Chapitre 8 : Découvertes stupéfiantes

Note : Ne vous inquiétez pas, je n'abandonne pas 'Le Cœur a ses raisons…'. Simplement, en ce moment, j'ai plus d'idées pour celle-ci.

Bonne Lecture,

Guepard54

AR/NCIS

Alex Rider était bien réveillé et s'était redressé en position assise lorsque Gibbs entra dans la pièce. Il n'avait pas vraiment les yeux dans le vague, malgré les doses de morphine que lui avait administrées Ducky, pour lutter contre la douleur.

Gibbs s'assit sur le bout du lit pour lui faire face.

« Posez vos questions. », exigea brutalement l'adolescent d'une voix amer. Encore une fois, il semblait complètement résigné.

« Tu vas mieux ? », demanda cependant l'ex-Marine avec sincérité.

Pourtant le garçon n'en démordit pas.

« Vous êtes curieux à propos du MI6 ? »

Gibbs soupira avant d'acquiescer doucement. S'il voulait que le garçon coopère, autant aller dans son sens. Il l'invita d'un geste à poursuivre.

« Vous avez posé vos questions au MI6. »

Il s'agissait plus d'une affirmation que d'une question, se dit Gibbs. Le gamin avait l'air extrêmement intuitif pour son âge. Comprenant qu'il serait difficile de lui mentir et n'en voyant d'ailleurs pas l'intérêt sur ce point, il choisit donc d'entrer dans le vif du sujet.

« Le NCIS a en effet pris contact avec une femme qui semblait de connaître : une certaine Tulipe Jones. Ce nom te rappelle-t-il quelque chose ? »

Alex Rider eut un rictus.

« Plus qu'un peu. »

Face à son attitude amèrement ironique, Gibbs se sentait de plus en plus mal à l'aise. Il avait l'impression qu'il allait déterrer un secret plus dangereux que précieux.

Soudain, l'expression sur le visage du jeune homme devint plus déterminée et Gibbs le vit prendre une grande inspiration.

« Mes parents sont morts lorsque j'étais bébé. Il y a plus d'un an et demi, mon oncle est mort à son tour. Officiellement, un accident de voiture. », à ce moment, le visage du garçon se tordit une fois de plus en un rictus ironique. « Drôle d'accident, avec tout un côté perforé d'impacts de balles. »

A ces mots, Gibbs haussa un sourcil surpris.

« Un meurtre ? Quel métier exerçait ton oncle ? »

« Là encore, il travaillait officiellement pour une banque internationale et voyageait très souvent pour se rendre à des congrès à l'autre bout du monde. J'ai appris peu de temps après sa mort qu'il était en réalité un agent de terrain pour le compte du MI6. »

« Un espion ? »

Nouveau mouvement de tête positif. Voilà qui expliquait quelque peu comment le Directeur du MI6 connaissait Alex Rider.

Gibbs se rendit tout d'un coup compte que le gamin racontait tout sur un ton monocorde, sans aucune émotion. Un peu comme s'il était devenu plus que blasé de tous ces secrets invraisemblables. En outre, il parlait de la mort de gens qu'il avait sans douter aimés comme si cela ne pouvait plus l'atteindre, comme s'il n'arrivait plus vraiment à en tirer du chagrin.

Alex continua son histoire, toujours sur le même ton.

« Peu après l'enterrement de Ian, le MI6 est venu me trouver. Le directeur à l'époque Alan Blunt et son adjointe Tulipe Jones voulaient que je finisse la mission pendant laquelle mon oncle avait été tué. »

Cela estomaqua littéralement l'ex-Marine. Le culot de ces agents ! Ils avaient voulu envoyer un gamin, à peine sorti du deuil, à la mort. Pour Gibbs, ils méritaient au minimum d'être traduits devant une cour martiale.

« Que leur as-tu répondu ? », questionna-t-il doucement.

« A quatorze ans ? 'Non', bien sûr. Mais je les avais sous-estimés. Ce genre de personne ne se contente pas d'un 'non' pour réponse. Ils m'ont alors menacé et fait du chantage : mes services contre le fait de ne pas voir ma gardienne et seule amie adulte reconduite à la frontière pour manque de visa et de ne pas être moi-même placé dans un orphelinat. Jack me gardait et habitait chez nous depuis neuf ans. », précisa Alex.

Une sorte de grondement échappa à Gibbs. C'était au-delà de tout ce qu'il aurait pu imaginer.

Il ne reconnut même pas sa propre voix, inhabituellement blanche, lorsqu'il passa à la question suivante.

« Comment as-tu survécu à ta mission ? »

L'adolescent haussa les épaules, impassible.

« Un coup de chance. Cela m'a bien servi par la suite. Officiellement, neuf coups de chance. Mais cette chance a toujours eu un prix. », rajouta Alex en détournant les yeux.

« Tu as effectué neuf missions ? En un an ? »

Le gamin hocha la tête, un air désintéressé sur le visage, comme s'il n'avait pas risqué sa vie neuf fois, comme si son enfance n'avait pas été jetée par la fenêtre. Ces gens l'avaient moralement massacré.

Sous l'effet de la colère, Gibbs ne put se retenir plus longtemps et sortit en claquant la porte. Il retourna machinalement dans la cuisine où se trouvait toujours Fornell. Ce dernier l'observa tourner comme un lion en cage d'un air très inquiet.

« Jethro ? Vous m'expliquez ? Que vous a dit Alex Rider ? »

« Alex Rider n'est sûrement pas un criminel, Tobias, c'est tout le contraire ! », lui répondit l'ex-Marine d'une voix stressée.

Tobias décida qu'il valait mieux laisser le temps à son vieil ami de se reprendre. Ce qu'il fit en prenant une profonde inspiration, avant de lui faire part de ses toutes dernières informations.

« Alex Rider n'a pas de parents et le dernier membre de sa famille, son oncle Ian Rider, est mort alors qu'il avait à peine quatorze ans. C'est alors que le MI6 lui a fait du chantage pour qu'il remplisse neuf missions pour eux, en un an. Le gosse a eu de la chance d'en ressortir vivant. »

Mais Fornell paraissait dubitatif.

« Vous êtes absolument sûr qu'il vous a dit la vérité ? Comment savoir s'il n'a pas inventé cette histoire abracadabrante pour mieux vous amadouer, Jethro ? »

L'ex-Marine allait répondre furieusement lorsqu'ils entendirent du bruit derrière eux. Alex Rider se trouvait là, appuyé contre le chambranle de la porte de cuisine, légèrement chancelant. Le gamin avait tout de même réussi à descendre l'escalier seul et sans un cri.

Il se tourna vers Fornell en soulevant son t-shirt, révélant une relativement ancienne et fine cicatrice, un millimètre en dessous du cœur.

« Je pense qu'en tant qu'agent du FBI vous savez reconnaître une blessure par balle. », fit Alex, de ce ton toujours ironique.

Mais les deux hommes ne s'en formalisèrent pas et s'approchèrent afin de mieux voir la blessure, concentrés.

Gibbs fut le premier des deux à réagir à haute voix.

« Et les cicatrices sur tes bras et tes jambes ? »

L'ex-Marine montra les dits membres que laissaient voir le short et le t-shirt.

Le jeune espion le regarda droit dans les yeux.

« Mon avant-dernière mission au Kenya. Brûlures au troisième degré. »

Les deux agents fédéraux échangèrent un regard choqué. Ils ne savaient pas ce qui les horrifiait le plus : ce que racontait le garçon ou qu'il le dise d'un ton vide avec les yeux fixés sur le néant. Il paraissait beaucoup plus vieux que ses quinze ans, se dit Fornell, même débarrassé du sang ou sans son revolver.

Se pouvait-il qu'il dise la vérité ? Avec toutes ses années passées en tant qu'agent fédéral américain, Tobias devait bien reconnaître que certains de ses supérieurs n'avaient pas toujours une bonne éthique.

Mais qu'avait Alex Rider de si particulier pour que le MI6 s'intéresse à lui ? Il décida de poser la question au garçon dont le regard s'assombrit aussitôt. Néanmoins, celui-ci lui répondit, malgré les mauvais souvenirs qui semblaient danser dans ses yeux.

« Quand mon oncle est mort, j'ai découvert que toute mon enfance n'avait été qu'un entraînement, une formation pour faire de moi un espion. J'adore le sport et Ian m'a fait goûter à tout, mais aussi pousser à apprendre différentes langues étrangères, des techniques de combat et de survie. Croyez-moi, j'aurai préféré que rien de tout cela n'arrive et rester un adolescent ordinaire. A la place, pendant un an, je loupais l'école régulièrement et devenais de plus en plus un marginal pour mes camarades. Et le pire, c'est que je ne pouvais rien faire pour sortir de la route que mon propre oncle avait tracée pour moi. »

Il y avait tant de rancœur dans la voix du jeune homme que Gibbs se sentit un peu obligé de défendre l'oncle en question. Néanmoins, cela ne voulait pas dire que l'homme n'était pas responsable de tout le chaos au centre duquel s'était retrouvé son neveu après sa mort. Simplement, cela ferait plus de mal que de bien sur le long terme si Alex continuait d'en vouloir à l'homme qui l'avait malgré tout élevé.

C'est pourquoi il intervint d'un ton calme et serein.

« Ce n'est pas pour autant que ton oncle ne t'aimait pas, Alex. »

Fornell lui lança un regard en coin, amusé. Il avait bien dit que l'ex-Marine trouvait souvent les mots justes avec les enfants.

Quant au principal intéressé, il ne fit montre d'aucune réaction. Cependant, Gibbs remarqua qu'il prenait grand soin de garder son attention fixée sur l'agent du FBI et d'éviter le regard de l'ex-Marine. Ce dernier pensa voir un éclair de douleur passer dans les yeux bruns. Mais pas sous le coup de la douleur physique, cette fois. Le souvenir de l'oncle devait être un problème sur lequel le jeune homme ne souhaitait pas s'appesantir. Cela se confirma lorsqu'Alex persista à fuir son regard.

De son côté, Fornell n'avait pas fini l'interrogatoire improvisé.

« Le soir où nous t'avons interpellé, tu as tué un homme avec un Smith & Wesson. La plupart des balles ont touché des zones vitales. Qui t'as appris à tirer si bien ? »

L'adolescent blond baissa un instant la tête, avant de la relever une lueur ironique dans le regard.

« Le MI6 a trouvé que je suis assez vieux pour aller me faire tuer mais trop jeune pour me servir d'une arme à feu. »

« Dans ce cas, qui t'as donc appris ? », insista l'agent du FBI.

Le garçon ne répondit pas. Encore un secret. Mais les deux adultes n'eurent pas l'occasion de découvrir celui-là puisqu'au moment même, Ducky débarqua dans la cuisine.

En effet, il s'était finalement endormi au chevet de son patient et ne l'avait nullement entendu se lever.

Il les regarda tous les trois d'un air un peu sonné avant de se reprendre et de se tourner vers son patient pour le gronder gentiment.

« Tu ne devrais pas être debout, mon garçon. Il me semble que Jethro, », il désigna Gibbs « a l'intention de te ramener chez lui, ce matin. Tu n'as qu'à aller te recoucher en attendant. »

L'adolescent sembla un instant prêt à discuter, avant d'observer silencieusement les trois hommes et de finalement retourner dans sa chambre.

Dès qu'il eut quitté la cuisine, le médecin-légiste sermonna les deux agents comme des gamins.

« Vous n'auriez pas dû le laisser faire. Un homme, et à plus forte raison un adolescent dans son état doit absolument se reposer. Tu l'emmènes chez toi, Jethro, n'est-ce pas ? Il n'a vraiment pas besoin de stress supplémentaire. »

Gibbs acquiesça tout en se tournant vers Fornell.

« Si vous voulez bien, Tobias, je dois aller arranger quelques petites choses chez moi avant de pouvoir y accueillir Alex. Cela ne vous dérange pas si je le laisse chez vous une ou deux heures de plus ? »

« Aucun souci, Gibbs. Par ailleurs, je vous fais confiance pour me faire parvenir les moindres nouveautés dans cette enquête ? » s'enquit Fornell d'un ton assuré.

Les deux fédéraux se mirent d'accord puis Gibbs repartit rapidement chez lui avant que ce ne soit l'heure de repartir à l'agence. Il reviendrait alors rechercher l'adolescent. Il songea que le garçon avait vraiment besoin de stabilité après tout ce qu'il avait vécu, d'un environnement sain.

Ce fut ainsi presque avec enthousiasme que Gibbs commença à préparer sa chambre d'invité.

AR/NCIS

Pendant ce temps, après une nuit courte et mouvementée, Tony, Ziva et McGee revenaient à l'agence et reprenaient le cours de leur enquête.

Aucun n'avait beaucoup dormi cette nuit-là. Le terme nuit blanche serait d'ailleurs plus approprié. En effet, si suite au message de Gibbs, qui leur annonçait qu'Alex Rider avait été retrouvé, les agents avaient pu rentrer tranquillement, le Directeur Vance les avait rappelés peu de temps après.

Leur nouvelle tâche était de repérer des clients ou même des membres de Scorpia, afin de pouvoir en interroger quelques-uns, ce qui pourrait être très utile dans la résolution de leur affaire.

Néanmoins, la tâche de départ, essentiellement informatisée, était plutôt laborieuse et les trois amis tombaient littéralement de sommeil.

« Je propose que McGénie, puisqu'il s'agit de son domaine favori, s'en occupe tout seul. », se plaignit pour la centième fois Tony. « C'est vrai, quoi, Ziva ! Toi et moi sommes des hommes de terrain, l'inactivité nous rend au contraire inefficaces. »

L'intéressée ne releva même pas et changea carrément de sujet.

« Toujours pas de nouvelles de Gibbs ? »

« Ne t'inquiètes pas, Ziva-ah. S'il avait besoin d'aide, il nous aurait très certainement appelés. Personnellement, je suis plus intéressé sur ce qu'il a à nous apprendre sur cet Alex Rider. »

« C'est un gamin de quinze ans, Tony, alors arrêtes de t'imaginer trop de choses. Tu regardes beaucoup trop de films. », conclut sagement McGee.

« L'agent McGee a entièrement raison, agent Dinozzo. », intervint leur directeur Léon Vance, qui venait d'arriver à leur niveau. « Reprenez simplement pied avec la réalité, vous n'en serez que plus efficace. »

« Oui, Directeur. », se plia à regret Tony, tandis que Ziva et McGee riaient de concert. Cependant, le directeur continua sur un ton sérieux.

« Je suis ici pour vous faire passer un message. Vous allez vous rendre dans un entrepôt suspect figurant sur votre liste afin d'interpeller les suspects nécessaires. Voici vos mandats de perquisition. »

Il leur tendit quelques papiers d'un air grave.

« Nous n'attendons pas Gibbs, Directeur ? », s'étonna McGee. Et au vu de leurs expressions, Tony et Ziva partageaient la même opinion.

« Ne vous inquiétez pas, l'agent Gibbs arrive. », commença soudain une voix plus jeune derrière eux, coupant ainsi l'herbe sous le pied de Vance.

Les coéquipiers de l'ex-Marine se retournèrent d'un même mouvement pour se retrouver tout à coup, face à… Alex Rider.