Hello les Oncers,
Voici la suite des aventures de Rumple et Bae, en route pour récupérer la dague. De son côté, Belle fait de son mieux pour ne pas sombrer dans les Ténèbres et supporter les facéties d'Hordor.
Le rating est T à la limite du M. Je me suis inspirée de certaines scène de Game of Thrones et the Tudor.
Bonne lecture!
Chapitre 10
Ils quittèrent la maisonnette avant le lever du jour avec des habits chauds et quelques provisions, remerciant leur hôte avant de continuer leur voyage dans une brume très opaque. La route royale semblait encore plus effrayante que d'ordinaire. Des formes étranges et dansantes se distinguaient à peine dans l'obscurité, titillant leur imagination. Rumplestiltskin vérifia que son fils avait bien la perce-neige magique dans sa poche, puis ils s'aventurèrent entre ces formes fantomatiques.
- C'est Belle, dit Baelfire en pointant la brume du doigt.
- Belle ? demanda Rumplestiltskin quelque peu surpris.
- Oui, elle veut qu'on soit en sécurité alors elle a soufflé de la brume sur le chemin pour que personne ne nous voit.
Rumplestiltskin se demandait si le Dark One possédait un tel pouvoir. En y repensant, il constata qu'il ne savait pas grand chose sur cet être maléfique qui terrifiait tant de monde. Avant qu'Hordor n'écume les villages de la région à la recherche de soldats, il pensait que le Dark One n'était qu'une légende pour faire peur aux plus ignorants.
Alors que Baelfire s'était endormi, il avait écouté une bonne partie de la soirée et de la nuit Margery lui raconter ce qu'elle savait de cette entité qui s'emparait de l'âme et du corps de son hôte. Mais son attention se porta plus particulièrement sur la dague et son pouvoir. Il n'avait jamais aimé les armes quelles qu'elles soient et ce, depuis toujours. Et voilà que sa vie et celle de son fils dépendait d'un poignard maléfique. Ainsi que celle de Belle. Cette femme mystérieuse qui avait réussi à atteindre son cœur. A réveiller les papillons qui s'agitaient à nouveau dans son ventre après des années d'hibernation. A le faire rêver d'une vie meilleure. Comment un tel miracle était-il possible ? Lui qui était convaincu que personne, excepté Bae, ne pouvait l'aimer.
- Elle était gentille, commenta Bae après une demi-heure de marche en parlant de Margery. Elle fait des bons gâteaux aussi, mais pas aussi bons que ceux de Belle.
- Les apparences sont trompeuses, mon fils. Il faut se méfier de tout le monde.
- Pourquoi dis-tu cela ? s'interrogea le jeune garçon.
- Elle a voulu nous transformer en chats.
- Vraiment ?
Il n'en revenait pas ! Baelfire avait entendu bien des histoires au sujet de sorcières qui transformaient les enfants pas sages en animaux, mais il croyait que c'était juste pour effrayer les plus petits.
- Alors pourquoi on n'est pas des chats ?
- Le poison était dans la tasse où elle a versé le thé, expliqua-t-il. Mais ne t'inquiète pas. Elle n'en avait mis que dans la mienne. Elle m'a fait boire l'antidote dans son alcool de prune alors qu'on discutait près de la cheminée quand tu dormais.
- Je ne dormais pas tu sais, confia Bae. Je ne suis plus un enfant.
Sans vraiment s'en rendre compte, les joues du tisserand s'empourprèrent. Il avait l'impression d'avoir été pris la main dans le sac. Mais il devait accepter l'évidence : son cher Baelfire n'était plus un enfant.
- Je crois qu'elle t'aime bien. Je l'ai vu comme elle te regardait. D'ailleurs, je pense que c'est pour ça qu'elle t'a donné l'antidote.
- C'est une femme qui vit seule, Bae. Elle a juste vu en moi une personne avec qui elle pouvait discuter. Ce n'est pas ça l'amour.
- C'est quoi alors ?
Cette question le prit au dépourvu. Qu'est-ce que l'amour ? Une forme de magie très puissante qui vous change, vous rend heureux mais aussi qui hante vos nuits, influence vos journées. L'amour est inconditionnel. Il vous prend tout entier, il vous dévore. Mais l'amour peut aussi être très cruel. L'amour tue plus que n'importe quelle maladie.
- Tu es sûr que tous les chats étaient des hommes ? demanda le jeune garçon pour sortir son père de l'embarras de sa question précédente.
- Oui, Bae. D'ailleurs regarde ce gilet : c'est celui d'un berger. Cette écharpe appartenait à un marchant ambulant. Ces bottes étaient à un chasseur. Et cette cape à un maréchal ferrant.
- Tu as donc passé un marché avec elle pour ne pas devenir un chat ?
- En quelque sorte, répondit Rumplestiltskin. J'ai promis de récupérer la dague et d'en faire bon usage.
- Et de libérer Belle, ajouta le garçon.
- Ça vois-tu, ça ne dépend pas que de moi.
La brume ne semblait pas vouloir se dissiper comme si quelqu'un la retenait alors que le soleil se distinguait dans un halo blanc au-dessus de leurs têtes. Soudainement, le martellement caractéristique de chevaux lancés au galop se fit entendre. Les deux voyageurs sautèrent dans le fossé et se cachèrent derrière les buissons. Les deux frisons noirs étaient montés par deux chevaliers lourdement armés et équipés pour le combat. Ils n'étaient apparemment pas là pour chasser les voyous ou annoncer une quelconque nouvelle. Les voyant ne pas ralentir, ils soufflèrent de soulagement. Ils n'avaient pas été vus. Baelfire remonta sur le chemin et tendit sa main pour aider son père à se sortir de son trou.
- Tu crois qu'ils nous ont vus ?
- Je ne pense pas, confia Rumplestiltskin. Sinon, ils seraient revenus en arrière.
L'auberge de Beffroid était bondée. Les habitués se plaignaient que des voyageurs soient assis sur leurs bancs soi-disant attitrés, d'autres commandaient de la bière ou le menu du jour, pendant que d'autres colportaient les dernières rumeurs du royaume. Un homme jouait d'un instrument à corde pendant qu'une femme, vêtue d'une longue et lourde robe, tentait de danser entre les tablées. Les verres s'entrechoquaient et de la bière tombait sur les tables, mais aussi sur le sol déjà bien crasseux. Au fond de la salle, un groupe d'hommes jouaient aux dés.
Le tisserand et son fils se faufilèrent jusqu'à la cheminée au fond de la salle. Baelfire s'accroupit vers le foyer et laissa la douce chaleur réveiller ses phalanges endolories. Pendant ce temps, Rumplestiltskin se rendit au bar et commanda un jus d'airelles chaud et une tisane au miel.
- C'est la guerre ! beugla un homme qui avait un cou de taureau et qui ne s'était pas rasé depuis plusieurs jours.
- Le changement peut apporter du bon, ajouta un autre maigrichon.
- Crois-tu ? Le Duc était un ivrogne qui jalousait le Duc des Hautes-Terres. Mais celui-là, mes braves… je vous dis que des heures sombres nous attendent.
- Surtout que le diable est avec lui ! compléta un homme au dos voûté.
Rumplestiltskin fronça les sourcils. De quoi parlaient-ils ? Qu'était-il arrivé ? Il aurait tant voulu savoir mais n'osait pas poser de questions. Tous parlèrent en même temps et leurs paroles se noyèrent rapidement dans un brouhaha épouvantable qui vous saisissait aux tempes, pressant votre crâne pour en faire jaillir votre cerveau en une bouille répugnante. Lorsque les discussions commencèrent à déchaîner les passions et les opinions, Rumplestiltskin décida qu'il était temps de partir. D'expérience, il savait que dès que le premier aurait cogné, tous les autres en feraient autant. Il refusait catégoriquement que son fils puisse assister à un tel spectacle. Ils se rhabillèrent et continuèrent leur périple en suivant la route royale.
En chemin, ils croisèrent encore deux patrouilles et à chaque fois, ils eurent de la chance. Personne ne les vit. Rumplestiltskin les regarda s'éloigner sur leurs montures lancées au grand galop jusqu'à ce qu'ils disparaissent au détour du chemin en terre battue.
- Qu'y a-t-il papa ? s'inquiéta Baelfire.
- Ces soldats… ce ne sont pas ceux du Duc, dit-il toujours en fixant le chemin par lequel ils avaient disparus.
- Comment le sais-tu ?
- Ils ne portent pas la murène blanche sur leurs armures.
- Ce sont des méchants venus de la mer ?
- Je ne crois pas. C'est pire.
- Pire ? Ils vont tous nous tuer ? s'inquiéta le jeune garçon.
- Je crois qu'Hordor a pris le pouvoir. Les soldats ne portent plus la murène mais une veuve noire.
- La veuve noire ? Comme le nom qu'il donnait à Belle ?
- Exactement. Il s'est probablement servi de ses pouvoirs pour tuer le Duc et s'asseoir sur le trône.
- Alors il faut qu'on se dépêche.
Jamais Hordor ne quittait sa précieuse dague. Il observait la beauté de la lame en l'inclinant pour que la lumière s'y reflète. Il était assis dans le monumental fauteuil du Duc en bois massif, surnommé le trône, dans la salle des doléances. A ses côtés se tenait la Veuve Noire, dans un fauteuil plus modeste. Elle avait revêtu une paire de cuissardes noires couvrant un pantalon en cuir très moulant. Elle portait une chemise ample en dentelle avec des motifs de toiles d'araignée resserrée aux poignets. Ses ongles étaient noirs comme la nuit et une bague ornée d'une énorme araignée entourait son majeur droit. Son corps et ses seins étaient serrés par un corset de cuir également noir. Une cape monumentale en velours noir avec un col qui montant jusqu'à ses oreilles, était attachée avec une broche en argent qui représentait une terrifiante veuve noire. Ses cheveux étaient à présents noirs et attachés en un chignon complexe à faire pâlir l'Evil Queen. Ses yeux ambrés ressortaient grâce à un maquillage très sombre. Ses lèvres délicates étaient aussi noires que les Ténèbres.
- Cet homme m'ennuie, dit Hordor en reposant la dague sur ses genoux et en jetant un coup d'œil à son Dark One qui ne semblait pas très intéressée par les jérémiades de ce paysan qui s'était fait voler ses moutons par des brigands. Donne-lui une leçon.
Il agita la dague mais elle ne bougea pas. Le pauvre paysan se mit à genoux et la supplia de l'épargner en joignant ses mains comme devant le Saint Père. Il avoua qu'il avait une femme et quatre enfants qui avaient besoin de lui. Il ne voulait surtout pas finir comme le Duc, écorché vif. Le souverain avait hurlé tellement fort que sa voix avait résonné dans tout le château et s'était faite entendre jusque dans le village en bas de la colline glaçant le sang de tous les habitants. Puis son corps avait été exposé sur la place du village. Ce n'était pas le Dark One qui lui avait infligé ce châtiment ô combien cruel mais Hordor lui-même. La lame ondulée était si tranchante qu'il n'avait eu aucune peine à lui retirer la couche supérieure de l'épiderme de son bras. Puis il était remonté très lentement jusqu'à l'épaule. Mais au moment où il s'apprêtait à lui ôter la peau de sa joue bien grasse, le cœur de l'ancien seigneur des Basses-Terres avait cessé de battre. Hordor était entré dans une rage folle et l'avait poignardé une quinzaine de fois. Obligée de regarder la scène, Belle avait été écœurée par tant de cruauté. Mais elle ne l'avait pas montré. Elle l'avait même… félicité.
La bague du Dark One s'anima. L'araignée en argent se mut et se dressa sur ses pattes. Sans un mot, Belle lui donna l'ordre d'aller vers le malheureux. Celui-ci se mit à crier en voyant l'insecte courir sur les dalles, les crochets déployés, avant de s'introduire sous son pantalon et de remonter le long de sa jambe. Hordor éclata de rire en le voyant se tortiller et tenter de tuer la bête en donnant de petits coups sur ses cuisses et en hurlant.
Lasse de la situation, Belle fit disparaître le paysan d'un mouvement souple du poignet. L'homme se retrouva dans son parc à moutons. L'araignée redescendit le long de son mollet. Au moment où il voulut l'écraser, l'insecte se transforma en flaque noire qui s'étendit sur plusieurs centimètres. Trois dômes se formèrent et s'étirèrent. Ils s'élevèrent sur quatre pattes et une tête poussa. Soudain, la masse noire disparut et il se retrouva avec trois moutons blancs !
- On va au château défier Sir Hordor ! s'enthousiasma Baelfire, alors qu'ils voyaient la ville d'Hamelin au loin. Il faut qu'on trouve une épée et une armure. On va tous les battre et Mademoiselle Belle va nous aider.
- Bae, s'il te plaît, répondit Rumplestiltskin qui n'en pouvait plus qu'on lui répète sans cesse la tâche presque impossible qu'on lui avait confié. On n'y arrivera pas comme ça. Jamais.
- Mais tu es un héros.
- Je ne le suis pas.
- Tu as promis, rappela Bae en faisant la moue, déçu des propos de son père.
- Bae, dit-il en lui mettant les mains sur les épaules. Bien sûr que j'irai aider Belle. Mais je ne vais pas aller au château sans un plan et me faire tuer avant même d'avoir mis un pied de l'autre côté de la grille.
- On va être en mission !
- En quelque sorte. Comme on ne peut pas affronter les soldats, on va trouver un autre moyen pour atteindre Hordor et lui voler la dague.
- Comment ?
- Un peu de patience. Ne perdons pas de temps. Il nous faut arriver au plus vite à Hamelin pour nous préparer.
- Faut un plan parfait sans accros !
- Tu as tout compris, répondit-il fièrement. Mais ça doit rester un secret entre toi et moi. On ne peut faire confiance à personne.
- Tu peux compter sur moi, dit Baelfire avec un sourire.
Baelfire était tout excité. Enfin son père avait accepté que c'était son devoir d'aller sauver Belle. C'était avec le cœur rempli d'espoir qu'ils pénétrèrent dans la cité médiévale d'Hamelin, très prisée des musiciens et autres artistes de rue. Mais cette ville était également connue pour son marché aux légumes, le plus important de la contrée. C'était d'ailleurs là que les chefs cuisiniers du château du Duc s'approvisionnaient. Toutes ces couleurs et ces odeurs donnaient le tournis. Baelfire et son père se faufilèrent tant bien que mal entre les badauds qui négociaient les bottes de carottes et autres choux. La foule était compacte et les conversations se perdaient dans un bourdonnement incompréhensible.
- Le pays est en guerre ! hurla une vieille femme. Les ogres et les pirates sont à nos portes !
- Ne colporte pas de fausses rumeurs, vieille sorcière, protesta un marchand agacé par la femme qui effrayait ses clients. Fiche le camp ou tu finiras sur le bûcher !
- Morraine ! s'exclama Bae en reconnaissant sa voisine.
- Que faites-vous si loin du village ? demanda la jeune fille qui se trouvait derrière l'étale de sa mère qui servait un client.
- On est venu vendre de la laine, rétorqua Rumplestiltskin sans laisser le temps à son fils de répondre.
La jolie blonde fronça les sourcils en constatant qu'ils n'avaient aucune corbeille ni sac pour transporter la matière transformée. Le regard angoissé du père de son ami lui démontra que quelque chose d'anormal se passait.
- On a déjà tout vendu. C'était une très bonne journée, mentit le tisserand en secouant ses mèches. J'espère que la vôtre vous sera également favorable.
Ils s'éloignèrent sous le regard interloqué de Morraine.
- Pourquoi tu lui as menti ? demanda Bae. Morraine est gentille.
- Il faut se méfier de tout le monde, rappelle-toi. Elle pourrait très bien nous dénoncer à un soldat.
- Jamais elle ne ferait ça ! rétorqua-t-il complètement outré par les propos de son père. Morraine est mon amie et elle va nous aider. Sa mère aussi est gentille. Reste là. Je m'en occupe.
- Bae !
Mais le jeune garçon, beaucoup plus vif, était reparti en direction de l'étale de Morraine et de sa mère, laissant son père dans la plus grande panique. Lorsque Rumplestiltskin retourna au stand de légumes, il vit son fils murmurer quelque chose à l'oreille de son amie. Il acquiesça et repartit vers son père, un large sourire lui traversant le visage.
- Elle va nous aider, annonça Bae. Elles partent après le marché. On va pouvoir voyager avec elles.
- Tu ne lui as rien dit ?
- Ne t'inquiète pas.
- Je ne crois pas que c'est une bonne idée. Il vaut mieux continuer seuls.
- Fais-moi confiance. Et je te promets que personne ne voudra te transformer en chat.
En fin d'après-midi, les deux voyageurs rejoignirent les deux marchandes. Ils les aidèrent à mettre les invendus dans la roulotte et s'installèrent à l'arrière. La mère de Morraine fit claquer les rênes sur la croupe du cheval qui se mit en marche. La roulotte tangua quelque peu et ses occupants durent s'accrocher à des sacs pour ne pas valdinguer.
- Comment allez-vous faire ? demanda Morraine une fois que Bae, après avoir reçu l'approbation de son père, lui expliqua qu'ils se rendaient au château du Duc pour récupérer la dague.
- On va entrer, distraire le Duc et lui voler la dague. Aussi simplement que ça, expliqua Bae.
- Tu ne vas jamais pouvoir entrer, dit-elle en refroidissant l'enthousiasme du jeune garçon. Il y a des gardes et certainement que le Dark One va s'en prendre à toi.
- Non, pas du tout ! répliqua Bae. Je vais appeler Belle et elle va nous dire comment faire.
- Tu peux l'appeler ? s'étonna-t-elle.
- Oui, regarde. Belle. Belle. B…
- Non arrête ! cria Rumplestiltskin.
- Mais pourquoi ? demanda-t-il surpris par la réaction excessive de son père.
- Imagine qu'Hordor lui ait donné l'ordre de nous tuer si on l'appelait.
- Tu crois qu'elle nous tuerait ?
- Si j'ai bien compris comment fonctionne la dague, confia le tisserand, elle ne peut pas résister à un ordre de celui qui a le couteau.
- Moi je crois qu'elle nous aime trop pour nous faire du mal.
- Malheureusement, dit Rumplestiltskin, on ne peut pas en être certain. Ne prenons pas de risque.
- Ton père a raison, intervint Morraine. Il faut trouver une autre solution pour entrer dans le château.
- Je crois que j'ai une idée, dit Rumplestiltskin.
Les deux enfants étaient suspendus à ses lèvres. Le tisserand prit une pomme de terre d'un des sacs et la montra.
- Voici la clé du château.
- Une pomme de terre ? s'étonna Bae. Ah ! J'ai compris ! On va se cacher dans les sacs.
- Tout le monde mange, n'est-ce pas ?
Son fils acquiesça d'un mouvement de la tête.
- Il suffit de mettre quelques gouttes de poison dans un plat et Hordor ne sera plus un problème.
- Tu vas le tuer ? s'inquiéta Bae qui ne voulait pas que son père se transforme en monstre.
- Tous les poisons ne tuent pas. Il aura juste atrocement mal au ventre.
Au château, Hordor était installé en bout de table, son Dark One à ses côtés et ses fidèles conseillers de chaque côté de la longue table en bois massif. Cette dernière était recouverte de mets en tous genres : volailles, poissons, sanglier, fromages, pommes de terre, raisin et dattes ainsi que de polenta. Un garçon de cuisine présenta un plat de cygne rôti au maître des lieux. Ce dernier fit signe à un garçon d'à peine quinze ans de s'approcher. Il prit une fourchette et la planta dans une cuisse. Un morceau de chair se détacha et il la porta à ses lèvres. Tous le regardèrent mâcher dans un silence à vous glacer le sang.
Soudainement, il toussa et recracha une partie de la chair sur le sol. Il se prit le ventre entre les mains et se tortilla comme un pendu. De l'écume se mit à jaillir de sa bouche et ses yeux furent injectés de sang. Il s'écroula au sol et se tordit de douleur dans l'indifférence générale. Il toussa encore deux fois et rendit son dernier souffle.
- Amenez-moi le cuisinier et le personnel de cuisine, ordonna Hordor sans aucun regard au corps qui gisait au sol.
Quelques minutes plus tard, le cuisinier et cinq femmes se retrouvèrent face au tyran, terrifiés par la vue du cadavre sur le sol. Ils n'osaient pas le regarder en face tellement ils appréhendaient la rencontre. Hordor se leva et les regarda à tour de rôle. Il mit son doigt sous le menton d'une femme et la força à lever la tête.
- Je crois que vous êtes responsable des soupes si ma mémoire est bonne, dit-il très calmement.
- Ou… oui, votre Monstruosité, répondit-elle la gorge serrée.
- Quel est votre prénom, ma chère ?
- Miranda, répondit-elle dans une petite voix.
- Alors, Miranda, vous allez me préparer un bouillon de légumes très chaud dans le grand chaudron que nous sortons lorsqu'il y a un banquet. D'ailleurs, je tiens à inviter tous les serviteurs de ce château. Mesdames…
Il les regarda l'une après l'autre, espérant qu'aucune ne défaille.
- Allez lui donner un coup de main. Vous pouvez retourner en cuisine. Ah et encore une chose, dit-il alors que les femmes étaient sur le point de partir. Je veux que le chaudron soit installé dans le donjon.
Personne n'osa commenter ce choix quelque peu surprenant. Elles acquiescèrent et partirent sans demander leur reste.
- Tu sais pourquoi tu es là ? demanda-t-il au cuisinier qui se faisait craquer les doigts pour tenter de maîtriser son angoisse.
- Non, votre Monstruosité.
- As-tu préparé le cygne ?
- Oui, votre Monstruosité.
- Vois-tu, mon goûteur est mort après l'avoir mangé.
- Je… je ne comprends pas.
- Il était empoisonné, triple buse ! hurla-t-il, le visage devenu rouge de colère.
- Personne n'est entré dans la cuisine. Je ne sais pas comment cela a-t-il pu se produire.
- Pourtant, quelqu'un a essayé ! Et tu sais ce que je fais à ceux qui tentent de m'assassiner ?
- Ce n'est pas moi ! Je vous le jure ! Je n'y suis pour rien ! De grâce, épargnez-moi, supplia-t-il en pleurant. J'ai quatre enfants et une femme qui en attend un cinquième.
- Mettez-moi ça au cachot, ordonna froidement Hordor à ses hommes.
Une fois débarrassé du cuisinier, il demanda à deux de ses hommes de jeter le corps du malheureux goûteur dans les douves. Il ordonna ensuite à un autre goûteur de tester tous les plats. Heureusement pour lui, aucune autre nourriture n'avait été empoisonnée.
- Qu'allez-vous faire à cet homme ? demanda Belle qui avait assisté à toute la scène murée dans le silence.
- Je vais lui donner une leçon. Ainsi qu'aux autres qui seraient tentés de l'imiter, expliqua-t-il en plantant son couteau dans un morceau de fromage.
- Cet homme est peut-être innocent, ajouta Belle. Il faut investiguer pour démasquer le vrai coupable.
Elle espérait le convaincre d'épargner la vie du cuisinier. Car depuis qu'elle était dans ce monde, elle avait assisté à un nombre incalculable de situations où un innocent avait été condamné, ce qui était contre ses valeurs.
- Souhaitez-vous que je m'en charge ? proposa-t-elle.
- Non, non. Ne perds pas ton temps avec ce genre de distractions.
- Distraction ? Mais votre Monstruosité, la vie d'un homme est en jeu, rappela-t-elle.
- La peur est une forme de pouvoir très puissant, dit-il en sortant la dague de son fourreau. J'aime voir la peur dans le regard des hommes et les voir se plier devant celui qui détient le pouvoir.
- N'avez-vous pas peur d'une révolte devant tant d'injustices ?
- Non, car tu es à mes côtés, Dark One.
Quelques heures plus tard, tous les serviteurs furent invités au donjon pour déguster le bouillon qui frémissait dans le chaudron géant. Les interrogations sur le met et sur sa signification allaient bon train. Beaucoup se demandaient pourquoi le chaudron avait été placé dans cet endroit si inhospitalier. La plupart n'y avait jamais mis les pieds et entendre les supplications des prisonniers qui passaient leurs mains décharnées par les barreaux les effrayaient. Quand Hordor, le nouveau Duc, fit son entrée suivi de Belle un mètre derrière, tous firent une révérence respectueuse.
- Mes très chers sujets, bienvenue au repas célébrant votre dévotion à ma personne, annonça-t-il avec son sourire carnassier qui jeta un froid dans l'assemblée. J'ai demandé à… quel est votre nom déjà ?
- Miranda, répondit timidement la responsable des soupes.
- A Miranda de nous préparer un bouillon de légumes. J'aimerai que tous vous preniez conscience de la chance que vous avez de vivre et de travailler dans ce château. Vous êtes en sécurité, protégés par de vaillants soldats, par le Dark One et surtout par moi-même. Vous êtes nourris à votre faim, vous avez des habits chauds et un lit. Pensez un peu aux pauvres qui vivent dans les campagnes. Les ogres, les pirates et les bandits ne sont jamais très loin. L'hiver a été rude et le printemps n'a pas encore commencé, ni apporté de nouveaux légumes. Vous êtes des serviteurs du pouvoir qui vous protège et pour me remercier de ma générosité, vous devez m'obéir. Vous êtes tous d'accord ?
Les servantes, les écuyers, les palefreniers, les cuisinières et toutes les autres petites mains au service du Duc acquiescèrent.
- Mais il se pourrait, poursuivit Hordor en s'approchant du chaudron, que l'un de vous ne veuille pas obéir. Peut-être serrait-il assez fou pour vouloir me tuer.
Il fit quelque pas vers un jeune palefrenier et planta son regard dans le sien.
- Avez-vous pensé, ne serait-ce qu'une seule fois, à vouloir ma mort ?
- N… Non. Ja… Jamais… votre Monstruosité, articula-t-il avec difficulté.
- Bien, très bien, dit Hordor en lui frappant l'épaule à deux reprises. Mais si vous y pensez, regardez bien ce qui va suivre.
Sur le balcon qui surplomba le chaudron, deux soldats apparurent avec le cuisinier qui avait les mains attachées et la tête couverte par un sac noir. Il ne cessait de répéter qu'il était innocent, mais ses mots se noyèrent dans l'indifférence générale. Un des hommes d'Hordor lui passa une grosse corde autour de la taille. Cette dernière passait dans une poulie et les deux soldats attrapèrent l'autre extrémité, prêt à le hisser. Belle comprit immédiatement ce qui allait se produire et rejoignit le tyran en deux enjambées.
- Par pitié votre Monstruosité, dit-elle à voix basse. Nous ne savons toujours pas s'il est coupable.
- Le Dark One a raison! dit Hordor à voix haute après une très court réflexion. Saviez-vous qu'aujourd'hui quelqu'un a tenté de m'empoisonner ? Logiquement, j'en ai déduit que le coupable était le cuisinier qui avait préparé le plat contenant le poison. Mais le Dark One me dit que c'est peut-être quelqu'un autre et je dois bien admettre qu'elle a peut-être raison. Alors qui est-ce ? Qui a voulu me tuer ? Si la personne se désigne, je l'épargnerai et le cuisinier ne mourra pas.
Ses yeux de glace tétanisèrent toute l'assemblée. La plupart baissèrent la tête. Comme il n'obtenait aucune réponse, Hordor demanda à l'un de ses hommes d'ôter le sac de la tête du malheureux.
- Regardez tous ce qui va se passer.
Très lentement, ses serviteurs levèrent le regard en direction du balcon. Quand le cuisinier vit le chaudron bouillonner juste sous ses pieds, il implora tous les dieux de l'épargner.
- Mon cher, vous êtes condamné à mort pour avoir tenté de m'assassiner.
Belle aurait tant voulu le sauver. Mais si elle le faisait, Hordor aurait sans doute massacré toutes les autres personnes présentes. Les hurlements de l'homme qui pénétrait dans le liquide brûlant étaient insoutenables. La bibliothécaire de Storybrooke n'avait qu'une seule envie, disparaître. Mais elle ne pouvait pas. Elle sentait qu'une force magique la retenait. Ce salopard d'Hordor voulait s'assurer qu'elle assiste au spectacle jusqu'à la fin pour qu'à son tour elle ne soit pas tentée de le tuer.
- Maintenant, prenez tous un bol et mangez cette délicieuse soupe de viande, annonça-t-il. Et je rappelle que personne ne sortira de ce donjon sans avoir fini sa pitance.
Une fois dans sa chambre, Belle prit son pot de chambre et vomit. Elle se rafraîchit le visage et s'allongea sur son lit, secouée par ce qu'elle avait vu. Jamais elle n'aurait pensé qu'une personne puisse être aussi cruelle qu'Hordor. Une larme coula silencieusement sur sa joue. Cet homme était mort pour rien et elle n'avait rien fait pour l'aider alors qu'elle aurait pu. Avec beaucoup de volonté, elle aurait pu résister à la dague. Elle le savait.
- Parfois, il vaut mieux sacrifier une personne pour en sauver des dizaines d'autres.
Elle se redressa d'un bon en reconnaissant la voix. C'était celle de son guide qui était confortablement assis dans le fauteuil où elle lisait devant la cheminée. Un sourire naquit aux coins de ses lèvres. Elle n'avait jamais été aussi heureuse de le revoir.
- Dis-moi comment changer l'histoire, demanda-t-elle à voix basse pour que personne n'entende.
- Reprends la dague et tu pourras faire tout ce que tu veux, répondit-il de sa voix aiguë. Même te venger de ce monstre.
- Je ne peux pas la prendre.
- Débrouille-toi, dit-il avant de disparaître.
Elle se recoucha sur son lit pour reposer son corps. Elle n'avait certes pas besoin de dormir en tant que Dark One, mais son corps, lui, devait se reposer de temps à autre. Comme elle n'accordait aucune confiance en Hordor, elle s'interdisait de s'endormir de peur qu'il la poignarde dans son sommeil. Malheureusement, elle sentait que l'épuisement la gagnait d'heure en heure.
- Rumple, s'il te plaît. Dépêche-toi, murmura-t-elle en direction de la fenêtre entrouverte.
J'espère que ce nouveau chapitre vous a plu :) N'hésitez pas à me laisser un petit commentaire :)
Dans le prochain chapitre, nous allons retrouver un autre personnage de Once qu'on connaît bien: Killian Jones!
