Chapitre 22 : Alliance ?

La soirée venait de débuter. De nombreux employés de l'agence quittaient peu à peu les lieux. Bientôt, il ne resta plus que les quelques agents de sécurité nocturnes. Ainsi que les personnes rassemblées en salle d'autopsie.

En effet, sitôt revenus au Quartier Général du NCIS, les six fédéraux, Abby et Elisa étaient aussitôt descendus voir Ducky pour un examen médical complet.

Elisa avait un simple choc dû à l'enlèvement et, après examen, était assise dans un coin de la salle d'autopsie. L'un des hommes de Fornell veillait sur elle, tandis que les autres étaient tous regroupés autour de la jeune analyste que Ducky terminait d'examiner.

« Je pense, ma chère Abby, qu'il serait judicieux que tu ne viennes pas au travail demain. »

Le vieux médecin n'eut pas le temps de finir.

« C'est hors de question, Ducky. Je vais bien. », insista-t-elle tout en fixant Gibbs. Elle était parfaitement consciente du fait que c'était lui qu'elle devait convaincre avant tout. L'ex-Marine l'avait toujours traité comme sa propre fille.

Raison pour laquelle il essaya quand même de la dissuader.

« Abs, tu sais que Ducky… »

Mais la jeune analyste gothique ne se laissa pas faire.

« Non, je me reposerai une fois que nous aurons retrouvé Alex. Vous pourriez avoir besoin de moi. Et tu sais que j'ai raison, Gibbs. »

Ce dernier acquiesça en silence, vaincu. Abby pouvait être très têtue parfois. Presque aussi têtue que lui, ce qui n'était pas peu dire.

« D'accord, Abs. Mais tu nous dis immédiatement si quelque chose ne va pas. », insiste-t-il une dernière fois, avant de se tourner vers les autres membres de son équipe. « Nous savons que Scorpia a changé de Quartier Général et nous savons aussi, de manière officieuse, » il se tut pour échanger un regard avec Fornell, « que Kurst et ses hommes sont encore aux Etats-Unis. »

« Génial, », intervint Tony. « Nous allons faire des recherches sur plus de neuf millions de kilomètres carrés. »

Son supérieur lui lança un regard las, avant de poursuivre d'un ton égal.

« Le FBI a également donné officiellement le signalement d'Alex. »

« Si vous voulez mon avis, Gibbs, je pense que Scorpia a tout intérêt à se montrer prudente. Je pense qu'ils vont rester le plus possible sur la côte est, tout du moins dans un premier temps. », fit Ziva, une expression songeuse gravée sur son beau visage.

« Vous avez tout à fait raison, agent David. Si nous mobilisons toutes nos forces dans les prochains jours, ils se pourraient qu'ils n'aient aucune occasion de fuir de ce périmètre. », confirma Tobias Fornell, d'un ton plus assuré depuis que sa fille était en sécurité.

« Il y a tout de même quelque chose que je ne comprends pas. Pourquoi Scorpia s'acharne autant sur Alex Rider ? D'accord il a mis en échec un de leurs plans, mais pourquoi s'en prendre à lui encore et encore après que le sniper qu'ils aient engagé l'ait loupé ? », questionna Tony.

Un long silence s'ensuivit. Puis :

« Il m'a dit. Alex m'a dit que quelqu'un l'avait envoyé chez Scorpia. », débuta Abby d'une toute petite voix. Ils se tournèrent tous vers elle avec surprise. « Pendant plusieurs semaines, Scorpia l'a entraîné, l'a formé comme l'un de leurs tueurs à gages. Mais quand il a compris l'horreur de leur prochain plan, il les a trahis pour le MI6 et a fait tout échouer. Leur sniper l'a raté et depuis, Alex les a affrontés sur deux autres missions et c'est au cours de la dernière que la jeune femme qui s'occupait de lui a été tuée. »

Un autre silence, plus lourd encore que le premier, accompagna ces paroles. Même s'ils connaissaient déjà ces détails, les agents fédéraux peinaient à imaginer l'horreur que cela avait du être pour ce jeune garçon triplement orphelin. Et à présent, quadruplement…

« Et pourquoi Alex, employé par le MI6, était curieux concernant Scorpia, une organisation criminelle internationale ? », demanda McGee, perplexe lui aussi. « Qu'est-ce que sa source a bien pu lui dire pour… »

Là encore, grâce aux confidences d'Alex durant leur séquestration commune, Abby eut la réponse.

« Son père. Son père John Rider était un agent du MI6, infiltré chez Scorpia. L'organisation a tué John quelques mois après une fausse mort mise en place par le MI6. Scorpia a tout d'abord fait croire à Alex que son père était un tueur exécuté par le MI6. »

« Vous savez le point commun entre tous les criminels de la terre ? », demanda presque innocemment Tony. « C'est qu'ils ont toujours un esprit tordu. »

Il se reçut un coup sur la tête avant que l'ex-Marine ne concentre son regard bleu perçant sur la jeune gothique.

« Sais-tu par hasard qui l'a envoyé chez Scorpia, Abs ? »

« Alex m'a parlé d'un certain Yassen Gregorovitch. Mais sans doute plus personne ne s'y intéresse-t-il car cet homme est censé être mort depuis plusieurs mois, c'est ce que m'a dit Alex. »

Les autres s'entre-regardèrent. Cela expliquait beaucoup de choses mais néanmoins, ne leur facilitait pas la tâche pour autant. Ils soupirèrent. La boucle était bouclée.

AR/NCIS

Alex se retourna sur le côté. Il savait que dans des circonstances pareilles, il n'arriverait jamais à s'endormir. Après être arrivés dans cette nouvelle planque, il avait été remis en cellule. Les séances de torture reprendraient sûrement le lendemain matin.

Comme pour le narguer, les employés de Scorpia l'avaient informé que ce nouveau Quartier Général se trouvait au cœur de Washington, tout près d'agences fédérales, y compris du NCIS. Ce procédé était bien connu. Un voleur avait tout intérêt à se planquer près d'un commissariat de police car on ne le soupçonnerait jamais d'avoir le culot de s'installer si près de ceux qui le recherchaient.

C'est pourquoi l'adolescent s'était finalement fait une raison. Il était au moins soulagé qu'Abby et Elisa s'en soient sorties. Lui, l'agent Gibbs ne le retrouverait jamais. Peut-être était-ce mieux ainsi. Peut-être était-ce son destin.

D'accord, il restait Yassen. Mais il ignorait l'agenda de l'assassin blond et ne comptait pas se reposer dessus. D'ailleurs, Yassen avait déjà remboursé la dette envers John Rider dans Air Force One, non ?

AR/NCIS

Ducky était en train de ranger son matériel tandis qu'ils rassemblaient leurs affaires. Le vieux médecin-légiste vérifia une dernière fois que tout était bien fermé avant de les inviter à quitter son antre.

« Je veux juste vérifier quelque chose. », énonça Gibbs tandis qu'ils parcouraient les couloirs de l'agence, silencieux et déserts à cette heure extrêmement tardive.

Tobias Fornell avait confié Elisa à son agent afin qu'il la ramène immédiatement à la maison tandis qu'ils suivaient tous l'ex-Marine jusqu'à leur espace de travail, Abby et Ducky compris.

Mais ce soir-là, Gibbs n'effectuerait pas ses recherches. Car ils eurent une surprise en arrivant à l'étage. Une surprise moins qu'agréable.

Un homme était tranquillement installé dans le fauteuil de Gibbs. Il avait posé négligemment son revolver, un Grach, sur les genoux et les observait avec apathie. Les Américains restèrent quant à eux sur leurs gardes, tendus. Tony, Ziva et McGee avaient même fait en sorte que Ducky et Abby restent en arrière, en sécurité. Côte à côte, l'agent du FBI et l'ex-Marine faisaient face au Russe.

« Monsieur Gregorovitch, je suppose ? », Gibbs eut toutes les difficultés du monde à employer la formule de politesse. Mais pour une fois, il était plus posé que Fornell. Ce dernier ne cessait de fixer l'assassin sans une once d'aménité, réaction sans doute due aux jours extrêmement éprouvants qu'il venait de passer.

« J'ai pu constater que vous avez fait usage de mes informations, agent Gibbs. », commença le tueur à gages d'une voix où ne perçait aucun accent. « Malheureusement, j'ai pu voir également que cela n'a pas profité à Alex. J'oserais même dire que vous avez empiré sa situation. »

La voix de l'homme semblait douce mais contenait en réalité une tonalité dangereuse. Tony, Ziva et McGee portèrent instinctivement leur main sur leur arme de service, prêts à s'en servir à la moindre alerte.

L'Israélienne, très observatrice, vit que le Russe avait vu mais il semblait décider à ne pas s'en préoccuper. Comme si cela n'avait pas la moindre espèce d'importance. Ziva soupira intérieurement mais ne se décontracta pas pour autant. Contrairement à Tony et à McGee, elle avait déjà eu affaire à ce genre d'hommes. Des tueurs à gages d'excellence. Sans émotion et très prudents, il était vraiment difficile d'en coincer un. D'autant plus lorsque c'est eux qui se présentaient à vous de leur plain gré.

Gibbs, en revanche, avait suffisamment d'expérience. C'est pourquoi il ne se démonta pas, il contre-attaqua carrément.

« Pas plus que vous ne l'avez fait la toute première fois que vous l'avez envoyé chez Scorpia. » L'étrange regard bleu pâle et glacé lança des éclairs. Néanmoins, l'assassin blond ne reprit pas la parole, attendant sans doute que l'ex-Marine pousse plus loin. Ce qu'il fit. « Expliquez-nous donc la raison c'était pour vous venger de votre mentor ou bien pour débarrasser votre organisation d'un ennemi potentiel ? A moins que vous n'auriez préféré qu'Alex Rider suive vos traces… »

Si la chose était possible, le regard de Gregorovitch se fit plus orageux.

« Cela ne vous regarde absolument pas. J'étais simplement venu vous prévenir en personne qu'après le chaos que votre intervention a été, c'est moi qui m'occuperai d'Alex à présent. Je n'ai pas encore brisé ma couverture. », fit-il, sans s'énerver à aucun moment.

Il se leva et se dirigea tout naturellement vers la sortie. Comme s'il n'était pas un criminel au milieu de fédéraux américains. Tony décida alors de sortir précautionneusement son arme de service et de la pointer dans le dos du tueur à gages.

« Je ne ferai pas çà, si j'étais vous, agent Dinozzo. Vous n'aimeriez vraiment pas ma réponse. » Toujours ce même ton plat presque indifférent.

Face à autant de contrôle sur des sujets aussi, c'est Gibbs qui commençait sérieusement à perdre patience. A ses côtés, son vieil ami du FBI n'en menait pas large et piétinait presque de colère.

Gibbs fit pourtant une dernière tentative.

« Vous êtes pourtant intelligent, Gregorovitch, vous savez que tant que nous nous déchirons, c'est Kurst qui a l'avantage et çà, çà n'est pas du tout une bonne chose pour Alex. »

Gregorovitch ne donna aucune réaction très visible si ce n'est qu'il se retourna finalement vers eux. Ces yeux pâles sondèrent le regard de son interlocuteur, comme pour essayer de détecter encore un piège. Autour de Gibbs, les autres restaient sur leurs gardes, même si Dinozzo abaissa son revolver.

L'ex-Marine savait qu'il avait trouvé la corde sensible bien que le visage de Gregorovitch fut un masque lisse. Et que sa voix restât calme et impassible.

« John Rider était mon ami, il m'a même sauvé la vie. J'étais sur le point de mourir lorsque j'ai envoyé Alex à Scorpia et je pensais réellement qu'après avoir tué le père, le MI6 manipulait le fils. Je n'ai appris que très récemment que John Rider était en réalité un agent britannique. Et cela n'a pas changé mon opinion pour l'homme qui m'a enseigné tout ce que je sais. »

« Je parie que c'est la toute première fois que vous parlez aussi longtemps. », ne put s'empêcher d'ironiser Tony.

Il est vrai que Gregorovitch semblait plutôt du genre avare de paroles.

Deux regards bleus fusillèrent le cinéphile du regard tandis qu'à ses côtés, Ziva et McGee soupirèrent d'exaspération. Il n'y avait vraiment que Tony pour plaisanter dans un moment pareil.

Gregorovitch fixa une dernière fois l'ex-Marine avant de poursuivre pour de bon son chemin vers la sortie. Hélas, Tobias Fornell en avait décidé autrement. Il braqua son arme dans le dos de l'assassin blond au bout de trois pas.

« Croyez-vous que nous vous laisserons partir aussi facilement, Gregorovitch ? »

C'était l'agent en action qui s'exprimait.

« L'important n'est pas ce que je crois, agent Fornell, mais ce qui se produit réellement. »

Et le Russe bougea négligemment sa main droite et continua son chemin. Avant même qu'ils aient réalisé, un petit objet noir et cylindrique explosa près d'eux, les assourdissant aussitôt. Cependant, l'explosion fit moins de ravage chez certains que d'autres. Ziva, entraînée par le Mossad à réagir à différents types d'explosifs fut sur pied en quinze secondes. Elle bondit dans la direction qu'avait suivie Gregorovitch, son arme de service à la main, tandis que les autres se relevaient lentement, avec plus ou moins de difficultés.

Alors que Tony et Gibbs demandaient à Ducky et Abby s'ils allaient bien, McGee et Fornell tentèrent de prévenir les agents de sécurité nocturnes de la présence du Russe. Mais c'était inutile. Trois minutes plus tard, l'Israélienne était de retour, les mains vides.

« Il a filé. Impossible de savoir par où il est parti. », confirma-t-elle à Gibbs.

« Il est vraiment doué. », commenta McGee, avant de se faire charrier par le cinéphile.

« Je te signale qu'il s'agit d'un criminel, McBisounours. »

« N'empêche que McGee a raison, Tony. J'ai rarement vu un homme avec autant de bons réflexes, il ne sera pas facile à retrouver. », conclut la jeune femme tout en regardant Gibbs et Fornell.

« Je pense que le moment venu, c'est lui qui nous retrouvera, agent David. »

« Vous voulez dire à propos d'Alex Rider, Jethro ? Vous croyez ce qu'il nous a dit ? », intervint Tobias Fornell, les sourcils froncés.

Gibbs hocha lentement la tête.

« Gregorovitch n'a aucune raison de nous mentir. Surtout que si on regarde ses agissements depuis le commencement, on peut voir qu'il tient à Alex et qu'il n'a aucune loyauté envers Scorpia. Sans oublier qu'il tient à ce qu'on efface son ardoise. Alors… »

« Dans ce cas que faut-il faire ? »

« Attendre, Tobias. Attendre est notre dernière option. », soupira Leroy Jethro Gibbs avec lassitude.

AR/NCIS

Ce soir-là, après avoir avalé un sandwich en deux temps trois mouvements, l'ex-Marine ne réussit pas à s'endormir. Comme à son habitude dans ses cas-là, il descendit à la cave. Il était vrai que le travail du bois avait toujours eu un effet apaisant sur lui.

Mais aujourd'hui, il avait même du mal de vider son esprit et se concentrer sur son bateau. Il repensait sans cesse à ce qu'il avait appris sur Alex Rider. Un gamin que son Service Secret avait fait chanter et qui avait vu bien plus d'horreurs à quinze ans que la plupart des hommes à la fin de leur vie. Un gamin qui avait été utilisé comme si la sienne ne valait rien. Et qui venait de perdre pour la quatrième fois ce qui ressemblait le plus à une famille.

Il fallait à tout prix que quelqu'un le tire de là. Bien sûr, Gibbs savait – même si cela lui écorcherait la bouche de l'avouer à voix haute – que Gregorovitch serait à présent le plus apte à le tirer des griffes de Scorpia. Mais après, que se passerait-il pour l'adolescent ? Le Russe, malgré les liens avec le père, ne pourrait pas représenter une figure d'autorité parentale et Alex se retrouverait à nouveau livré à lui-même. Et Dieu sait ce qui se passerait alors…

Tandis que Gibbs… L'ex-Marine y réfléchissait depuis un moment déjà. Il se sentait prêt. Il ne forcerait pas l'adolescent, bien sûr, mais celui-ci avait besoin d'être guidé pour retrouver son équilibre. Au moins durant les prochaines années. Alors…

Alors une adoption pourrait être la solution.

Sans même s'en rendre compte, Gibbs composa le numéro d'une personne qu'il connaissait bien pour ce genre de situation. A défaut de l'apprécier.

« Allison Hart, à l'appareil. »

« Hart, ici l'agent Gibbs. »

« Agent Gibbs ? », la voix ensommeillée fit place à l'incrédulité. « Vous ne savez pas lire l'heure ? »

L'ex-Marine fit fi de l'ironie colérique.

« Je sais qu'il est tard mais je souhaite votre expertise sur un dossier urgent. Je souhaite adopter un adolescent. »

Au téléphone, l'avocate bondit.

« Vous allez bien ? Vous êtes la dernière personne par laquelle je conseillerais à un enfant de se faire adopter. »

« L'adolescent en question n'a plus de famille du tout, plus aucun repère, a été manipulé par un Service de renseignements et est en train de se faire torturer par une organisation criminelle internationale à l'heure où nous parlons. »

Il y eut un bref silence au bout du fil. Lorsqu'Allison Hart reprit la parole, son ton bien réveillé était redevenu sérieux et professionnel.

« Vous avez piqué ma curiosité. J'arrive immédiatement. »

L'ex-Marine raccrocha, un sourire au coin des lèvres. Une étape importante venait d'être franchie.

AR/NCIS

Note : Je sais que certains d'entre vous souhaitaient qu'Alex finisse avec Gibbs. C'était en effet une idée qui me trottait dans la tête depuis un bon moment et cela me fait très plaisir de retrouver sur la même longueur d'onde que mes lecteurs !

N'hésitez pas à me dire comment vous avez trouvé ce chapitre.

A bientôt,

Guepard54