Chapitre 14 : Impasses

Après une bonne nuit de sommeil, tout du moins meilleure que la précédente, Leroy Jethro Gibbs était présentement en train de se préparer son premier café du matin.

A l'étage, il entendit quelques bruits sourds dans la chambre où dormait Alex. Le gamin avait l'air d'être un lève-tôt et cela tombait plutôt bien ce matin-là. En effet, ce samedi, Gibbs avait prévu de se rendre chez Fornell pour discuter avec lui du cours de l'enquête et l'ex-Marine voulait demander au garçon s'il souhaitait venir avec lui ou rester ici. D'autant que le jeune homme n'avait pour l'instant que très peu d'affaires et pas grand-chose pour s'occuper.

Gibbs prévoyait d'ailleurs d'aller chercher les affaires dans la maison qui avait hébergé les Pleasure durant leurs vacances à Washington. Un peu plus tard, il devrait également discuter de ce que le garçon comptait faire à présent : s'émanciper (il avait presque 16 ans) ou se choisir un nouveau gardien. Et que faire également avec la résidence principale et les biens de la famille Pleasure à San Francisco. Après tout, même adopté, Alex était leur héritier. Mais ils se préoccuperaient de toutes ces questions plus tard.

Des pas légers retentirent dans l'escalier au moment où Gibbs se servait une deuxième tasse.

« Bonjour, Alex. »

Le gamin lui adressa un mince sourire avant de hocher franchement la tête en guise de salutation.

« Gibbs. »

L'homme en fut satisfait. Alex semblait sortir de plus en plus de sa carapace, tout du moins avec lui et c'était bon signe.

« Alex, je dois me rendre chez Fornell, ce matin, tu préfèrerais m'accompagner ou rester ici ? Je rentrerai pour manger avec toi, ce midi. »

Le garçon blond réfléchit un instant. Ce n'est pas tellement qu'il appréhendait de revoir Tobias Fornell, mais les deux fédéraux allaient sans doute discuter de l'enquête tout en faisant leur possible pour le maintenir à l'écart.

Alors, franchement, cela ne lui disait rien du tout. Il préférait rester ici et d'ailleurs il avait déjà prévu de quoi s'occuper.

Leroy Jethro Gibbs semblait manger en permanence sur le pouce et n'avait pratiquement rien dans son réfrigérateur. Alex avait repéré une épicerie à moins de vingt minutes de la maison et comptait essayer (il était loin d'être un expert en cuisine) de lui préparer une Steak & Kidney Pie. Il voulait ainsi remercier l'homme pour sa bienveillance qui l'avait poussé à héberger Alex chez lui.

« Je préfèrerais rester ici, ce matin. »

L'homme l'étudia un moment avant d'acquiescer tranquillement.

« Tu sauras comment t'occuper ? Au cas où tu n'aurais pas remarqué, je n'ai pas la télévision. »

« Ce n'est pas grave, ne vous inquiétez pas pour moi. Et de toute façon, je ne regarde jamais la télé. »

L'homme acquiesça une nouvelle fois avant de se lever et de lui tendre un trousseau de clés.

« N'hésite pas à sortir faire un tour si tu veux mais sois prudent. »

L'homme marqua une pause avant d'aller chercher un revolver déjà chargé. Il s'agissait d'un Colt, une marque typiquement américaine.

« Il est rempli, dix munitions. Je suppose que tu sauras t'en servir, avec prudence. »

Gibbs vit que le gamin hésitait visiblement à prendre l'arme et il le regarda droit dans les yeux.

« Je te fais pleinement conscience, je sais que tu ne l'utiliseras pas à la légère. Et puis il s'agit d'une simple mesure de sécurité, je préfère que tu ne retournes pas à l'hôpital sous ma garde. », conclut-il dans un petit sourire.

Cela sembla décrisper le garçon qui prit alors l'arme et la rangea à sa ceinture.

« Bon j'y vais. Tu as mon numéro de portable ? Tu sais que tu peux m'appeler à tout moment. »

Alex lui répondit qu'il disposait de tout ce dont il avait besoin et Gibbs prit la route, assez détendu. Il doutait que Scorpia ne passe de si tôt à l'attaque.

AR/NCIS

Lorsqu'Abby se réveilla, ses souvenirs mirent un moment à lui revenir.

Gibbs l'avait déposée à la gare où elle avait pris le train pour Philadelphie. A son arrivée, elle se souvenait être montée dans un taxi où elle s'était endormie rapidement. Endormie dans un taxi… C'était d'autant plus étrange qu'Abby avait souvent du mal à s'endormir n'importe où.

Arrivée à ce stade du raisonnement, elle regarda autour d'elle et comprit rapidement qu'elle n'était pas dans sa chambre d'hôtel au NewPort. Le mince matelas sur lequel elle était allongée recouvrait un lit de camp en métal qui grinçait à chacun de ses mouvements. La pièce, qui ressemblait plus à une cellule maintenant qu'elle y pensait, était plutôt petite, délabrée et très mal éclairée. Elle ne parvenait qu'à voir la porte, où plus exactement la grille, et à distinguer, à l'opposé de là où elle était, un deuxième lit de camp.

D'ailleurs, ce dernier se mit à grincer et la jeune femme réalisa qu'elle n'était pas seule. Elle se recroquevilla sur son lit de fortune, en alerte.

Puis la voix qui résonna dans la pièce silencieuse la surprit.

« Il y a quelqu'un ? Où est-ce qu'on est ? »

La voix jeune et claire, qu'elle reconnût immédiatement, la fit sursauter. Elle était enfermée avec Elisa, la fille de Tobias Fornell. Mais pourquoi les avait-on amenées ici et qui était ce 'on' ?

En douceur, elle s'approcha avec précaution de la fillette qui, du fait du peu de lumière, mis un certain temps à la reconnaître.

« Abby, c'est toi ? Pourquoi sommes-nous ici ? »

« Schhh, tout ira bien Elisa, tu vas voir… »

Ces mots, Abby ne les croyait pas elle-même. Au moins tant qu'elle n'aurait absolument aucune idée de la raison de leur présence ici. Elle s'assit sur le bord du lit de fortune et prit la fillette tremblante dans ses bras.

Soudain, un bruit sourd se fit entendre dans le couloir et une lumière s'y alluma. Abby reposa la fillette en larmes pour s'approcher de la grille et regarder ce qui se passait. Elle se rendit alors compte que ce couloir était uniquement composé de cellules identiques à la leur.

Soudain, un bruit métallique retentit précédent deux hommes dont l'un poussait un chariot où se trouvaient des plateaux. Abby tendit l'oreille.

Celui qui ne poussait pas semblait se moquer visiblement de son camarade qui, de son côté, restait impassible.

« Alors toujours réduit à des basses besognes pour essayer de remonter en grâce, n'est-ce-pas ? Tu crois que le Conseil Exécutif va te laisser patauger combien de temps avant de réhabiliter ? De tueur internationalement renommé à babysitter pour prisonniers, çà fait une sacré chute, tu ne crois pas ? »

Tandis que les deux hommes s'approchaient, Abby put mieux observer leurs visages. Celui qui parlait avait le teint mâte et les yeux noirs étaient enfoncés dans leurs orbites. Il était plutôt grand et baraqué et sans doute originaire du Moyen-Orient. Son collègue silencieux au contraire avait le corps svelte d'un danseur de ballet, des cheveux blonds coupés courts et des yeux bleus pâles et glacés.

Il fit signe à la jeune femme de reculer, ce qu'elle fit, avant de pénétrer sans un mot avec les plateaux et de les déposer doucement sans un regard pour aucune des deux prisonnières dans la cellule que son collègue avait déverrouillée.

La jeune gothique se fit la remarque que l'homme blond n'avait pas un libre accès aux cellules, d'où la présence du collègue et ses remarques sarcastiques.

Lorsque l'homme au teint mâte referma la cellule, Abby se jeta presque contre la grille, prenant son courage à deux mains pour demander aux deux hommes qui s'éloignaient déjà:

« Pourquoi nous avoir amenées ici ? Que voulez-vous ? »

L'homme blond ne se retourna pas et continua son chemin mais l'oriental s'arrêta et eut un éclat de rire très sarcastique, avant de prononcer ces mots énigmatiques.

« Tu le sauras en temps voulu et lorsque vous serez au complet. »

Moins d'une minute plus tard, la porte métallique se refermait sur les deux individus et le couloir redevint silencieux.

AR/NCIS

Gibbs était déjà parti depuis plus de deux heures quand Alex revint de la supérette. Il se dépêcha, espérant avoir le temps de fignoler sa surprise avant que l'homme ne revienne.

Le garçon venait de commencer à éplucher les pommes de terre lorsque le bruit d'un vieux téléphone résonna dans la maison silencieuse. Au premier coup de fil, Alex se dit que ce n'était absolument pas ses affaires et laissa sonner. Au deuxième, il hésita un instant avant de se dire que Gibbs avait au moins un répondeur. Au troisième, il se dit qu'il s'agissait peut-être d'une urgence et courut dans le salon décrocher.

La voix à l'autre bout du fil le glaça d'effroi.

« Alex Rider, quel plaisir. », résonna l'accent d'Europe de l'Est de son interlocuteur.

« Comment avez-vous y ce numéro et comment saviez-vous que j'étais ici ? », fut sa première question avant même d'y avoir réfléchi.

Le ton sarcastique de la réponse prouva que son interlocuteur avait suivi ses pensées.

« Scorpia est une organisation très polyvalente, Rider, tu as eu l'occasion de le constater par toi-même. Mais assez perdu de temps. Prends le premier train pour Philadelphie. Un de nos propres véhicules t'attendra à la gare et te conduira jusqu'à Scorpia.»

« Et pourquoi ferais-je cela ? »

Le doute commençait à se former dans l'esprit d'Alex Rider. Zeljan Kurst avait l'air si sûr de lui. Qu'avait donc encore pu inventer Scorpia ? Il sentit qu'il n'allait pas du tout aimer la réponse du Yougoslave et son instinct ne le trompa pas.

« Abby Scuito et Elisa Fornell, ces noms te disent quelque chose ? Elles sont nos invitées depuis quelques heures et j'avais l'impression que cela te ferais plaisir de les revoir une dernière fois. Mais attention Rider, tu dois venir seul où nous les exécutons dès que nous avons vent d'un quelconque renfort. Tu es prévenu. »

L'homme raccrocha avant même d'avoir entendu sa réponse. Après tout, il n'y avait pas de choix à faire. Elisa était la fille de Fornell et Abby tenait presque ce titre dans le cœur de Gibbs. En outre, c'est lui qui avait apporté le malheur dans toutes ces vies et c'était à lui de payer les pots cassés, même au prix de sa propre vie.

Car Alex ne se faisait pas d'illusions, les dirigeants de Scorpia comptaient bien le voir rendre l'âme au bout d'une longue agonie. Ne serait-ce que pour laver l'humiliation qu'il leur avait fait subir par trois fois. Il était prêt voire même heureux de se sacrifier. Après tout, il ne faisait que semer le malheur partout où il passait.

Mettant fin à ses réflexions sinistres, il vérifia que le gaz était éteint et pris tout ce dont il avait besoin, y compris le révolver. Au cas où. Entre ses couches de vêtements, il dissimula aussi trois couteaux de combats.

En fermant la porte, il eut comme l'impression morbide qu'il ne reviendrait jamais ici. Il déposa les clés données par l'agent Gibbs sous le tapis du perron après avoir consciencieusement verrouillé la porte de la maison Puis il s'en alla sans se retourner. Direction Philadelphie.

AR/NCIS

Gibbs et Fornell n'avaient absolument pas vu le temps passer. Penchés sur leurs dossiers, occupés à recouper toutes les informations sur Scorpia, c'est à peine s'ils avaient entendu la vieille horloge sonner midi.

Lorsqu'ils relevèrent la tête et s'aperçurent de l'heure tardive, Fornell sortit son portable.

« Il faut que j'appelle Elisa. La petite chipie m'a dit qu'elle me ferait signe mais j'ai bien l'impression que je pourrais attendre encore longtemps. »

L'agent du FBI fronça les sourcils en voyant l'air un peu moqueur de son collègue.

« Je voudrais bien voir vous y voir à ma place, Jethro. »

Fornell regretta ses paroles au moment où elles lui échappaient et lança un regard d'excuse à son coéquipier qui s'était calmé. Pour Gibbs, la douleur de la disparition brutale de Shannon et Kelly ne disparaîtrait jamais vraiment. C'était aussi la raison pour laquelle il ne supportait pas que l'on fasse du mal à un enfant et qu'il était prêt à aider Alex Rider du mieux qu'il pouvait.

Tobias n'eut aucune réponse en appelant sur le portable de sa fille et c'est pourquoi il entra le numéro du téléphone fixe des Bowman. Eux répondraient sûrement.

Le papa décrocha dès la deuxième sonnerie.

« Bowman, à l'appareil. »

« Bonjour Georges, c'est Tobias. Je ne vous dérange pas, au moins ? Je vous appelle simplement pour savoir si tout se passait bien avec les filles ? »

L'autre homme répondit d'un ton incrédule.

« Mais, Tobias, vous m'avez appelé hier soir pour me dire que le week-end était annulé parce qu'Elisa venait de perdre sa grand-mère. »

« Quoi ?... », sous l'affolement, Tobias était en train de perdre sa voix. « Vous voulez dire qu'elle n'a jamais été chez vous depuis hier cinq heures de l'après-midi ? »

A ces mots, Gibbs comprit que quelque chose de grave s'était passé et appela lui-même Tony, Ziva et McGee pour leur demander de le rejoindre en vitesse chez l'agent Fornell. Ses subordonnés ne lui posèrent aucune question, détectant l'urgence dans sa voix.

« Je ne vous en veux pas, il y a maintenant des techniques très avancées pour se faire passer pour quelqu'un d'autre. Je vous préviendrai sans tarder dès que j'aurai des informations. Merci, Georges. », concluait son ami d'une voix blanche pendant ce temps-là.

Fornell raccrocha, le souffle littéralement coupé par ce qu'il venait d'apprendre. Sa fille était on ne savait où depuis la veille au soir. Ses yeux le brûlaient mais il n'y avait pas le temps pour les larmes. Il fallait commencer les recherches immédiatement. Il se tourna alors vers son vieil ami.

« Elisa a disparu depuis hier après l'école. L'homme qui a appelé Bowman s'est fait passer pour moi et lui a dit qu'Elisa ne viendrait pas du fait de la mort de sa grand-mère. »

Gibbs se rapprocha de l'homme secoué.

« On va la retrouver, Tobias. Je viens d'appeler Tony, Ziva et McGee qui nous rejoignent immédiatement, et je vais essayer de rapatrier Abby de Philadelphie. Elle est très douée et pourra sûrement nous aider à identifier le ou les responsables… »

A son tour, l'agent du NCIS composa un numéro de téléphone mais la jeune gothique ne décrocha pas. Il fit alors le numéro de l'hôtel qu'elle lui avait donné en cas de problème (cela arrivait souvent au NCIS de devoir interrompre des congés pour une enquête, l'équipe avait du sacrifier ses derniers congés de Thanksgiving).

La réceptionniste du NewPort hôtel l'informa qu'une chambre avait bien été réservée au nom d'Abigaël Scuito pour ce week-end mais que celle-ci avait été décommandée depuis la veille au soir.

Franchement inquiet à présent, Gibbs essaya de rappeler une nouvelle fois sur le portable de la jeune analyste scientifique sans plus de succès.

Fornell s'aperçut de sa nervosité grandissante.

« Que se passe-t-il encore Jethro ? »

« Je n'arrive pas du tout à joindre Abby et l'hôtel qu'elle avait réservé m'a dit qu'elle n'avait pas passé la nuit-là et a même décommandé sa chambre hier soir. Il y a quelque chose qui cloche… »

Les deux fédéraux se regardèrent. Deux probables disparitions et pour chacune, la même méthode avait été utilisée. Ses derniers temps, une seule et même affaire les avait réunis. Leurs regards se posèrent avec une parfaite synchronisation sur les dossiers éparpillés sur la table de cuisine de Fornell. Ce fut l'agent du NCIS qui réagit le premier, dans un murmure que l'autre peina à distinguer mais devina sans mal.

« Scorpia… »

Après tout, c'était la conclusion la plus logique. Zeljan Kurst avait d'ailleurs menacé le NCIS et le FBI à haute voix et devant témoins. Et ce n'était pas que Gibbs ne l'avait pas pris au sérieux mais il aurait pensé que sa cible était avant tout le jeune Alex Rider…

…que l'ex-Marine venait de laisser seul et sans aucune protection.

Il appela Tony rapidement.

« Informez Ziva et McGee du changement de destination et… »

« Ils sont déjà avec moi, patron. », le coupa son agent le plus prometteur. Preuve que Gibbs était en proie à un stress inhabituel, il ne pris pas le temps de lui faire une remarque sarcastique.

« Rendez-vous chez moi. Nous avons un problème avec Scorpia et j'y ai laissé Alex tout seul. Je vous y rejoins avec Tobias. Nous vous expliquerons tout une fois qu'Alex sera en sécurité.»

« Bien compris, patron. »

Gibbs raccrocha avant de se tourner vers Fornell.

« Si c'est bien Scorpia, nous devons immédiatement récupérer Alex. Après tout, il les connaît et pourras peut-être nous aider à retrouver Elisa et Abby.

Tobias acquiesça, déterminé. Scorpia ou pas Scorpia, on ne s'en prenait pas impunément à une agence fédérale et encore moins à deux. Sans compter qu'Abby et Elisa était leurs filles à Gibbs et lui et que personne ne voulez mettre en colère Leroy Jethro Gibbs et Tobias Fornell.

Moins de cinq minutes plus tard, la voiture de Gibbs sortait de l'allée des Fornell à toute allure.

AR/NCIS

Note : Thank you very much, .3, for your rewiew. I hope that you will like this new chap !

J'ai pas mal d'inspiration en ce moment pour cette histoire mais je ne promets pas que tous les chapitres seront publiés aussi rapidement.

Bonne journée,

Guepard54