Chapitre 5 : Conversations houleuses
Après avoir vu Abby, Gibbs retourna à son bureau où il retrouva son équipe. Ses trois agents avaient tous l'air en effervescence.
« Tu vois, quand tu dis çà, Ziva, tu as vraiment l'air d'un assassin. »
« C'était mon ancien job, je te signal, Tony. »
Leurs chamailleries furent interrompues par l'arrivée de leur chef.
« Et vous êtes à présent tous les trois des agents du NCIS, alors au travail ! », gronda Gibbs.
« Oui, patron. On a du nouveau pour toi. », s'empressa de dire Tony tout en se levant. Mais il fut coupé dans son élan.
« Je sais déjà que ce n'est pas le revolver du gosse qui a servi à tuer les trois membres de la famille Pleasure, mais le Tokarev de l'inconnu du bureau, Dinozzo. », lui répondit l'ex-Marine en se tournant vers le cinéphile.
« Oui, mais désormais nous en savons un peu plus sur ce dit inconnu, patron. », intervint McGee en se levant à son tour pour venir se placer aux côtés de Tony.
Ziva les rejoignit un instant plus tard et les trois agents firent signe à Gibbs de se rapprocher du grand écran de présentation. Le visage de l'homme dont ils venaient de parler apparut alors. Brun, la trentaine passée, ses yeux gris et froids allaient bien avec son occupation professionnelle présumée jusque-là.
« Il avait de nombreuses identités mais nous avons réussi à retracer une piste fiable qui nous a menée jusqu'à ceci : Norman Brevnik, un finlandais de trente-trois ans et tueur à gages professionnel. », expliqua McGee.
« Ce dernier détail, je m'en serais douté, McGee. », fit Gibbs d'un ton plutôt sec. « Autre chose ? »
« Oui, Gibbs. », intervint pour la première fois Ziva. « Ce symbole en forme de scorpion noir, », elle lui en désigna un exemplaire « a été retrouvé à côté des corps de chacun des membres de notre famille. »
« Une carte de visite ? », demanda Gibbs en haussant un sourcil.
« En quelque sorte, je pense. Mais nous ne savons pas à quoi il correspond. »
« Alors au travail. Et dîtes à l'équipe d'agents qui surveille Alex Rider de le relâcher et de le conduire dans notre salle de conférence. Rider est innocent, les coupables sont Norman Brevnik et les gens avec qui il s'était associé. Creusez également un peu plus du côté de la vie de famille des Pleasure. »
C'est au même moment que l'ex-Marine sentit son portable vibrer dans sa poche.
« Gibbs. »
« Agent Gibbs, la responsable des Opérations Spéciales du MI6, Madame Tulipe Jones, accepte de nous contacter. Veuillez me rejoindre immédiatement au MTAC. », annonça le directeur du NCIS.
Même si cela n'avait pas été un ordre, Gibbs l'aurait fait. Après tout, il pouvait enfin espérer obtenir quelques réponses.
AR/NCIS
Alex avait perdu la notion du temps dans sa cellule. Il se demandait si l'agent du NCIS aux cheveux argentés était finalement revenu sur la proposition d'hébergement qu'il lui avait faîte. Après tout, il ne devait pas être loin de vingt-deux heures trente. Les agents fédéraux américains ne s'arrêtaient-ils donc jamais, tels des héros de série télévisée ?
Soudain, il tendit l'oreille. Quelques bruits à l'extérieur de la salle ne lui avaient pas échappés. Pas du simple bruit, en réalité. Une conversation. Il se concentra pour écouter à travers la porte. Il avait l'ouïe extrêmement fine et cela faisait également partie des 'jeux éducatifs' de Ian lorsqu'il était petit.
Ce fut une voix jeune et féminine qu'il entendit en premier, avec un léger accent du Moyen-Orient.
« Notre équipe a désormais la preuve que le garçon qui se trouve derrière cette porte est innocent dans notre affaire. Il est néanmoins à présent un témoin indispensable et doit être conduit à notre salle de conférence. »
« Ce serait fait, agent David. »
« Merci, Balboa. »
A travers la porte, Alex entendit les pas de la jeune femme s'éloigner. Moins de cinq minutes plus tard, le dénommé Balboa entra dans sa cellule, muni d'une clé pour ouvrir les menottes que l'on avait remises à l'adolescent après sa douche.
« Apparemment, tu n'es plus un suspect mais un témoin clé pour l'agent Gibbs et son enquête. Tu vas donc être conduit sous peu dans la salle de conférence du NCIS. », l'informa l'homme tout en lui enlevant ses menottes.
Alex frotta ses poignets pour réactiver la circulation du sang tandis que l'agent Balboa quittait la pièce. Ce dernier ne s'était pas rendu compte que, à l'aide de sa première main libérée, le garçon avait réussi à subtiliser le pistolet léger que l'adulte portait à sa hanche. L'homme ne s'était aperçu de rien et Alex se trouvait à présent seul dans la pièce déverrouillée. L'occasion était décidemment trop belle et le jeune espion la saisit.
Le pistolet glissé dans son dos, il entrouvrit doucement la porte afin de vérifier qu'il était complètement seul. Puis il sortit silencieusement et emprunta un escalier pour remonter à la surface, où se trouvait sûrement la sortie.
Il la vit au loin et se dirigea vers les doubles portes. Mais il s'agissait d'une agence fédérale et il ne fut pas franchement surpris lorsqu'il entendit quelqu'un l'interpeller avant qu'il ne puisse les franchir.
« Et toi, là, que fais-tu ici ? », lui demanda un jeune homme noir d'une petite vingtaine d'années, un novice à n'en pas douter.
Mais Alex était un très bon acteur, en grande partie du fait de ses expériences passées.
« Moi ? Oh, ne vous inquiétez pas, mon père travaille ici et j'avais quelque chose d'urgent à lui demander. »
« Humm…Et qu'est-ce donc ? », demanda l'agent, qui ne semblait pas vouloir se laisser berner aussi facilement.
Il se croyait peut-être prudent mais Alex s'y connaissait plutôt bien en termes de bluff. D'ailleurs, l'adolescent se mit à danser d'un pied sur l'autre avec un petit air gêné.
« Vous ne connaissez pas le concept de vie privée ? Bon…allez, puisque vous insistez… J'ai une petite-amie et j'ai eu des bons résultats ces derniers temps au lycée, alors j'aurais aimé l'inviter à dormir à la maison ce soir. »
A présent, l'homme en face de lui souriait d'un air compatissant.
« Et qu'est-ce qu'il a répondu ? »
« Ramène de meilleures notes. », dit l'adolescent en prenant un air dépité.
A partir de ce moment-là, le garçon sût que c'était dans la poche. L'agent émit un grand éclat de rire avant de lui taper amicalement l'épaule.
« Ah, mon gars, c'est comme çà, les parents. On n'y peut rien. Ce sera pour la prochaine fois. Ne te décourage surtout pas ! »
Alex le remercia d'un sourire et sortit. Un jeu d'enfant. Pas étonnant que une organisation criminelle telle que Scorpia soit aussi florissante, si les voyous bernaient aussi facilement la police !
La pensée de Scorpia ralluma la rage dans le cœur d'Alex. Il vérifia qu'il avait toujours l'arme dérobée avant d'avancer d'un pas décidé, comme s'il partait en guerre. En guerre contre l'une des plus dangereuses organisations.
AR/NCIS
Lorsqu'il monta au MTAC, Gibbs décida de prendre McGee avec lui. En effet, en cas de problème informatique, le jeune homme lui serait d'un grand secours.
Un autre invité était déjà installé avec le directeur Vance. L'ex-Marine salua son collègue du FBI d'un bref signe de tête et il vit avec amusement Fornell lui répondre dans un soupir.
Reprenant un air sérieux, Gibbs se tourna vers Vance et haussa un sourcil interrogateur. Son supérieur hiérarchique n'eut pas le temps de répondre avant qu'un bruit de connexion ne se fasse entendre dans la salle.
Une femme, âgée de moins de quarante ans, la peau mâte et les cheveux noirs de jais coupés légèrement plus bas que les épaules, apparut sur l'écran.
« Directeur Vance. »
« Directeur Jones. »
« Je n'ai pas eu connaissance du véritable motif de cette entrevue, Léon. Si vous vouliez bien m'expliquer le sujet de votre appel. »
Vance s'avança en face de l'écran, prêt à s'exécuter lorsque Gibbs le devança d'un air impatient.
« Il se trouve, Directeur Jones, qu'au cours de notre toute dernière enquête, nous avons fait la connaissance d'une personne en lien avec votre agence. »
L'ex-Marine y avait été plutôt mollo, il se retenait. Vance et Fornell l'avaient déjà vu plus impoli face à des personnalités plus haut placées. Mais cela ne l'empêcha pas de recevoir un regard d'avertissement de la part de son supérieur.
« Une personne en lien avec le MI6 ? », répéta l'Anglaise. « Il ne me semblait pas qu'un de nos agents était en mission en ce moment à Washington. »
Elle avait l'air sincèrement surprise. Pour le moment, Gibbs lui accordait encore le bénéfice du doute. Puis il se dit que cela risquait fort de changer, et ce dans un temps extrêmement court.
« Je n'ai pas dit qu'il s'agissait d'un de vos agents, Madame le Directeur. En fait, je parle d'un adolescent de quinze ans. »
Cette fois, l'ex-Marine discerna le furtif changement dans l'expression du visage de la femme, à peine perceptible une ou deux secondes plus tard.
Il devait bien lui reconnaître qu'à aucun moment, elle ne s'était retournée vers Vance, même si celui-ci était connu pour être très diplomate.
« Dites toujours. », lui répondit-elle en le regardant droit dans les yeux.
Elle lui faisait passer un message : 'Vous ne m'intimidez pas'. Et bien, il pressentait que cela changerait rapidement.
« Alex Rider. »
Sa voix était sèche mais là encore, Gibbs se contenait. Peut-être plus pour longtemps, sûrement même, lorsqu'il vit l'air résigné du directeur des Opérations Spéciales britanniques. C'était l'air de quelqu'un qui s'apprête, contre son gré, à avouer une faute grave. Gibbs le reconnaissait pour l'avoir vu sur de nombreux criminels avant qu'ils ne craquent. Le nom ne lui était pas inconnu, loin de là.
« Nous vous écoutons, directeur Jones. »
Le ton était courtois. Ce qui n'était pas inhabituel chez Vance. Le Directeur du NCIS cherchait à rester prudent, surtout lorsqu'il s'engageait en terrain miné, comme dans les relations diplomatiques. Par ailleurs, le regard qu'il lança à Gibbs était, cette fois-ci, franchement noir.
« Le MI6 a en effet traité avec Alex Rider. », commença Tulipe Jones d'un ton prudent.
« Traité ? Avec un enfant ? De quelles manières ? », gronda Gibbs, qui semblait prêt à lui sauter à la gorge.
« Vous voulez dire qu'il s'agit d'un criminel ? », interrompit Vance.
« Pas exactement. »
La femme avait à présent un air gêné qui ne plaisait définitivement pas à Gibbs.
« Soyez plus claire, Jones. »
Il s'agissait là d'un véritable affront. Même Fornell et McGee avaient le sentiment que Vance était prêt à expulser l'ex-Marine de la pièce pour insubordination mais le directeur du NCIS se contenta finalement d'un regard orageux dans sa direction.
Pendant ce temps-là, Tulipe Jones donnait ses explications après avoir repris une certaine contenance.
« Je suis désolée, mais il s'agit de secrets d'Etat britanniques. En réalité, cela dépasse même mon pouvoir, agent Gibbs. », répondit le directeur du MI6 avec un air compréhensif inexplicable. « D'ailleurs, Alex Rider a signé l'Acte du Secret Officiel. Il ne peut rien vous dire, lui non plus. »
« Vous avez menacé un enfant ? », questionna Gibbs dont la voix dégoulinait de dégoût.
De la part de ces gens, plus rien ne l'étonnait mais cela ne signifiait pas pour autant qu'il cautionnait ces actes. Bien au contraire. Il n'avait jamais accepté que l'on puisse faire du mal à un enfant, quel qu'il soit.
« Ce n'est pas cela, agent Gibbs. Si vous arrivez à amener le garçon à se confier à vous, le MI6 passera sur le serment de silence. Mais je reste convaincue qu'Alex Rider aura du mal à vous parler de lui-même. »
Vance s'avança alors, requérant une nouvelle fois leur attention.
« En aurait-il parlé à sa famille adoptive ? Pourrait-ce être la raison pour laquelle ils ont été tués ? »
En entendant cette question, le visage de l'Anglaise se décomposa carrément.
