Chapitre 3 : Premières interrogations

Lorsqu'ils arrivèrent au rez-de-chaussée, Tony et Ziva les attendaient déjà au pied de l'escalier.

« Nous avons trouvé un corps au salon, patron. », fit Dinozzo en jetant un rapide coup d'œil à leur prisonnier. « Un homme, d'une quarantaine d'années. Un seul tir, au front, net et précis. A mon avis, il s'agit d'un professionnel. Il n'y a aucune trace d'aucune sorte. », conclut le cinéphile.

« Ce n'est pas parce que tu ne les vois pas qu'elles échapperont à Abby, Dinozzo. Autre chose ? », questionna Gibbs.

Cette fois, ce fut l'Israélienne qui répondit.

« Dans la cuisine, un labrador avec une plaque d'identité est étendu mort. », précisa-t-elle. « Et vous, qu'avez-vous trouvé ? »

« Une femme d'environ quarante ans, une adolescente et un homme d'une trentaine d'années. », répondit Tobias Fornell. « Tous tués par balles. Mais le dernier en a le corps criblé, on a sans doute vidé un chargeur entier sur lui. », ajouta-t-il en regardant en biais l'adolescent blond qui ne réagissait toujours pas.

Malgré tout, celui-ci n'avait pas la tête baissée, au contraire. Ses yeux fixes regardaient droit devant lui sans voir, sans aucune réaction.

Les quatre fédéraux l'observèrent un moment, durant lequel Tony et Ziva prirent note des menottes aux poignets.

Dinozzo semblait presque gêné lorsqu'il s'adressa à son patron.

« On le ramène avec nous à l'agence, Gibbs ? »

L'homme en question hocha affirmativement la tête. Il prit lui-même le garçon par le bras et le mena jusqu'à la voiture.

« Dîtes à McGee de rester là pour veiller au bon rapatriement de tous les corps et indices. Ducky et Abby les examineront directement dans leurs labos. Et n'oublie pas le chien, Dinozzo. »

Celui-ci serra les dents au rappel tandis qu'à côté de lui, Ziva souriait d'un air moqueur.

« Ok, patron. », répondit Tony dans un profond soupir.

AR/NCIS

Alex ne réalisa pas vraiment qu'il se trouvait au milieu d'agents fédéraux américains, les mains menottées. Après tout, il avait déjà rencontré ce genre de situation lorsqu'il espionnait encore pour le compte du MI6.

Non, ce qui le frappa soudainement, ce fut à la fois du soulagement et de la culpabilité. Du soulagement à l'idée d'être libéré de cette maison que la violence et la mort venaient de frapper et de la culpabilité pour ce qu'il s'était passé et le fait qu'il abandonnait Sabina et ses parents.

Il était maudit, il en était sûr. Il survivait à tous ses proches, jeunes ou vieux. Certains disaient qu'Alex Rider avait une chance du diable, mais pour le coup, il aurait cent fois préféré être malchanceux. D'abord ses parents, puis Ian, Jack, Sabina, Edward et Liz. On aurait pu même intégré à la liste Yassen et Ash. Qui serait le prochain ? Il en avait vraiment marre, il était épuisé. Il avait pensé pouvoir recommencer une toute nouvelle vie, ici en Amérique, mais au final son sombre passé le rattrapait toujours.

La voiture ralentit dans un crissement de pneus. L'agent aux yeux bleus et aux cheveux poivre et sel, assis à l'arrière à côté de lui, le fit sortir. Son collègue, un homme un peu dégarni, l'encadra de l'autre côté et c'est ainsi qu'ils pénétrèrent dans le quartier général du NCIS, accompagnés par une jeune femme typée et un jeune homme brun.

Alex ne prêtait toujours pas vraiment attention à ce qui se passait autour de lui et laissa les fédéraux le guider.

AR/NCIS

Le NCIS avait permis au garçon couvert de sang de prendre une douche et lui avait fourni des vêtements propres. Moins d'une heure après son arrivée, l'adolescent était prêt pour son interrogatoire, assis dans une de leurs cellules munies de vitre sans teint.

D'ailleurs Gibbs et McGee l'observaient toujours à travers celle-ci. Le garçon n'avait toujours pas décroché un mot et ils pressentaient qu'il n'allait pas beaucoup plus participer lors de son interrogatoire.

Pour le moment, ils attendaient les premières informations qu'allaient leur transmettre Tony et Ziva par le biais du FBI. En effet, Fornell était vite retourné à sa propre agence, à la recherche de renseignements.

Soudain, la porte s'ouvrit et Dinozzo s'approcha d'eux.

« Voilà, patron. L'homme dans le salon et la femme dans la salle de bains étaient Edward et Liz Pleasure. Anglais tous les deux, ils avaient déménagé à San Francisco avec leur fille Sabina depuis plus d'un an. Ils sont venus à Washington D.C pour passer deux semaines de vacances en famille. En revanche, ce garçon, », continua-t-il en hochant la tête vers l'adolescent derrière la vitre, « nous avons peu de renseignements sur lui. Il se prénomme Alex Rider et est venu habiter avec la famille Pleasure, il y a six mois.

« Une adoption ? », demanda l'ex-Marine.

« Ce n'est pas très clair. Il est anglais, lui aussi. D'après ce que j'ai compris, Fornell a été bloqué officiellement dans sa recherche. »

A ce stade, Gibbs était curieux mais il restait un dernier élément mystère.

« Et l'homme criblé de balles dans le bureau ? »

« Un inconnu à la famille qui avait apparemment de nombreuses identités. On essaye d'en savoir plus. Une de mes hypothèses serait qu'il s'agirait d'un complice pour le meurtre dont Rider se serait débarrassé après coup. »

« Tu penses que ce gamin est l'assassin, Dinozzo ? »

« Il est adopté. Il a pu faire çà pour l'argent de l'héritage ou sur un coup de folie. C'est lui, semble-t-il, qui a tiré huit fois sur l'inconnu et il avait les mains couvertes de sang. Cela fait beaucoup de choses contre lui. »

Gibbs leva un sourcil en direction de son subordonné, avant de rentrer dans la salle d'interrogatoire.

Le gamin, assis droit comme un i sur sa chaise, n'eut aucune réaction et garda obstinément les yeux fixés devant lui.

« Tu t'appelles Alex Rider et tu es anglais, c'est bien cela ? »

Pas de réponse.

« Que faisais-tu avec un revolver quand nous t'avons trouvé ? »

Toujours rien. Légèrement agacé, Gibbs fit une nouvelle tentative.

« Tu es au courant qu'ici, aux Etats-Unis, un mineur qui a commis un crime d'adulte sera jugé comme tel ? »

Rien ne semblait faire réagir l'adolescent. Dans un long soupir, l'ex-Marine se leva finalement et décida d'aller voir les éventuels indices qu'Abby et Ducky pourraient avoir à lui donner. Il eut conscience, en sortant, des yeux bruns qui le suivaient du regard.

AR/NCIS

Il commença par rejoindre Ducky dans son antre.

« Tu arrives un peu trop tôt, Jethro. Je n'ai pas encore eu le temps de me pencher sur ces trois-là. », dit le vieux médecin-légiste en désignant les membres de la famille Pleasure.

« Et pour celui-ci ? »

Gibbs désignait le corps de l'inconnu.

« J'ai remarqué de nombreuses blessures, certaines bénignes et d'autres plus graves, mais dont beaucoup ne datent pas d'hier et dont je soupçonne qu'elles n'ont rien avoir avec sa mort. Je dirais que cet homme a eu une vie courte mais mouvementée, Jethro. »

« Tony pense qu'il pourrait s'agir d'un tueur professionnel. », précisa l'ex-Marine.

« Une théorie qui pourrait coller, je dirais. Blessures de guerres. »

« Les dernières ont apparemment été mortelles. »

« Huit balles dans le corps et aucune qui ne soit ressortie. La plupart a fait de gros dégâts, comme par exemple celle qui lui a déchiré l'estomac. Ce qui m'amène à conclure que le tireur n'était pas un novice complet. »

« Merci, Ducky. »

Gibbs se détourna et s'apprêtait à sortir de la morgue lorsque son vieil ami l'arrêta.

« Une dernière chose, Jethro. J'ai également examiné le labrador de la famille. Atteint d'une balle dans la gorge, et une différente de celles que j'ai retrouvées dans le corps de notre homme mystère, le chien a agonisé environ un quart d'heure avec que quelqu'un n'abrège ses souffrances à mains nues. »

Gibbs acquiesça en guise de remerciement avant de rejoindre McGee et Abby dans le laboratoire de cette dernière, un Caf-Pow à la main.

Aussitôt arrivé, la jeune gothique lui sauta dans les bras.

« Gibbs, tu es notre sauveur ! »

Il se recula pour mieux la regarder. Elle et McGee avaient un air un peu coupable peint sur le visage.

Gibbs se balança d'un pied sur l'autre et roula des yeux.

« Dites-moi tout, avant que Vance ne nous tombe dessus. »

« Mais surtout ne te fâches pas. », prévint Abby en levant les deux mains devant elle.

« McGee ? » L'ex-Marine commençait vraiment à s'impatienter.

« Désolé, patron. » Le jeune homme s'approcha. « Voilà, au vu du peu d'informations que Fornell avait trouvé sur Alex Rider, nous avons décidé d'utiliser des méthodes disons moins conventionnelles. »

« Vous avez craqué le système de sécurité de la CIA ? », soupira Gibbs, s'attendant au pire.

Après tout, le Directeur Vance répétait à longueur de temps que Gibbs lui-même n'était pas un modèle pour son équipe en ce qui concernait le respect des règles et de la convenance. Et il avait certainement raison.

« Pas tout à fait. », intervint Abby en se mordant la lèvre.

Il se tourna vers elle avec attention et lui fit signe de continuer sur sa lancée.

« Nous avons commencé par les recherches habituelles : casier judiciaire, dossiers scolaires, renseignements médicaux… »

« Et ? »

« Et rien. Aucune trace qui date de plus de six mois, de sa vie avant qu'il n'arrive dans ce pays pour aller habiter avec les Pleasure. »

« Mais surtout, », continua McGee, « lorsque nous avons fait des recherches plus poussées, nous sommes tombés sur un os. »

Le génie en informatique fit alors signe à son supérieur de s'approcher de l'ordinateur. Sur l'écran, on pouvait lire :

Alex Rider – RMOS

« Qu'est ce cela signifie ? », demanda Gibbs, un brin perplexe.

Abby se rapprocha lentement avec un air très sérieux.

« Cela signifie, Gibbs, qu'il s'agit du MI6. Cela signifie que nous avons été repérés par les services de renseignements britanniques. Enfin, cela signifie que nous avons dans les murs de l'agence un garçon de quinze ans qui a des liens avec une agence gouvernementale d'espionnage. »

A la suite de sa dernière phrase, on aurait pu entendre une mouche voler dans le laboratoire. Les trois membres du NCIS étaient abasourdis par leur découverte.