Chapitre 23 : Incertitudes

Note : Tout d'abord, j'espère que vous allez bien. Ensuite, j'aimerais si possible que vous répondiez à aux questions suivantes dans votre prochain commentaire :

Trouvez-vous mes personnages assez fidèles ?

Est-ce que l'avancée de l'histoire est assez cohérente ( par exemple, dans ce chapitre, je fais un bon de trois jours en avant, cela ne fait-il pas bizarre ?)

Voilà, c'est juste une ou deux petites questions afin de progresser en tant qu'auteur.

Je voulais aussi vous prévenir que mon ordinateur montre ces derniers temps des signes de fatigue très importants (ventilateurs à plats) mais je n'en aurai un nouveau que d'ici trois semaines et pas avant. Donc, il se peut que je publie d'autant moins rapidement !

Merci et Bonne Lecture,

Guepard54

AR/NCIS

Cela faisait trois jours.

Trois jours depuis qu'Abby et Elisa avaient pu fuir l'enfer. Trois jours que les tortures devenaient de plus en plus dures à supporter pour Alex. Trois jours dans l'enfer des geôles de Scorpia.

La seule chose qui faisait encore tenir l'adolescent, au niveau physique comme au niveau moral, ce n'était pas l'espoir. C'était le plaisir qu'il éprouvait de survivre à chacune des tortures auxquelles on le soumettait et la sensation de rester, encore et toujours, une épine dans le pied de ses ennemis.

Mais en ce début d'après-midi, Alex n'arrivait même plus à se concentrer sur cette consolation.

Douleur. Son monde n'était que douleur. La douleur était absolument partout, se propageait dans tout son corps, sans ne lui laisser aucun répit.

Malgré tout, une zone lui faisait plus mal que les autres. Ses poumons. Alex avait l'impression horrible qu'on les avait brûlés à l'acide et qu'à chaque fois qu'il prenait une respiration, cela le brûlait un peu plus.

Cette sensation provenait des trois dernières heures de torture durant lesquelles Scorpia lui avait fait subir le supplice de la baignoire. Alex s'était évanoui trois fois, puis avait été ranimé pour continuer. A présent, il avait encore l'impression par moment qu'il restait de l'eau dans ses poumons. A chaque fois qu'il prenait une respiration et que la douleur lui faisait voir des flashs violets étranges, comme ceux précédents un évanouissement. D'ailleurs, même dans sa cellule, Alex avait du mal de se concentrer sur la réalité, son environnement.

C'est la raison pour laquelle il n'entendit pas les pas légers qui s'approchaient de sa cellule. Il n'entendit pas non plus le grincement caractéristique d'un verrou qui s'ouvre. Enfin, il ne vit pas plus qu'il n'entendit la forme humaine qui s'assit près de lui, à même le sol. En revanche, il ressentit sa présence. Une présence familière qu'il reconnut en diminuant ses respirations ainsi que la douleur jusqu'à l'évanouissement provoquée par elles.

Au bout d'un long moment, la forme poussa un soupir.

Un instant, la main fraîche qui se posa sur le front de l'adolescent le ramena à la réalité. Il entendit l'homme pousser un nouveau long soupir, avant de commencer :

« Tout serait tellement plus simple si tu étais resté à l'école. »

La partie du cerveau d'Alex qui n'était pas embrouillée par la douleur perçut cela comme une triste constatation plutôt qu'un réel reproche.

Alex avait également compris qui était à ses côtés. Le point ironique, c'était que la dernière fois qu'ils s'étaient parlé leur situation était inverse et Yassen, celui à l'article de la mort.

En réponse à la remarque, Alex laissa échapper un bref éclat de rire, sans joie et rempli d'amertume.

« Le MI6 n'a jamais voulu me laisser partir. Jusqu'à ce qu'il soit trop tard. Dans le fond, j'ai quasiment autant de sympathie pour eux que pour Scorpia. », conclut-il, désabusé.

Le Russe ne répondit rien. Sans doute n'avait-il aucune illusion sur le fait qu'à quelques détails près, choisir entre le MI6 et Scorpia c'était un peu comme choisir entre la peste et le choléra. Alex, lui, l'avait compris un peu plus chaque fois que le MI6 l'avait fait chanter ou abandonné.

Ils restèrent un long moment immobiles, dans un silence presque confortable. Alex était à présent pleinement réveillé. La douleur dans ses poumons était encore là, en sourdine quelque part mais au moins elle ne l'empêchait plus de penser.

« Comment avez-vous survécu ? »

La question quitta ses lèvres avant même qu'il puisse la retenir. Cependant il ne la regretta pas. Yassen Gregorovitch était mort près de lui dans Air Force One. Il faisait encore partie des quelques fantômes qui hantaient parfois ses cauchemars. Ceux dont il avait pris l'habitude de parler avec Sabina au beau milieu de la nuit.

Bien que la jeune fille ait vécu un moins grand nombre d'horribles moments, avec ce qui s'était passé avec Cray et la deuxième tentative sur son père juste avant qu'Alex parte au Kenya, elle expérimentait encore des nuits très agitées.

Ces petites confidences faisaient d'autant plus de bien à Alex que ce dernier savait que les Pleasure comprenaient. Tout du moins en partie. Ils étaient les seules personnes vivantes, à part Tom Harris avec qui Alex avait partiellement gardé contact, à connaître toute son histoire avec le MI6. Dans les moments les plus difficiles, Sabina lui avait même proposé de faire fi du sceau du secret et de publier son histoire. L'adolescent blond lui était très reconnaissant car si cela avait été mis en pratique, Edward aurait sûrement risqué sa place.

Néanmoins, autre chose l'avait fortement poussé au refus. Alex n'était pas un héros, il ne serait jamais un héros. Etre un espion n'avait absolument rien à voir avec ce qu'on voyait dans les films. Alex s'était retrouvé à faire des choses dont il n'était pas fier, obligatoires pour assurer sa survie. En résumé, il aurait préféré ne jamais avoir mis les pieds dans ce milieu. Peu importe que son oncle et son père en aient fait partie, il n'y avait qu'à voir comment l'histoire s'était terminée pour eux.

Pourtant, si Alex ne se mentait plus à lui-même, il devait reconnaître qu'à chaque fois, quelque chose l'avait propulsé vers ces missions, vers le danger. Et non, il ne se droguait pas à l'adrénaline. Il le ressentait jusqu'au plus profond de son être. Dans ses veines. L'envie de résoudre ce problème, la soif de ce qui lui semblait juste. A ce propos, c'est sans doute Jack qui avait le plus touché du doigt avec ces propos 'C'est dans ton sang'. Et c'était on ne peut plus vrai. Encore aujourd'hui, Alex le ressentait ainsi.

« Disons que notre milieu est constitué d'une part de chance. Une seconde, j'étais évanoui et la suivante les médecins avaient fait repartir mon cœur. »

La réponse quelque peu énigmatique ne surprit pas Alex. Après tout, il en savait quelque chose. Même si après avoir perdu tous les gens qui comptaient pour lui, il exécrait le mot 'chance'.

Ce qui l'étonna beaucoup plus en revanche, se furent les paroles suivantes du tueur à gages. Ainsi que le ton employé. C'était la première fois qu'il sentait de l'émotion dans la voix de Yassen Gregorovitch.

« J'ai appris pour ton père, Alex. Cela ne change rien. John Rider a été mon mentor et m'a sauvé la vie. », en disant cela, l'adulte passa un doigt rêveur sur sa cicatrice. « En ce qui me concerne, c'est tout ce qui importe. »

Alex déglutit. Depuis qu'il avait appris le véritable métier de son père, il n'avait jamais repensé à ce que Yassen - l'assassin qui était mort en avouant son respect pour John - en aurait pensé. S'il y avait repensé, aurait-il cru que le Russe l'envoyait volontairement à la mort en lui recommandant Scorpia ?

Il n'aurait sans doute jamais la réponse. Mais dans le fond, cela importait-il, à présent que le blond savait ? Yassen ne semblait pas lui en vouloir et sa présence dans ce cachot était presque réconfortante.

« Vous parliez de chance, tout à l'heure. », commenta amèrement Alex. « Je doute que survivre à toutes les personnes qui nous sont chères soit réellement un chance. »

Yassen ne rétorqua pas. De toute manière, Alex n'attendait pas vraiment de réponse. Au bout de longues minutes passées dans un silence neutre, Yassen se leva et commença à marcher nonchalamment jusqu'à la porte. Avant de l'ouvrir, il se tourna une dernière fois vers l'adolescent.

« Nous avons tous un destin, Alex. Mais paradoxalement, il n'est jamais tracé d'avance. »

Alex eut l'impression que l'homme savait quelque chose que lui-même ignorait. Il lui jeta un coup d'œil interrogateur auquel Yassen répondit par un simple haussement d'épaules. Pas de réponse. Une part d'Alex était déçue de tous ces secrets mais il avait conscience que Scorpia guettait le moindre signe pour intervenir. S'il y avait une échappatoire, il devrait être d'autant plus discret.

Après un dernier regard pour le jeune prisonnier dans sa cellule, le Russe s'éloigna.

AR/NCIS

Leroy Jethro Gibbs tournait en rond, tel un lion en cage. Il attendait présentement le retour d'Abby Scuito dans son propre laboratoire.

Cela faisait trois jours qu'ils avaient rencontré Yassen Gregorovitch et ils n'avaient toujours aucune nouvelle ni du Russe ni d'Alex. L'ex-Marine commençait à s'inquiéter sérieusement et à se demander si Gregorovitch n'avait pas tout simplement essayé de gagner du temps. Pour quelle raison, là était la question. Le Russe était trop difficile à cerner et imprévisible.

« Gibbs ! Tu aurais du me dire que tu descendais me voir. J'étais en pleine discussion avec Ducky. Et tu sais comment il est quand… »

L'homme stoppa le flot de paroles d'un geste de la main.

« Abby. Abby, je voulais juste savoir si ces derniers jours, toi et McGee avez relevé des mouvements informatiques suspects, comme des pièces jointes codées ou autres ? Ou même la plus petite information sur… »

Cette fois, ce fut la jeune analyste qui lui coupa la parole. La compassion était criante sur son visage.

« Non, rien pour l'instant, mais je garde espoir. Tu t'inquiètes pour Alex, c'est bien cela ? »

En guise de réponse, Gibbs soupira avant de se pincer l'arête du nez avec lassitude. Comprenant le message muet, Abby s'avança et serra l'homme contre elle. Après tout, c'était ce qu'elle faisait de mieux, réconforter les gens. Mise à part trouver des indices bien évidemment.

Finalement, l'ex-Marine s'écarta d'elle et déposa affectueusement un baiser sur son front.

« On va récupérer Alex, ne t'inquiètes pas. Et je te parie qu'une fois que ce sera fait, nous trouverons la meilleure solution pour lui. »

Inconsciemment, la jeune femme venait d'évoquer un point important. Après un bref moment d'hésitation, Gibbs décida de lui révéler son secret le plus exclusif. Il lui faisait plus confiance que n'importe qui pour garder un secret et elle pourrait sans doute l'assister dans les démarches.

« Je vais l'adopter, Abby. J'ai lancé une procédure d'adoption concernant Alex. Dis-moi ce que tu en penses et… »

Comme il s'y attendait, l'ex-Marine fut à nouveau enveloppé dans une étreinte chaleureuse moins d'une demi-seconde plus tard. Avant qu'elle ne le relâche pour se mettre à sautiller sur place.

« C'est génial, çà, Gibbs. J'ai hâte que nous puissions l'annoncer à Alex. Et de voir également les différentes réactions de Tony, Ziva et McGee. Et puis, une fois que ce sera officiel, nous organiserons une crémaillère. Chez toi, bien entendu. Ou à l'agence aussi, çà peut être sympa… »

Cà y était, il avait définitivement perdu Abby. Celle-ci était déjà en train de faire des plans sur la comète alors même qu'ils n'avaient pas encore retrouvé l'adolescent. Et il y avait un point qu'il devait mettre au clair immédiatement.

« Abby, je te demanderai juste de ne pas l'ébruiter pour le moment. C'est moi-même qui l'annoncerai à l'équipe lorsque je serai prêt. »

« Bien sûr, Gibbs, aucun souci. », lui répondit la jeune femme avec un enthousiasme débordant. « D'ici là, je resterai muette comme une carpe. Tu peux compter sur moi ! Et après, tu vas voir, çà va être génial ! J'ai déjà hâte d'y être ! »

« Patron ! »

La voix du nouveau venu coupa net l'excitation d'Abby. Après tout, elle avait juré de garder le secret même envers ses collègues préférés. C'est la raison pour laquelle Anthony Dinozzo pénétra dans un laboratoire où l'on aurait pu entendre une mouche voler.

« Je te cherchais partout… Euh…, je dérange ? » questionna le cinéphile en leur lançant à tous deux un regard perplexe.

« Absolument pas, Dinozzo. », répondit Gibbs, le plus naturellement du monde. « Qu'as-tu pour moi ? »

Le brun leur jeta un dernier regard intrigué avant de se concentrer avec sérieux sur son chef d'équipe.

« Nous venons d'avoir des nouvelles de Gregorovitch. Il nous a transmis ses conditions, il faudrait que tu les examines. »

« Je remonte immédiatement, Dinozzo. »

Ce dernier acquiesça avant de retourner sans attendre à son propre travail.

« Tu vois, je t'avais bien dit de ne pas désespérer. », remarqua une Abby toute pimpante.

Gibbs lui adressa un dernier sourire avant de reprendre la direction de l'étage.

AR/NCIS

Tout était prêt.

Zeljan Kurst était absent pour plusieurs jours et avait ordonné à la plupart de ceux qui restaient de se mettre à la disposition du Russe. Cela éviterait les questions dérangeantes.

Yassen préférait ne pas songer à ce qu'il lui avait valu cette confiance nouvelle. En effet, le tueur à gages avait participé plus ou moins activement aux deux dernières séances de torture d'Alex. En bon professionnel et à aucun moment, il n'avait laissé planer le doute sur son 'officielle' loyauté. Apparement, Zeljan Kurst avait été suffisamment satisfait de ce qu'il avait pu constater pour lui laisser le champ libre. Combien de temps cela durerait, il l'ignorait et ne s'en préoccupait guère.

Car ce soir-là, Yassen Gregorovitch était bien décidé à faire évader Alex Rider. D'où l'avantage du changement de location des locaux de Scorpia qui s'était ainsi rapproché du NCIS. Le Russe avait déjà prévu de conduire l'adolescent chez Gibbs le soir même. Il n'y aurait sans doute pas de meilleure occasion.

Dans le bâtiment quelque part, une horloge sonna dix heures du soir. Yassen entrouvrit sa porte, essayant de détecter un quelconque brouhaha. Rien. La plupart des hommes qui n'avaient pas accompagné le Yougoslave avaient regagné leurs quartiers. Seul les membres de l'équipe nocturne devaient faire des rondes.

Rassuré sur ce point, Yassen vérifia ses affaires : sur lui deux revolvers – dont le Grach dont il ne se séparait jamais – trois couteaux de combat et plusieurs grenades avec différents effets. Dans un petit sac de sport, une corde, des faux papiers pour lui et Alex ainsi que des armes de plus gros calibre et un kit de premiers secours.

Le Russe vérifia une dernière fois que la voix était libre avant de refermer précautionneusement la porte.

Puis il descendit directement au sous-sol. Sur le chemin, deux gardes à moitié endormis le saluèrent paresseusement. A un autre moment, il les aurait secoués mais ce soir-là, leur apathie l'arrangeait.

Il arriva sans plus d'embûches au niveau des cellules de prisonniers.

Alex n'était pas inconscient mais ne paraissait pas vraiment en bien meilleur état que la dernière fois qu'ils avaient discuté. Le gamin leva tout de même la tête à son approche, le regard interrogatif.

Assez inutilement, Yassen lui fit signe de rester silencieux. Apparemment, Alex avait gardé de bons instincts. Tout en s'approchant du garçon qui se relevait lentement, le Russe tenta d'étudier son état. Alex pouvait marcher. Sans doute pas un marathon, mais c'était déjà un début. De toute façon, Yassen comptait bien 'emprunter' un des bolides de Kurst. Tout ce qu'il devait faire pour le moment, c'était amener l'espion à l'extérieur sans causer une alerte d'évasion de prisonnier. Quant à ce qu'Alex ait des bons réflexes en cas d'imprévu…

Le tueur à gages sortit de sa poche une seringue hypodermique remplie d'un liquide transparent. Alex plissa immédiatement les yeux.

« Ce n'est rien. Juste une dose d'épinephrine pour te maintenir en état de courir jusqu'à ce que je te sorte d'ici. »

La méfiance devint plus diffuse et le fils de John lui tendit doucement son bras.

Une piqûre et quelques secondes plus tard, Alex se sentait mieux en effet, ses sens plus alertes. Il acquiesça en direction du Russe pour lui indiquer qu'il était prêt. Ce dernier se redressa avant de lui tendre un lourd objet métallique.

« Simple précaution. »

Après une seconde d'hésitation, l'adolescent soupesa l'arme puis la glissa sous son t-shirt.

L'assassin blond sortit le premier de la cellule, s'assurant que la voie était libre, avant de faire signe au jeune espion.

Le sous-sol était un véritable labyrinthe mais Yassen avait un excellent sens de l'orientation. Comble de chance, ils ne rencontrèrent pas âme qui vive jusqu'à l'espace aménagé en garage. Yassen les arrêta alors dans un renfoncement depuis lequel on apercevait une vingtaine de voitures luxueuses de toutes sortes : 4X4, coupés, berlines. Ainsi qu'un garde appuyé contre un mur, mitraillette à la main.

Le Russe fit signe à Alex de ne pas bouger puis s'avança tout naturellement vers l'un des véhicules. Dans sa main, un mini couteau suisse utilisé à maintes reprises. Mais les serrures des voitures appartenant aux membres du Conseil étaient toujours sécurisées. Extrêmement sécurisées.

En l'occurrence, Yassen mit plus de trois longues minutes à ouvrir la sienne. Entre-temps, le garde s'était rapproché peu à peu, curieux.

« Je n'étais pas au courant que vous deviez sortir, agent Gregorovitch. »

Yassen se retournant tranquillement vers lui, masquant sans mal ses émotions.

« Je me rends en ville. Vous n'avez pas assez d'influence pour en avoir eu connaissance. Dans cette base, je ne réponds de mes actes qu'à Monsieur Kurst, qui est d'ailleurs tout à fait au courant. », conclut l'assassin, sans se départir de son calme.

L'homme en face de lui parut indécis. Il allait finalement abandonner l'affaire lorsque son regard tomba sur ladite serrure. Vide de toute clé. Leurs regards se croisèrent.

Avant même que le Russe puisse dégainer, l'homme s'écroula brusquement à ses pieds, un petit trou rouge visible à l'arrière du crâne. Yassen, toujours impassible, regarda l'adolescent avancer vers lui, le revolver qu'il lui avait prêté un peu plus tôt pendant au bout de son bras ballant. Il remarqua qu'Alex évitait non seulement son regard mais également de poser le sien sur le cadavre. Que Yassen dissimula promptement sous l'un des véhicules les plus imposants.

Sans un mot, il fit signe à Alex de se camoufler à l'arrière de la Berline noire choisie tandis que lui-même s'installait au volant. L'Aston Martin démarra au quart de tour et Yassen adopta une conduite prudente mais décontracte.

Au bout de cinq minutes, ils s'approchèrent du poste de contrôle, situé à la sortie de la propriété. Le garde le reconnut immédiatement et le salua respectueusement. Invisible à l'arrière, Alex bandait tout ses muscles, concentré.

« Monsieur Gregorovitch. »

Une seconde plus tard, la barrière s'ouvrait. Yassen prit garde à conserver une attitude non-suspecte. Au mois jusqu'à ce qu'ils soient hors de vue de la propriété. Lorsqu'ils s'engagèrent sur l'autoroute après dix minutes, l'Aston Martin roulait à une toute autre allure.

Alex se glissa alors dans le siège passager avant, beaucoup plus confortable pour son corps meurtri.

« Ceinture. »

Malgré lui, l'injonction lui tira un sourire. Même avec le métier qu'ils exerçaient, des gens comme Ian et Yassen parvenaient encore à se soucier de sécurité routière.

Le sourire disparut. La pensée de son oncle mort replongea Alex dans les abîmes les plus sombres de sa vie. Il tourna son regard vers la fenêtre et contempla sans les voir les lumières de la banlieue de Washington D.C. Il s'endormit sans même s'en rendre compte.

Yassen tourna légèrement la tête à droite pour constater que son jeune passager était au pays des rêves. Il lâcha d'une main le volant pour poser deux doigts sur sa gorge. Le pouls était faible, l'adrénaline ne faisait plus effet mais au moins le fils de son ancien mentor avait encore une fois survécu. Il avait bon espoir qu'ils parviendraient jusqu'à la prochaine étape.

AR/NCIS

Ce soir-là, Tobias Fornell décida de rester afin de tenir compagnie à son vieil ami. Plus tôt dans la journée, il avait confié Elisa à son ex-femme tout en la prévenant qu'il travaillait sur une affaire délicate. Il avait convenu avec sa fille de ne pas parlé de l'enlèvement à sa mère – cela c'était passé pendant sa propre période de garde et il ne voulait pas que sa femme en profite pour reprendre l'avantage sur les conditions du divorce.

Toujours est-il qu'il raccompagnait présentement Gibbs chez lui, avec l'idée d'y passer une bonne partie de la soirée. En effet, il trouvait l'autre homme particulièrement énervé ces derniers temps. Il savait parfaitement qu'il prenait à cœur l'affaire Alex Rider et ceci l'étonnait d'autant moins que, tout en se gardant bien de l'avouer à voix haute, Leroy Jethro Gibbs avait toujours apprécié les enfants.

Et Alex Rider n'était pas n'importe qui. Le gamin avait été plongé de force dans un monde d'horreur et souffert à de nombreuses reprises. Et à présent, il était totalement seul face à ses cauchemars. Même l'instinct paternel de Fornell se rebellait face à tant de cruauté.

C'est pourquoi il était bien décidé à tenir compagnie à Gibbs. La nuit était déjà bien entamée puisqu'il n'était pas loin de minuit lorsqu'ils rentrèrent tous deux chez l'ex-Marine. En entrant, ce dernier proposa à l'agent du FBI de manger un sandwich mais lui-même ne parvint pas à avaler la plus petite bouchée.

Soudain, il se figea en remarquant que plusieurs choses n'étaient à leur place. Un verre avait été abandonné à côté de l'évier alors qu'il avait rangé sa cuisine avant de partir au travail le matin même. Quelques glaçons s'étaient également envolés du congélateur.

« Tobias. » interjeta-t-il à voix basse.

L'homme dégarni croisa son regard sombre, un sourcil levé de manière interrogatif puis le suivit hors de la pièce, armes respectives au poing.

Suivant son instinct qui lui dictait que si intrus il y avait encore, il serait sûrement à l'étage, les deux hommes gravirent les escaliers en silence.

L'une des chambres d'invité, rarement si ce n'est jamais utilisée, était mystérieusement entrouverte. Gibbs s'y dirigea aussitôt, Tobias sur ses talons.

Puis ouvrit en grand la porte de la pièce plongée dans la pénombre, revolver levé. Pour le rabaisser aussitôt en ne voyant qu'une forme qui ne pouvait pas appartenir à un adulte allongée dans le lit, profondément endormie.

« C'est Alex. »

Les deux fédéraux contemplèrent l'adolescent, perplexes. Il paraissait extrêmement mal en point. Prudent, l'ex-Marine posa deux doigts sur sa gorge.

« Son pouls est stable mais assez faible. »

« Comment pensez-vous qu'il soit arrivé jusqu'ici, Jethro ? »

L'ex-Marine haussa les épaules. Puis se tourna brusquement vers le coin le plus éloigné de la pièce en entendant un léger bruissement, revolver à nouveau dans sa main.

Les deux Américains se rendirent alors compte qu'une quatrième personne était présente dans la pièce depuis le début. Et pourtant ni lui ni Fornell n'avait vu la forme assise dans un coin.

« Bonsoir, agent Gibbs. »