Hello les Oncers!
Merci à tous ceux qui ont lu les derniers chapitres même sans avoir laissez de commentaire. Voici donc la dernière ligne droite avec ce chapitre qui clôt l'aventure de Belle. Le chapitre suivant sera quant à lui plus un épilogue qu'un chapitre qui vous expliquera si cette aventure était un rêve, un AU, un sort, etc. J'espère que la fin vous surprendra! En attendant, retrouvons Rumplestiltskin dans les couloirs sombres du château à la recherche de la dague alors que Belle, alertée malencontreusement par Bae, est à ses trousses car elle a reçu l'ordre de tuer tous ceux qui veulent s'emparer de l'artefact. Comment va se passer leur face-à-face? Comment va réagir Hordor à son réveil? Vous saurez tout en vous embarquant pour un dernier tour!
Ce chapitre a un rating T. M si vous êtes vraiment très sensible.
Un grand merci à ma bêta Valou qui a fait un travail formidable.
Bonne lecture!


Chapitre 12

Après avoir traversé un énième couloir lugubre, Rumplestiltskin posa sa main tremblante et moite sur la poignée de la porte au fond du couloir de l'aile Ouest du château. Les nouvelles armoiries du Duc étaient apposées à hauteur d'yeux, comme un dernier avertissement pour quiconque voudrait pénétrer ce lieu. Lui qui avait toujours eu peur des araignées, dut se pincer les lèvres et refouler sa crainte qui le prenait aux tripes.

Le tisserand était plongé dans le silence et l'obscurité. La seule lumière qui lui parvenait émanait de la torche contre le mur à quelques mètres. Sa respiration était saccadée et bruyante. Son cœur tapait dans sa cage thoracique et projetait son sang à vive allure dans ses veines. Ses tempes le faisaient souffrir de plus en plus. Il jeta un coup d'œil au fond du couloir afin de s'assurer qu'aucun garde n'approchait. Il pensa aussi que c'était la seule direction à prendre pour fuir. Sa lâcheté lui criait de s'en aller, de fuir le danger, qu'il ne valait pas la peine de risquer sa vie pour une simple dague.

- Rumple, tout ce que tu sais faire, c'est fuir, se moqua la voix de Milah dans son esprit. Cours te cacher dans ton trou.

- Tu n'es qu'un lâche et un trouillard, lui siffla une autre voix.

- Le courage n'a jamais été une de tes qualités, ajouta une autre voix.

- Crois-tu vraiment que Belle va t'aimer en retour si tu arrives à prendre cette dague ? Ne vois-tu pas qu'elle se sert de toi, faible d'esprit ? continue une voix féminine.

- Le Duc va te découper en morceaux dès qu'il sera réveillé ! annonça une voix masculine.

- Tu veux que Baelfire soit orphelin ? accusa Milah.

Il ferma lentement ses paupières et rassembla son courage, faisant le vide dans son esprit en chassant ses pensées. Il se convainquit qu'il pouvait le faire. Il devait refermer la boîte invisible qui contenait ses peurs les plus profondes. D'un seul coup sans réfléchir, il appuya sur la poignée en fer forgé et ouvrit la porte dans un grincement à vous hérisser tous les poils du dos.

Son regard parcourut rapidement la pièce, plutôt spacieuse, qui servait de chambre au Duc. Deux fenêtres aux vitraux jaunâtres, une cheminée en pierre où crépitait un feu sur le point de s'éteindre, une armoire en bois massif sombre et un très grand lit agrémentait l'endroit. Un imposant fauteuil en cuir lui faisait face comme si un fantôme l'accueillait dans cette pièce. Contre le mur se trouvait un tableau représentant le seigneur sur son fidèle destrier noir entrain de planter une lance dans le cœur d'un ogre qui paraissait démesurément grand. Tout le long du mur était accrochées différentes lances, hallebardes et épées, entourant des têtes de cerfs et de sangliers. Pourquoi donc le Duc avait-il besoin d'autant d'armes dans sa chambre ? Était-ce pour se défendre en cas d'intrusion ou pour torturer les jeunes filles censées le rendre joyeux ? Rumplestiltskin fut parcouru d'un nouveau frisson.

Hordor était allongé sur le dos au milieu de son grand lit aux draps rouges sang froissés. Il avait retiré ses bottes, délivrant ainsi ses pieds potelés de leur prison mal odorante. Il avait ôté sa cuirasse nauséabonde et défait les lacets de sa chemise crasseuse, laissant apparaître sa toison bouclée. Il ronflait avec la bouche grande ouverte, sa luette se balançant de droite à gauche tel le balancier d'une horloge comtoise. Son ventre bien rempli de chair de sanglier et d'artichauts se gonflait et se dégonflait en rythme. Le son était tellement fort que s'il avait été dans une maisonnette en bois, les murs auraient tremblés et la vaisselle serait tombée du dressoir.

Rumplestiltskin s'appuya sur son bâton et s'approcha du lit aussi discrètement qu'un chat. A chaque pas, il fit une pause, s'assurant de ne pas avoir réveillé le maître des lieux. Lorsque sa jambe toucha le matelas en crin de cheval, il se pencha légèrement en avant et avança prudemment sa main du coussin.

- Que fais-tu ? demanda une voix féminine très ferme qui le fit sursauter.

Il se retourna et jeta un coup d'œil en direction de la cheminée où il découvrit Belle dans son effrayant costume noir. Elle lui donnait l'impression d'être sortie de la cendre, tel un monstre hantant les nuits des enfants. Elle le fixait de ses yeux ambrés et les ombres projetées par les petites flammes lui donnaient une allure encore plus monstrueuse. N'étant pas habitué à la voir ainsi, il ne put s'empêcher de faire un pas en arrière et de s'agripper à son bâton. La peur commençait à le paralyser, son estomac se nouait douloureusement et sa gorge se serrait.

- Belle…

- Dark One, corrigea-t-elle, toujours aussi fermement.

- Voyons… je suis là… pour te sauver, bégaya-t-il en tremblotant.

Elle émit un petit rire qui lui fit très peur. Il sentait ses jambes qui faiblissaient et son instinct de survie lui criait de s'enfuir immédiatement.

- Pour me sauver ? ricana-t-elle. Tu ne l'as pas fait quand tu en avais l'occasion. Pourquoi le ferais-tu maintenant ?

- Parce que je suis un lâche, avoua-t-il. Il a fallu que Bae m'ouvre les yeux. Belle, je croyais que personne ne pouvait m'aimer et je n'ai pas su écouter mon cœur. J'ai fait tout ce chemin pour toi. Pour t'exprimer combien je t'aime.

Encore une fois, elle partit dans un fou rire qui ne lui ressemblait pas. C'était un rire démoniaque. Elle trouvait le tisserand passablement pathétique.

- L'amour est une faiblesse, dearie.

- Belle, je t'en prie, supplia-t-il. Je sais que tu es juste là derrière le monstre. Je sais aussi que tu es plus forte que lui.

Sans prévenir, elle disparut et réapparut à seulement quelques centimètres de lui, le faisant trébucher.

- Tu es faible, dit le Dark One en retroussant sa lèvre supérieure. Comme elle.

- Belle, bats-toi ! ordonna le tisserand qui se releva à l'aide de son manche à balai lui servant de canne.

Il se rua vers le lit où il était certain que la dague se trouvait avant qu'elle ne le tue. Mais soudainement, ses pieds ne touchaient plus le sol ! Il avait l'impression de nager dans les airs. Mais avant de se demander s'il appréciait ou non de voler, il prit de la vitesse et s'écrasa sur le sol en roulant vers la cheminée, heurtant sa tête plusieurs fois contre la pierre.

- Belle… marmonna-t-il encore sonné. Je t'aime de tout mon cœur.

Il porta sa main à sa tempe et vit que son index et son majeur étaient tachés de sang. Il se releva tant bien que mal en s'appuyant sur le fauteuil. Belle avança sa main et le saisit à la gorge avec sa magie. Il gigota et tenta de se défaire de son étreinte mais il sentait une force invisible se resserrer petit à petit sur lui et le soulever. Il posa son regard implorant sur la créature maléfique qui lui faisait face.

- Belle… souffla-t-il péniblement. Souviens-toi…

De rage, elle le fit valdinguer en poussant un grognement. Puis, elle se prit la tête entre les mains, resserrant ses doigts sur ses cheveux, comme prise de folie. Ce n'était pas pour lui faire mal qu'elle l'avait expédié à l'autre bout de la pièce. C'était pour le libérer de l'emprise du Dark One. Belle avait réussi à reprendre un peu le dessus sur l'entité qui l'habitait. Mais la princesse d'Avonlea sentait que le Dark One était plus puissant et plus fort qu'elle. Elle ne pouvait le vaincre. Le combat semblait être inégal. Les vitraux jaunâtres volèrent en éclats. Un vent glacial tourbillonnant projeta les morceaux de verre dans toute la pièce, éteignant le feu et faisant voler les tentures. La grande hallebarde se décrocha de son support et alla se ficher dans le cœur d'Hordor au centre de la peinture. Le feu reprit vie d'un seul coup comme si un dragon avait soufflé dessus.

Sans prendre le temps de comprendre ce qui se passait, le tisserand fit un pas en direction du lit. Mais ses pieds furent retenus par une force magique et il tomba à plat ventre sur la descente de lit tissée avant qu'un nouveau vol l'envoya pulvériser l'armoire dans un tintamarre. Il resta un instant au sol immobile à reprendre son souffle. Rarement, il n'avait eu aussi peur. Sa main lui cachait le visage, comme quand il était enfant. Ce geste lui remémora le douloureux souvenir de son père quand ce dernier se faisait houspiller par ceux à qui il devait de l'argent ou qu'il avait détroussé à l'aide de son jeu favori : suivez la dame.

Il vit de petites gouttes de sang couler le long de son nez et tomber sur le sol en pierre. Un désagréable goût de fer dans la bouche lui rappela que le Dark One n'allait pas l'épargner. Savoir qu'il allait sans doute mourir dans ce château, loin de son fils, le terrifia. Les bottes du Dark One s'approchaient rapidement de lui. S'il ne réagissait pas immédiatement, il rendrait son dernier souffle sous peu. Il s'empara courageusement de son bâton et se mit rapidement sur ses pieds, ignorant la douleur qui lacérait son corps. Il se leva si rapidement qu'il fut pris de tournis.

Rumplestiltskin attrapa le Dark One qui fondait sur lui par sa cape et colla ses lèvres contre les siennes, la prenant au dépourvu. Elle posa ses mains contre son épaule et le poussa mais il serra sa main qui était dans son dos de toutes ses forces pour la garder près de lui. Craignant pour sa vie, le tisserand garda les yeux fermés et se remémora ces moments de bonheur dans sa maisonnette, quand ils papotaient près du feu ou quand elle dormait à ses côté sous sa couverture en peau de mouton. Il se souvenait de son magnifique sourire chaleureux et du bleu de ses yeux qui l'avaient faits rêver. Il sentait une douce chaleur l'envahir. Pour un instant, il n'était plus dans cette pièce glaciale à tenter de s'emparer d'une maudite dague. Non, il ne pensait qu'au bonheur qu'il avait touché du doigt pendant quelques jours et qu'il avait désespérément repoussé. Ce bonheur, il le désirait, plus que tout au monde. Il ne souhaitait plus être seul et mal aimé. Il ne voulait plus être aigri et peureux. Il voulait également que son fils vive avec une maman. Ses pensées l'émurent tellement, qu'une larme coula le long de sa joue.

Quand leurs lèvres se séparèrent, ils se fixèrent, haletants. Les yeux humides de Rumplestiltskin se posèrent sur le Dark One aux yeux ambrés. Il constata que son baiser d'amour véritable avait malheureusement été inefficace. Pourtant, il lui avait offert tout son amour. Jamais il n'avait embrassé une femme avec autant de passion. Il eut un petit pincement au cœur en voyant que le monstre était toujours là. Celui-ci n'avait même pas tremblé. Mais alors qu'il pensait qu'elle allait lui briser le cou en réalisant ce qu'il avait tenté de faire, elle le lâcha. Il saisit cette occasion pour se ruer en direction du lit et mit sa main sous l'oreiller. Il y avait quelque chose de dur. Il resserra ses doigts autour du manche et sortit l'objet.

Il tenait dans ses mains la fameuse dague du Dark One, forgée des siècles plus tôt pour contrôler l'entité maléfique. Il détenait à présent le pouvoir du Mal absolu. Le feu de cheminée donnait un aspect encore plus mystérieux et plus terrifiant à l'artefact gravé. Dans le coin de la pièce, le guide du Dark One la regardait avec grande attention. Il n'attendait qu'une seule chose : qu'elle récupère la dague afin de mettre un terme à cette période de soumission.

- Vas-tu le tuer ? demanda-t-elle en regardant Hordor toujours endormi.

- Non, je ne suis pas un assassin, répondit le tisserand, hypnotisé par les courbes de la lame.

- Veux-tu que je le fasse ?

- Non, ne le tue pas.

- Il a tué des enfants et voulait te prendre le tien, rappela-t-elle. Il a assassiné presque tous les habitants de ton village. Il a brûlé ta maison. Il a brûlé ton rouet. Tu as tout perdu.

- J'ai toujours Bae et je t'ai toi, répondit-il calmement en la regardant, brandissant la dague dans sa direction comme pour vouloir l'arrêter. Je ne veux pas que tu aies du sang sur les mains.

- J'en ai déjà. Laisse-moi le tuer.

- Non, Belle. Je ne veux pas. C'est un ordre.

- Bien, maître.

A ses mots, le tisserand se rendit compte du pouvoir de la dague. Il l'observa encore un instant en silence. Les lettres composant le nom de l'hôte étaient gravées dans une écriture gothique aussi belle que terrifiante.

- Rends-moi la dague et je te protégerai, proposa-t-elle.

Il avança sa main dans sa direction mais n'alla pas jusqu'au bout de son geste. Donner la dague, c'était libérer le monstre. Ce dernier avait apparemment pris le dessus sur Belle et maintenant que la dague avait changé de main, elle jouait sur ses sentiments. Elle voulait peut-être le protéger, mais le Dark One avait probablement d'autres desseins. Il était comme le chat jouant avec une souris. Le tisserand n'était pas prêt à prendre le moindre risque.

- Je le savais, dit-elle en le regardant depuis où elle était. Je te connais si bien et je vois que tu ne changeras jamais. Que tu sois un paysan, le Dark One ou un antiquaire. Ce que tu aimes plus que tout au monde, c'est le pouvoir.

Rumplestiltskin fronça les sourcils. Il ne comprenait pas ce qu'elle racontait. Il n'avait jamais été Dark One et ne le deviendrait jamais. Comment pourrait-il froidement assassiner Belle ? Et qu'était-ce donc qu'un antiquaire ?

- Tu as toujours voulu avoir du pouvoir et maintenant que tu l'as entre les mains, tu ne veux plus redevenir le pauvre tisserand méprisé par ses congénères. Jamais tu ne choisiras l'amour.

- Mes sentiments pour toi sont sincères, dit-il en mettant sa main sur son cœur. Je te le jure.

- Baliverne, répondit-elle en croisant les bras.

- Tout ce que je veux, c'est protéger mon fils, confia-t-il les yeux humides et brillants, éclairés par la cheminée. Et pour ça, j'ai besoin de ton aide.

- Je te promets de le protéger, jura Belle.

- Allons-nous en, dit-il en cachant la dague sous sa cape. Le poison va bientôt cesser de faire effet.

- Veux-tu que je nous téléporte hors du château ?

- Non, car toute magie à un prix, rétorqua-t-il. Prenons les escaliers.

Ils sortirent sous le regard étonné des gardes. Belle donna l'ordre à l'un d'eux de relever la grille car elle devait se débarrasser de ce vermisseau. Personne ne contesta et ils traversèrent le pont levis. Depuis la forêt, Bae avait tout observé. Il avait un large sourire et n'en croyait pas ses yeux. Son père qui avait tant douté, avait réussi à s'emparer de la dague sans se faire prendre. A cette distance, il ne pouvait voir s'il allait bien ou s'il était blessé. Mais les voir avancer côte à côte dans sa direction le remplissait de joie. Belle était près de lui et semblait le soutenir dans la nuit. Mais alors qu'ils pensaient être sains et saufs, Baelfire vit que quelqu'un, fou de rage, s'activait sur les remparts, frappant un garde pour lui prendre quelque chose.

- Papa !

- Ne crie pas si fort, murmura Morraine. Si ça tourne mal, personne ne doit nous trouver, sinon ils nous tuerons.

L'homme entre deux créneaux sortit une arbalète et se mit en position de tir. Baelfire se leva et s'extirpa de sa cachette sans que sa voisine ne puisse le retenir. Rumplestiltskin vit l'adolescent au loin sortir des fourrés sombres et se demanda pourquoi il courait ainsi, l'air affolé en faisant de grands gestes. Une flèche partit à vive allure fendant l'air humide et atteignant le tisserand entre les omoplates. La violence du choc le fit basculer en avant. Il s'écroula dans la boue sous les cris de Baelfire et l'impuissance de Belle. Folle de rage, cette dernière se retourna et vit Hordor, le sourire aux lèvres avec son arbalète levée vers la nuit. Elle créa une boule de feu mais elle sentit une force qui la retenait. Elle ne pouvait ni aller en direction du château, ni lancer sa boule de feu ou se téléporter sur le rempart. La dague l'entravait à cause de l'ordre que Rumplestiltskin lui avait donné quelques minutes plus tôt. Sa haine fit place à de la panique. Elle tomba à genou et retourna le tisserand qui sifflait de douleur. La flèche l'avait traversé de part en part. Du sang coulait de la pointe en fer qui sortait d'une quinzaine de centimètres de sa poitrine.

- Belle…murmura-t-il en levant la main pour lui caresser les cheveux.

- Garde tes forces, susurra-t-elle en sentant les larmes lui monter aux yeux.

Elle passa sa main au-dessus de sa poitrine et fit disparaître la flèche. Baelfire les rejoignit et glissa dans la boue jusque vers eux.

- Papa ! cria-t-il en lui attrapant la cape. Ne me laisse pas ! Faut que tu te lèves et qu'on aille se cacher dans la forêt. Les soldats vont sortir du château et nous pendre !

- J.. je ne peux… pas.

Pendant que Bae et son père échangeaient des mots d'amour réconfortants dans les bras l'un de l'autre comme un dernier adieu, Belle tentait de maîtriser ses sentiments et de contrôler sa magie. Elle devait faire le vide et essayer quelque chose sinon le poumon de celui qui était son mari à Storybrooke allait se remplir de sang et il mourrait d'hémorragie.

- Je suis surpris de voir qu'après tooooout ce que tu as vécu, tu es incapable de maîtriser tes pouvoirs, dit son guide qui marchait en cercle autour d'eux.

- Au lieu de te moquer, tu ferais mieux de m'aider, siffla-t-elle entre ses dents.

Il avait l'art de l'agacer quand elle essayait de se calmer et de se concentrer ! Mais son but était sans doute toujours le même : que Rumplestiltskin meurt afin qu'elle sombre totalement dans les Ténèbres et sème le chaos.

Soudain, une flèche se planta dans la terre à quelques centimètres de Baelfire. Belle vit qu'Hordor avait décidé de les tuer. La grille se leva et des gardes armés accouraient dans leur direction. Sans prévenir, elle créa un nuage de fumée rouge autour d'eux et les téléporta plus loin dans la forêt, là où naquit le nouveau Dark One. La forêt était toujours aussi effrayante avec ses arbres noirs tordus et leurs branches qui semblaient vouloir vous attraper afin de vous dévorer. La lune était haute dans le ciel et leur procurait assez de lumière pour se voir.

Baelfire sortit la perce-neige de sa cape et la posa sur l'épaule de son père qui avait de plus en plus de mal à respirer.

- Il ne va rien t'arriver, confia-t-il en reniflant. La perce-neige va te sauver.

- Bae… murmura le tisserand avec peine et en lui tendant la dague. Je te la confie.

- Non papa, répondit le jeune garçon qui avait les yeux noyés de larmes. Tu ne vas pas mourir. Tu ne peux pas mourir.

- Seul… seul un héros au cœur… cœur pur peut posséder la dague.

- C'est toi ! Tout le monde l'a dit ! Papa, accroche-toi. Belle va te sauver.

- Il me faut la dague, dit Belle en les regardant tour à tour. S'il vous plaît, faites-moi confiance.

Rumplestiltskin hésita mais Baelfire la lui prit des mains et la donna à Belle qui resta figée quelques secondes. Lui faisait-il vraiment confiance ? Elle secoua la tête. Elle n'avait pas le temps de penser à ce genre de chose. Elle passa la lame au-dessus de sa blessure en faisant des gestes circulaires et en murmurant une incantation. Une lumière bleutée apparut et les aveugla pendant quelques secondes. Puis, le saignement s'interrompit. Sa respiration redevint normale et la douleur s'envola. Il ouvrit sa chemise en baissant le menton et constata que son torse n'avait aucune cicatrice. Il se redressa sur le coude et regarda Belle qui tenait la dague.

- Merci… merci pour tout, dit-il avec émotion. Je crois que... que tu m'as sauvé la vie pour la quatrième fois.

Sans un mot, elle lui sauta au cou et le serra fortement dans ses bras, plantant son nez au creux de son épaule, là où elle n'avait jamais peur. Une de ses mains lui caressa les cheveux derrière la nuque avec douceur. Le tisserand mit ses mains autour de sa taille et plongea à son tour son nez dans ses longs cheveux. Il remonta sa main droite le long de son dos pour la mettre sur son épaule.

- Je suis désolée, murmura-t-elle.

- Ce n'est pas ta faute, répondit-il à voix basse. C'était le Dark One.

A ses mots, Belle leva le regard et vit que son guide l'observait, assis sur un rocher, les genoux repliés contre son corps. Il avait l'air grave et semblait attendre quelque chose. C'est là qu'elle réalisa que la dague se trouvait dans sa main droite. Il sourit. Mais pas d'un sourire sincère. D'un sourire machiavélique. De peur, elle se détacha des bras du tisserand, lui saisit le poignet et lui mit le poignard entre les mains.

- Mais… Mais que tu fais ? demanda-t-il complètement déboussolé par sa réaction.

- Garde la dague, dit-elle soudainement affolée.

- Tu es plus bête que je ne le croyais ! s'insurgea son guide qui se leva d'un bond. Tu offres ta liberté à ce misérable…

- Seul un cœur pur peut posséder la dague, interrompit-elle en refermant les phalanges de Rumplestiltskin sur le manche noir décoré d'un joyeux rouge sang. C'est toi qui dois la garder.

- Reprends ta liberté ! ordonna son guide qui se mettait dans un tel état de rage que s'il avait été réel, il l'aurait tuée de ses propres mains et lui aurait arraché les veines avec les dents.

Elle se redressa et tendit sa main au tisserand qui l'accepta, se relevant sans mal.

- Je vais vous mettre à l'abri, loin, très loin d'ici. Et pendant ce temps, je te vengerai.

- Non, répondit Rumplestiltskin plus sèchement qu'il ne l'aurait voulu. Si tu le tues, tu seras perdue à jamais et je ne le souhaite pas. Aussi, si le Duc est assassiné par le Dark One, tu seras pourchassée où que tu ailles.

- Alors que veux-tu ? demanda-t-elle en posant ses mains sur ses hanches.

- Que tu le mettes hors d'état de nuire. J'aimerai que le peuple ne vive plus dans la peur.

- Entendu, accorda-t-elle.

- Et que tu reviennes vivre avec nous, demanda Baelfire. Tu étais pas mal comme maman.

Elle lui sourit et l'ébouriffa.

- Je reviendrai quand les perce-neiges fleuriront, promit-elle. Tu me verras arriver au bout du chemin.

Ils s'embrassèrent une dernière fois avant cette nouvelle séparation. Le tisserand ne put s'empêcher de verser une petite larme après toutes ces émotions. Belle s'éloigna de quelques pas et les enveloppa d'une épaisse fumée rouge qui tournoyait sur elle-même. La voir disparaître dans cette brume rouge lui fit plus mal que la flèche qui avait traversé sa poitrine. Quelques secondes plus tard, elle se retrouva seule dans cette terrifiante forêt où un loup hurlait au loin. Elle soupira lourdement avant de relever la tête et de se couvrir de sa lourde cape noire. Son regard s'assombrit lorsqu'elle pensa à la mission qui l'attendait.

- A nous deux, Hordor.


Belle ne s'était pas battue avec Hordor. Même si elle rêvait de le tuer, elle respecta sa promesse. Elle avait décidé de lui rendre la monnaie de sa pièce en utilisant sa tactique : jouer sur ses peurs. Intérieurement, elle se jura que c'était la dernière fois qu'elle cédait une petite partie de son âme aux Ténèbres. Pour ce faire, elle l'enferma dans une cage légèrement surélevée au milieu de la cour du château sous le regard dubitatif de ses gardes. Sous cette dernière se trouvait de la paille bien sèche et des bûchettes.

- Je savais que tu aimais les cages, sale coureuse de remparts.

Sans un mot, elle alluma un feu sous la cage en fer. La fumée fit place à de petites flammes qui prirent de l'ampleur. La paille se consuma et bouta le feu aux bûchettes chauffant lentement mais sûrement le sol de la cage. Celle-ci chauffa si fort après seulement quelques minutes que le métal devint blanc et le prisonnier s'agrippa aux barreaux qui devenaient de plus en plus chauds.

- C'est tout ce que tu sais faire ? lui lança-t-il.

- Regarde en haut, tes copines à huit pattes t'attendent.

Le haut de la cage s'anima et des centaines de petites araignées s'agitèrent et se ruèrent sur lui. Il poussa un cri et tomba sur le sol bouillant, poussant un hurlement de douleur. Il gigota, faisant de son mieux pour tuer ces sales bestioles.

- La veuve noire, dit-elle en tournant autour de sa cage, est une des araignées les plus venimeuses. Une seule morsure suffit pour venir à bout de n'importe quel homme en très peu de temps et dans d'atroces souffrances. Je te laisse imaginer ce qu'elles te réservent. Quand on dit d'une femme qu'elle est une veuve noire, c'est que son but est de se débarrasser de son mari pour récupérer son héritage. Je trouvais étonnant que tu aies choisi cet animal pour me décrire après notre brève rencontre. Mais maintenant tout est clair. Je vais te prendre ce que tu as de plus cher : ton royaume.

- Garce ! cracha-t-il. Vas brûler en Enfer !

Elle ricana comme le Dark One le faisait habituellement.

- Regarde tes bras. Elles se sont infiltrées sous ta manche.

Belle le regarda se débattre avec… son imagination. Hordor était tellement apeuré qu'il ne s'était pas rendu compte qu'elle jouait avec ses craintes.

- As-tu vu les serpents contre les barreaux ? demanda-t-elle impassiblement.

Des serpents à la peau corail s'enroulèrent autour de ses jambes, le faisant trébucher. Il en prit un à deux mains et tenta de lui arracher la tête mais la tâche était plus compliquée que ce qu'il pensait. Il roula sur lui-même, ne sentant même plus la douleur que la chaleur lui infligeait.

- C'est très malin de te servir de ses peurs, commenta son guide qui l'avait rejointe pour assister au spectacle.

Il avait l'air de bien s'amuser comme Jules César pendant les Jeux du Cirque.

- Mais dis-moi, comment as-tu fait pour lire dans son esprit ? demanda-t-il très intrigué par sa performance.

- Je n'ai pas eu à le faire et je n'ai pas ce pouvoir, répondit-elle en voyant le Duc déchu se frapper contre les barreaux. Il suffit de poser les bonnes questions quand il est saoul.

- Tu es vraiment la Dark One la plus perspicace et la plus maline ! souligna-t-il en lui tirant son chapeau invisible. C'est admirable.

Hordor était à présent à quatre pattes et lui lançait un regard noir. Ses cheveux collaient à sa peau couverte de sueur et de sang. Il cracha sur le sol et empoigna les barreaux à deux mains pour se redresser. Avait-il compris qu'il n'y avait jamais eu d'araignées ni de serpents dans sa cage ? Avait-il réalisé que le petit feu qu'elle avait allumé ne pouvait pas blanchir le fer ?

- Où est ta dague ? demanda-t-il en s'essuyant la salive qui coulait de sa bouche. Ah je devine : tu l'as laissée à ce misérable gueux. Sache que dès que je le retrouverai, je l'écorcherai vif devant toi et ferai manger ses couilles à son pouilleux de fils ! Et s'il ne meurt pas, je le ferai dévorer par les chiens.

- Savez-vous que ce misérable gueux comme vous dites, m'a ordonné de ne pas vous tuer malgré tout ce que vous lui avez fait ? lui confia-t-elle en lui tournant autour.

- Il a peur de se servir de tes pouvoirs, cracha-t-il. Il est faible.

- Non, il l'a fait par amour. Savez-vous que l'amour est la plus puissante forme de magie ?

- Tu vas me faire un bisou pour que je sois tout gentil ? ajouta-t-il ironiquement, les lèvres en forme de bec de canard.

Ne voulant pas entrer dans son jeu, ni faire plaisir aux Ténèbres qui lui hurlaient de le massacrer, elle s'éloigna de quelques pas, les mains dans le dos.

- Cependant, continua-t-elle, d'autres personnes n'ont pas sa bonté d'âme. Certains sont habités par un désir de vengeance tellement puissant qu'il les ronge de l'intérieur.

- Personne n'ose me souhaiter la mort, répliqua-t-il. Ils savent que je les tuerai tous !

- Nous verrons bien, dit-elle en s'éloignant encore un peu plus.

Les serviteurs du château entrèrent dans la cour formant un cercle et s'approchant pas à pas de leur souverain, prisonnier de sa cage. Leurs visages étaient impassibles, tels des mercenaires prêts à accomplir leur terrible mission.

- Que faites-vous misérables ? demanda-t-il en tournant sur lui-même, visiblement inquiet. Retournez à vos postes ! Retournez-y immédiatement où je vous vire à coups de pieds dans le séant !

Mais ses mots n'eurent aucun effet. Ses serviteurs se rapprochèrent encore de quelques pas dans une chorégraphie millimétrée. Miranda fut la première à l'affronter.

- Miranda, dit le souverain avec un sourire forcé. Ma belle, tu sais que j'adore tes soupes.

- Ça, c'est pour Gunnar, annonça-t-elle avec rage.

Elle leva son bras droit et jeta une pierre de plusieurs livres sur le prisonnier qui la traita de folle. Les autres travailleurs en firent de même pour Gunnar qui avait fini ébouillanté vivant alors qu'il n'avait commis aucun crime. Ensuite, vinrent les femmes de chambre qu'il avait osé violenter et parfois violer. Son palefrenier lui jeta une pierre au visage pour tous les coups de pieds qu'il avait pris sans aucune raison. Puis, les gardes qui avaient juré fidélité au vrai Duc des Basses-Terres et qui avaient dû exécuter tous ceux qui ne s'étaient pas soumis, le lapidèrent. Hordor les supplia d'arrêter. Mais au lieu de demander leur pardon, il les menaça de mort.

- Ouvrez la grille, demanda Belle aux gardes en charge du pont levis.

La lourde grille se leva dans un grincement qui se fit entendre jusqu'au village en bas de la colline. Une horde de villageois en furie, armés de torches et de fourches envahirent la cour du château.

- Je vous avais bien dit de soulager votre peuple, murmura le Dark One à l'oreille du prisonnier qui avait perdu toute sa superbe et son assurance.

Son regard était rempli de peur en voyant tous ces gens aux yeux emplis de haine à son égard.

- Cher peuple des Basses-Terres, annonça Belle en haussant la voix. Voici venu le jour du jugement dernier pour celui qui se dit être votre guide. Qui parmi vous le considère comme son souverain ?

Son regard parcourut les villageois et les serviteurs mais aucun ne leva la main, n'hocha la tête ou ne dit un mot.

- Bande de boursemolles* ! cria Hordor à la foule. Je suis votre maître ! Le Dark One est votre ennemi ! Si vous me tuez, elle répandra les Ténèbres sur cette terre ! Tout espoir sera perdu à jamais. Elle vous tuera tous ! Sauvez-moi et je vous promets que la paix reviendra.

Les discussions reprirent à voix basse dans la foule qui commençait à douter.

- Je vous ai fait du mal, avoua Belle, car le Duc me contrôlait. Mais maintenant, ce n'est plus le cas. La personne qui me contrôle à présent est un héros au cœur pur. Il m'a donné pour mission de ramener l'espoir dans ce royaume. La première étape consistait à destituer Hordor.

- Qui est ce héros ? demanda un homme.

- Où est-il ? demanda un autre.

- Vous le rencontrerez dans quelques jours, annonça-t-elle à haute voix, quand il vous rendra vos enfants.

- Que fait-on de lui ? demanda une femme en pointant Hordor du doigt.

Belle vit que son guide était présent non loin d'elle. Il semblait satisfait de ses actions et attendait la suite avec impatience.

- N'oublie pas que tu es le Dark One, pas la Fée Bleue, rappela-t-il. Donne-lui une leçon et ôte toute idée de prise de pouvoir par des gens mal intentionnés et incontrôlables.

- Sir Hordor, dit-elle à haute voix, je vous condamne pour assassinat, enlèvement, viol, vol, crimes contre l'humanité et haute trahison.

- Vous n'avez pas le droit de me juger ! rétorqua-t-il. Je veux un procès équitable !

- Très bien, répondit-elle. Votre sort est entre les mains de votre peuple maintenant.

Après avoir fait quelques pas pour laisser un peu de temps aux gens de réfléchir à la situation, elle s'approcha à nouveau du prisonnier.

- Sachez que si la mort vous attend, Hadès se réjouit déjà de vous rencontrer, avoua-t-elle avec un sourire mesquin. Il vous fera payer chaque crime que vous avez commis.

- Non ! Dark One !

Elle se retourna et avança en direction de Miranda. Elle lui mit la main sur l'épaule.

- Miranda, en attendant le successeur d'Hordor, je vous nomme Lady des Basses-Terres. Puis, organisez une élection où chaque citoyen pourra prétendre au trône. Le peuple choisira ensuite parmi tous les candidats en votant.

- Mais Dark One…

- Je compte sur vous.

- Où allez-vous ? demanda la préposée aux soupes.

- Je m'en vais sur le front Est chasser les ogres et aider le héros au cœur pur à ramener vos enfants. Cher peuple des Basses-Terres, le destin de votre royaume est entre vos mains !

Puis, elle les abandonna dans un nuage de fumée rouge sous le regard plus que satisfait de son guide qui savait très bien qu'Hordor ne verrait pas le coucher du soleil. Il aurait certes préféré qu'elle l'écartèle, l'ébouillante ou l'écorche vif, mais il était bien content qu'elle ne lui laisse aucune chance de s'en sortir. Car même si Miranda pouvait être éprise de remords, le seigneur de guerre avait créé trop de tort pour être épargné. Trop de personnes avaient perdus des êtres chers et très peu étaient capables de pardonner. Il est tellement plus facile de sombrer dans les Ténèbres plutôt que de faire ce qui est juste. Il savait très bien que les hommes, pour la majorité, étaient incapables de résister au pouvoir et à la vengeance. Et il ne fut pas déçu.


Cela faisait plusieurs jours que Rumplestiltskin et Baelfire étaient arrivés au village d'Herchambaut au Nord de la contrée après que Belle les aient téléportés. Ils avaient découvert un village ravagé par la guerre. La plupart des maisons n'étaient que des ruines. La moitié des arbres de la forêt environnante avaient été brisés par le passage des ogres ou les pierres jetées depuis les catapultes. Les rares survivants tentaient tant bien que mal à reconstruire leur maison et effacer les stigmates du combat. Le cimetière improvisé à la sortie du village donnait froid dans le dos. Des dizaines de monticules de terre décorés d'une croix de bois maladroitement construite se succédaient jusqu'à la colline. Le tisserand s'était approché d'un vieillard qui avait perdu un œil et qui ramassait du bois. Il lui avait demandé ce qui s'était passé. Et c'est avec tristesse qu'il lui raconta le combat inégal des ogres face aux enfants-soldats et aux pauvres villageois qui s'étaient retrouvés malgré eux sur le champ de bataille. Les voyageurs aidèrent l'homme à apporter du bois dans sa maisonnette pour colmater le trou béant du toit. Baelfire était monté sur le toit à l'aide d'une échelle et fixait les planches à l'aide d'un marteau retrouvé dans les cendres d'une maison. Ils avaient également profité de leur venue pour aider d'autres personnes. Leur maigre contribution avait permis à certains de reprendre le cours de leur vie.

Le soir venu, après une journée de dur labeur, ils se retrouvèrent autour du feu à manger une soupe très claire faite avec de la neige fondue et quelques vieilles feuilles d'épinard ainsi que de quelques morceaux de pain rassis.

- Nous sommes à la recherche d'une femme nommée Brunissende, avoua le tisserand.

- La femme aux corbeilles en osier, dit le vieil homme aux longs cheveux blancs qui faisait remonter les feuilles avec sa cuillère.

- On m'a dit qu'elle habitait ici.

- Dans la forêt, précisa l'hôte.

- Est-elle en vie ?

Il fallait qu'il pose cette question, mais la réponse lui faisait peur après ce qu'il avait vu en arrivant. Le silence de l'homme fit naître de l'inquiétude chez Rumplestiltskin. L'homme finit bruyamment son bol et le posa au sol car il n'avait plus de table.

- Cette vieille sorcière a été épargnée.

- Sorcière ? s'inquiéta le tisserand alors que de la savoir en vie lui réchauffait le cœur.

- Elle brûle des herbes étranges parfois, confessa l'homme. Elle parle aussi une langue étrange.

- C'est sans doute le dialecte du sud, répondit Rumplestiltskin pour défendre celle qu'il avait longtemps considéré comme sa mère. Où habite-t-elle dans la forêt ?

- Là-bas, dit l'homme en montrant une direction de sa main ridée. Après le vieux chêne, suivez le sentier. N'ayez pas peur de vous enfoncer dans la forêt.

- Merci de votre hospitalité. Viens Bae.

Les deux voyageurs venus du sud revêtirent leurs capes et s'aventurèrent dans la forêt à la seule lueur de la lune et d'une petite bougie retrouvée dans les décombres.

- Tu crois qu'il y a encore des ogres ? demanda Bae qui ne se sentait pas très rassuré après avoir vu des traces tout près du cimetière.

- Je ne sais pas. Si nous ne faisons pas de bruit, ils ne nous trouveront pas.

- Comment ça ?

- Les ogres ont une très mauvaise vue, mais une excellent ouïe, expliqua son père. As-tu la perce-neige ?

- Oui, toujours.

- Alors ne craint rien, rassura Rumplestiltskin.

La maisonnette se trouvait un peu à l'écart du chemin, cachée par de grands arbres. Ils la trouvèrent après une bonne demi-heure de marche. Elle ne semblait pas avoir été endommagée par les combats et la cheminée fumait. Rumplestiltskin passa devant son fils et frappa deux coups à la porte. Il attendit quelques secondes et la porte s'entrouvrit de quelques centimètres.

- Brunissende ?

- Qui la demande ? dit une petite voix qui avait été éprouvée par le temps.

- C'est moi. Rumplestiltskin. Je rentre à la maison.

- Rumple ? dit-elle complètement choquée par cette nouvelle. C'est bien toi ?

- C'est bien moi, répondit-il la gorge serrée par l'émotion qui l'envahissait.

- Je… je croyais ne jamais te revoir !

- Moi non plus, confia-t-il en souriant.

Ils se serrèrent dans les bras l'un de l'autre, ne croyant pas à cette rencontre. Cela faisait tant d'années qu'ils avaient été séparés. Il plongea son nez au creux de son épaule et huma son parfum boisé qui lui rappelait tant de souvenirs. Quand ils relâchèrent leur étreinte, ils observèrent les traces que le temps avait faites à leurs physiques.

- C'est bien toi mon garçon, dit-elle en lui remettant une mèche grisonnante derrière l'oreille. Comme tu as bien grandi. Et comme tu es beau.

- Tu m'as tellement manqué… lâcha-t-il avant de laisser ses larmes couler.

Elle le prit dans ses bras et lui frotta le dos comme quand elle l'avait réconforté lorsque son père l'avait abandonné. Ils restèrent ainsi silencieux pendant de longues minutes.

- J… j'ai quelqu'un à te présenter, dit-il en la relâchant et en essuyant ses larmes avec sa manche.

Il mit sa main derrière l'épaule de Bae pour qu'il approche. La vieille femme regarda tendrement le jeune homme avec un sourire chaleureux.

- Brunissende, voici mon fils. Baelfire.

La femme âgée avait les yeux qui pétillaient devant ce magnifique garçon aux cheveux noirs comme la nuit et aux yeux chocolat comme son père. Elle lui caressa le visage et lui sourit.

- Je suis ravie de te rencontrer Baelfire.

- Moi aussi, grand-mère.

A ses mots, ils rirent, ne réalisant pas vraiment que leur famille était en quelque sorte réunie. Elle les invita à venir se réchauffer auprès du feu et voulut tout savoir. Rumplestiltskin lui raconta brièvement sa vie d'adulte pas bien trépidante et Baelfire rajouta des anecdotes, démontrant que malgré ce que les gens disaient, son père était quelqu'un de bien.

- Comment m'avez-vous retrouvée ? demanda-t-elle avec une certaine curiosité.

- C'est grâce à Belle, dit Bae. Elle est venue chez toi il y a quelques mois.

Brunissende leva les yeux au plafond pour se remémorer son passage.

- Je m'en souviens très bien, répondit-elle. La pauvre petite s'est retrouvée sur le champ de bataille. A bout de force, elle s'était endormie sur le chemin. Je l'ai amenée ici pour la soigner. Mais je ne lui ai jamais parlé de toi… comment a-t-elle su qu'on se connaissait ?

- C'est grâce à l'arc que tu lui as donné, dit Bae qui était très content de pouvoir participer à cette conversation.

- Où est-elle ? demanda la vieille femme.

- Elle est allée donner une bonne leçon au Duc et va chasser les ogres, expliqua le jeune garçon.

- Non ? s'étonna Brunissende. Ce n'est pas possible. Elle n'est pas une guerrière.

- Entre temps, elle est devenue le Dark One, avoua Rumplestiltskin qui arriva finalement à converser.

- Cette histoire est incroyable ! Raconte-moi tout, demanda-t-elle, très intriguée par le parcours de Belle.

Elle s'assit sur son lit et leur dit de s'installer au mieux. Baelfire partagea le lit où Belle avait dormi avec son père. Rumplestiltskin essaya de raconter l'histoire au mieux avec l'aide de Baelfire. Mais voyant que la femme âgée fermait à tout moment les yeux, ils décidèrent de garder la fin de l'histoire pour le lendemain. Le tisserand se demanda s'il allait lui raconter ce qui s'était passé au village. Le fait d'y repenser, le terrorisait. Il embrassa son fils et ils se souhaitèrent bonne nuit. Tous les deux gardèrent les yeux ouverts pendant encore de longues heures à entendre les hiboux et les loups hurler dans la forêt avant d'être finalement gagnés par la fatigue.

Le lendemain, après avoir entendu la fin de l'histoire, Brunissende laissa ses invités profiter de sa maison pendant qu'elle allait vendre ses corbeilles à Garin. Elle avait catégoriquement refusé l'aide du tisserand, disant qu'elle n'était pas si vieille que cela. Elle préférait qu'il reste chez elle et répare les dégâts que l'hiver avait causés. Bae prit la brouette et lui collecta toutes les branches cassées, puis cassa les derniers glaçons qui pendaient du toit et menaçaient de tomber. Il passa le reste du temps à l'intérieur à méditer en observant la roue du rouet tourner.

Baelfire rassembla ce qu'il put de neige de printemps presque fondue en un tas. Il le frotta de ses mains pour lui donner une forme un peu plus arrondie. Mais le soleil qui traversait les branches le faisait suinter. Ne se décourageant pas, il fit un deuxième tas plus petit qu'il tenta de rouler. Quand la forme lui plut, il le prit à deux mains et le hissa au-dessus de l'autre. Il rajouta un peu de neige à la jointure pour ne pas que la boule du haut ne tombe. Puis, il gratta le sol à la recherche de cailloux noirs qu'il utilisa pour donner vie à son bonhomme de neige. Il s'éloigna de quelques pas et observa son œuvre. Il sourit en retour à son bonhomme.

- Il te faut une carotte, lui dit Brunissende qui arrivait au bout du chemin.

L'adolescent courut à sa rencontre pour l'aider à porter son panier plein de provisions.

- Où est ton père ? demanda-t-elle.

- A l'intérieur. Il file.

- Vas le chercher.

Baelfire courut aussi vite qu'il put avec le lourd panier. Il trouva son père calmement installé au vieux rouet, transformant la laine brute en fil prêt à être tissé. Il avait déjà constitué cinq pelotes et s'apprêtait à en finir une sixième. Quand ils ressortirent de la chaumière, ils découvrirent un bonhomme de neige leur souriant avec un grand nez orange, une écharpe et un chapeau.

- Il a fière allure, vous ne trouvez pas ? demanda Brunissende.

- Merci pour la carotte, dit Bae.

- Merci d'apporter un peu de vie dans ce coin perdu. Comment s'appelle-t-il ?

- Hum… réfléchit le jeune garçon. Olaf !

Pendant que Bae dessinait avec un morceau de charbon, Rumplestiltskin aidait Brunissende à préparer le repas du soir. Il épluchait les légumes pendant qu'elle les coupait et les arrangeait par étage dans son plat à gratin en céramique.

- Petit, demanda Brunissende, veux-tu aller chercher du bois ? Le feu se meurt.

- J'y vais immédiatement, répondit-il en enfilant ses bottes.

- Belle est une héroïne.

- Comment cela ? demanda le tisserand pris au dépourvu.

- Tu n'as pas entendu les nouvelles ?

- Je ne suis pas allé au village.

- Les ogres ont déserté le front Est. La paix est en train de revenir.

- Vraiment ? demanda le tisserand qui n'arrivait pas à croire qu'un petit bout de femme pouvait accomplir un tel miracle, malgré ses pouvoirs.

- Mais il se murmure aussi que le Dark One fait le bien car une personne au cœur pur détient la dague.

- Ce ne sont que des histoires… des légendes, répondit-il en prenant un navet dans le panier.

- Papa ! Papa ! cria Bae qui ouvrit la porte comme un vagabond faisant sursauter les deux adultes. Les perce-neiges ! Elles fleurissent ! J'en ai trouvé trois, puis six autres !

Rumplestiltskin attrapa son bâton et sortit de la maison en trombe, laissant Brunissende dans l'ignorance. Il avança jusque sur le chemin et posa son regard aussi loin que la topographie des lieux le lui permettait.

- Elle est là ? demanda Bae.

- Non… non, je ne vois personne. Viens, rentrons.

Il fit demi-tour, certes déçu mais réaliste. Belle ne pouvait pas tenir sa promesse. Elle avait trop à faire avec les ogres. Avant de rentrer dans la maison, il s'isola derrière un arbre et sortit la dague de sous sa cape pour s'assurer qu'elle allait bien. Voyant son nom toujours gravé, il eut un petit sourire.

- Belle où que tu sois… sache que je pense à toi. J'espère que tu vas bien et que tu vas bientôt venir.

Il rangea le poignard et retourna vers la maison. Quand il mit sa main sur la poignée de la porte, il entendit la voix de son fils qui s'excitait.

- Belle ! Belle ! Elle est là !

Il se retourna, empoigna son bâton et alla sur le chemin. Quand il la vit à quelques centaines de mètres, il sourit et se mit en marche, le plus vite qu'il put pour aller à sa rencontre. Bae était déjà dans ses bras pour lui souhaiter la bienvenue. Elle était comme il l'avait connue, magnifique avec sa peau claire et ses yeux bleus aussi pur que le ciel de printemps. Ses cheveux bruns ondulés étaient négligemment tressés sur le côté et touchaient délicatement sa poitrine. Elle avait troqué ses terrifiants habits noirs pour une tenue plus aventurière. Elle portait une chemise en lin qui dépassait à peine de son corset de cuir brun aux reflets rouges. De longs gants de cuir assortis protégeaient ses mains délicates. Autour de sa taille se trouvait une ceinture avec son épée. Elle portait son arc en travers de son corps et ses flèches étaient rangées dans son carquois. Elle portait de grandes cuissardes brunes légèrement plus foncée que son pantalon aussi en cuir. Elle avait tellement fière allure qu'il ne put retenir un sourire. Il l'enlaça à son tour, laissant ses larmes de joie couler. Baelfire s'éloigna pour leur laisser un moment d'intimité. Il était si heureux de les voir ensemble.

- Tu es revenue.

- Après neuf jours, dit-elle avec son magnifique sourire chaleureux. Je te l'avais promis.

Brunissende sortit de sa maisonnette et embrassa à son tour celle qu'elle avait soignée. Belle fut tellement soulagée de la savoir en vie après avoir eu vent de l'attaque des ogres lorsqu'elle prenait son repas à la taverne.

Puis, des dizaines d'enfants arrivèrent à leur tour. Certains paraissaient éreintés par le voyage et d'autres observaient la petite maison et ses habitants avec curiosité. Ils étaient sales et leurs habits étaient déchirés.

- Ce sont les derniers survivants du front Est, annonça-t-elle.

- Nous les ramènerons chez eux, promit-il en s'imaginant la joie de leurs parents après des mois d'angoisse.

- Viens avec moi sur le front Nord, dit-elle. Nous avons d'autres enfants à sauver et une légende à créer.

- Je ne crois pas être prêt pour cela, protesta-t-il.

- Personne n'est jamais prêt. En route.

- Avant, il y a quelque chose que j'aimerai faire, dit-il en se rapprochant d'elle.

Ils s'embrassèrent passionnément. Leurs lèvres se soudèrent et leurs corps s'enlacèrent. Leurs mains entouraient leurs corps qui furent envahis par une douce chaleur. Leurs cœurs se mirent à accélérer tel un cheval lancé au triple galop. Les Ténèbres en elle hurlèrent. Tous les précédents Dark Ones la suppliaient d'arrêter son baiser mais elle tint bon. Elle ne voulait plus se décrocher de ses lèvres si douces, si chaudes. Le reste des âmes de ses prédécesseurs se déformèrent et se transformèrent en fumée, disparaissant les une après les autres dans des hurlements assourdissants. Son guide, dans son habit terrifiant de crocodile, lui criait d'arrêter ce baiser.

- Tu es la Reine des Ténèbres ! Tu es la plus puissante ! Tu es la seule à pouvoir sauver ce royaume des menaces qui l'entourent.

Mais elle ne l'écouta pas. Il était temps que le Dark One disparaisse. Que plus aucun humain ne soit esclave de l'entité maléfique, ni esclave du possesseur de la dague. Ces pouvoirs devaient retourner de là où ils venaient. Son guide fit une dernière tentative en lui disant que sans pouvoir, les sympathisants d'Hordor allaient l'assassiner. Mais Belle prolongea son baiser et son guide se désintégra en milliards de petites gouttelettes noires dans un vent puissant. La masse noire tourbillonnante qui s'agrippait à son âme lâcha prise et fut projetée hors de son corps. Les Ténèbres firent place à la lumière aveuglante où tout autour d'eux disparut.

Quand elle rouvrit les yeux, elle fut prise de panique. Rumple avait disparu. Tout avait disparu. Elle se trouvait dans le néant. Dans l'obscurité la plus totale. Elle hurla de toutes ses forces mais sa voix se perdit dans l'immensité. Les ténèbres, avaient-elles gagné ?

- Rumple ! hurla-t-elle désespérément.

Puis un éclair de lumière blanche l'éblouit d'un seul coup. Par réflexe, elle se protégea les yeux avec ses mains. La puissance de la lumière l'empêchait d'avancer et de voir. Les Ténèbres avaient fait place à la Lumière.

- Rumple ! Où es-tu ? hurla-t-elle en pleine panique.

*boursemolle : adjectif utilisé au Moyen-âge pour impuissant


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Le chapitre suivant sera posté ce weekend.