Chapitre 2 : Coopération
Ce matin-là, à l'agence du NCIS, l'ambiance était plutôt détendue.
« Le soleil brille, les oiseaux chantent et tout est parfait dans la vie parfaite d'Anthony Dinozzo. », chantonna ledit agent, assis confortablement dans son fauteuil, les pieds négligemment posés sur le bureau.
« Et moi, je crois qu'ils annoncent de la pluie cet après-midi, Tony. », répliqua sa collègue, l'agent Ziva David.
« Il s'agit d'une expression de mon humeur, pas de la météo. »
« Et qu'est-ce qui te met de si bonne humeur, Tony ? », demanda à son tour l'agent Timothy McGee.
« Tu veux tout savoir, le Bleu ? »
« Moi, je sais Dinozzo : le plaisir que va te procurer notre nouvelle enquête. », intervint une nouvelle voix, plus grave et sérieuse. Leur chef, Leroy Jethro Gibbs, fit son apparition. « Un Marine a entendu plusieurs coups de feu, il y a une heure à peine, dans la maison d'à côté qui hébergeait une famille de vacanciers. Prenez vos affaires, la journée n'est pas encore terminée. », intima l'agent aux yeux bleu perçants à ses subordonnés.
Ils se dépêchèrent tous les trois pour le rattraper devant l'ascenseur. Celui-ci sonna avant de s'ouvrir, et, au lieu d'y rentrer, les quatre agents du NCIS durent se décaler pour laisser passer quelqu'un qu'ils voyaient un peu trop souvent à leur goût en ce moment.
« Qu'est ce qui vous amène, Tobias ? », demanda d'ailleurs en soupirant leur patron.
Devant eux se trouvait Tobias Fornell, agent du FBI et ex-mari de la seconde ex-femme de Gibbs. L'homme avait sa tête des mauvais jours, signe que l'orage s'annonçait entre l'ex-Marine et lui.
« J'ai appris que l'on avait confié au NCIS l'enquête sur les coups de feu inconnus, Jethro. C'est une erreur. Le FBI reprend l'affaire tout de suite. », attaqua de front Fornell.
Mais Gibbs n'avait pas l'intention de lâcher prise.
« Tobias, nous avons été appelés. C'est trop tard. Il est absolument hors de question que nous abandonnions une enquête qui nous a été confiée. »
Le ton s'était durci et Dinozzo eut le bon sens d'intervenir avant que la conversation ne dégénère.
« Allons sur place tous ensemble, nous estimerons qui sont les plus aptes à résoudre cette affaire une fois que nous en saurons plus. »
L'agent cinéphile leva les mains en signe de paix. Fornell et Gibbs s'affrontèrent une dernière fois du regard avant de soupirer et d'entrer dans l'ascenseur.
Derrière Tony, Ziva et McGee échangèrent un sourire complice avant de lui emboîter le pas vers l'escalier. Le voyage en tête à tête ferait peut-être réfléchir les deux agents expérimentés.
AR/NCIS
Le voyage en voiture n'avait duré qu'une demi-heure mais cela avait suffit aux cinq fédéraux pour être secoués. Gibbs avait pris le volant et seule Ziva pouvait rivaliser avec ses méthodes de conduite.
« Ah çà, c'est pas pour votre conduite impeccable que mon ex-femme vous avait épousé, Jethro. », râla l'agent du FBI, en sortant du véhicule.
« Et pour quelle qualité vous a-t-elle épousé, Tobias ? »
Gibbs s'éloigna sans attendre la réponse, se dirigeant vers l'homme qui avait prévenu le NCIS. Tobias Fornell se tourna vers l'équipe de son ami, les interrogeant du regard. Ils haussèrent les épaules, avant que tous les quatre ne rejoignent l'ex-Marine.
« Je me suis réveillé et j'ai entendu huit coups de feu consécutifs, puis plus rien. Personne n'est rentré ni sorti, je pense. », était en train d'expliquer le témoin.
Les fédéraux se tournèrent d'un même mouvement vers la maison concernée. Tout avait l'air tranquille. Mais ils le savaient tous pour en avoir déjà fait la malheureuse expérience, et ce à de nombreuses reprises, les apparences pouvaient parfois se révéler extrêmement trompeuses.
Gibbs fit signe à McGee d'inspecter le jardin et chargea Tony et Ziva de s'occuper du rez-de-chaussée de la villa. Sur l'insistance de Fornell, qui tenait à être présent, il conduisit ce dernier vers l'escalier qui menait au premier étage. Les deux hommes montèrent les marches le plus silencieusement possible, leurs armes dégainées.
La première pièce était une salle de bains décorée avec goût. Mais le décor intéressait peu les deux enquêteurs. En effet, la baignoire était remplie d'un liquide qui, par sa couleur, était loin de faire penser à de l'eau. Au centre, une femme était allongée, morte. La couleur de l'eau provenait des trois trous rouges que l'on voyait dans sa poitrine et sa tête. Sa main inerte pendait par-dessus bord.
Les deux hommes ne pouvaient de toute façon plus rien faire pour elle. Soudain, Gibbs se figea. Au sol, à peine visibles, se dessinaient des traces de chaussures qui n'auraient pu appartenir à un enfant, mais dont la pointure ne faisait pas tout fait pensé à celle d'un homme adulte.
Les traces sortaient de la salle de bains et menaient plus loin dans le couloir. Gibbs posa un doigt sur sa bouche pour intimer le silence à son collègue avant de les suivre. Ils arrivèrent devant une porte fermée que les traces avaient visiblement ignorée et inspectèrent rapidement ce qui semblait être une chambre parentale vide. Ils la délaissèrent pour continuer plus loin. Les mêmes traces menaient à deux portes à la fois.
Gibbs prit la première et indiqua à l'agent du FBI de s'occuper de la deuxième. L'ex-Marine ouvrit la porte prudemment, arme au poing et prêt à tirer. Il pénétra dans une chambre d'adolescente. Des photos de soirées étaient accrochées au mur mais ce n'était pas ce qui préoccupait Gibbs à ce moment-là.
Au centre de la pièce, dos à lui, un homme blond était assis parterre, tenant un corps entre ses bras. A côté de l'homme gisait un Smith & Wesson abandonné.
Gibbs ne tenta pas d'écarter l'arme, encore trop à portée de l'inconnu. Il pointa cependant sa propre arme sur la nuque de celui-ci.
« Relevez-vous, les mains en l'air, sans geste brusque. », lui ordonna-t-il avec clarté.
L'homme ne fit pas le moindre mouvement et l'agent du NCIS répéta son ordre avec un peu plus de fermeté dans la voix.
Mais l'homme ne semblait toujours pas l'entendre et il s'aperçut qu'il tremblait, comme en état de choc. Gibbs lui agrippa alors l'épaule, et, dans le même temps, tourna l'individu vers lui d'un mouvement souple.
Sur ses genoux, gisait le corps d'une adolescente brune d'environ quinze ans. L'inconnu serrait dans ses bras le haut du corps inerte.
Gardant son arme pointée, l'agent du NCIS utilisa la main qui tenait encore l'épaule pour avoir un meilleur aperçu du visage de l'homme. Puis il s'immobilisa, stupéfié par ce qu'il vit.
Ce qu'il avait pris pour un homme adulte était en réalité un adolescent d'une quinze d'années lui aussi. Mais il lui semblait que les yeux bruns et graves auraient pu appartenir à un homme mûr, comme si le garçon avait grandi trop vite et vu trop de choses pour son jeune âge.
« Es-tu blessé quelque part ? » demanda l'agent fédéral.
Du sang couvrait les mains du jeune homme blond, mais il avait en réalité l'air de s'écouler du corps que ce dernier tenait dans ses bras.
A nouveau, l'inconnu ne sembla pas l'entendre, tandis qu'il continuait de bercer le cadavre, les yeux perdus dans le lointain et le corps secoué de spasmes.
Néanmoins, au moment où Gibbs voulut lui faire lâcher prise en tirant plus fort, l'adolescent, vif comme l'éclair, se releva d'un seul coup, agrippa fermement le Smith & Wesson et le pointa sur l'agent en un seul mouvement. Ce dernier remarqua qu'il protégeait encore le cadavre derrière son propre corps.
AR/NCIS
Sur les instructions de son ami, l'agent Fornell ouvrit silencieusement la porte. Il se retrouva dans un bureau, petit mais soigneusement rangé. La pièce était silencieuse mais en contournant le secrétaire, Tobias Fornell trouva ce pour quoi on les avait appelés. Derrière le meuble gisait le corps criblé de balles d'un homme d'une bonne trentaine d'années. L'inconnu portait encore à sa ceinture sa propre arme, un Tokarev neuf millimètres muni d'un silencieux. Il était vêtu d'une combinaison noire et son accoutrement lui donnait plus l'air d'un malfrat que d'un vacancier. Ses cheveux brun foncé étaient coupés en brosse et sa tenue générale lui donnait un air plus que sévère, voire même dangereux. Aucun papier d'identité sur lui, ni rien d'autre pouvant permettre de l'identifier. Tout ce que l'agent du FBI trouva dans ses poches, ce fut un insigne noir en forme de scorpion.
Après avoir vérifié qu'il ne dissimulait rien d'autre, Fornell sortit de la pièce et décida d'aller voir ce que Gibbs avait déniché de son côté.
Il avança précautionneusement jusque devant l'entrée de la pièce où se trouvait son collègue. D'un coup d'œil discret, il aperçut ce dernier face à face avec un adolescent blond qui le menaçait d'un revolver. Les yeux bruns du gamin étaient vides et fixes, comme s'il n'était pas vraiment avec eux. D'ailleurs, il n'avait même pas vu Fornell.
Celui-ci entra brusquement dans la chambre en pointant lui-même son arme de service sur le garçon.
« Mets les mains en l'air, lentement. »
Comme le blond n'obéissait pas, Fornell avança doucement vers lui. Puis, sur un signe discret de l'ex-Marine, les deux hommes s'élancèrent simultanément.
L'inconnu fut plus difficile à maîtriser qu'ils ne l'avaient prévu. Même s'il paraissait en état de choc, il semblait se battre en autopilote. Il était sûrement un expert dans le corps à corps, bien que cela soit plutôt surprenant pour quelqu'un de si jeune.
Finalement, à deux contre un, ils parvinrent à le maîtriser et à lui faire lâcher son pistolet. Ils le plaquèrent au sol, sur le ventre, avant de lui menotter les mains derrière le dos. En se redressant, Tobias aperçut alors le cadavre de la jeune fille et posa à nouveau son regard sur les mains couvertes de sang de leur prisonnier avec un regard dur.
Ensuite, il ramassa le Smith et Wesson et ouvrit le chargeur d'un air concentré. Comme il s'en doutait, il trouva le chargeur vide mais parsemé de résidus de poudre qui prouvaient que l'arme avait servi récemment. Ainsi, elle avait servi à tuer l'homme dans le bureau et peut-être même que cet adolescent avait également tué les autres victimes.
L'agent du FBI regarda l'ex-Marine relever le garçon avant qu'ils ne redescendent à la rencontre des autres agents.
