Chapitre 7 : L'intrus

Note : Une attente un peu plus longue que prévue pour la publication, j'en suis désolée. Je viens de perdre ma grand-mère, l'enterrement était la semaine dernière. J'ai eu du mal de m'y remettre alors il se peut que les prochaines updates ne soient pas très régulières. Il y a des jours avec et des jours sans.

Je vous remercie de votre compréhension.

Guepard54

AR/NCIS

Tobias Fornell était rentré chez lui vers quatre heures du matin. Les recherches lancées par Gibbs concernant Alex Rider n'avaient rien données, malgré les efforts conjoints du NCIS et du FBI. Fornell avait donc décidé de rentrer chez lui, d'autant plus qu'il avait la garde de sa fille cette semaine et ne voulait pas la laisser trop longtemps toute seule.

Pour le moment, l'agent du FBI était tranquillement installé dans sa cuisine, attablé devant un sandwich. Soudain, il se figea un instant, croyant entendre trifouiller à l'étage. Mais il n'entendit plus rien la seconde suivante et se dit qu'il avait sûrement rêvé.

Deux minutes plus tard, il sourit en entendant la porte de la chambre d'Elisa s'ouvrir et ses petits pas précipités qui se dirigeaient vers la salle de bain. Elle avait du l'entendre rentrer et cela la rassurait.

Un court moment plus tard, il perçut la terreur dans sa voix tandis qu'elle criait.

« Papa ! Papa ! »

Fornell se précipita à l'étage, son arme de service au poing, prêt à défendre chèrement la vie de sa fille unique. Arrivé sur le seuil de la pièce, il se figea.

Face à la fillette se trouvait Alex Rider. Le jeune homme, affalé contre le mur, était en piteux état. Des contusions marquaient son visage très pâle et sa respiration était sifflante.

Fornell l'observa un instant avant de demander la première chose qu'il lui vint à l'esprit.

« Par où es-tu rentré ? »

Epuisé, le jeune homme montra la fenêtre ouverte avec son bras gauche. Levant ce dernier, il découvrit son côté et Fornell aperçut alors la plaie béante, sans aucun doute causée par une arme de gros calibre et par laquelle s'échappait une quantité impressionnante de sang.

Le garçon leva son regard sur Tobias et énonça d'une voix hachée par la douleur :

« Voulais pas…f-faire de mal… juste pou-pour me… me soigner. »

L'agent du FBI comprit que l'adolescent tenait à le rassurer sur ses intentions mais guettait l'arme encore dans la main de ce dernier. L'adulte se tourna alors vers sa fille, un air rassurant sur le visage.

« Elisa, ma chérie, va vite te recoucher s'il te plait. Papa a la situation bien en main. »

Sa fille lui jeta un regard hésitant, pas tout à fait rassurée de laisser son père avec l'inconnu, avant de finalement s'exécuter sans un mot de plus.

Dès qu'elle fut sortie de la pièce, Fornell soupira. Que pouvait-il bien faire de l'adolescent blessé ? Comment s'était-il retrouvé dans cet état ? Et, plus important, qui était vraiment Alex Rider ?

Il jeta un nouveau coup d'œil au jeune homme qui le fixait avec un mélange de crainte et de résignation. Il se demandait sûrement quel sort l'agent du FBI allait-il lui réserver. Il est vrai que celui-ci était encore indécis.

Tout d'un coup, l'homme se rendit compte qu'à côté de l'adolescent se trouvait un kit de premiers secours. Rider disait donc la vérité. Et au vu de la quantité de sang perdue, il avait besoin de soins et vite. D'ailleurs, il vit le jeune homme dodeliner de la tête, prêt à s'évanouir.

« Non, tu restes avec moi… Reste éveillé. »

Fornell lui tapota les joues, sentant la panique le gagner. Que faire ? Finalement, il composa le premier numéro qui lui vint à l'esprit en espérant que Leroy Jethro Gibbs décroche rapidement.

AR/NCIS

Le dit Jethro Gibbs était rentré passablement énervé à l'agence. Ils avaient fouillé toute la ville pendant de longues heures à la recherche du jeune Alex Rider. Rien. Pas même une trace. Le garçon s'était comme volatilisé. Ils étaient tous revenus bredouilles et fatigués. Gibbs avait renvoyé Tony, Ziva et McGee chez eux avant de remonter à son bureau.

Au moment précis où il y arrivait, son portable vibra discrètement. Il reconnut instantanément le numéro affiché.

« Que voulez-vous, Tobias ? Nous venons à peine de nous quitter. », lui dit-il d'une voix lasse.

« Figurez-vous, Jethro, que nos recherches étaient inutiles. », lui répondit l'agent du FBI.

Gibbs crut déceler une pointe de stress dans la voix de son ami mais n'y fit pas attention sur le moment.

« Vous m'appelez exprès pour me dire cela ? Je suis trop fatigué pour entendre ce genre de bêtises, Fornell, réessayez demain matin. »

« D'ici là, il sera peut-être trop tard. Mais vous serez peut-être intéressé par ceci : je viens de trouver un Alex Rider blessé dans ma salle de bains. »

Gibbs comprit alors d'où venait l'angoisse de l'agent du FBI. Lui-même se leva avec brusquerie.

« Vous plaisantez, Tobias ? »

« Absolument pas, Jethro. Il est en train de se vider de tout son sang sur mon carrelage. Pouvez-vous venir le plus rapidement possible chez moi ? Et si vous pouviez ramener également le docteur Mallard, je vous en serai gré. »

« J'arrive immédiatement. »

Gibbs raccrocha puis se dirigea vers l'ascenseur, rasséréné. Il prit la direction de la salle d'autopsie d'un pas déterminé et entra aussitôt. Le médecin-légiste était en plein rangement et Jimmy Palmer était parti depuis longtemps.

« Ducky, il faut absolument que tu m'accompagnes chez Fornell. Alex Rider a débarqué chez lui, en sang. »

Son vieil ami fronça les sourcils avant d'acquiescer lentement.

« Je te suis, Jethro. »

Il avait commencé à pleuvoir lorsque les deux hommes se garèrent finalement devant chez Fornell. Les deux hommes eurent à peine le temps de sortir de la voiture que la porte de la maison s'ouvrit, avec Fornell sur le seuil.

« Ah, Jethro, merci d'être venu si vite. »

« Où est-il ? », dit directement Gibbs en entrant, Ducky sur ses talons.

« Toujours là-haut, dans ma salle de bains. », répondit Tobias en les guidant vers ladite pièce. « Je n'ai pas osé le déplacer avant de le faire examiner, Docteur Mallard. », ajouta-t-il en coulant un regard vers le médecin-légiste.

« Vous avez très bien fait, Agent Fornell. », le rassura celui-ci.

Pendant ce temps, les trois hommes avaient atteint la salle de bains. Gibbs s'arrêta alors sur le pas de la porte, choqué par la vue qui se présentait à lui. L'adolescent aux yeux bruns et aux cheveux blond cendré était étendu par terre, la tête penchée en arrière, la respiration sifflante. L'ex-Marine repéra tout de suite ce qui avait affolé Fornell. On voyait distinctement du sang s'écouler à flots de la plaie sanglante que le jeune homme portait au côté gauche.

Alex Rider devait souffrir atrocement, pourtant les trois hommes ne purent s'empêcher de remarquer que cela se lisait peu sur son visage.

Gibbs s'agenouilla à ses côtés et posa une main sur son épaule. Pendant un moment, le gamin le fixa avec un regard de bête traquée puis sembla comprendre que l'agent était là pour l'aider.

C'est alors que Ducky s'avança doucement pour examiner la blessure.

« Cela ressemble à un tir de gros calibre, Jethro. Il vaudrait peut-être mieux le conduire à l'hôpital le plus proche. »

Cela fit instantanément réagir le gosse. Il parla d'une voix forte mais saccadée.

« N-non ! Je vous-vous en supplie. Pas l'hô-pi-tal, t-trop dange-reux. »

Sur ce, Gibbs et Fornell échangèrent un regard. De son côté, paniqué à l'idée de ne pas se faire comprendre, l'adolescent essaya de se redresser d'un air stressé. Gibbs lui posa une main rassurante sur la poitrine.

« Ne bouges pas. Nous devons d'abord te soigner. Je pense que mon ami Ducky, ici présent, va pouvoir t'aider. », expliqua l'ex-Marine d'un ton qu'il espérait rassurant.

Ce dernier ne savait pas encore exactement quels ennuis avait le jeune Alex Rider mais, au fond de lui, Gibbs avait tout de suite ressenti de la compassion pour le jeune homme. Il voulait vraiment l'aider mais n'était pas sûr que celui-ci le laisse faire. Il avait l'air trop têtu et habitué à se débrouiller tout seul, même face à de réels problèmes.

Mais après tout, Leroy Jethro Gibbs n'était pas quelqu'un qui abandonnait à la moindre difficulté, son équipe pouvait le confirmer. S'il le fallait, l'agent expérimenté était prêt à briser le carcan dont s'entourait en permanence Alex Rider et à tout faire pour l'aider, y compris malgré lui.

Gibbs concentra à nouveau son attention sur la situation présente lorsqu'il entendit le blessé s'adresser à Ducky.

« Médecin ? »

« Médecin-légiste en vérité, mon garçon. Je dois t'avouer que j'ai plus l'habitude de 'soigner' les morts. », fit Ducky en riant avec légèreté.

Gibbs remarqua que son ami tentait d'amadouer le garçon, ce qu'il réussit en partie au vu du petit sourire douloureux dont le garçon gratifia le docteur.

Un instant plus tard, tandis que le vieil homme examinait la blessure, Alex poussa un sifflement de douleur.

« Ne le bougez surtout pas. », indiqua Ducky aux deux agents. « Je vais commencer par retirer la balle. »

Il se tourna alors vers Alex avec un air franchement désolé.

« Je ne vais pas pouvoir t'anesthésier. Dans ton état, tu risquerais de ne plus te réveiller. »

Alex acquiesça d'un air grave avant de saisir le premier objet venu à serrer dans sa main pour contrôler sa douleur.

Le voyant, Gibbs lui proposa alors sa propre main mais le garçon, fier, la dédaigna avant de détourner la tête. L'ex-Marine ne pouvait qu'admirer son courage, surtout à un moment aussi critique.

Ducky travailla le plus rapidement possible mais, plus important, tout en douceur. Il retira la balle, qui avait l'air de provenir d'un Beretta de gros calibre. Le sang s'écoula alors encore plus vite de la plaie béante. S'il ne faisait pas attention, l'adolescent risquait de faire une hémorragie. D'ailleurs, il ne tarda pas à tomber dans l'inconscience. Fornell et Gibbs se précipitèrent pour tenter de le réanimer mais le vieux médecin tendit les mains en signe d'apaisement.

« Ne vous inquiétez pas. Maintenant que j'ai retiré la balle, je vais refermer. A ce stade, l'inconscience lui sera plutôt bénéfique.

Il sortit donc son fil et son aiguille chirurgicale et entreprit sa besogne avec application. Le garçon ne se réveilla pas. Lorsque Ducky eut fini, il prit la tension, ainsi que la température du blessé. La première était bonne, mais la seconde était à surveiller, l'adolescent ayant apparemment monté à plus de quarante degrés pendant la nuit.

Ils l'installèrent dans l'unique chambre dont disposait Fornell en dehors de celle de sa fille, c'est-à-dire la sienne propre.

Ducky resta au chevet du gamin, tandis que les deux agents se retrouvèrent, silencieux, devant une tasse de café fort. Gibbs fut le premier à briser le silence.

« Je ne sais pas si vous êtes au courant de nos dernières découvertes, Tobias ? »

« Vous voulez dire le hacking que votre équipe a perpétré sur des programmes de haute sécurité britanniques ? »

Mais son vis-à-vis n'eut pas l'air d'entendre l'ironie dans sa question, trop perdu dans ses pensées.

« Quels liens peut bien avoir un gosse de quinze ans avec des services secrets, Tobias ? », demanda Gibbs d'un air las.

L'agent du FBI fronça les sourcils avec perplexité.

« Que voulez-vous dire ? »

« Alex Rider et le MI6 ne sont pas des inconnus l'un pour l'autre ! »

« Que lui veut le MI6 ? », lança Fornell, d'un air abasourdi.

« C'est justement la réponse que je cherche, Tobias. Mais le principal intéressé est plutôt réticent à parler jusqu'à présent. Je peux sentir qu'il a besoin d'aide mais je ne peux tout de même pas le forcer. Il a quinze ans, mais parfois on a l'impression qu'il en a dix de plus. »

« Je ne sais pas, Jethro. », soupira son ami. « Mais ce que je peux dire, c'est que tu t'en es toujours bien sorti avec les enfants. »

« Je ne suis pas sûr qu'Alex Rider puisse être considéré comme un enfant, ni même comme un adolescent. Tu connais beaucoup d'adolescents poursuivis par une organisation criminelle ? »

Ces derniers mots interpellèrent l'agent du FBI.

« Une organisation ? Laquelle ? »

« Scorpia ? Tu connais ? », fit Gibbs tout en lui jetant un coup d'œil intéressé.

Tout d'un coup, l'homme las était redevenu l'agent expérimenté. Il porta alors un regard très concentré sur son interlocuteur, comme s'il buvait ses paroles.

« En effet. Ils sont très fichés, par beaucoup d'organismes nationaux et internationaux. Scorpia verse dans le banditisme de très grande envergure. Ils travaillent ainsi aussi bien pour des psychopathes que des gouvernements officiels. Leur motif premier, c'est l'argent. Mais quel est le rapport avec Alex Rider ? »

Gibbs se demanda un instant s'il devait tout lui expliquer. Mais après tout, Tobias était un ami de longue date et il savait qu'il pouvait compter sur lui. Alex Rider aurait besoin de tout le soutien possible et celui d'agents fédéraux officiels ne pouvait pas faire de mal dans le cas présent.

L'ex-Marine en était là dans ses réflexions lorsqu'avant même qu'il ait pu répondre à la question, Ducky vint les prévenir que l'adolescent était enfin réveillé.

Il se leva aussitôt en direction de la chambre du blessé. Il ne voulait pas faire peur au garçon et risquer de le voir se renfermer sur lui-même comme un escargot dans sa coquille, mais avant toute chose, il avait besoin de réponses.