Chapitre 19 : Réflexions
Yassen rentra directement dans sa chambre après sa découverte. Il ne s'était jamais attendu à çà !
Lorsque l'agent Anderson était venu le voir pour lui commander de s'occuper exceptionnellement des repas des prisonniers ce midi, Yassen n'avait pas osé refuser. Ce n'était pas qu'il avait peur, non. Mais depuis son retour au sein de Scorpia, le Russe évitait au maximum de contrarier ses collègues, s'il voulait un jour voir ses propres plans se réaliser. En outre, il éprouvait une certaine curiosité depuis que Kurst lui avait confié d'autres tâches à la place. Curiosité qui allait peut-être pouvoir être assouvie, grâce à son passage au sous-sol.
Et quelle découverte ! Alex Rider était une fois de plus aux mains de Scorpia. Comment le garçon s'était-il retrouvé une fois de plus dans une situation inextricable ?
Car Yassen avait appris de nombreuses choses depuis leur dernière rencontre, celle qui avait bien failli coûter la vie au Russe.
Premièrement, que John Rider avait été en vérité un agent du MI6. Cela n'avait pas été une réelle surprise, il avait déjà quelques soupçons à l'époque. Ni ne l'avait mis en colère. Après tout, John Rider lui avait sauvé la vie dans la jungle amazonienne, alors qu'il aurait été plus facile de le laisser là pour mourir, et avait également été un très bon mentor. C'est pourquoi il ressentait toujours une affection pour lui alors que cela n'avait jamais été le cas envers Scorpia. Encore moins après avoir appris que c'était l'organisation qui avait assassiné John Rider.
Durant ses recherches, il s'était également intéressé à ce que devenait le fils de John. Il avait été sincère sur Air Force One et regrettait d'avoir envoyé le gamin à une organisation qui ne lui avait ouvert les bras que pour mieux tenter de l'assassin lui aussi.
Yassen avait été soulagé d'appendre qu'Alex avait survécu mais haïssait le MI6 pour leur utilisation (par le biais du chantage avait-il appris) perpétuelle du garçon, dont la vie avait encore été mise en danger sur quatre missions. Puis, la fin malheureuse mais pas étonnante était finalement arrivée. Le MI6 avait rendu un Alex Rider moralement brisé à la famille Pleasure, celle de la fille qui se trouvait avec eux sur Air Force One.
Mais le Russe savait également que les Pleasure habitait un quartier résidentiel de San Francisco, de l'autre côté des Etats-Unis. Alors comment se faisait-il qu'Alex se trouve à Philadelphie à présent ?
Yassen en était sûr, il n'avait pas fini de se poser des questions. Néanmoins, il devait rester prudent et ne rien faire dans la précipitation, au risque de commettre des erreurs fatales. Il comptait toujours quitter Scorpia et retourner en Russie mais il allait devoir redoubler de prudence.
Car avant cela, il espérait trouver un moyen de sauver encore une fois le fils de John.
AR/NCIS
L'équipe était plutôt morose lorsqu'elle redescendit du MTAC, accompagnée de Tobias Fornell.
Ce n'était pas tant que personne ne s'était pas du tout attendu à cela, après tout ils avaient déjà admis qu'Alex Rider n'était pas un adolescent comme les autres. Néanmoins, ce que leur avait raconté le directeur du MI6 était le couronnement de tout.
Même Ziva, qui avait pourtant été très tôt bercée dans cet univers, avait du mal à imaginer comment le sort avait pu ainsi s'acharner sur un enfant. Ou plutôt comment différentes organisations avaient pu gâcher la vie d'un enfant de quatorze ans, totalement orphelin, chacune à leur manière.
Quant à McGee et Tony, ils discutaient sur le cas en s'étonnant que la justice britannique, qui se targuait d'être très indépendante et se devait de protéger tous ses citoyens, ait laissé faire sans bouger le petit doigt à aucun moment. D'accord, le MI6 n'avait sans doute pas fait de pub sur leur chantage envers un adolescent, mais certaines victimes ou d'autres personnes avaient du se rendre compte à un moment ou un autre de la situation.
Enfin, Gibbs et Fornell parlaient rapidement et à voix basse dans un coin. Les mêmes plis soucieux barraient les fronts des deux hommes qui semblaient, contrairement à d'habitude, sur la même longueur d'onde.
Les trois agents n'osèrent jamais les interrompre (Quel fou voudrait subir les foudres d'un Tobias Fornell ou d'un Leroy Jethro Gibbs en colère ?) et attendirent sagement que les deux hommes aient fini de comploter.
Finalement, ils semblèrent se mettre d'accord sur quelque chose et l'agent du FBI prit la direction de la sortie tandis que l'ex-Marine se tournait vers son équipe d'un air particulièrement sérieux.
« Fornell va discuter de la situation avec sa hiérarchie pour voir s'ils nous donneraient l'autorisation de former un commando en commun qui se rendrait à Philadelphie. Pendant ce temps, nous devons trouver où à Philadelphie Scorpia cache ses prisonniers. Et vite ! La vie de trois personnes en dépend. Alors, au travail ! »
AR/NCIS
La première chose qu'Alex sentit en se réveillant, ce fut le contact du béton froid sur sa peau. La deuxième, le tiraillement des cicatrices toutes fraîches et sanguinolentes. Comme s'il n'en avait pas déjà assez.
Il essaya de se mettre assis et réussi, malgré le fait que le monde semblait légèrement tourner. Puis il tenta carrément de se mettre debout. Là, les choses devinrent plus compliquées. Il eut à peine fait trois pas, pour rejoindre son tas d'habits, que son monde faisait une violente rotation sur son axe et le précipitait au sol.
Cette fois, il décida de ne pas se relever tout de suite et pris le temps de renfiler son T-shirt et son sweet, toujours les même habits avec lesquels il était venu hier, pour couvrir son torse et son dos meurtris et endoloris.
Puis dans la cellule face à la sienne, il vit quelque chose bouger doucement. Abby Scuito avait fini par s'endormir à même le sol et seule la chute du garçon avait du la réveiller. Alex vit les yeux de la jeune femme papillonner, presque comme si elle avait des difficultés à émerger. Mais la seconde suivante, cela ne semblait déjà plus être le cas. En effet, l'analyste scientifique agrippa la grille avec une telle force, que même de là où il était, Alex pouvait nettement voir les jointures de ses doigts blanchir.
« Alex ! Tu es réveillé ! »
Il ne lui en voulu pas du tout pour énoncer une évidence. Il entendait tellement de soulagement dans sa voix qu'il en éprouva une immense gratitude.
Il se releva à nouveau, mais lentement et délicatement cette fois, pour s'approcher de sa propre grille et faire directement face à la jeune femme, à qui il adressa un petit sourire dans le but de la rassurer.
« Ca va, Abby. Je suis plus coriace qu'on pourrait le penser. »
Sa phrase se termina néanmoins dans un sifflement de douleur qu'il tenta de dissimuler pour ne pas inquiéter davantage la gothique.
Ses cicatrices le brûlaient. Littéralement. Elles n'étaient pas très profondes, ni dangereuses mais Scorpia savait ce qu'ils faisaient et avaient choisi l'option la plus douloureuse puisque de toute manière, ils avaient tout le temps de le torturer.
Abby lui rendit un petit sourire faible. Visiblement, l'adolescent souffrait atrocement mais elle ne pouvait le soulager pour le moment. Séparés par des grilles comme ils l'étaient, il lui restait seulement la faculté de l'aider à maintenir un bon moral, et ce malgré sa situation. Et elle put également admirer que, malgré toutes ses blessures, il avait encore la force et la volonté de se préoccuper d'elle et d'Elisa.
« Il ne s'est rien passé pendant que j'étais là-haut ? Ils ne vous ont pas touché, ni vous ni Elisa ? »
Elle entendait clairement la chaude et sincère inquiétude dans sa voix. Elle l'apprécia et la détesta tout à la fois. Alex avait vraiment bon cœur, mais d'un autre côté, il restait un enfant de quinze ans et c'étaient les adultes qui auraient du se préoccuper de son bien-être et non pas l'inverse.
« Non, non, ne t'inquiète pas. Ils ne nous ont rien fait. »
Le 'pour l'instant' resta implicite et aucun des deux n'osa le dire à voix haute. C'était une chose que Scorpia torture Alex, qui leur avait fait perdre des millions de dollars par le passé, mais s'en était une toute à fait différente qu'ils s'en prennent à une jeune femme et une fillette tout à fait innocentes, qui n'étaient indirectement là que par la faute d'Alex. D'ailleurs, le jeune garçon se maudissait lui-même pour les risques qu'il faisait prendre à Gibbs et toute son équipe, en les entraînant involontairement l'univers sinistre des espions et des assassins.
Un silence légèrement inconfortable s'installa. Puis Abby, après avoir tourné la question dans tous les sens afin qu'elle ne ressemble pas à une accusation, se lança. Après tout, cette question lui trottait dans la tête depuis un certain temps. Elle avait simplement été ravivée depuis la visite étrange de l'homme silencieux tout à l'heure.
« Alex… Est-ce que tu avais…tissé…des liens avec Scorpia, auparavant ? Je veux dire…autre chose que vos rapports en tant qu'ennemis professionnels ? »
La jeune femme avait baissé la voix de plus en plus comme si elle craignait à la fois la réaction d'Alex et sa réponse.
Elle le vit pousser un profond soupir avant de fermer un instant les yeux. Lorsqu'il les rouvrit, quelques secondes plus tard à peine, elle vit la détermination sur son visage et lui laissa le temps qu'il désirait pour préparer son explication.
« J'avais déjà effectué quatre missions lorsque l'on m'envoya auprès d'eux. Les gens de Scorpia se sont prétendus mes amis et m'ont entraîné en me faisant croire que mon père avait travaillé pour eux et été assassiné par le MI6. »
Abby était horrifiée parce qu'elle venait d'entendre. Pas étonnant que l'adolescent ne parvienne pas à se libérer de cet univers mortel, étant donné que toute sa famille y était plongée jusqu'au cou. Sa curiosité encore plus piquée au vif, elle redoubla d'attention
« Je les ai crus, au moins pendant un temps. Jusqu'à ce que je m'aperçoive qu'ils m'avaient roulé et essayaient en fait de me tuer, moi aussi. Puis quand j'ai enfin déjoué leur opération, après avoir été arrêté par le MI6 entre temps pour m'être acquoquiner avec Scorpia, les dirigeants du MI6 m'ont appris que mon père avait été en réalité un espion, envoyé auprès de Scorpia pour les espionner. La ruse a marché longtemps et lorsque mon père a voulu tout arrêter pour mener enfin une vie de famille normale, le MI6 l'a arrêté pour de faux et conçu une mise en scène d'un échange truqué afin que le Conseil Exécutif de Scorpia croie John Rider mort. Mais il y a eu une fuite et dans l'avion qui emmenait mes parents en France, une bombe a explosé, posée par un agent de Scorpia. Pour ma part, après que Scorpia eut envoyé un sniper contre moi, » Alex désigna l'endroit où se trouvait son cœur avec une certaine indifférence, « je les ai affrontés sur deux autres missions, dont la dernière qui m'a coûté la vie de Jack, ma meilleure amie et la femme qui avait toujours été là pour moi. », conclut-il d'un ton très morne.
Un silence pas totalement inconfortable suivit cette explication. Le moins que l'on puisse dire, c'est que la famille Rider n'avait jamais eu une vie ordinaire, ni facile. Et Abby était reconnaissante envers Alex pour avoir accepté de partager quelque chose d'aussi intime et douloureux avec elle, qui était pratiquement une étrangère. Cependant, cela ne répondait pas complètement à ses interrogations, même si elle ne désirait pas le brusquer. C'est pourquoi elle lui lança un regard compatissant avant de poser une nouvelle question.
« Alex, est-ce que par hasard tu connais quelqu'un en particulier à Scorpia ? Peut-être du temps où tu as été entraîné par eux ? »
Le regard du jeune espion s'assombrit et tout d'un coup, ce fut comme si elle voyait nettement son esprit cogiter.
La question avait pris Alex de court. Mais Abby avait l'air totalement sincère et il se mit à réfléchir honnêtement à cette question plutôt étrange. C'était comme si la jeune femme avait été témoin de quelque chose d'important qu'il lui échappait pour le moment.
Alex se concentra. La première personne à laquelle il pensa fut Yassen Gregorovitch. Mais Yassen était mort auprès de lui dans Air Force One après avoir sauvé la vie d'Alex et de Sabina. Ce dont le jeune homme lui était encore très reconnaissant. Mais Yassen était mort. Puis il songea à Anthony Sean Howell, Ash, son parrain qui avait trahi ses parents puis travaillé pour Scorpia tout en continuant de se faire passer pour un agent de l'ASIS, les services de renseignements australiens. Mais Ash était mort à présent lui aussi, après avoir trahi Alex également. Restaient les gens avec qui il s'était entraîné à Malagosto, comme Walker l'ex-agent de la CIA ou encore Amanda, la militaire israélienne. Mais il n'avait jamais été très proches des autres 'élèves ' de Malagosto et n'était même pas sûr qu'ils se souviennent encore de lui.
C'est pourquoi, après ce passage en revue rapide, il retourna toute son attention sur Abby Scuito.
« Pourquoi cette question ? »
Il n'avait pas eu l'intention d'être brusque et espérait que la jeune femme ne se renfermerait pas. A son grand soulagement, ce ne fut pas le cas et elle lui répondit aussitôt, d'un ton plutôt calme.
« Un homme est descendu ici, ce matin, lorsque tu étais encore inconscient. Ce n'était aucun des deux d'hier soir et lorsqu'il est passé devant ta cellule, il a semblé te reconnaître. Je n'ai pas vu son expression à ce moment-là, mais il s'est visiblement tendu avant de reprendre son visage impassible.
« Pourrais-tu me le décrire, s'il te plaît ? », demanda Alex, presque dans un murmure.
Abby hocha la tête avant de continuer sur sa lancée.
« Grand, blond, une allure de danseur de ballet et des yeux bleus glacés. Et donc, un air impassible en permanence gravé sur le visage. Sans oublier, plutôt avare de paroles. La première et unique fois que je l'avais aperçu, c'était au moment de mon arrivée ici. »
Alex déglutit. La petite lumière rouge qui résonnait dans son cerveau était de plus en plus forte. C'était impossible, impossible, impossible. Il était tellement concentré sur cette pensée qu'il n'entendit la dernière phrase que de justesse, plongé dans le brouillard mental comme il l'était.
« Ah oui, j'oubliais. J'ai remarqué un détail qui pourra peut-être t'aider à te rappeler. Il porte une cicatrice particulière au niveau du cou, comme si on le lui avait tracé à la règle. »
Cette fois, plus de doutes. Yassen Gregorovitch avait survécu à l'accident sur Air Force One. Mais comment ? Et pourquoi le MI6 ne lui avait rien dit ? Blunt et Jones avait-il craint qu'Alex retourne auprès de Scorpia en apprenant que l'homme qui avait bien connu et apprécié John Rider était toujours en vie ? Et pourquoi, Yassen avait-il été surpris de voir le fils de son mentor ici alors que c'était lui qui avait en premier lieu dirigé Alex vers l'organisation criminelle internationale ? Le Russe connaissait-il les véritables allégeances de John Rider et si oui, depuis quand exactement ? Et enfin, que devait penser Alex du tueur à gages qui avait à la fois jeté une ombre sur sa vie et sauvé à plusieurs reprises ?
Le garçon ne se rendit même pas compte qu'il était sous le choc tandis qu'il s'affaissait peu à peu et restait finalement prostré contre la grille, uniquement tourné vers ses propres pensées en ébullition.
A l'image du premier épisode, Abby ne put le faire sortir de sa transe malgré ses appels répétés qu'elle finit par abandonner. Une nouvelle question émergea dans son esprit. Qui était cet employé particulier de Scorpia pour avoir choqué ainsi le jeune espion ? Un autre ennemi ? Une connaissance ? Un ami ? Un membre de sa famille ?
Abby Scuito comprit qu'elle devait s'armer de patience jusqu'à ce qu'Alex Rider sorte à nouveau de son silence. D'ici là, elle mettrait à profit le temps disponible pour se reposer, à l'image d'Elisa Fornell qui dormait toujours.
AR/NCIS
Il était bientôt l'heure de rentrer, à passé neuf heures du soir. L'équipe de Gibbs avait plutôt pas mal travaillé et réussi à réduire son périmètre de recherches sur Philadelphie.
Avant de rentrer chez elle, Ziva David avait décidé de faire un tour à la salle de gym de l'agence, pour calmer ses nerfs. Toute l'équipe était stressée en ce moment, Gibbs le premier. Cela n'aidait pas que cette affaire avance moins vite que les autres.
Bien sûr, avoir du établir une collaboration avec le FBI n'aidait pas non plus, dans le sens où cela alourdissait les procédures et ralentissait de ce fait l'enquête. Mais le plus gênant, c'était que Scorpia n'était pas un adversaire comme les autres, mais beaucoup plus futé et vicieux. A présent, Ziva se rappelait avoir eu à faire à quelques-uns de leurs tueurs à gages indépendants, au cours de ses missions pour le Mossad. Mais elle n'arrivait plus à se rappeler ne serait-ce qu'un nom et cela commençait à agacer prodigieusement l'Israélienne.
La jeune femme se tourna d'un coup vers le lourd punching-ball et commença à le marteler violemment à l'aide de ses poings et ses pieds, évacuant ainsi toute la rage accumulée ses derniers jours. Causée par l'enlèvement d'Abby, la situation d'Alex à la fois avec le MI6 et Scorpia et, enfin, leur impuissance à tous à résoudre cette enquête au plus vite. Cette réaction ne résultait pas seulement de sa propre enfance et de son entraînement très jeune au sein du Mossad. Elle ne supportait pas qu'Alex Rider, (un orphelin !) ait eu à subir du chantage à répétition de la part d'une organisation gouvernementale. Au vu de ce qu'avait raconté Tulipe Jones, nul doute que John Rider n'aurait jamais souhaité cela pour son fils. Ni même Ian Rider pour son neveu. Le MI6 avait profité du fait que le statut d'orphelin d'Alex l'ait mis à leur merci, et cela était inacceptable. Et mettait presque l'agence britannique sur un pied d'égalité avec Scorpia dans le domaine de la moralité.
La jeune femme aurait pu continuer longtemps à harceler le malheureux sac de sable, si quelqu'un derrière elle, qu'elle se maudit de n'avoir pas entendu venir, ne l'avait soudainement agrippé par une épaule et la projeta au sol. Sans méchanceté mais avec fermeté.
« Vous ne croyez pas qu'il est à présent grand temps de rentrer vous reposer, Agent David ? »
La voix de Leroy Jethro Gibbs était comme souvent mi-moqueuse, mi-sérieuse. Au dessus d'elle, il lui tendit la main pour l'aider à se relever, ce qu'elle accepta volontiers.
« Vous devriez rentrer chez vous, Ziva. J'allais faire de même. »
Elle acquiesça silencieusement, avant de rassembler ses affaires et de le suivre jusqu'au parking souterrain de l'agence. Au bout d'un moment, l'ex-Marine interrompit le silence confortable qui s'était naturellement installé entre eux.
« En tant qu'ex-agent du Mossad, que pensez-vous de la position d'Alex Rider ? »
« D'espion à espion, vous voulez dire ? »
Comme à son habitude, Gibbs eut un petit sourire qui voulait dire ni oui ni non mais qui demandait pourtant réponse.
« Je pense que si le MI6 est seulement la moitié de ce que le Mossad était quand j'étais jeune, Alex a du revenir particulièrement achevé de sa dernière mission pour qu'ils le laissent finalement tranquille. Je ne pense pas qu'Alex ait gardé une vraie rage intérieure, ce qui pourrait le rendre particulièrement dangereux ou tout du moins très instable, comme on le voit souvent chez les agents ou même les soldats brisés. Mais je pense qu'il en marre de tout cela mais qu'il n'ose pas abandonner ni baisser sa garde. »
L'ex-Marine apprécia ce résumé assez précis et honnête de la part de l'Israélienne. Après tout, si il y a avait au NCIS une personne qui pouvait comprendre le jeune Alex Rider, c'était bien la jeune femme en face de lui.
« Et que me diriez-vous si je vous disais que cela fait un moment que je songe à l'adopter, ou à défaut de mieux, devenir son tuteur légal jusqu'à son vingt-et-unième anniversaire ? »
Sur le coup, cette question coupa le souffle de la jeune femme. Puis elle songea que cela n'était pas si surprenant. Leroy Jethro Gibbs avait un faible pour les enfants et lorsqu'une personne était sans défense, il remuait ciel et terre pour l'aider.
Mais quand était-il d'Alex Rider ? Avec tout ce qu'il avait vécu ses deux dernières années, le garçon avait acquis, de manière très compréhensible, l'attitude méfiante d'un animal sauvage blessé que l'on essaie de caresser. Cependant, elle savait que son supérieur saurait le manier et s'il y avait encore une chance pour qu'Alex Rider puisse mener une vie normale, cette chance serait probablement incarnée par Leroy Jethro Gibbs lui-même.
« Je pense, Gibbs, que cela ne sera pas facile mais que si quelqu'un peut accomplir cela c'est bien vous. Je pense que vous saurez amadouer Alex et le faire sortir de son carcan de fer. Après tout, », ajouta l'Israélienne avec un petit sourire, « vous avez bien su le faire avec moi. »
Elle fut récompensée de ses efforts lorsqu'elle vit le sourire amusé de Gibbs. Le reste du trajet jusqu'au parking se fit dans le silence et là, ils se séparèrent enfin pour regagner leurs maisons respectives.
Elle arriva chez elle une vingtaine de minutes plus tard avec soulagement. Bien qu'elle soit très endurante (elle n'avait pas été entraînée comme assassin du Mossad pendant des années pour rien), il lui tardait de retrouver son lit. La journée, riche en émotions, avait été exténuante.
Elle ouvrit la porte d'entrée, rentra et referma aussitôt derrière elle. Elle n'avait pas faim mais se prépara un verre de lait chaud avant de s'installer sur le canapé du salon pour le déguster.
Elle somnolait tranquillement, épuisée, lorsqu'elle vit une ombre bouger dans le fauteuil situé juste en face d'elle.
« Bonsoir, agent David. »
