Ron chercha appui contre un arbre. Il posa les yeux sur les lézardes de son écorce, le regard amer.

_ Qu'est-ce qu'on va faire ? demanda Hermione, incapable de dissimuler sa peur plus longtemps.

_ Harry va s'inquiéter. Ils se mettront à nous chercher. Et ils nous trouveront, ne t'en fait pas.

Ron passa sa main sur l'épaule tremblante de son amie.

_ Allons nous-en d'ici. Murmura Hermione.

Ron hocha la tête et lui emboîta le pas.

Les deux gryffondors avaient du mal à se frayer un chemin entre les arbres. La hauteur de leur cime semblait déterminée à ne laisser filtrer que peu de lumière et l'inhospitalité ambiante rendait Hermione de plus en plus nerveuse.

Une rafale de vent s'engouffra de nouveau dans leurs cheveux. Pour une raison qu'il ne s'expliqua pas, Ron se mit à sourire. Il avait sentit la jeune fille tressaillir.

_ Laisse moi passer devant, ce sera plus facile.

_ Plus facile pourquoi ?

_ Ben je suis plus gros, ça t'évitera de te prendre des branches sur le visage, fit-il en pointant les griffures sur les joues de la jeune fille. Marche bien dans mon sillage.

Hermione s'exécuta, silencieuse.

_ Je te sens nerveuse.

_ Je réfléchis.

_ Tu réfléchis à quoi ?

_ Au moyen de nous sortir de là.

_ Je ne savais pas que tu avais peur du noir.

_ Je n'ai pas peur du noir.

_ Tu trembles, Hermione.

_ Non, c'est faux !

Mais une vague de frissons qui secouaient son corps lui remonta soudain dans le bras, lui donnant tord.

Ron soupira.

_ Accroche-toi à moi.

_ Pardon ?

_ Accroche-toi à moi, on marchera plus vite. Et plus vite on sera sortis de là.

Hermione acquiesça, et glissa sa main au creux du coude de son ami. La chaleur de son corps se propagea en elle, diffuse, comme une étreinte accueillante. Sa peur s'estompa. Ses méninges s'activèrent, ratissant toutes les options, tandis qu'elle se laissait guider par la force des pas de Ron Weasley.

Au bout d'une dizaine de minutes, le rythme de marche se mit pourtant à faiblir. Hermione resserra son étreinte autours du bras de Ron.

_ Que se passe-t-il ? demanda-t-elle timidement.

_ Je crois que j'aperçois une espèce de petite maison.

Hermione glissa hors du sillage de son ami, s'écartant de son ombre. Plissant les yeux, elle remarqua qu'en effet, une clairière se formait discrètement quelques mètres plus loin, abritant ce qui semblait être une petite maisonnette au toit de chaume.

_ Mais qui pourrait habiter un endroit pareil, c'est tellement lugubre ici. Lança Ron, l'air défiant.

Hermione acquiesça. Tout autours d'eux, l'atmosphère lui paraissait pesante, angoissante, et cette simple petite maison posée là au beau milieu d'une marrée de noir lui donnait la chair de poule. Ils avaient toutes les raisons du monde de se montrer méfiants.

_ Tu veux qu'on aille jeter un coup d'œil ?

_ Non. J'aime autant éviter. Qui que se soit, ses goûts en matières d'habitation ne peuvent que trahir, au mieux une conception plutôt morne de la vie, au pire des tendances horribles le poussant à s'isoler pour commettre toutes sortes de forfaits.

Ron pouffa de rire.

_ Toi et tes analyses…

_ Viens, on s'éloigne de là, on la contourne cette maison.

Hermione avait saisit sa main et l'entraînait déjà loin de la sinistre chaumière, marmonnant qu'on se croirait dans « un film d'horreur ». Ron se demandait bien ce qu'était un « film d'horreur » mais décida de garder ses questions pour plus tard. Dans l'immédiat il cherchait plutôt à se rappeler cette vieille histoire que son père lui avait raconté au sujet de Stanimir Boroff le féroce, l'impitoyable sorcier qui avait, dans des temps reculés, massacré tout un village, en quête de sang et d'apocalypse.

Persuadé qu'Hermione ignorait tout de cette vieille légende, il évita soigneusement de lui en parler, jugeant inutile de l'effrayer davantage. Sa main tremblait déjà beaucoup trop dans la sienne.

_ Hermione ?

_ Oui ?

_ J'ai faim.

_ Excuse-moi ?

_ J'ai faim.

_Tu arrives à te préoccuper de ton estomac dans un moment pareil ?

_ J'ai pratiquement pas déjeuné ce matin.

_ Avec tout ce que tu as avalé à midi, tu trouves le moyen de me parler de nourriture maintenant, alors que nous sommes perdus au beau milieu d'une foret sûrement maléfique. Franchement Ronald…

Ron serra sa main dans la sienne, un grand sourire planté sur les lèvres. Lancée dans ses réprimandes, Hermione semblait retrouver toute sa force. Il en profita pour prendre la tête, l'entraînant plus vite, à grandes enjambées, au cœur de cette foret maudite. Une fois qu'il eut mis une bonne distance entre la maison de Stanimir Boroff et eux, il s'accorda le loisir de ralentir le pas.

Ron entendait le souffle saccadé de la jeune fille, entre peur et épuisement. Hermione ne pouvait s'empêcher de penser qu'elle avait déjà vu cette forme de chaumière quelque part. Faisant pourtant appel au plus profond de ses souvenirs, sa mémoire semblait cependant lui faire défaut.

_ Hermione ?

_ Mmh ?

_ C'est quoi un film d'horreur ?

_ Un film d'horreur ? Pourquoi tu me demandes ça ?

_ C'est ce que t'as dit tout à l'heure. Devant la maison. T'as dit qu'on aurait dit un film d'horreur. Je me demandais juste ce que c'était.

Hermione éclata de rire, ce qui eut pour effet de vexer Ron. Son ignorance des grands termes classiques moldu avaient toujours le don de la surprendre. Elle oubliait trop souvent que de grandes dissemblances les séparaient.

_ Un film d'horreur c'est une fiction devant laquelle les moldus se placent. Ca passe sur un écran, tu vois. On se regroupe à plusieurs, on éteint la lumière, et on attend de voir ce qui se passe. On appelle ça film « d'horreur » parce que ce qui se passe est forcément atroce. Meurtre, bains de sang, expériences paranormales angoissantes…

_ Mais c'est complètement stupide.

_ Bien sûr que non. Les moldus aiment avoir peur, tout comme les sorciers. L'histoire est souvent très prenante. Et on a pas de mal à s'imaginer à la place du héros à qui il arrive toutes ces choses.

_ Je trouve ça tellement… Tu aimes ça toi, les « films d'horreur » ?

_ Pas beaucoup. En général ce sont plutôt les garçons qui raffolent de ça. Tu serais né moldu, tu les aurais particulièrement adorés, toi aussi.

_ Heureusement, je suis tout ce qu'il y a de plus sorcier. Grimaça Ron.

_ Et puis tu sais, il y a une bonne raison au fait que les garçons aiment les films d'horreur.

_ Ah bon ?

_ Ca leur permet de rassurer les filles et de les prendre dans leurs bras quand elles ont trop peur. Les filles moldues ont plus besoin d'être protégées que les filles sorcières.

_ Et toi tu as déjà fait un « film d'horreur » ? Avec un garçon ? demanda Ron, soudainement très intéressé par ce ridicule concept moldu.

_ On dit regarder, Ron. Et oui, il m'est déjà arrivé d'en voir un.

_ QUOI ?

_ Et d'ailleurs, il faudrait qu'on en voie un ensemble, un jour. Avec Harry.

_ Est-ce que t'es en train d'insinuer que tu veux qu'Harry et moi on te prenne dans nos bras ? demanda-t-il, à la fois surpris et amusé.

Hermione fit volte face.

_ Ne sois pas stupide Ronald, bien sur que non.

_ Tu veux peut être que ce soit juste moi, alors ? risqua-t-il, espiègle, faisant mine d'ouvrir ses bras.

Et contre toute attente, Hermione s'y jeta et le plaqua violemment contre un arbre.

Ron la regarda, effaré.

_ Hermio…

Mais elle avait plaqué sa main contre sa bouche, lui faisant signe de se taire.

_ Regarde la-bas… murmura-t-elle, affolée.

Ron suivit son regard. Plus loin, en contrebas, une forme rouge évoluait lentement dans le désert froid des sapins noirs.

Ron écarquilla les yeux.

_ Qu'est-ce que…

_ Chuuut, implora Hermione.

La silhouette encapuchonnée de rouge les dépassa bientôt. Rien ne marquait le bruit de ses pas, c'était comme si elle flottait sur le sol. Ron la trouva particulièrement petite, et trouva Hermione particulièrement proche de lui, ce qui avait le don de le mettre mal à l'aise. Il sentait le souffle, le souffle de sa respiration sur son visage et ne pouvait s'empêcher de se dire que, malgré tout l'agréable de la situation, ce n'était pas la chose rouge au loin qui le faisait le plus trembler.

Au détour de l'étroit chemin composé d'arbres, la forme rouge finit par disparaître. Ron planta son regard dans celui d'Hermione. Et Hermione prit enfin ses distances.

_ C'était quoi ce truc ?

La jeune fille fronça les sourcils.

_ C'est très étrange…

_ On bouge Hermione. On sort de cette foutue forêt de dingues. Tu as vu ce truc rouge ? Aussi petit qu'un gobelin. Un gobelin qui portait un panier en osier au milieu de nulle part. Forêt de dingues !

Hermione avait du mal à suivre la cadence décidée de Ron.

_ Qu'est ce qui te fait croire qu'on sortira de cette forêt un jour ? gémit-elle. Elle s'étend à perte de vue, Ron !

Le jeune homme empoigna sa main et la tira en avant.

_ Rien à foutre, je trouve la sortie et on moisit pas ici plus longtemps. Et en plus il commence à faire nuit. Lumos !

Le bout flamboyant de sa baguette illuminait les racines à ses pieds, offrant une vision plus dégagée des alentours. Mais la lueur incandescente fut bientôt noyée dans la noirceur du bosquet jonché d'arbres aux formes tourmentés.

_ Ecoute, j'ai un drôle de pressentiment. Quelque chose me dit que je devrais reconnaître cet endroit.

_ Tu dérailles Hermione. Lumos maxima !

La jeune fille s'immobilisa, lâchant sa main, lui lançant un regard noir.

_ Je sais ce que je dis Ronald !

Ron leva les yeux au ciel.

_ Bon sang Hermione, c'est pas le moment de jouer les mystiques.

_ Je ne joue pas les mystiques ! s'égosilla-t-elle.

_ Ok. Concéda-t-il. On verra ça plus tard. Viens, ne traîne pas.

Hermione avait perdu toute notion du temps. Ses pieds lui faisaient mal, sa tête était douloureuse, et sa frayeur ne semblait pas vouloir se tarir. Seule la main chaude de Ron dans la sienne lui amenait réconfort.

Ce dernier jurait entre ses dents. Le découragement le guettait. Il y avait tout d'angoissant dans cette forêt. Il avait cru pouvoir lui échapper facilement, au prix seulement d'une bonne dose d'entêtement. Mais plus le temps passait, plus il se rendait compte que la tâche semblait impossible. Et plus sa détermination faiblissait.

_ Il faudrait peut être penser à s'arrêter. Souffla Hermione.

_ On se reposera quand on sera sortis de là. Je te le promets.

_ Ne promets pas des choses qui ne dépendent pas de toi…

Ron se tourna vers elle, plantant son regard dans le sien, vexé.

_ Ecoute Hermione, commença-t-il irrité, je vois bien que tu as peur et que tu es fatiguée, mais ça ne te donne pas le droit de me d-… Qu'est ce que c'était, ça ?

La jeune fille tendit l'oreille. Au loin, un hurlement bien connu déchirait le silence.

_ Hermione c'était quoi ça ?

Ron la regardait, terrifié.

_ Ne me dis pas que…

_ Si… Je… Je crois que si…

_ Oh merde, on court !

Ron saisit sa main sans ménagement. Il l'entraînait loin, plus loin. Le sol rocheux ralentissait leur course. Des racines saillantes menaçaient de les faire tomber à tout moment. Les branchages leur barraient la route. Lumos maxima ne suffisait plus. Ron ne voyait plus rien. Hermione le suivait, haletante. Cette poursuite était vaine. Ils ne pourraient jamais distancer la créature. Jamais. C'était impossible.

Il y eut un bruit sec au détour d'un arbre. Brusquement, quelque chose de blond déboula sur eux. Vociférant, il s'agrippa à eux de ses mains tremblantes.

Ron lança un regard paniqué à Hermione.

_ C'est un loup ! aboya Malfoy. Un putain d'énorme loup ! Et il est juste là !

Drago pointait son index frémissant sur le buisson qui leur faisait face.

Ron entendait maintenant l'ignoble souffle de la bête.

Hermione, tirant sa baguette de sa poche, dégagea son épaule de l'emprise de Malfoy et, sans un regard pour Ron, se posta devant eux.

Une forme noire jaillit des broussailles.

_ Stupéfix !

Quelque chose de grand et massif tomba à coté de Ron. S'en approchant, il distingua la mâchoire ensanglantée d'un énorme loup noir qui s'étalait au sol de tout son long.

_ Bravo Hermione. Murmura-t-il, non sans admiration.

Malfoy, toujours haletant, tentait de regagner sa composture.

Ron se tourna vers lui, imité d'Hermione.

_ Oui, bravo Granger, articula-t-il, mais j'aurais pu en faire autant.

_ Alors qu'est-ce qui t'en as empêché sale petit s…

_ D'après toi sombre crétin ?

_ Malfoy ne me dis pas que…

_ Si ! J'ai laissé ma baguette à Poudlard !

_ Mais ça c'est une erreur de débutant ! Même toi depuis les hauteurs cyniques de ton affreuse maison Serpentard tu n'es pas aussi stupide !

_ Ferme-la Weasley ! J'ai été très occupé ces derniers temps ! J'avais des choses tellement plus importantes à faire que ces conneries de cours de Dumbledore !

Ron tourna les yeux vers Hermione. « Harry avait raison » articula-t-il. Mais la jeune fille, perdue dans ses pensées, ne lui accordait pas la moindre attention.

Il s'approcha doucement d'elle.

_ Hermione ?

_ Oui Granger, qu'est ce que tu as ? Tu viens de comprendre la théorie de la relativité ? Cette expression sur le visage te rend encore plus laide que d'ordinaire…

Ron serra les poings.

_ Ta gueule, Malfoy ! Tu vas bouffer des cailloux !

_ Essaye, un peu pour voir !

_ Silence ! s'écria Hermione.

Les deux garçons la dévisagèrent. La jeune fille les regardait avec gravité.

_ Je crois que je sais où nous sommes.