont les tuer ! Je n'ai plus le choix !
Hordor se moqua d'elle en la traitant de folle. Il comprit également que ce garçon et ce misérable gueux étaient sa faiblesse. Il se rua sur la dague pour que personne d'autre ne s'en empare et la regarda avec un sourire sadique.
- Tu es à moi.
Elle ferma les yeux. C'était un cauchemar. Qu'allait-il faire avec autant de pouvoir dans les mains ? Lui ordonner de tuer tout le monde ? Elle préférait ne pas y penser. Son premier ordre, fut qu'elle soigne la blessure qu'elle lui avait infligée. Il se releva et s'approcha. Belle, instinctivement, se mit devant le tisserand pour offrir son corps comme bouclier. Mais à sa surprise, il tint sa promesse, libérant l'enfant.
- Papa ! cria Bae qui se jeta à ses pieds.
Pendant qu'elle soignait le seigneur, le corps du tisserand fut parcouru de spasmes. Paniqué, Bae n'arrêtait pas de l'appeler et de lui ordonner de ne pas l'abandonner. Il lui rappelait tous les promesses qu'il lui avait faites et qu'il devait tenir.
- Tu m'as promis de ne jamais m'abandonner ! lâcha-t-il entre deux larmes. Tu n'as pas le droit de partir ! Que vais-je faire sans toi ?
Belle se jeta à ses pieds sitôt Hordor guéri. Mais le temps qu'elle avait perdu à lui réparer sa blessure avait peut-être bien coûté la vie à Rumplestiltskin. Elle ferma les yeux, rassemblant la magie nécessaire dans ses mains avant de l'expulser. Si elle ne parvenait pas à le soigner à ce moment-ci, elle échouerait définitivement. Ses yeux restèrent fermés et elle se mit à pleurer comme lorsqu'il s'était suicidé en tuant Peter Pan à Storybrooke. Son cœur explosa sous le poids du chagrin. Son corps fut transpercé et lacéré par une lame invisible qui lui déchira les entrailles. Ses larmes inondèrent son visage. Elle avait échoué. Tout était de sa faute. Elle qui avait toujours voulu agir en héroïne n'avait fait que des mauvais choix.
Quand tout sembla perdu, que les soldats rassemblèrent les enfants presque en âge de se battre, que les nouvelles veuves pleuraient la perte de leurs conjoints, Rumplestiltskin ouvrit lentement les yeux.
- Bae… murmura-t-il.
- Papa ! hurla Baelfire en lui enserrant le cou.
Son père bougea gentiment ses mains comme s'il réalisait avec peine qu'il était bel et bien en vie, puis les posa dans le dos de son fils. Belle eut un sourire et un soupire de soulagement. Une larme de joie glissa sur ses joues tâchées par le sang de son amour. Mais elle n'osa pas s'approcher trop près, sentant le poids de la culpabilité sur ses épaules.
- Tu es en vie ! s'exclama-t-elle, avec un sourire timide.
- On dirait bien, répondit-il encore un peu étourdi.
- Je suis tellement heureux ! ajouta Bae. Papa, j'ai eu si peur !
Belle plissa les yeux et visualisa la perce-neige qu'elle avait laissée dans un verre sur la table dans la maison. Soudain, la fleur apparut dans sa main. Elle saisit celle de Rumplestiltskin et la lui donna en refermant ses doigts sur la tige.
- Cette fleur est magique, murmura-t-elle pour que seulement lui et son fils ne l'entendent. Elle te protègera. Garde-là sur toi et rien ne t'arriveras.
- Mais…
- Chut ! interrompit-elle.
Elle jeta un rapide coup d'œil à Hordor et vit qu'il était plus occupé à contempler la beauté et la puissance de la lame maléfique que par ses victimes.
- Récupère la dague et je nous sortirai de cette situation.
- Pourquoi est-ce que je t'écouterai ? demanda-t-il. Tu n'as fait que de nous mentir.
- J'ai pris cette malédiction pour te sauver, lâcha-t-elle entre deux larmes.
- Je ne comprends pas, répondit-il en fronçant les sourcils. Je ne te connaissais pas avant que tu ne tombes dans ce lac.
Voir qu'il ne lui faisait pas confiance était difficile à accepter pour la princesse d'Avonlea.
- Un jour je t'expliquerai, promit-elle. Mais tu dois reprendre la dague pour sauver tout le royaume.
- Je ne peux pas, répondit le tisserand écrasé par la tâche qu'elle lui confiait. Je ne suis pas un héro, je suis un lâche.
- Tu es le héro au cœur le plus pur, lui avoua-t-elle les yeux dans les yeux. Je sais que tu réussiras. Tu es celui qui nous libérera des Ténèbres.
Sa tête faisait de petits mouvements horizontaux presque imperceptibles de gauche à droite. Comment Belle pouvait-elle s'imaginer qu'il était un héro alors qu'il était incapable de protéger son fils ? Il savait à peine se servir d'une épée et n'avait jamais pris part à un combat.
- Bon, tout le monde va bien à ce que je vois, dit Hordor en s'approchant du petit groupe, la dague à la main.
Rumplestiltskin attrapa son fils par la manche et le cacha derrière son dos pour le protéger. Belle sentit que même si elle voulait lui faire payer ce qu'il avait fait, une force invisible l'entravait. Elle ressentait toute la puissance de la dague et la volonté de celui qui la possédait. C'était comme si des centaines de cordes invisibles enserraient son corps et lui interdisaient certains mouvements. Néanmoins, elle se plaça devant le tisserand et son fils, faisant office de bouclier. Cet homme cruel était imprévisible et extrêmement dangereux.
- Que veux-tu ? siffla-t-elle entre ses dents et en lui jetant un regard noir.
- Que tu viennes avec moi ma jolie. Mais avant, tu vas faire quelque chose pour moi, énonça-t-il très calmement en tapant la lame de la dague dans le plat de sa main gauche gantée pour lui signifier que c'était bien lui son maître à présent. Tue-les !
Belle sentit comme une décharge électrique lui parcourir toutes les cellules de son corps. L'énergie qui s'accumulait grandissait à une vitesse folle. Tellement folle qu'elle ne savait pas combien de temps elle allait résister. Bae mit le bras de son père autour de son cou pour lui permettre de s'appuyer et de fuir avant qu'elle ne passe à l'acte. Ils avaient bien compris que cette dague la contrôlait.
- Tue-les ! répéta-t-il avec ferveur.
- Jamais ! hurla-t-elle et d'un geste brusque elle créa un nuage de fumée rouge qui les enveloppa et les emporta loin de ce village.
Sa tristesse fit place à de la joie. Elle avait réussi. Elle avait résisté aux ordres de la dague. Elle les avait sauvés. Maintenant, leurs destins étaient entre leurs mains. Elle laissa échapper un fou rire nerveux. Ce rire libérateur lui faisait un bien immense et calma les Ténèbres qui s'étaient déchaînées. Hordor, quant à lui, était loin de trouver son geste amusant. Même si dans le fond il n'en avait rien à faire du destin de ce gueux pouilleux et de son rejeton, il détestait qu'on désobéisse à ses ordres. Son visage devint rouge, ses dents étaient tellement serrées qu'une douleur atroce lui parcourut la mâchoire.
- Qu'as-tu fais ? se plaignit Hordor avec rage. Tu devais les tuer ! Je t'ai donné un ordre ! Sale catin !
- Ils sont libres. Libres ! cria-t-elle avec un large sourire et en levant les bras au ciel.
Hordor s'approcha d'elle et lui murmura :
- Profite bien. Car si je croise leur route, je les tuerai de mes propres mains !
Elle savait très bien pourquoi il menaçait de s'en prendre à eux. Ils étaient sa faiblesse. Et en éliminant la faiblesse du Dark One, celui-ci devient la plus dangereuse des armes. Il n'y aurait plus de garde-fous car il n'y aurait plus d'espoir. L'hôte n'aurait plus la force de retenir la Noirceur. L'essence même du Mal absolu serait à la pleine disposition de celui qui possédait la dague.
Belle avait une confiance totale en Rumplestiltskin. Elle savait au fond d'elle qu'il trouverait le courage nécessaire, grâce à Bae et à l'amour qu'il lui portait. Car si elle était certaine d'une chose, c'était que le bien finissait toujours par l'emporter même quand tout semblait perdu. Elle l'avait lu des centaines de fois dans ses livres et elle l'avait bien vu à chaque fois qu'ils avaient eu à faire à des êtres mal intentionnés comme Peter Pan ou Zelena. Et justement, elle était à ce moment-ci. Son petit sourire en direction de l'endroit où se trouvaient précédemment le tisserand et son fils n'échappa pas à Hordor.
Petit à petit, la fumée rougeâtre se dissipa. Rumplestiltskin enlaçait fermement son fils qui le tenait par la taille, le visage enfoui dans sa chemise. Que s'était-il passé ? Comment le paysage précédent avait-il pu être remplacé par un autre, juste éclipsé comme si on avait tourné la page d'un livre illustré ? Bae regarda ses mains voulant vérifier qu'il ne s'était pas transformé en nuage. Il leva sa tête et vit que son père ne réalisait pas non plus qu'il avait voyagé comme dans un rêve. Il prit sa main pour être certain qu'ils étaient bien vivants. Rumplestiltskin quant à lui, observait avec inquiétude l'endroit où ils se trouvaient à présent. Les soldats et les villageois avaient disparu, tout comme Belle. Ils avaient été remplacés par d'autres personnes qui vaquaient en toute quiétude à leurs occupations, dans un autre village. Les maisons étaient beaucoup plus proches les unes des autres et étaient aussi plus hautes et plus cossues. Malgré ce qu'ils pensaient, ils ne se trouvaient pas si loin de leur village. Le tisserand était déçu. Il pensait que le Dark One les aurait envoyés directement à Herchambaut ou dans une autre ville hors de portée d'Hordor et de ses hommes. Or là, ils leur suffisaient de chevaucher leurs montures pendant une petite heure pour les retrouver. Peut-être Belle avait-elle paniqué ? Est-ce que Longbourne était la première destination qui lui était venue à l'esprit ?
Ils s'étaient accroupis derrière la charrette du meunier qui livrait ses sacs de farine à la boulangerie afin de réfléchir à leur situation.
- Tu vas bien ? demanda Bae à voix basse, toujours inquiet après ce qui venait de se passer.
- Oui, oui. Et toi ? Tu n'as rien mon garçon ? s'inquiéta Rumplestiltskin en inspectant le cou de son fils.
- Je vais bien, répondit-il alors que son père l'enlaça pour vérifier une fois de plus qu'ils étaient bien vivants. Que s'est-il passé ?
- Je… je ne sais pas, balbutia le tisserand.
- Oh papa… je suis désolé… je ne voulais pas te faire de mal.
- Je sais mon garçon, rassura Rumplestiltskin. Tu n'avais pas le choix. Et jamais je ne t'en voudrai.
Ils restèrent un instant silencieux à se regarder, peinant à croire qu'ils s'en étaient sortis vivants.
- Que fait-on maintenant ? demanda Bae, angoissé.
- Il faut fuir. On n'a plus le choix, dit son père en balayant la foule depuis leur cachette de son regard, inquiet.
Quand celui-ci croisa la cotte de maille d'un soldat, il appuya sa main sur la tête de son fils pour le forcer à se mettre à l'abri des regards. Il mit son index devant ses lèvres, lui signifiant de ne pas prononcer le moindre mot. Quand les bruits métalliques de son armure s'éloignèrent, le père et fils soufflèrent enfin.
- Il faut qu'on aille à Herchambaut, annonça Rumplestiltskin.
- J'ai perdu le sac que tu m'as donné et ils ont pris notre argent, avoua Bae en baissant la tête honteux.
- Ne t'en fais pas. Je trouverai une solution, dit-il en lui caressant les cheveux. Tu vois le balai là-bas contre le mur ?
Baelfire acquiesça.
- Vas me le chercher. Mais avant…
Il mit sa main dans sa poche et en ressortit la fleur magique. Même s'il ne croyait pas vraiment en son pouvoir, il la donna à son fils, pour que rien ne lui arrive. Il espéra au fond de lui que Belle ne lui avait pas menti une fois de plus. Il lui demanda d'être prudent. Puis, il lui donna une petite tape sur l'épaule pour l'encourager à accomplir sa tâche.
Bae se releva et marcha en direction de l'objet convoité comme si de rien n'était. Il jetait de temps à autre un regard aux passants et à son père qui lui faisait signe de continuer. Il referma ses doigts sur le manche. Son cœur s'accéléra d'un coup. Son père, qui lui avait toujours dit d'être honnête et de ne pas chercher les ennuis, lui demandait de commettre un vol. Certes, ce n'était qu'un balai mais ce délit était sévèrement puni en ces temps difficiles. Il se retourna une dernière fois, cherchant l'approbation de son père, puis s'empara de l'objet tant convoité et retourna derrière la charrette sans se presser. Car il savait que s'il se mettait à courir, il attirerait forcément l'attention.
- Et maintenant ? demanda Bae en tendant le manche en bois à son père.
- Nous allons traverser discrètement la place du village et nous allons voir ce que nous pouvons récupérer avant de partir en direction du Nord, expliqua-t-il. Prends par le côté gauche de la place et retrouve-moi derrière. Je prends le côté droit.
Alors que Bae partit explorer l'ouest de la place. Alors que Bae partit en exploration, Rumplestiltskin restait à cet endroit. Il tendit deux ou trois fois timidement la main pour essayer de quémander un petit quelque chose mais sans succès. Il prit même son air le plus apitoyant : le front plissé, la larme à l'œil et la lèvre tremblante.
- L'aumône, l'aumône pour un pauvre.
Mais ses paroles ne reçurent aucun écho. Ce n'était pas faute d'avoir essayé. Mais la place regorgeait de mendiants : des vieillards tous courbés, des femmes âgées sans dents, des femmes enceintes et des enfants de moins de dix ans. Il comprit alors qu'il n'avait aucune chance de faire pitié à quelqu'un. Mais ce qui l'attrista le plus, c'était de constater qu'il manquait une génération entière dans cette population, décimée par la guerre. Ceux de son âge et les jeunes de 20 à 30 ans, ils auraient du être l'avenir de ce peuple. Mais au lieu de faire prospérer le pays et d'agrandir leurs familles, ils avaient été vainement sacrifiés. Il chassa ses sombres pensées et continua de mendier. Le sol était recouvert de pavés ronds qui tordaient les chevilles et faisaient affreusement souffrir les genoux. Avec la pluie, ils étaient très glissants et demandaient toutes l'attention des marcheurs pour qu'ils ne se foulent pas une cheville. Rumplestiltskin portait une grande attention à ses pas. Il savait qu'il ne marchait déjà pas très rapidement, alors s'il se tordait en plus la cheville, jamais ils ne réussiraient à rejoindre Herchambaut avant l'été… s'ils ne se faisaient pas tuer avant.
Après s'être fait chassé par plusieurs personnes sans ménagement ni compassion, Rumplestiltskin s'approcha de deux hommes qui se partageaient un quignon de pain avec du fromage autour d'un fût de chêne. Ils étaient ventripotents et plutôt bien habillés. Ces deux frères jumeaux étaient des marchands de pommes de terre. D'après ce que le tisserand en savait, ils achetaient à très bas prix la production des modestes paysans qui ne pouvaient se payer le luxe d'arpenter les marchés pour écouler leurs marchandises. Au fil du temps, ils s'étaient enrichis et ne toléraient pas la concurrence. Si un paysan allait vendre des pommes de terre sur le même marché qu'eux, ils demandaient à leurs hommes de main de leur donner une bonne correction. Ils étaient craints de tous dans toute la contrée. Les deux balourds ricanèrent en voyant le tisserand approcher.
- Regarde qui vient par là, grommela celui de gauche qui avait une barbe de trois jours et une cicatrice sur la joue gauche.
- Messire… interpela Rumplestiltskin en hésitant, s'appuyant sur sa canne et en baissant la tête. Excusez-moi d'interrompre votre déjeuner mais…
Les mots ne voulaient pas sortir de sa gorge. Cela lui rappelait un temps lointain qu'il aurait voulu oublier pour toujours. Celui où son père et lui mendiaient dans les rues. De plus, il savait qu'il n'était pas prudent de s'adresser à ce genre de personnes.
- Je… on…
- Que veux-tu sale pouilleux ? demanda l'homme sur sa droite qui avait croisé les bras.
- Il n'est pas dans mes habitudes de quémander, mais mon fils et moi nous nous sommes faits attaquer par des bandits sur le chemin, mentit-il. Ils nous ont tout pris.
- Et alors ?
- Tu vas nous dire ce que tu veux ? insista l'autre homme.
- Pourriez-vous nous offrir un peu de votre pitance, s'il vous plaît ?
Ces mots lui avaient demandé un énorme effort. Il venait d'asséner un coup très douloureux à son orgueil. Les deux hommes se regardèrent et éclatèrent de rire.
- Tu n'as qu'à aller vendre ta laine mitée ailleurs. Fiche-le camp, lâche.
Le tisserand déglutit péniblement et s'apprêta à s'en aller lorsque l'homme se trouvant sur sa droite le siffla comme un chien. Il arracha un morceau de pain et lui fit signe de le rattraper. Mais au lieu de le lancer dans sa direction, il le lança à côté de lui et le morceau tomba dans la boue. Le mépris de ces hommes qui riaient aux éclats lui lacéra le cœur. Au lieu de fuir, il se baissa à contrecœur, ramassa le bout de pain et le mit dans sa poche. Il se rendit ensuite vers deux femmes qui vendaient des œufs.
Malheureusement, leur quête ne fut pas très fructueuse. Rumplestiltskin trouva encore un gant en laine trouvé dans une flaque d'eau boueuse et ramassa quelques épluchures de pommes avant qu'un âne ne les mange. Bae reçut quelques dattes et une pomme très fripée. Il trouva également deux allumettes et espéra qu'en séchant, elles leur permettraient de se réchauffer pendant leur voyage.
- Pourquoi tu ne m'as pas obéi ! hurla Hordor, le visage cramoisi, en s'adressant au Dark One. Pourquoi n'obéis-tu pas à la dague !
- Parce que tu n'es pas digne de la posséder, répliqua-t-elle en le regardant froidement droit dans les yeux.
Cette réponse avait été formulée par les Ténèbres elles-mêmes, nourrie par sa rage. Jamais Belle ne lui aurait tenu de tels propos. Néanmoins, ces paroles l'arrangeaient car elles lui permettaient de cacher les vraies raisons de cet échec. Cet affreux personnage ignorait probablement que le Dark One n'était qu'une entité maléfique qui prenait possession d'un hôte vivant. Et tant que les Ténèbres n'avaient pas pris le contrôle total, l'hôte, grâce à sa capacité à aimer, pouvait les dominer.
- Brûle tout le village, ordonna-t-il en brandissant la dague devant elle. Je te commande de brûler le village !
Les villageois supplièrent d'épargner leurs maisons qui étaient aussi pour beaucoup leur gagne pain. Mais malgré sa volonté à résister, Belle céda. D'un seul geste de sa main, tous les toits s'embrasèrent sous les cris, les supplications et les larmes. Belle dût également retenir les siennes lorsqu'elle vit la petite chaumière du tisserand se faire engloutir par les flammes. Dans sa tête, elle revoyait les moments de bonheur qu'elle avait passés tant avec Rumple qu'avec Bae. Elle revoyait son cher rouet qu'il chérissait et qui lui permettait de vivre et de nourrir son fils. Elle les revoyait assis près de la cheminée à se confier à cœurs ouverts. Tous ces souvenirs étaient en train de disparaître dans la fumée qui s'épaississait.
- Ceci, mes sujets, dit le seigneur en parcourant la foule médusée, est un aperçu de ce que sera la vie sous mon règne. Si vous respectez mes ordres, vous aurez la vie sauve. Sinon, vous aurez à faire au Dark One.
Un soldat en armure s'approcha et leva son heaume pour s'adresser à son supérieur hiérarchique.
- Mon seigneur, permettez-moi de vous rappeler que vous avez prêté serment devant le Duc. Vous ne pouvez pas vous autoproclamer Duc ou Roi.
- Vous avez raison ! s'exclama-t-il avec un large sourire laissant apparaître sa dentition.
Sans prévenir, d'un geste rapide et précis, il attrapa le pommeau de son épée, la sortit de son fourreau et transperça le corps du chevalier de part en part ! Le visage ahuri de ce pauvre homme resta figé jusqu'à ce que ce tyran d'Hordor retire la lame ensanglantée. Du sang pourpre fut projeté de sa gorge dans un toussotement d'étouffement. Le pauvre protestataire s'écroula au sol. Les spectateurs de cet acte horrible furent comme changés en statues de pierre.
- Nouvel avertissement, annonça-t-il en jetant un regard dédaigneux à sa victime qui jonchait le sol boueux, puis aux paysans qui le fixaient. Celui qui se mettra en travers de ma route aura un aller simple pour les enfers ! Avez-vous bien compris ?
Il insista particulièrement sur le dernier mot. Les villageois acquiescèrent alors que les soldats restèrent stoïques. Deux d'entre eux échangèrent quelques mots à voix basse ce qui exaspéra Hordor. Il était tellement convaincu qu'ils complotaient pour lui prendre la dague que dans un élan de rage, il les poignarda avec la lame ondulée d'un coup franc dans l'abdomen ! Les deux hommes s'écroulèrent comme des pantins inanimés dans un bruit de métal. Haletant, il sonda l'audience de son regard de glace à la recherche de la moindre contestation, même du côté de son Dark One soumis.
- Rien ne sert de traumatiser ces pauvres gens, lança Belle pour le calmer. Ils ont tous compris qui était leur nouveau souverain.
Elle s'approcha de lui de quelques pas. Sachant qu'elle ne pouvait rien contre lui tant qu'il avait la dague, elle décida d'opter pour une tactique beaucoup plus subtile.
- Agenouillez-vous devant votre nouveau maître ! ordonna Belle à l'assemblée en haussant la voix.
Sans discuter, tous obéirent. Et Hordor eut un sourire de satisfaction.
- Voyez, votre Monstruosité, nul besoin de les menacer, rappela-t-elle. Ils ont très bien compris qui détenait le pouvoir à présent.
Elle espéra de tout cœur que son ego serait suffisamment flatté pour qu'il ne lui donne pas un autre ordre de massacre. Ces gens avaient déjà perdus des êtres chers et leur maison. Ils avaient vécu assez de drames. Hordor se délectait du spectacle. Il était enfin craint et respecté. Il aurait tant voulu que son père le voie ainsi, lui qui avait toujours préféré son idiot de frère aîné. Jamais il n'oublierait le jour où il l'avait envoyé à l'écurie pour nettoyer les boxes des chevaux pour le punir d'avoir soit disant espionné ses sœurs qui prenait un bain alors que c'était Hector ! Il avait eu beau protester, son père n'accordait aucun crédit à ses dires. Et alors qu'il était puni, ce gredin d'Hector avait eu le droit d'assister à la réunion hebdomadaire du conseil pour planifier la prochaine bataille ! Il serra le poing et les dents en repensant à cet épisode injuste. Mais tout ceci était terminé. Plus jamais il ne se ferait humilier !
Rumplestiltskin et Baelfire quittèrent Longbourne en début d'après-midi sous une pluie glaciale. Les nuages étaient tellement sombres qu'on se serait crû au crépuscule d'une nuit d'automne. Pour ne rien arranger, le vent se leva et ralentit leur avancée.
- Il est encore loin le prochain village ? demanda Bae qui s'inquiétait.
Leur situation était celle de fugitifs. Ils ignoraient ce qui s'était passé au village après leur disparition mais ils imaginaient que furieux, Hordor avait dû lancer des mercenaires à leurs trousses. Rumplestiltskin avait bien insisté sur le fait de ne pas se faire remarquer et comme la route traversait la campagne, le jeune garçon s'inquiétait de les voir ainsi à découvert.
- Non, pas vraiment. Dans quelques heures nous y serons et nous irons nous réchauffer près du feu de la taverne.
« Dans quelques heures », se répéta Rumplestiltskin pour lui-même. D'ordinaire, il lui fallait une demi-journée de marche pour relier Longbourne à Beffroid, mais sans sa cape et presque sans vivre et si la météo ne s'améliorait pas, il lui faudrait bien plus qu'une demi-journée. Longbourne n'avait pas encore totalement disparu derrière eux qu'il sentait déjà le froid le transpercer jusqu'aux os. Il ne portait que sa chemise en lin sur un sous-pull en laine à manches longues et son pantalon trop large, coincé dans ses bottines en cuir presque trouées. Sans sa cape pour le protéger, le vent semblait vouloir le mordre comme une meute de chiens enragés. Il essuya rapidement son nez avec sa manche, puis s'appuya fortement sur sa canne de fortune. Une douleur aigüe se lança dans sa cheville meurtrie. Néanmoins, il serra les dents et se focalisa sur son objectif. Non, il n'avait pas le droit de se plaindre, ni d'abandonner. Il devait mettre Bae à l'abri. C'était à cause de lui et de ses mauvais choix s'ils se retrouvaient dans cette galère.
- Dis papa, interpela Bae quelques kilomètres plus loin.
- Oui…
- As-tu déjà vu un ogre de près ? En as-tu déjà combattu ?
Il fixa le chemin devant lui ne sachant que répondre, embarrassé. S'il lui avouait la vérité, son fils serait très déçu. Mais il serait également déçu s'il lui mentait et découvrait un jour la vérité. Cette solution plus facile ne faisait que repousser le moment où l'évidence ressortirait : il n'était qu'un lâche. Il pesa longuement les deux solutions avant de s'exprimer.
- Non, répondit-il fermement sans un regard pour son fils qui resta interloqué.
- Mais tu m'as dit que tu étais allé à la guerre, rappela Bae en insistant.
- Bae, dit Rumplestiltskin en s'arrêtant, s'appuyant sur son bâton et en le regardant. J'ai passé de longs mois dans un camp d'entraînement pour apprendre les techniques de combat et à me servir d'une épée. Puis un jour, mon groupe a rejoint le reste du bataillon dans un campement dans la forêt des Landes. On allait se battre pour de vrai. En attendant le moment d'aller au front, on préparait les équipements des autres et faisaient de menus travaux. On voyait les soldats blessés rapatriés sur des civières depuis le champ de bataille. Ce n'était pas beau à voir, je te le jure. Les guérisseurs faisaient de leur mieux pour les soulager mais beaucoup sont morts dans d'atroces souffrances. Bae, ce que j'ai vu était terrible. Tu n'as même pas idée de ce que ces monstres avaient fait à ces soldats. La plupart n'étaient même pas des chevaliers ou des mercenaires. Ce n'étaient que de pauvres paysans comme moi. On n'avait aucune chance. Tu comprends ? Si j'allais affronter ces monstres j'allais mourir. Et tu sais pourquoi je me suis blessé la jambe ?
Baelfire bougea lentement la tête de gauche à droite.
- Parce que je voulais te connaître, admit-il avec des larmes dans les yeux en repensant à ce moment douloureux de son passé. Je ne voulais pas t'abandonner. Soit j'allais me battre et je mourrais en héro sans te connaître, soit je rentrais en lâche à la maison pour vivre avec toi.
- Pour moi, tu ne seras jamais un lâche, répondit le jeune garçon en enlaçant son père qui avait tant besoin d'affection.
- Merci Bae, murmura le tisserand en déposant un baiser dans les cheveux sombres de son fils.
- Pour moi, tu es un héros.
Avec cette dernière remarque, Rumplestiltskin avait bien compris ce qu'il sous-entendait. Mais il préféra fermer les yeux et savourer cet instant. Sentir la force de l'amour de son fils lui réchauffait le cœur et lui donnait du courage.
- Mon rôle, c'est de te protéger, rappela-t-il. Pas de sauver le royaume.
- Mais Belle a dit…
- Bae, oublie ce qu'elle a dit, insista-t-il. Elle nous a menti depuis le premier jour. Si je fais ce qu'elle dit, je vais me faire tuer.
- Je t'aiderai ! s'enthousiasma le jeune garçon.
- Non ! S'il te plaît, essaies de comprendre, supplia-t-il. Nous sommes deux paysans. Que pouvons-nous faire face au Duc et à ses chevaliers ? Ils sont trop forts. Jamais nous ne réussirons à franchir les grilles du château et prendre cette maudite dague.
- Je suis sûre qu'elle nous aidera.
- Comment peux-tu en être aussi sûr ?
- Parce que vous vous aimez et que l'amour est la forme de magie la plus puissante.
- Comment sais-tu ceci ? demanda le tisserand avec curiosité.
- C'est Morraine qui me l'a dit un jour, avoua-t-il alors qu'ils se remirent en marche. Tu sais, elle connaît plein de choses sur la magie, les fées, les sorcières.
A contrecœur, Belle rejoignit le groupe de soldats qui quitta le petit village en cendres avec tous les orphelins, souvent bien trop jeunes, qui pleuraient encore la mort récente de leurs parents pour aller gonfler les rangs de l'armée. Les soldats avaient entassé les corps sur le bûcher et avaient forcé tous les survivants à les voir se consumer. L'effroi les avait saisis lorsqu'ils entendirent un hurlement provenir des flammes. Un innocent blessé avait été malencontreusement condamné à mort. La gorge de Belle se noua en pensant que tout était de sa faute. Si elle avait usé de ses pouvoirs et avait figé tout le monde, elle aurait pu désarmer les soldats et personne ne se serait fait égorger comme une brebis. Elle monta silencieusement le cheval qu'elle avait offert à Rumplestiltskin et que Hordor avait repris au petit brigand. A ses côté, sa Monstruosité, sur son superbe destrier noir comme la nuit, contemplait la dague et lui parlait dans un murmure inaudible. La princesse d'Avonlea ne chercha pas à comprendre les fantasmes tordus de cet homme sans aucune morale, ni aucun scrupule. Elle espérait juste avoir suffisamment de force pour résister jusqu'à ce que Rumple la libère. Mais elle ne pouvait pas négliger la possibilité qu'il fuie avec son fils et ne revienne jamais… à cause d'elle. A cause de ses mensonges. A cause de la dague. A cause de la magie et de son pouvoir.
A cet instant, elle se souvint des nombreux mensonges de son mari. Combien de fois l'avait-il laissée dans l'ignorance la plus totale ? Combien de fois avait-il trahi sa confiance ? Elle se souvenait de sa colère et de sa déception quand elle avait découvert qu'il préférait toujours son pouvoir à elle alors qu'elle lui avait offert son cœur. La rage et la tristesse lui avaient broyé le cœur et lui avaient fait commettre un acte extrême : elle avait banni son mari pour toujours de Storybrooke. Mais depuis qu'elle était devenue le Dark One, son opinion avait changé. Rumple voulait se défaire de la dague pour être libre. Pour ne plus se faire sans cesse harceler par les Ténèbres. Ne plus entendre ces voix, ni voir les précédents Dark Ones.
Forte de cette expérience, elle aurait dû tout lui avouer dès le début. Mais elle avait eu peur de l'effrayer et de le perdre, comme lui avait eu peur de la perdre s'il lui avouait ses cachotteries concernant le chapeau. Une petite larme glissa le long de sa joue. La culpabilité la rongeait de l'intérieur et Belle ne pouvait la refréner. Mais personne ne le remarqua car son capuchon couvrait parfaitement son visage en peine.
Elle se sentait abandonné, même par la personne qu'elle croyait détester le plus au monde, après Hordor bien évidemment. Depuis qu'elle avait cédé la dague, son guide avait disparu. Que n'aurait-elle pas donné juste pour entendre une de ses remarques acerbes ? N'était-il donc pas seulement le porte-parole des Ténèbres mais également de son libre-arbitre ? Était-il enchaîné dans la dague ? Elle avait tant de questions à lui poser.
En arrivant à Longbourne, Hordor annonça immédiatement la couleur aux habitants sur la place du marché. Il exhiba son Dark One comme la plus grande menace qui lui obéissait au doigt et à l'œil. Belle pria très fort pour qu'il ne lui demande pas de tuer quelqu'un pour l'exemple. A sa grande surprise, il ne le fit pas mais réclama que tout le village accueille la petite troupe en préparant un banquet digne d'un roi et que les chevaux soient pansés et nourris. La bibliothécaire de Storybrooke espéra que le tisserand et son fils n'étaient plus là et qu'ils étaient en route pour le château du Duc.
La nuit était tombée depuis longtemps déjà et le vent était encore plus glacial que précédemment. Ils étaient absolument seuls sur le chemin boueux qui traversait la forêt.
- Papa… j'ai faim, quémanda le jeune garçon.
- Tiens, c'est pour toi.
Rumplestiltskin sortit le dernier morceau de pelure de pomme qui lui restait. Son estomac grondait depuis des heures, mais il faisait tout pour l'ignorer. Cependant, il ne pouvait ignorer celui de son fils. Il profita de ce court arrêt pour se frictionner les bras. Il ne sentait déjà plus ses mains, ni ses pieds et tout son corps tremblait. Sa toux, qui pourtant avait été guérie, revenait. Même s'il faisait de son mieux la dissimuler, l'inquiétude grandit du côté de Baelfire. Malgré tous ses efforts, Rumplestiltskin ne put retenir un éternuement qui résonna au loin.
- Dis, tu ne vas pas mourir ?
- Non mon fils. Ne t'inquiète pas, tenta-t-il de rassurer avec un sourire. Tout va bien.
- Si mademoiselle Belle était là, elle claquerait des doigts et tu ne serais plus malade. On aurait à manger, on serait au sec et au chaud.
- Mais elle n'est pas là. Je ne fais pas de magie, mais je vais trouver une solution. En route, ordonna Rumplestiltskin le plus calmement possible.
- On est encore loin du village ? demanda Bae pour la vingt-troisième fois.
- On y est presque. Courage mon garçon. Ne perd pas espoir.
- Tu as déjà dit cela bien avant que le soleil se couche, rappela-t-il.
- Fais-moi confiance, répondit le papa avec un sourire qui se voulait rassurant.
Un peu plus loin, au détour d'un des nombreux sentiers de la forêt, ils aperçurent une maisonnette à la cheminée fumante. C'était une bâtisse en pierre avec une porte et deux fenêtres. Le toit était en chaume et la pluie glissait en cascade juste sur le sol détrempé. Sur la droite, un petit cabanon de fortune abritait deux chèvres et une poule qui regardaient les voyageurs. Ils hésitèrent un instant mais un éclair zébra le ciel et la foudre s'abattit non loin de là dans une énorme détonation. Ils prirent leurs jambes à leur cou et se ruèrent jusqu'à la porte en bois. Rumplestiltskin frappa deux fois un peu timidement. Après quelques secondes d'attente, la porte s'ouvrit dans un grincement. Une femme cachée sous un tas de vêtements défraîchis les pressa d'entrer avant que ses chats ne se sauvent.
- Mon dieu, vous êtes trempé jusqu'aux os. Venez vous réchauffer auprès du feu, je vais faire du thé.
Ils la remercièrent et s'exécutèrent sans un mot. Ils n'avaient pas pensé un seul instant qu'on les laisserait entrer sans expliquer la raison de leur errance sur la route royale. Cette femme paraissait plus vieille que son âge réel. Elle devait avoir la trentaine ou une petite quarantaine. Elle avait des cheveux roux frisés en pagaille enroulés dans un foulard vert olive à moitié déchiré. Ses yeux bleus semblaient presque transparents à cause du faible éclairage. Sa longue jupe en lin marron laissait entrevoir ses chevilles délicates. Elle était chaussée de sabots noirs en bois qui claquaient sur le plancher qui avait grandement besoin d'un coup de balai. Elle ouvrit un bocal et jeta une poignée d'herbes sèches dans sa bouilloire avant de la remplir d'eau et de la mettre sur le feu.
- Mon petit, tu veux des gâteaux ? demanda-t-elle avec un sourire chaleureux.
Pris au dépourvu, Baelfire bégaya, regardant son père pour connaître son avis, avant d'acquiescer. Elle retourna vers son étagère en chantonnant à la recherche de ses petites douceurs. Rumplestiltskin et Bae se regardèrent, intrigués par cette femme. Ils ne savaient qu'en penser. Au fond de lui, Rumple ne lui accordait aucune confiance. Pourquoi serait-elle gentille avec eux alors qu'ils s'étaient fait jeter à Longbourne ?
La pièce n'était éclairée que par la lueur du feu. Mais dans la pénombre, ils distinguèrent plusieurs paires d'yeux qui brillaient. Les chats. Bae se mit à sourire en les voyant. Il aimait beaucoup les animaux. A l'inverse, Rumplestiltskin les détestaient. Les chats étant souvent associés aux sorcières, il se sentait de moins en moins rassuré. Un d'entre eux, plus téméraire, fit quelques pas en direction des deux inconnus. Il jeta son dévolu sur le jeune garçon qui venait de mordre dans un gâteau aux raisins secs. Il se frotta contre ses jambes et reçut une caresse.
- Lui, c'est Lucien, dit-elle. Un gentil petit chat.
- Il est tout doux, constata Bae, toujours en caressant l'animal. Il a l'air d'aimer les câlins.
- Ce chat se ferait tuer pour des câlins, avoua-t-elle. Il ne se méfie de personne. Au fait, je m'appelle Margery. Et vous ?
- Baelfire et mon père, c'est Rumplestiltskin.
A l'évocation de ce nom, elle eut un sourire, comme si un souvenir venait de la frapper. Rumplestiltskin ne savait pas si c'était un bon ou un mauvais présage.
- Etes-vous une sorcière ? demanda-t-il sans détours.
Il en avait assez des mauvaises surprises et voulait qu'on lui réponde franchement. A choisir entre se réchauffer et se restaurer chez une sorcière et finir transformer en crapaud ou errer dans la nuit sous la pluie sans savoir s'ils allaient voir le lever du soleil, il préférait la deuxième solution car il en avait assez de la magie !
- Vous dites cela parce que je vis seule au fin fond de la forêt avec des chats ?
- Simple curiosité, ajouta-t-il, la main sur son bâton prêt à se remettre en route.
- N'ayez crainte, rassura-t-elle. Je ne suis qu'une pauvre marchande de fleurs au printemps et de champignons en automne.
Elle leur servit un bol de potage aux champignons qu'ils mangèrent en silence accompagné de pain sec qu'ils firent tremper dans le liquide chaud. Bae se fit encore trois amis à poils.
- Je vais vous les présenter, dit Margery en s'approchant de l'étagère. Nous avons donc Lucien, Jules, Tristan, Théodor, Bernard. Là haut nous avons Yvain, Gauvin, Achilles, Augustin, Hercules, Ayoul, Conan et Godomer. Sur la table, il y a Lothaire, Radulf, Arthur, Orderic et Wulgrin Dans le coin, se cachent Éon, Drogon, Sebaste et Paul. Près de la porte, nous avons Léonard, Conrad, Aaron, Adrien et Warin. Les autres sont sans doute dans ma chambre ou dans la salle d'eau. En tout, il y en a quarante.
- Quarante ! s'exclama Bae.
Il ne savait pas exactement ce que ce chiffre représentait, mais ça devait être beaucoup. Il y avait déjà tant de félins dans la pièce à vivre. Il y en avait plus que tous les chats de Longboune réunis !
- Merci pour le repas et de nous avoir accueilli, dit Rumplestiltskin en se levant. Nous allons reprendre la route.
- Déjà ? demanda Bae.
- C'est une tempête que vous allez affronter dehors. Vous serez morts de froid dans moins d'une heure. Restez, je vous en prie, insista-t-elle.
- Dis oui papa, força Bae en caressant Lucien qui lui avait sauté sur les genoux.
- D'accord, concéda son père en se rasseyant.
- Quand avez-vous pris un bain pour la dernière fois ?
Cette question le prit au dépourvu. Pourquoi donc cette femme souhaitait-elle le savoir ? Surtout que c'était plutôt une question gênante.
- Voulez-vous dire quand je me suis immergé pour la dernière fois ?
Cette précision était importante. Certes son dernier vrai bain remontait à l'automne précédent quand il s'était frotté dans la rivière avant que l'eau ne soit trop froide. Mais depuis, il s'était mouillé ça et là de temps à autre pour éliminer toutes traces de salissures et d'odeurs dérangeantes. Il constata que sa chemise en lin était en piteux état. Elle n'avait pas été lavée depuis longtemps, était raccommodée en divers endroits. Pour ne rien arranger, une large tâche de sang séché la traversait verticalement.
Elle l'invita à passer dans la pièce d'à côté où elle remplit une bassine avec l'eau des seaux qui étaient sur le perron. Elle fit chauffer quelques litres sur le feu jusqu'à obtenir une température agréable. Alors qu'il était seul dans cette pièce à observer le bain, se demandant s'il était prudent de s'y plonger, Baelfire avait pour mission de caresser tous les chats et d'apprendre leurs noms !
- Mais c'est impossible ! Il y en a trop, rétorqua l'adolescent.
- Si tu réussis, je te donnerai des friandises pour votre voyage.
Il n'avait rien à perdre à essayer. De toute façon, ils passeraient la nuit dans cette maison car la tempête ne semblait pas vouloir se calmer. Baelfire se demandait si Belle pouvait influencer les nuages. Était-elle en train de pleurer ? Si la pluie reflétait son humeur, elle devait être complètement déprimée. Il se leva et alla contempler l'orage un instant par la fenêtre.
- Pleure pas Belle. On va venir t'aider. Je te le promets.
Après quelque hésitation, Rumplestiltskin se débarrassa de ses vêtements, ou plutôt de ses guenilles, et se plongea lentement dans l'eau. La bassine n'était pas assez grande pour qu'il déplie entièrement ses jambes mais il arrivait à se mettre à l'aise et à se détendre. L'eau montait jusqu'à ses épaules et il appuya sa tête contre le bord. Quelques bougies seulement éclairaient la pièce, ce qui le rassurait. Il ferma les yeux et tenta de chasser les images d'horreur qui hantaient son esprit.
Soudainement la porte s'ouvrit et il sursauta.
- Ce n'est que moi, dit Margery en refermant la porte. Je venais voir si tout allait bien. La température vous convient ?
- Ou… oui. C'est… c'est très bien, bégaya-t-il embarrassé que cette femme le voie dans pareille posture.
Elle s'approcha et prit une éponge. Rumplestiltskin ne sut que faire. Il n'osait pas sortir de la bassine devant elle et ses vêtements étaient hors de portée. Elle s'assit à côté de lui et plongea l'éponge dans l'eau et son bras jusqu'au coude. Il sentit qu'elle lui frôlait les côtes.
- Que faites-vous ? demanda-t-il complètement paniqué.
- Penchez-vous en avant, demanda-t-elle avec une voix très douce. Je vais vous frotter le dos.
- Je… je peux le faire moi-même, se justifia-t-il.
- Et vous déboîter l'épaule ? ria-t-elle. Ne soyez pas ridicule.
Ce fut à contrecœur qu'il s'exécuta. Il pensa que s'il la satisfaisait, peut-être le laisserait-elle tranquille. Il appuya son menton sur ses genoux et ferma les yeux, repensant à sa discussion avec Bae au sujet de Belle. Puis il se concentra sur cette Margery. Qui pouvait-elle être ? Pourquoi avait-elle tant de chats ? Soudain, il eut une pensée qui le bouleversa.
- Vos chats…
- Que voulez-vous savoir ? demanda-t-elle sans quitter sa main qui tenait l'éponge de ses yeux.
- Ils ont tous des noms… des noms d'hommes.
- J'aime les hommes. J'ai besoin de leur compagnie.
- Étaient… étaient-ils… des hommes ? articula-t-il avec difficulté.
- Pensez-vous que je transforme les hommes qui passent par ici en chat ?
- Oui, je le pense. Vous les laissez entrer sans poser de questions. Vous les nourrissez et les flattez. Puis, vous vous rapprochez pour les séduire avant… avant de les transformer. De grâce, laissez mon fils partir.
Comment avait-il pu être assez bête pour se faire prendre dans un piège aussi grossier ? Bae avait la perce-neige et donc elle ne pourrait pas le transformer, du moins l'espérait-il. Il ne devait apparemment que se préoccuper que de son propre sort.
- Mais qui vous a dit que je n'allais pas vous laisser repartir tous les deux ?
- Une intuition.
- Vous faites fausse route. Dites-moi, Rumplestiltskin. Me trouvez-vous jolie ?
Cette question le surprit. Que voulait-elle ? Pouvait-il dire non ? Allait-il refermer le piège sur lui-même ? Il fouilla dans son cerveau à la recherche de la meilleure réponse possible.
- Oui… oui, vous être très belle, dit-il et la rousse sourit. Mais je préfère les brunes.
- Aimez-vous mes yeux ? demanda-t-elle sans relever sa remarque.
- Je ne comprends pas ce que vous faites.
- Où est votre femme ?
- Elle est morte.
Après ces mots, Margery se leva et fit face au tisserand qui avait rabattu ses jambes contre son corps. Elle ôta son foulard vert et libéra sa crinière en la secouant. Puis, elle décrocha sa robe qui tomba lourdement au sol. Rumplestiltskin tourna immédiatement la tête. Non, il n'était pas poli de regarder une dame nue sans quelle soit sa propre épouse, du moins chez les gens du peuple qui avait un certain honneur.
- Je ne partagerai ni mon bain, ni votre couche, dit-il, toujours avec la tête tournée. Savez-vous pourquoi je sillonne les routes du royaume ? Pour retrouver la femme que j'aime. Elle a été enlevée par un homme sans scrupule et je donnerai ma vie pour la délivrer.
- Vous êtes amoureux, constata-t-elle. Et qu'est-ce que vous aimez tant chez cette femme ?
- Même si on ne se connaît pas depuis longtemps, elle était prête à donner sa vie pour mon fils et moi, confia-t-il. Elle m'a sauvé de la noyade alors qu'elle aurait pu mourir de froid elle aussi.
Le silence s'installa dans la pièce faiblement éclairée. Il regardait ses genoux, n'osant pas lever le regard. Il observait ses membres, scrutant le moindre changement. Il fut rassurer de ne voir aucun poil supplémentaire, ni aucune autre transformation. Mais ce qui le perturbait le plus était l'aveu qu'il venait de faire. Aimait-il vraiment Belle ? Pourquoi avait-il choisi ces mots-ci ?
- Et elle m'a dit quelque chose d'intriguant, ajouta-t-il.
- Quoi dont ? demanda-t-elle avec curiosité.
Il jouait à un jeu dangereux. Soit il allait les sortir de cette situation, soit elle se mettrait en colère et ils deviendraient les chats numéros quarante et un et quarante-deux.
- Qu'elle était devenue le Dark One pour me sauver.
Le Dark One ! Margery n'en revenait pas.
- Vous êtes l'élu! Le héro au cœur le plus pur ! Je le savais !
Elle se pencha au-dessus de la bassine, l'embrassa et le relâcha aussitôt. Rumplestiltskin resta figé, ne comprenant rien à ce qui venait de se produire.
- La prophétie de Merlin ! s'exclama-t-elle hors d'haleine.
Elle se releva, toujours nue et fit plusieurs fois le tour de la bassine, lui donnant le tournis.
- Elle dit qu'un jour l'amour sera le plus fort, transformant les Ténèbres en lumière. Et cela ne se produira qu'avec l'acte héroïque du héro au cœur le plus pur.
- Excusez-moi de refroidir votre enthousiasme mais avant d'arriver à ce moment-ci, il y a quelques épreuves à passer. Dont des gardes armés et entraînés et un seigneur de guerre très cruel qui rêve de me voir mort. Je ne pense pas pouvoir réussir. Je ne suis pas le héro qu'apparemment tout le monde souhaiterait que je sois.
- Vous l'êtes, insista-t-elle. Vous n'en êtes simplement pas conscient. Ayez confiance en vous. Confiance en la force de votre amour.
- Mais si vous savez tout, peut-être pourriez-vous me donner quelques pistes ?
*mortecouille : expression utilisée au Moyen-Age pour dire « pour une mauvaise surprise ! »
Qu'avez-vous pensé de ce chapitre? Un petit commentaire, même juste pour dire que vous aimez, ou non, me fera très plaisir.
