Chapitre 15 : Recherches

Lorsque Gibbs et Fornell arrivèrent à destination, la voiture de Tony était dejà dans l'allée et les trois agents faisaient le tour de la maison. Les ayant vus et entendus arrivés, Dinozzo se dirigea à leur rencontre, des plis soucieux barrant son front.

« Bonjour, agent Fornell, Patron. La maison a l'air extrêmement silencieuse et peut-être même vide. Regardez ce que nous avons trouvé sous le tapis de votre porte d'entrée. »

Son agent très spécial lui mettait sous le nez le trousseau de clés qu'il avait confié à Alex. Où le gamin était-il parti ? Il en avait bien une petite idée tout au fond de son esprit mais n'osait y croire.

« A part çà, vous avez repéré d'autres choses ? »

« Non, patron, mais nous t'attendions pour inspecter l'intérieur. »

Gibbs acquiesça tandis que McGee et Ziva approchaient à leur tour.

« Alors, patron, que se passe-t-il ? Tony nous a dit que vous paraissiez drôlement inquiet au téléphone. »

Gibbs jeta un regard méfiant aux alentours avant de montrer la maison du doigt.

« Rentrons à l'intérieur, je préfère tout vous expliquer loin des possibles oreilles indiscrètes. »

Les cinq agents fédéraux pénétrèrent dans la maison pour découvrir que le jeune Alex Rider était semble-t-il parti en grande hâte.

Sur la table de cuisine reposaient des casseroles et des pommes de terre épluchées.

Malgré tout le sérieux de la situation, fidèle à lui-même, le cinéphile ne put s'empêcher de plaisanter.

« Encore un de tes hôtes qui n'apprécie pas ta cuisine, Patron. »

Il se reçut un gros coup sur la tête de la part de l'Israélienne.

« Nous vous écoutons, Gibbs. »

L'homme leur fit signe de se regrouper avant de commencer :

« Tobias et moi n'arrivons pas à joindre Elisa et Abby. Elle n'ont apparemment pas passé la nuit où elles devaient et à chaque fois, les personnes concernées ont été prévenues d'une annulation de dernière minute de leurs projets respectifs. Même méthode et sans doute même commanditaire. Et au vu de notre enquête en cours commune et du départ précipité d'Alex… » à ces mots, Gibbs fit un geste pour désigner la maison vide.

Mais ce fut Fornell qui conclut.

« Nous pensons que Scorpia est derrière tout çà et peut-être même Zeljan Kurst en personne. Après tout, vous l'avez entendu comme moi menacer le NCIS et le FBI. »

Les agents du NCIS ne purent qu'acquiescer. Malheureusement, ils n'avaient aucun début de piste concernant l'endroit où les filles auraient pu être emmenées. A moins que…

« Patron, je viens de penser à quelque chose… », commença énergiquement McGee.

« Ce n'est pas trop tôt, Roi des Elfes. »

Tony venait tout juste de terminer son sarcasme lorsqu'il se reçut à nouveau une claque à l'arrière de la tête, cette fois-ci de la part de Gibbs.

« Allez-y, McGee. »

« Oui, patron, alors voilà. Vous vous rappelez vos derniers ennuis avec le cartel Renosa ? », il attendit que l'ex-Marine acquiesce avant de continuer. « J'avais placé chez vous des micros cachés et ultra-sensibles dans de nombreux endroits à l'intérieur de la maison. »

« McGee, allez droit au but. », s'impatientèrent d'une même voix Fornell et Gibbs.

« Pour faire court, patron, je pense pouvoir récupérer les moindres infos audio de ce qui a pu se passer ici ces dernières heures. »

A ces mots, Gibbs étudia son agent et comprit que celui-ci était tout à fait sérieux dans ses propos.

« De quoi avez-vous besoin ? »

« De pas mal de matériel dont je dispose chez moi, patron. »

« Alors allez-y avec Tony et revenez aussitôt ici. »

L'ex-Marine lui tendit ses propres clés de maison et les deux agents l'interrogèrent du regard. L'homme plus âgé soupira avant d'expliquer tout en faisant signe à l'israélienne et à l'agent du FBI de le suivre à l'extérieur.

« Je retourne au NCIS avec Ziva et Tobias. Et n'en profitez pas pour vous chamailler, tous les deux. Je veux un rapport dès que vous avez la moindre piste. »

La porte s'était à peine refermée sur Ziva, Fornell et lui-même que des éclats de voix un peu enfantins retentirent.

« Non, non, McGogo, si je te laisse conduire, on n'en sera toujours au même point dans dix ans. », fit la voix immanquable d'Anthony Dinozzo Junior.

Gibbs démarra la voiture avec un petit sourire au coin des lèvres. Certaines choses ne changeraient jamais.

AR/NCIS

L'ennui n'avait jamais vraiment dérangé Yassen Gregorovitch. Pour lui, il s'agissait d'une sorte de méditation comme une autre.

Et puis à dire vrai, dans le cas présent, cela lui donnait l'occasion de réfléchir à comment régler ses problèmes actuels.

Après avoir reçu une balle dans Air Force One, il y a un an, Yassen avait passé plus de six mois entre les griffes du gouvernement britannique (qui avait du négocier avec les Etats-Unis puisque le fait qu'il soit dans l'avion faisait de lui un prisonnier américain.) Plus exactement, il avait passé les deux premiers mois de sa captivité dans un hôpital de haute sécurité près de Londres. Les médecins ne savaient toujours pas comment il avait pu en réchapper avec une blessure pareille.

Après l'hôpital de haute sécurité, direction la prison gouvernementale de haute sécurité. Dont on l'avait sortir quatre mois plus tard afin qu'il exécute un contrat (gratuitement) pour le compte du gouvernement anglais et sous le contrôle d'un agent du MI6. Moins de deux semaines plus tard, l'agent s'était retrouvé dans la Tamise et Yassen avait réussi à se fondre à nouveau dans la nature.

Malheureusement pour lui, le Russe, qui espérait avoir une toute petite chance de repartir profiter d'une retraite confortable dans son pays natal, était également recherché par ses associés de Scorpia qui n'avaient pas vu d'un très bon œil son dernier échec dans l'affaire Damian Cray et avaient eut tôt fait de le retrouver car depuis sa 'mort', Yassen avait perdu nombre des contacts qui auraient pu l'aider, moyennant services, dans sa situation .

C'est pourquoi, depuis quelques mois, le tueur à gages en était réduit à quelques basses besognes et aux jobs les moins intéressants et son domicile était présentement un deux pièces loin d'être luxueux au sein même du manoir de Zeljan Kurst, aux abords de Philadelphie. Une résidence surveillée, en quelque sorte. Il était donc toujours à l'affût d'une porte de sortie vers la Russie. Mais les chefs de Scorpia étaient assez malin et il lui fallait s'armer de patience jusqu'à ce qu'il trouve la solution la meilleure. Et s'il y avait une chose que le métier d'assassin ait appris à Gregorovitch, c'était l'importance, parfois même vitale au sens littéral du terme, de la patience.

Comme si cela ne suffisait pas, il sentait de l'agitation dans l'air. Les chefs et les employés au courant de ce qui se tramait avaient l'air bizarre mais Yassen n'arrivait pas à en détecter la raison et cela commençait à l'agacer sérieusement. Cela faisait partie de sa mise à l'écart, on le tenait au secret sans raison valable. Il n'avait par exemple que très peu de renseignements sur les nouvelles captives du sous-sol, auquel on lui demandait pourtant de distribuer les repas, tel un débutant.

Soudain, le téléphone sonna dans la pièce autrement silencieuse et l'homme blond alla décrocher.

« Gregorovitch. »

« Agent Gregorovitch. », l'homme attendit patiemment que la secrétaire personnelle de Zeljan Kurst continue d'une voix suave. « Monsieur Kurst rentre aujourd'hui de Los Angeles et vous êtes prié de vous présenter à son bureau à 18h précises, agent Gregorovitch. »

Yassen soupira discrètement avant de répondre d'une voix égale.

« J'y serai. »

Le manque de liberté de ses moindres mouvements pesait à Yassen et allait finir par le rendre fou. En attendant de pouvoir se libérer, le Russe allait devoir manœuvrer extrêmement prudemment et rester le plus longtemps possible insoupçonnable.

AR/NCIS

Les crampes commençaient à le faire souffrir assez sérieusement. Le train dans lequel était monté Alex Rider mettait une heure et quart pour relier la gare principale de Washington à celle de Philadelphie et le voyage devrait être presque terminé à présent.

Monter dans un train clandestinement avait fait faire un peu d'exercices au jeune homme mais il ne s'en plaignait pas. Depuis la mort de Sabina et ses parents, ses instincts d'espion étaient revenus au triple galop. Et tant mieux car mieux valait être prêt pour affronter une organisation aussi létale que Scorpia.

Lorsque le train ralentit, Alex en profita pour évacuer la voiture d'équipements qu'il avait investit pour son voyage gratuit et improvisé. Les crampes était dues au fait qu'il ne disposait que de peu d'espaces et avait du s'en contenter.

A son arrivée sur la terre ferme, il ne perdit pas de temps et se dirigea directement vers le parking de la gare où l'attendrait sûrement le 'taxi' prévu par Scorpia. Il n'avait pas l'intention de se dérober et si Scorpia pensait qu'il essayait de les doubler, cela mettrait les vies d'Abby et Elisa sur la ligne.

Parmi tous les taxis garés là, il finit par repérer une grosse berline sombre et banale contre laquelle deux hommes impassibles et tout habillés de noir étaient appuyés.

Lorsqu'Alex s'approcha, l'un d'eux, un grand mâte avec des petits yeux noirs enfoncés dans leurs orbites, se tourna vers lui avec un des sourires les plus moqueurs qui soit.

« Voici le célèbre Alex Rider, ex-agent du MI6, venu se livrer de lui-même à ses bourreaux. »

Alex ne répliqua pas. Il ne s'abaisserait pas à montrer une quelconque crainte.

Les deux hommes prirent leurs précautions. Il fut menotté, attaché aux chevilles, bâillonné et enfin ses yeux furent bandés. Cette fois-ci, Scorpia était décidée à faire attention à la menace que pouvait représenter Alex Rider.

Alex entendit la portière de la voiture s'ouvrir et, dans la seconde qui suivait, ressentit une légère piqûre. Le dernier son qu'il entendit avant de s'évanouir fut le rire rauque de l'homme aux yeux noirs.

AR/NCIS

Zeljan Kurst venait de rentrer depuis moins d'une heure lorsqu'il décida d'aller rendre une petite visite de courtoisie à leurs toutes nouvelles prisonnières. Il se fit accompagner au sous-sol par un garde armé.

Lorsqu'il entra dans la cellule, Abby Scuito serrait dans ses bras la fille de Fornell et lui murmurait des paroles réconfortantes à l'oreille. Elle se tourna vers le membre de Scorpia en entendant le grincement de la grille et reposa alors la fillette sur le lit de camp tandis qu'elle-même restait debout.

C'est alors qu'elle reconnut Zeljan Kurst. Elle n'avait pas vraiment fait sa connaissance mais Gibbs lui avait assez parlé de leur suspect numéro 1 sur leur enquête actuel. Son visiteur était grand et chaud, du type européen de l'Est et son regard délavé ôtait à Abby toute envie de le défier du regard. D'ailleurs, l'homme en face d'elle la jaugeait d'un air calculateur qu'elle n'aimait pas du tout.

Au bout d'un long moment, ce fut lui qui mit fit au silence.

« Mlle Scuito, j'espère que vous trouvez vos installations suffisamment confortables, car je suis au regret de vous annoncer que nous allons vous garder encore un peu. »

« Pourquoi ? Que voulez-vous faire de nous ? », demanda la jeune femme, en essayant de ne pas paraître impressionnée par la froideur du Yougoslave et de contrôler sa voix.

L'homme eut un mince sourire, dénué de toute châleur.

« Oh, ne vous inquiétez pas, nous avons aucune véritable raison de vous… endommager. », derrière Abby, Elisa poussa un petit gémissement. Le directeur de Scorpia continua sans s'en préoccuper, sur le ton de la conversation. « En réalité, vous êtes en train de nous servir d'appât. »

Cette dernière phrase surprit franchement la jeune gothique. Qui voulait monter à la fois le FBI et le NCIS, deux agences fédérales américaines soutenues par la loi, contre soi ? Et plus encore, le duo Fornell/Gibbs ? Ces gens étaient-ils carrément suicidaires ?

Son interlocuteur avait du suivre ses pensées aussi clairement que si elle les avait énoncées à voix haute car l'homme répondit aussitôt.

« Je me moque complètement du NCIS et du FBI, y compris de vos chers agents Gibbs et Fornell. Ils sont eux aussi des dommages collatéraux en quelque sorte. Non, ce que je veux et ce que Scorpia veut, c'est se venger d'Alex Rider. », il prononça le nom d'un ton extrêmement venimeux.

Abby était stupéfaite. Encore Alex Rider. Le pauvre garçon n'en finirait jamais de tous ces ennuis. Gibbs lui en avait que très peu parlé, mais à ce qu'elle avait compris le garçon avait été manipulé et mis en danger très souvent par le passé. Et il venait tout juste de perdre sa famille adoptive. Pourquoi le sort s'acharnait-il ainsi sur lui ? En son nom, elle trouva la force de répliquer :

« Que voulez-vous encore lui faire ? Vous venez de tuer les gens qui comptaient pour lui ! »

Lentement, tel un serpent, Zeljan Kurst fit un pas vers elle. Son regard devint glacial, si c'était encore possible.

« Savez-vous comment nous nous sommes connus, comment Alex Rider s'est-il retrouvé sur le chemin de Scorpia ? »

Abby fut obligé de hocher négativement la tête tout en baissant les yeux au sol. Lorsque l'homme continua, il lui tournait le dos et sortait de la cellule.

« Et bien tâchez de lui demander la prochaine fois que vous le verrez. Après tout, il va bientôt nous rejoindre. », conclut l'homme tout en désignant la cellule en face de la leur.

Tandis que les deux hommes s'éloignaient à grands pas en direction des étages, Abby reprit sa place aux côtés d'Elisa, qui rechercha aussitôt la chaleur de ses bras pour se rassurer.

Même si au fond d'elle, la jeune analyste se sentait rassurée de ne pas être seule dans cette sinistre prison, elle ne pouvait que déplorer la présence de la fille de Fornell (une enfant !) au milieu de tout cela. Sur le même thème, ses pensées revinrent à Alex Rider, qui adolescent qui aurait dû être éloigné du monde dans lequel évoluaient les gens comme ce Zeljan Kurst. A en croire les dernières paroles de celui-ci, et si tant est qu'un criminel peut être cru sur parole, Alex serait sous peu entre les mains de Scorpia.

Mais Abby Scuito ne perdait pas espoir. Leroy Jethro Gibbs allait les trouver et les délivrer tous les trois. Et peut-être l'adolescent pourrait-il enfin avoir une enfance normale et perdre cet air méfiant de bête traquée qui était parfois visible dans ces yeux. Et également accepter les célèbres embrassades chaleureuses de la jeune femme !