Chapitre 24 : Assaut

Les trois hommes restèrent un long moment face à face, immobiles et silencieux. Aucune arme ne menaçait l'un d'eux. Simplement, ils étaient tous trop sur leurs gardes pour savoir par où commencer.

Finalement, avec un soupir, le Russe se rassit sans un mot, occupé à nettoyer sa propre arme. Puis :

« Vous vous rappelez des termes de notre dernier accord ? »

« Nous avons bien reçu votre dernier message, en effet. », répondit Gibbs, sur le même ton assez neutre.

L'ex-Marine sentit le regard bleu pâle le sonder mais ne détourna la tête à aucun moment. Finalement, Gregorovitch se leva, glissa son arme à l'arrière dans sa ceinture et se dirigea vers les deux Américains d'un pas nonchalant. Avant de leur faire signe de sortir de la pièce avec lui et de refermer la porte derrière eux.

« Comme vous pouvez le constater, Alex n'est vraiment pas au mieux de sa forme. J'ai pensé qu'ici, Ils ne viendraient pas le chercher facilement. », l'assassin s'interrompit le temps de sortir quelque chose de la poche de son imperméable. Il leur tendit des feuilles que les fédéraux s'empressèrent d'examiner. Ils n'en avaient pas vraiment besoin. « Ce sont les plans de l'entrepôt où Kurst et ses hommes ont relocalisé leurs activités, à moins d'une heure du centre de Washington. Et autres. »

Fornell et Gibbs se consultèrent rapidement du regard, immédiatement sur la même longueur d'ondes.

« En ce qui me concerne, », commença l'agent du FBI « je suis sûr d'avoir l'autorisation de mes supérieurs pour une intervention dans les vingt-quatre heures avec beaucoup plus d'hommes que la dernière fois. Et je pense que ce sera également votre cas, Gibbs ? »

Gibbs acquiesça avant de reporter toute son attention sur le Russe.

« Et en ce qui concerne Alex ? »

L'assassin blond eut un petit sourire.

« Eh bien, je ne pense pas que vous ayez besoin qu'on vous tienne la main pendant que vous faîtes votre travail, agent Gibbs. Alex n'est pas en état d'être transporté, d'autant qu'un hôpital n'est pas le meilleur endroit pour cacher un adolescent d'une organisation criminelle. Je resterai ici pour veiller sur lui. »

Le regard de l'ex-Marine s'intensifia, méfiant. Qui pouvait le blâmer de son attitude ? Même si l'homme semblait se soucier de l'enfant, il ne fallait pas oublier qu'il était un tueur à gages professionnel.

« Je ne suis pas sûr que ce soit l'option que je choisirais. »

« Peut-être. Mais seulement si vous aviez ce choix. »

Gregorovitch n'avait pas dit cela d'un ton menaçant mais plutôt comme s'il s'agissait d'un fait. Intérieurement, Gibbs fit un rapide inventaire des options qui s'offraient à lui. A dire vrai, elles n'étaient pas bien nombreuses. Et il ne l'avouerait jamais à voix haute mais laisser Alex sous la surveillance de Gregorovitch était encore la meilleure d'entre elles.

Pourtant le Russe le surprit. Il ouvrit son manteau et en sortit une liasse de feuilles qu'il ne leur tendit pas immédiatement.

« Sur la base, bien sûr, des négociations que nous avons passées ? », dit-il tout en les surveillant attentivement.

L'ex-Marine acquiesça après avoir échangé un regard avec l'agent du FBI. Dieu seul savait quelles difficultés il avait éprouvées pour convaincre son vieil ami de négocier avec Yassen Gregorovitch.

Il faut dire que ce dernier était recherché par pas moins d'une vingtaine d'agences gouvernementales pour ses crimes et méfaits. Alors échanger son absolution totale aux Etats-Unis – avec l'accord de la CIA bien entendu – contre l'assurance de pouvoir démolir Scorpia ne se faisait pas sans hésitation. Quant à l'assassin, en échange de ces faveurs, il avait pour obligation de demeurer à Washington jusqu'à ce que Kurst soit capturé et son réseau détruit.

Gibbs avait relativement confiance dans le fait que le Russe ne tenterait pas de les doubler car il avait déjà constaté que l'homme n'avait aucune loyauté envers l'organisation criminelle et plus particulièrement lorsqu'Alex Rider était concerné. C'est pourquoi il acquiesça sans hésiter et tendit la main vers les documents.

Gregorovitch le sonda une dernière fois avant de les lui laisser pour se détourner finalement d'eux et se rediriger vers la chambre d'ami.

« Je n'aime pas beaucoup çà, Jethro. », soupira Fornell, tout en fronçant ses sourcils poivre et sel.

Mais l'ex-Marine étudiait déjà les documents fournis : des plans très détaillés, la liste des employés ainsi que des réserves et munitions de Scorpia. Toutes ces informations allaient leur permettre de mener à bien un plan de bataille. Dès maintenant.

Un instant, Gibbs repensa au garçon qui dormait au moment même à l'étage. L'ex-Marine se sentait prêt à affronter pour de bon Scorpia sur son territoire. Pour offrir à l'adolescent une vie où il ne serait pas en permanence obligé de regarder par-dessus son épaule. Pour Alex.

AR/NCIS

Vingt quatre heures plus tard, Alex allait un peu mieux et lui et Fornell se retrouvaient à la tête de deux bataillons conjoints du NCIS et du FBI.

Ils avaient passé la dernière heure à parvenir le plus discrètement possible jusqu'à la nouvelle base de Scorpia, et ce en dépit du nombre d'hommes qui les accompagnaient. La plupart d'entre eux avait l'habitude des situations délicates, après tout.

D'ailleurs, ils en avaient laissés une partie dans la cour de l'entrepôt où une dizaine d'agents ennemis les avaient accueillis, armes à la main, à peine avaient-ils posé un pied à l'intérieur de l'enceinte.

Le reste des fédéraux, toujours guidés par Gibbs et Fornell, avaient pu pénétrer au rez-de-chaussée, où là encore l'enfer s'était aussitôt déchaîné.

A présent, Gibbs et son équipe ainsi que Fornell et cinq autres agents du FBI gravissaient les étages à la recherche de Zeljan Kurst. Gregorovitch leur avait indiqué que son bureau occupait presque une moitié du troisième étage et était complété de salles de tortures. Les dix Américains, extrêmement discrets, parvinrent jusqu'audit bureau au complet et sans trop de dommages.

Aucun garde ne surveillait le couloir qui y menait mais l'instinct de Gibbs lui disait qu'à la minute où les portes s'ouvriraient, le monde exploserait autour d'eux. Il jeta un dernier regard d'avertissement aux hommes qui l'accompagnaient avant de s'accorder avec Tobias pour le signal.

La porte en chêne n'était même pas verrouillée et en effet les tirs plurent aussitôt. Au moins une vingtaine d'hommes les attendaient. Avec eux en plus, la pièce plutôt spacieuse devenait exigüe.

Gibbs repéra rapidement l'homme qu'il cherchait. Kurst se trouvait vers le fond, à côté d'une porte qui devait donner sur une salle de torture. Il s'élança aussitôt, sa course ralentie par le contournement des combattants. Mais il ne perdit jamais le grand Yougoslave de vue.

L'ayant repéré, ce dernier eut un sourire narquois avant de se glisser par la porte la plus proche, l'ex-Marine sur ses talons. Gibbs poussa la porte battante pour se retrouver dans un décor qui aurait pu appartenir à un film d'horreur.

Face à lui de nombreuses étagères sur lesquelles étaient disposées diverses objets : bocaux de sang frais, seringues, chaines, couteaux et scalpels… le parfait inventaire du tortionnaire. Et derrière ces étagères, plusieurs tables métalliques dont certaines recouvertes de draps tachés rouge.

« Bienvenue, agent Gibbs, vous désirez quelque chose ? »

La voix du Yougoslave dégoulinait d'ironie. Elle provenait du fond de la pièce, là où il n'y avait même pas d'étagères pour se dissimuler.

« Je doute que vous soyez revenu chercher votre petit protégé, je sais que vous l'avez déjà. Et dîtes-moi comment… ? Ah oui, sûrement ce traître de Gregorovitch. »

Gibbs se força à rester contré sur son objectif : maîtriser Kurst.

« Vous savez, je ne suis pas sûr que vous le connaissiez suffisamment. », continua celui-ci d'une voix presque neutre. « Rider n'est peut-être qu'un adolescent mais il a fait des choses horribles que la plupart des gens ne feront jamais de leur vie : précipiter un homme du haut de sa tour, réduire un autre en charpie en faisant passer à côté des réacteurs d'un avion en fonctionnement, en faire plonger encore un autre dans le sel, tuer un autre adolescent… Ses actes sont assez horribles lorsqu'on y regarde bien. »

Cette fois, Gibbs ne put s'empêcher d'intervenir.

« Seulement parce que le MI6 l'a mis en danger. Alex n'a jamais voulu faire toutes ces choses mais il a du les faire pour survivre. »

« Je pense que Norman Breivnik vous contredirait. Il n'a même pas eu le temps de sortir son arme avant que Rider vide son chargeur dans sa poitrine. »

Cette fois, Gibbs ne répondit rien. Il savait parfaitement ce que l'autre homme essayait de faire : le déstabiliser. Un homme déstabilisé commet des erreurs. Et un homme qui commet des erreurs est un homme mort.

L'ex-Marine resserra la prise sur son revolver. A travers la porte refermée, on entendait toujours les bruits de lutte dans l'autre pièce. Mais Gibbs avait confiance en ses hommes. Lui devait régler ce problème-là.

Soudain, le grand homme chauve était là, à quelques mètres devant lui, arme à la main. Il affichait à présent un masque d'apathie, à la manière de Gregorovitch. Ces assassins étaient faits du même bois : impitoyable et dur.

« J'ai entendu parler de votre projet concernant Alex, agent Gibbs. Ne savez-vous pas que tous les proches de Rider finissent six pieds sous terre ? J'espère que vous avez bien réfléchi. Car même si vous êtes encore tous les deux en vie ce soir, ce sera dur, très dur. Alex n'oubliera jamais tous ces mois d'horreur, il lui arrivera sans doute de replonger sans que vous ne puissiez rien y faire. Et lorsque cela arrivera, vous vous souviendrez que c'est grâce à Scorpia et vous- »

Soudain, le Yougoslave se rendit compte de son geste. Il allait l'imiter mais l'agent du NCIS fut plus rapide.

'Bang!'

AR/NCIS

« Viens Ducky, Gibbs nous a affirmé que nous pourrions venir voir Alex, le temps de son absence. », fit en sautillant Abby sur le chemin qui menait à la maison de l'ex-Marine.

Derrière elle, le médecin-légiste, l'agent Balboa et son collègue avancèrent plus prudemment. Avant de partir interpeller Zeljan Kurst, Gibbs les avait prévenus qu'il avait laissé 'Yassen Gregrovitch – rien que çà – chez lui pour veiller sur Alex. Et même si le tueur à gages avait négocié sa liberté, pour Balboa, il restait un criminel.

C'est pourquoi il n'était pas tout à fait tranquille quand l'ex-Marine lui avait demandé d'accompagner Abby et Ducky qui souhaitaient voir Alex. Gibbs lui avait donné une clé de sa maison pour qu'ils n'aient pas à demander à l'assassin de leur ouvrir. Il ne manquerait plus que çà !

« Attendez, Abby. », interpella-t-il la jeune femme. « Je vais vous ouvrir et passer le premier. »

Elle acquiesça et prit le bras de son vieil ami. Balboa ouvrit la porte puis pénétra rapidement à l'intérieur, guettant le moindre bruit suspect. Rien. Gibbs l'avait également prévenu que Gregorovitch serait sûrement dans la chambre où se reposait l'adolescent.

Une fois que son collègue fut rentré derrière les civils, ils refermèrent précautionneusement la porte avant de gravir l'escalier. Il ne leur conseilla pas le silence, le bruit qu'ils faisaient permettait au tueur à gages de savoir qu'il n'avait pas à faire à des ennemis.

« Hmm, çà serait pas mal que Gibbs refasse la déco, tu ne trouves pas, Ducky ? Et peut-être moderniser légèrement la maison »

« Je n'en vois pas la raison, Abby, Gibbs s'est toujours très bien senti comme cela et c'est le principal. Pourquoi voudrais-tu qu'il change tout maintenant ? »

Abby afficha alors un petit sourire mystérieux. Il est vrai qu'elle était la seule de l'équipe au courant des projets de Gibbs pour Alex. Bien que ce ne serait plus très long, Allison Hart avait prévu de passer le surlendemain avec un dossier des services sociaux.

Ils arrivèrent finalement devant la porte de la chambre d'ami contre laquelle Balboa toqua avec force.

« Gregorovitch, c'est l'agent Balboa du NCIS. Je suis avec le docteur Mallard et Mademoiselle Scuito. Je pense que l'agent Gibbs a du vous prévenir de notre venue. Le docteur est notamment là pour examiner Alex. »

De l'autre côté de la pièce, une silhouette assise dans le coin le plus sombre bougea pour la deuxième fois en une heure. La première fois, c'était pour apporter un peu d'eau à l'adolescent qui s'était réveillé moins d'une demi-heure plus tôt. Alex et lui n'avait échangé qu'une ou deux paroles mais il n'y avait aucune tension entre eux. Le gamin ne s'était même pas étonné que l'ex-Marine ait laissé l'assassin rester chez lui.

Avec un soupir presque indistinct, Yassen se leva et se dirigea vers la porte, son Grach au poing. Qu'il abaissa aussitôt en voyant que c'était bien le NCIS. Avant de retourner en silence occuper le même coin qu'auparavant, le revolver sur les genoux.

Les quatre personnes pénétrèrent dans la chambre. Les deux agents de sécurité firent attention à ne pas fixer le Russe des yeux et si Abby et Ducky se sentirent tout d'abord mal à l'aise, l'assassin dans son coin sombre réussit très bien à se faire oublier.

D'ailleurs, ce fut Balboa qui commença.

« Vous pouvez partir, Gregorovitch. Mon collègue et moi resteront ici jusqu'au retour de l'agent Gibbs. »

Le Russe ne bougea pas ni ne répondit. L'agent du NCIS se répéta, sans plus de résultat. Seul fut audible un petit rire qui provenait du lit où un Alex Rider bien réveillé était en train de vérifier l'heure.

« Vous vous lasserez avant lui, agent Balboa. Salut Abby, bonjour Ducky. »

Les deux le saluèrent timidement, sans doute encore trop intimidés par la présence de l'assassin. Alex le sentit et eut un léger sourire avant de commencer à se laisser glisser hors du lit. Dans son coin, le Russe fronça les sourcils en le voyant faire ce à quoi, Alex répondit par un bref éclat de rire.

« Je vais vraiment finir par avoir des courbatures. Et personne ne m'a tiré dessus cette fois. » ajouta-t-il d'un ton péremptoire en direction de l'assassin. Puis il s'adressa au médecin-légiste : « Allons à la salle-de bains si vous voulez bien. »

Yassen n'avait toujours rien dit même si tout son langage corporel laissait filtrer une certaine désapprobation. Mais il n'essaya même pas d'intervenir, il savait à quel point un Rider pouvait être têtu.

Bien qu'il soit en meilleure forme que la veille, Alex dut reconnaître qu'il allait peut-être un peu vite en besogne. Au moment où il avança d'un premier pas, il faillit trébucher en avant, trop affaibli par l'alitement. Ducky et Abby le retinrent de justesse, puis, voyant qu'il insistait, l'aidèrent à se rendre jusqu'à la salle-de-bains. Balboa et son collègue sortirent derrière eux mais pour se rendre au rez-de-chaussée.

Dans la salle d'eau, Ducky commença par prendre la tension à son jeune patient et à examiner ses blessures. Avant de changer ses pansements.

« Tout à l'air en ordre, mon garçon, mais je ne saurais que trop te conseiller de rester encore au lit un moment, cela devrait t'aider à guérir plus vite. », fit Ducky de sa voix la plus professionnelle.

« Ce n'est rien. », fit Alex plutôt amer tout en désignant son corps meurtri. « Et pour une fois, personne ne m'a tiré dessus. Juste essayé de m'électrocuter et de me noyer. Mais je suis assez résistant. »

L'adolescent avait énoncé tout cela d'un ton particulièrement détaché qui mit franchement mal à l'aise ses deux interlocuteurs. Pour preuve, Ducky, habituellement très bavard, venait de perdre sa langue. Et Abby pensait comme lui. Un adolescent qui avait subi toutes ces épreuves n'aurait pas du en parler comme s'il ne s'agissait que de météo. Comme si tout était parfaitement normal. Inquiète pour Alex, elle tenta une dernière approche pour contrer son attitude.

Elle lui asséna une taloche derrière la tête à la manière de Gibbs, avant de dire d'une voix qui se voulait (presque réellement) sévère :

« Tu as besoin de repos. Au lit, jeune homme et pas de discussions. »

Face à sa tentative, elle vit Alex et Ducky échanger un regard amusé. Bien. C'était le but de la manœuvre. Quant à Alex, l'humour d'Abby était vraiment rafraîchissant (même si elle lui faisait fortement penser à Jack) et il convint intérieurement qu'un peu de repos supplémentaire ne lui ferait pas de mal. Il allait d'ailleurs sortir de la pièce pour rejoindre la chambre avant qu'Abby ne pose soudainement une main sur son bras pour le retenir.

« Attends, juste une question. Sais-tu pourquoi Gibbs a laissé cet homme avec toi ? Je dois avouer qu'il me fait plutôt froid dans le dos. », conclut Abby tout en se mordillant la lèvre.

L'adolescent eut un petit sourire ironique.

« Tu m'aurais inquiété si tu m'avais affirmé le contraire, Abs. Je n'irai pas jusqu'à dire que c'est un héros, mais Yassen m'a beaucoup aidé et ce en plusieurs occasions, alors je suppose que je… lui fais confiance. », le regard de la jeune femme était plein de compassion mais Alex n'était pas bien sûr qu'elle ait compris, alors il ajouta : « C'est lui qui m'a tiré des griffes de Scorpia et amené ici il y a deux jours. »

L'analyste et le légiste hochèrent la tête en silence pour lui montrer qu'ils avaient compris cette fois-ci. Pour détendre l'atmosphère, l'adolescent compléta : « Yassen sait parfaitement se fondre dans le décor, alors faîtes comme s'il n'était pas là et vous verrez que vous n'y penserez même plus. »

A la suite de quoi, ils retournèrent s'installer dans la chambre. Et, en effet, pendant plus d'heure, ils discutèrent sans faire plus de cas du Russe.

Lorsque soudain celui-ci releva la tête de son livre de grammaire japonaise, tous sens en alerte. Alex se redressa dans son lit ayant lui aussi capté les bruits éloignés mais suspects. Le Russe marcha jusqu'à la porte, Grach au poing, tout en leur faisant signe de ne plus parler ni bouger. Puis il revint sur ses pas pour déposer un lourd objet métallique sur le lit.

Sous les yeux tendus d'Abby et Ducky, Alex soupesa l'arme, vérifia le chargeur et prit fermement le revolver. Avant de lever les yeux sur le visage insondable et d'acquiescer lentement. Ce n'était qu'une précaution, mais elle pouvait se révéler utile.

Puis Yassen sortit, en direction du rez-de chaussée. Le Russe descendit les marches sans faire de bruit. Il savait que Scorpia, après avoir réalisé sa trahison, tenterait quelque chose. A la cuisine, il découvrit le cadavre du collègue de Balboa. En se concentrant bien, il réussit à discerner des voix qui provenaient du salon : cinq pour être plus exactes, une Américaine et quatre accentuées Europe de l'Est.

Le visage impassible, Gregorovitch se déplaça silencieusement, sachant ce qui lui restait à faire.

A l'étage, dans la chambre d'amis, les trois personnes guettaient depuis près d'une demi-heure et en silence le moindre indice sur la situation. Au départ, Abby avait voulu dire quelque chose à propos de l'arme dans les mains de l'adolescent et s'était finalement retenue. Elle savait que ni elle ni Ducky ne serait capable de s'en servir. Et elle se doutait qu'aux yeux d'Alex, il ne s'agisse que d'une simple précaution. Elle le sentait, le jeune espion n'avait pas l'instinct de tueur.

Ils se crispèrent tous trois en entendant finalement des pas dans le couloir se diriger vers la pièce où ils trouvaient. Tendue, Abby prit la main de Ducky qui la serra avec un petit sourire qui se voulait sans doute rassurant. Alex leva le revolver, cran de sûreté relevé et doigt sur la détente, le visage vide de toute émotion. La clenche s'abaissa et la porte s'ouvrit lentement. Ils poussèrent un soupir de soulagement en voyant un Balboa blessé mais vivant. L'homme tituba jusqu'au lit où il s'assit avec un soulagement visible.

« Sanders est mort. Les quatre lituaniens également. Je dois dire que je n'avais jamais vu un homme seul tuer avec autant de facilité. Pas que je sois en position de m'en plaindre aujourd'hui. » soupira l'agent de sécurité avec honnêteté. « Gregorovitch est en train de s'occuper des corps. Au moins, tout cela est terminé. Tu n'as plus rien à craindre, Alex. », conclut-il tout en fixant le garçon blond, un éclat de sympathie dans le regard.

Il hocha la tête en guise de remerciement pour l'homme qui se détourna alors vers ses collègues du NCIS. Aussitôt, Abby se mit à poser un nombre impressionnant de questions à la minute tandis que Ducky examinait le vilain coup de couteau que Balboa avait reçu au bras. Alex profita de leur inattention pour se glisser hors de la chambre.

Discrètement, il s'appuya à la rambarde, observant d'un air sombre le tueur à gages russe au milieu de cette pagaille de cadavres, en contrebas.

AR/NCIS

La balle était presque sortie toute seule du revolver. L'ex-Marine n'avait même pas vraiment compris ce qui se passait, trop occupé à sentir la rage couler dans ses veines. Le Yougoslave s'écroula, mort sur le coup.

Aussitôt, Gibbs entendit une paire de pas précipités entrer dans la pièce et se diriger vers lui.

« Jethro ? »

« Tobias ? Comment vont les autres ? »

« Tout va bien. Nous avons la maîtrise des lieux. Quelques blessés mais aucun mort. »

Gibbs hocha lentement la tête, rassuré. Cependant, il ne quittait toujours pas le cadavre des yeux ce que l'agent du FBI finit par remarquer.

« Jethro ? Je sais que nous avions pour mission de le capturer, mais s'il s'agit de légitime défense… »

« Ce n'en était pas. » La voix de l'ex-Marine semblait vide de toute émotion et ce fut ce qui inquiéta le plus son ami. Gibbs continua et sa voix devint de moins en moins impassible au fur et à mesure que la rage l'envahissait à nouveau. « Il a dit… il a dit qu'à cause des horreurs qu'il avait vécu, Alex ne guérirait jamais vraiment. Qu'il serait toujours marqué à la fois par ce qui lui avait infligé Scorpia et le MI6. » à cet instant, les yeux bleus – qui brillaient étrangement – plongèrent tout au fond des iris noires. « Je vais l'adopter, Tobias… Je vais l'adopter et je ne suis même pas sûr que ce soutien l'aide à surmonter tout cela. »

Fornell le fixa un instant des yeux, très étonné, puis soupira, baissa les yeux au sol et les releva semblant avoir pris sa décision.

« C'était de la légitime défense. Mon rapport le confirmera. »

Leroy Jethro Gibbs eut un petit sourire avant de hocher la tête avec gratitude.

« Merci Tobias. »

« Vous connaissant, votre équipe – qui a mon avis n'est toujours pas au courant de ce léger détail – va bondir de joie. Et n'oubliez pas d'organiser une crémaillère ! Je me ferai un plaisir de venir. », s'exclama Fornell tout se dirigeant vers la sortie.

AR/NCIS

Coucou !

J'espère que vous avez apprécié ce chapitre et que les scènes d'action vous ont semblé au moins un peu réalistes ( n'hésitez pas à me dire, je sais que ces passages ne sont pas mon fort.)

L'intrusion des tueurs de Scorpia n'était pas prévue au départ mais j'ai pensé que l'organisation ne pouvait pas laisser filer Alex sans rien tenter. Maintenant que Gibbs a tué Kurst et arrêté son réseau, Alex va enfin souffler.

Il ne reste plus que deux chapitres et un épilogue à cette fic, alors profitez-en bien !

Petite remarque, j'ai commencé tout récemment des fics (une fic et une série d'OS) sur la série tv 'Revolution' si cela vous intéresse. Si c'est le cas, n'hésitez pas à me dire franchement ce que vous en pensez, tout commentaire est le bienvenu !

Merci à vous, chers lecteurs et à bientôt,

Guepard54