Exhaler le paradis

Chapitre 3 : On va tous mourir !

_ Quoi ? s'écria Ron.

_ Tu n'es pas sérieuse, Granger…

_ Je vous le redis, nous sommes bel et bien dans un livre, mais pas dans celui du prince. Il s'agit d'un livre moldu. Les contes de Grimm. C'était dans le sac d'Harry. Il devait le lire le soir avant de s'endormir, non ?

_ Est-ce que tu crois vraiment que je regarde Harry s'endormir tous les soirs avant de me coucher ? Franchement, Hermione…

Malfoy pouffa de rire.

_ Merci de ne pas me parler de vos nuits tendancieuses dans le dortoir des Gryffondor.

_ Ca suffit, Malfoy ! Donc je disais, que je pense que nous sommes en plein cœur des contes de Grimm. Il s'agit d'un vieux recueil de légendes moldues. 18ème siècle, environ. Il est très populaire. On apprend toutes ces histoires aux enfants. Tous les moldus connaissent ces vieux contes.

_ Oui, un peu comme Beedle le barde. Conclut Ron.

Hermione hocha la tête.

_ Je connais très mal Beedle le barde. Avoua-t-elle.

_ Rien d'étonnant à cela Granger, soupira Drago. Donc tu dis que Potter lit des contes pour enfants le soir avant de s'endormir. C'est ça ? C'est ce que fait de son temps l'élu, le sauveur ? Laissez-moi rire. Qui croit encore qu'il pourrait être celui qui vaincra le Seigneur des Ténèbres !

_ Regarde autours de toi, Malfoy ! Comment peux-tu voir un univers enfantin ici, toi qui tremblais comme une feuille il y a quelques minutes ! s'écria Hermione.

Malfoy se tut, mal à l'aise.

_ Il se passe des choses dangereuses dans les contes de Grimm. Renchérit Hermione. Et nous y sommes maintenant coincés, jusqu'à ce qu'on nous trouve. C'est la potion de Ron. Ce n'était pas un filtre anti-gravité que tu as fait. Tu as fait une potion d'infiltration.

_ Une potion d'infiltration ?

_ Tout ce que tu enduis de cette potion n'a plus de secrets pour celui qui le touche. Il en détient la parfaite connaissance, instantanément, expliqua Malfoy.

_ Néanmoins, tu as du rater la potion, Ron, continua Hermione, tu as du forcer sur les doses de poudre de corne blanche, car la potion nous a littéralement infiltrés dans le livre.

Ron se martelait la tête de ses mains, exprimant son sentiment de coupable impuissance.

_ Bravo, Weasley… grogna Malfoy entre ses dents.

_ Je pense, continua timidement Hermione, que lorsqu'on s'est disputé près du sac d'Harry, ta potion a du couler sur le livre que j'ai agrippé. J'ai cru que c'était le livre du prince, mais c'était en fait les contes de Grimm –une vieille édition-. Et quand tu as voulu m'empêcher de le prendre, on l'a touché ensemble et… On a atterrit ici.

_ Et toi, tu n'as pas pu t'empêcher de venir voir ce qui c'était passé quand tu nous as vu disparaître n'est ce pas ?

_ Pas pour vous secourir, soyez-en surs, se défendit Malfoy. Maintenant si l'un de vous aurait la présence d'esprit de jeter un autre maudit sort sur ce maudit loup, ça nous éviterait qu'il se réveille !

_ Ne nous donne pas d'ordre ! Et fais-le toi-même. Ah non, j'oubliais, tu ne peux pas, tu as été assez crétin pour vous suivre en laissant ta baguette à Poudlard !

_ Ron !

_ Petrificus Totalus !

La mâchoire de la bête remua douloureusement lorsque ses poils perdirent la souplesse de leur texture. Une membrane rocheuse était venue se substituer à la peau du loup qui disposait désormais du même air figé que n'importe quelle statue du monde moldu.

Malfoy épousseta sa robe de sorcier dans une grimace de dégoût.

_ Bien. Granger, tu as été assez maligne pour deviner la vérité, tu seras sans doute assez brillante pour nous sortir de là.

Hermione soupira, agacée.

_ Malfoy, tu ne comprends donc pas ?

_ Non, je ne comprends pas, et visiblement Weasley non plus !

_ Il n'y a aucun moyen de sortir. Nous sommes coincés ici ! Coincés, bloqués, séquestrés, emprisonnés jusqu'à ce que quelqu'un nous trouve ou que la potion cesse de faire effet.

Drago observa longuement Hermione, persuadé qu'il finirait par déceler le petit signe qui trahirait son mensonge. Mais son visage demeurait intact. Aussi, il comprit vite qu'il n'y avait ni fable ni tromperie dans ses propos.

_ Je suis donc coincé dans le livre moldu de Potter avec vous deux sans espoir de sortie immédiate ?

_ C'est ça. Ironisa Ron. Et si tu crois que ça nous fait plaisir…

Malfoy ne ripostait pas. Il semblait avoir toutes les peines du monde à digérer l'information.

Ron ricanait à présent, satisfait.

Il se tourna vers Hermione.

_ Qu'est-ce qu'on fait maintenant ? Et surtout, qu'est-ce qu'on fait de lui ?

_ Je viens avec vous évidemment ! s'écria Malfoy. Je suis sans baguette magique, vous ne pouvez pas me laisser comme ça pendant… tout le temps que votre stupide cafouillage nous prendra. Je vous collerai et vous suivrai quoi que vous fassiez de toutes façons.

Ron leva les yeux au ciel.

_ D'accord, Malfoy, accorda Hermione. Tu nous accompagnes. Nous ne serons pas trop de trois pour affronter tout ça. Il y a quelque chose d'assez sordide et de… sanguinaire dans les contes de Grimm.

Ron la dévisagea, interloqué.

_ T'es flippante, Hermione. Tu l'étais pas, avant…

La jeune fille jeta un regard en biais vers le monstre noir couché au sol.

_ Venez, on s'en va.

Les deux garçons suivirent, sans mot dire. L'écho de leurs pas résonnait dans le silence, mutisme qui n'était du qu'à l'insolite de la situation.

Après toutes ces années de conflits ouverts et de méfiance, après tout ce qui les avaient opposés, Ron avait du mal à croire qu'il marchait plus ou moins sereinement aux côtés d'une des personnes qu'il haïssait le plus dans ce bas monde.

Malfoy poussa un soupir exaspéré.

_ Ne fais pas languir ton auditoire plus longtemps, Granger. Tu meurs d'envie de nous en dire plus au sujet de cette saleté de livre moldu. Weasley et moi on brûle de savoir…

Pour la première fois de sa vie, Ron approuvait Drago Malfoy.

Hermione se sentit rougir jusqu'à la racine des cheveux.

_ Le petit chaperon rouge.

_ Pardon ?

_ Le petit chaperon rouge ? railla Malfoy.

_ Oui, le petit chaperon rouge ! s'énerva Hermione. Il était une fois, il y a très longtemps, - plus précisément en la période qu'on appelait le Moyen Age, mais ça ne vous dit rien bien sûr, étant donné qu'aucun de vous ne s'est jamais donné le mal de suivre les cours passionnants mais pas toujours très exacts d'étude des moldus du professeur Burbage- vivait une petite fille dans un village très reculé bordé d'une forêt noire. Sa mère lui demanda d'aller à la rencontre de sa grand-mère qui habitait seule dans une petite maison au beau milieu de la foret lui porter des gateaux. Elle lui confia un panier et l'habilla d'un vêtement à capuche rouge qu'on appelle plus communément le chaperon.

Malfoy renifla avec mépris.

_ Ecoute la, crétin ! lança Ron, agacé.

Hermione reprit, toisant Malfoy avec défiance.

_ En chemin, le chaperon rouge croise un loup. Le loup lui fait aimablement la conversation et lui demande où va-t-elle de ce pas pressé. Le chaperon a la sottise de lui faire confiance et lui raconte qu'elle se rend chez sa mère-grand.

_ Mère-grand ? pouffa Ron.

_ ET DONC, le loup, alléché par les confidences du chaperon, la devance, court chez sa mère-grand et la dévore. Sachant que le chaperon arrivera d'une minute à l'autre, il utilise la ruse pour se faire passer pour la grand-mère et la naïveté du chaperon la perd car celle-ci se fait dévorer à son tour. Je vous ai fait la version courte.

_ Quelle histoire pathétique… roucoula Malfoy.

Ron fixa Hermione, peu convaincu.

_ C'était pas un gobelin alors, le truc rouge.

_ La morale de l'histoire, coupa Hermione, -car tous les contes moldus sont à vocation moralisatrice- c'est qu'il faut se méfier des inconnus, parce qu' ils peuvent ruser pour nous faire du mal.

Malfoy haussa les épaules, indifférent.

_ Nous avons tout à l'heure fait connaissance avec la perversité du loup, précisa Hermione.

_ Personne ne serait assez stupide pour se laisser convaincre par un loup se faisant passer pour une femme.

_ Tu avais pourtant l'air de quelqu'un de très convaincu face au loup tout à l'heure, avant qu'Hermione ne lui jette un sort. Sans baguette magique, tu aurais pu…

Malfoy se rembrunit.

_ Je vous l'ai dit. Il se passe toutes sortes de choses dans les contes de Grimm. La magie côtoie le réel. C'est dangereux. On ferait bien de rester sur nos gardes.

Ron hocha la tête, prenant la tête du cortège. Malfoy le fermait, ne pouvant s'empêcher, à intervalles réguliers, de jeter des coups d'œil en arrière.


_ Ronald Weasley, tu n'as pas bientôt fini de te plaindre ? s'exclama Hermione, exaspérée.

_ Mais j'ai faim !

_ J'ai faim aussi ! Mais tu vois bien qu'autours de toi, il n'y a rien à manger !

Malfoy soupira, fatigué.

_ Tout le monde sait Weasley, même toi, qu'on ne peut faire apparaître de nourriture à moins qu'il y ait de la matière pas loin. Nous sommes au beau milieu du néant.

_ Ne te cache pas derrière ta science des théories magiques pour masquer le bruit que fait ton estomac, Malfoy ! Je l'entends d'ici !

Drago toisa Ron avec mépris, depuis l'autre coté du feu de camp.

_ On va tous mourir ! s'angoissa Ron. On sortira jamais d'ici ! On va tous mourir de faim ! On va peut être même être obligés de s'entretuer pour survivre. On va peut être devoir s'entredévorer !

_ Si tu ne cesses pas de nous bassiner avec tes histoires de bouffe, je te jure que je fais finir par te faire rôtir au feu de bois pour mieux te digérer !

_ On va tous mourir ! beugla Ron.

_ Granger, fais quelque chose, il est insupportable !

Hermione leva les yeux au ciel. Tirant silencieusement sa baguette de sa manche, elle la pointa sur Ron sans crier gare.

_ Otium dulcis.

De la fumée jaune entoura brusquement le visage du jeune homme, lui pénétrant les narines.

Pris de panique, jetant des regards terrifiés en direction de ses deux compagnons, il se sentit soudain empli d'une vague déferlante de bien être, et son expression se décontracta. Il se coucha au sol, le regard vers le ciel, respirant soudainement la béatitude.

_ Pathétique, cracha Malfoy en se levant.

Hermione savait qu'il était parti s'isoler près de la rivière, non loin de laquelle ils avaient établi leur camp.

Elle garda le silence un moment, tentant de réprimer ses élans de nervosité. Le plus grand calme régnait dans la foret, qui était, elle le savait, artificielle, mais criante de réalité. Rien de ce qui n'était pas mentionné dans les textes des frères Grimm ne pouvait apparaître. Aucun ennemi ne pouvait roder, le loup, seul animal hostile, ayant été neutralisé. Seulement voilà, Hermione avait, comme la plupart des enfants moldus, eut vent oralement de ces contes, et n'avait jamais pris la peine d'en lire les textes. Aussi, elle n'avait aucune idée précise de ce qui pouvait les guetter au cours de leur séjour au fin fond des abysses de l'imaginaire de Grimm.

Détournant la tête, elle vit le visage de Ron tourné vers elle, qui la contemplait. Hermione alla s'asseoir à ses côtés.

_ Ca va ? demanda-t-elle.

_ Oui, ça va mieux. Merci, j'en avais besoin. Du sortilège.

Ses yeux se posèrent sur l'âtre du feu.

_ Je crois que je vais aller me coucher.

Ron hocha la tête, un peu nerveux à l'idée de dormir près d'Hermione.

_ Et pour Malfoy… continua-t-elle.

_ Ignore ce stupide petit vers de terre.

_ Non. Non, je veux dire, enfin... Il pourrait très bien chercher à nous dérober nos baguettes dans la nuit.

Ron écarquilla les yeux. C'était pourtant évident, et il n'y avait pas pensé.

_ Donne-moi ta baguette. Sourit-elle.

Le jeune homme s'exécuta, et posa délicatement l'écrin de sa magie dans la paume de la main d'Hermione.

_ Conveniunt fugae, murmura-t-elle. Voilà. Il ne pourra pas nous les voler.

Le jeune homme lui adressa un sourire surpris, admiratif.

_ Bonne nuit, Ron.

La jeune fille lui tourna le dos et roula sur le coté, cherchant sa position pour dormir.

Ron ne pouvait se résoudre à détacher ses yeux d'elle.

_ Hermione ?

_ Mmh ?

_ Quitte à me retrouver coincé dans un livre plein de dangers, je suis content que ce soit avec toi. Enfin, je veux dire… T'imagine j'aurais été avec Neville ? Je serais actuellement en plein processus de digestion dans le ventre d'un loup…


Lorsque Drago Malfoy regagna le chemin du camp, il trouva ses deux ennemis de longue date en plein sommeil, allongé dos à dos près du feu. Le jeune homme tremblait de froid, la tête ruisselante d'eau de rivière. Il finit par s'allonger au sol. Mais les sueurs froides revenaient. Les pulsations de son cœur affolé, faisant écho en lui, le gênaient dans sa descente au creux des bras du sommeil. Piégé dans une boucle temporelle alternative, loin de toutes possibilités d'accomplir sa mission, il le sentait déjà, lui le tout puissant, éclater de fureur, perdre patience.

Drago hésita quelques instants à réveiller Hermione. Il mourrait d'envie de lui demander le même traitement qu'elle avait réservé à Weasley. Le seigneur des ténèbres emplissait ses songes. Depuis ce qu'il lui avait confié, chaque moment du coucher le terrorisait. Il revoyait ses yeux le foudroyer, il revoyait le ton doucereux de sa voix, il revoyait son père à terre, prostré sous les hurlements de l'infâme sortilège de toutes les douleurs.

Mais sa fierté l'en empêcha.

Sa fierté le fit dormir avec les images de Lord Voldemort penché au-dessus de sa dépouille inanimée.


Hermione marchait en tête. Le convoi était d'un calme plat. Ron et Malfoy avaient renoncé à se taper dessus, et ne se congratulaient même plus de sarcasmes. Plus personne ne parlait de sa faim, mais tout le monde ne pouvait que la garder à l'esprit. Au cœur du pénible bosquet jonché d'arbres interminables, il était difficile d'imaginer que le jour s'était levé. Rien ne laissait filtrer la lumière. Mais tout semblait vouloir contrarier Hermione. A mesure qu'elle se faisait ces remarques, quelque chose d'insinueux venait la contredire. Comme émanant du sol, le feu d'une clarté nouvelle jaillissait dans les yeux de la jeune fille.

Hermione retint un cri.

_ Ron ! Enfin fais attention, tu m'as marché sur le pied !

_ La ferme, Granger ! Regarde !

Plus loin, en contrebas, les arbres se dessinaient plus denses et moins noueux. En plissant les yeux, on pouvait voir un bout du ciel. Mais ce n'est pas ce que Ron et Drago avaient remarqué. Comme foudroyés par l'évidence, ils s'étaient mis à courir comme si leur vie en dépendait, vers quelque chose qui ressemblait à une maisonnette aux couleurs chatoyantes. Hermione fronça les sourcils. Quelque chose ne tournait pas rond.

_ Ron… appela-t-elle doucement.

Mais le jeune homme, hypnotisé, ne l'entendait plus. Hermione hâta le pas, saisie d'un mauvais pressentiment. Une odeur de catastrophe imminente flottait dans l'air.

_ Ron ! Malfoy ! Qu'est-ce que vous…

La mâchoire de Ron s'était refermée sur la poutre marbrée de la maison au toit de… de pain d'épice ?

_ Non ! hurla Hermione. Non ! Non ! Non ! Ron ! Ne faites surtout pas ça ! Ron ! Malfoy ! Ecoutez-moi !

Drago se balançait à la fenêtre, dégustant tant et plus le bois fait de dragées sucrées.

_ Arrêtez-ça ! criait Hermione.

Ron s'attaquait maintenant goulûment aux pierres apparentes de la maison, le bouche gorgée de nougat. Malfoy soupirait des « huuuum » de délice.

_ Il ne faut pas rester là ! Il faut partir tout de suite ! rugit Hermione, qui les avaient rejoint aussi vite que possible. Elle se jeta sur Ron, le tirant en arrière. Mais le jeune homme repoussait chacune de ses tentatives.

_ Il npf'y a qu'a fse fservir, Hermpfione, fit-il, la face collée au mur, engloutissant un bâton de sucre d'orge.

_ Malfoy !

_ Fchous moi la paix Grancher ! articula-t-il, dévorant les jointures du volet de pain brioché.

_ Ron ! suppliait-elle. Il faut partir !

_ Manfge Hermpfione ! Tchiens.

Il lui tendit un énorme morceau de pierre de nougat, sans prendre gare à ce qu'elle le saisisse.

Hermione ouvrit la bouche pour lui crier qu'il était stupide. Qu'ils étaient tous les deux des abrutis bornés qui courraient à leur perte, mais une autre voix couvrit sa fureur.

Quelque chose de grand et de massif fendit l'air.

_ Qui grignote ma maison ?