Exhaler le paradis

Chapitre 4 : Sale… Sale sorcière !

Ron et Drago cessèrent immédiatement leur festin. Hermione se cramponna au bras de Ron. Quelque chose de laid cachait le soleil. Une vieille femme leur faisait de l'ombre, les poings sur les hanches. Hermione retint son souffle.

_ Euh… pardon madame, murmura Ron en s'essuyant la bouche.

Les rides creusaient le visage de la demi géante, surement une cousine d'Hagrid, se disait Ron. Malfoy perdit toute notion de politesse et grimaça devant la laideur de la vieille femme. Ses pieds gonflés avaient du mal à la porter, la peau de ses mains semblait aussi rugueuse que celle d'un troll des marécages, et une verrue sur le nez venait terminer l'abominable tableau de son visage.

_ En fait, euh… On a pas mangé depuis des jours, vous voyez… mentit Ron. On avait juste, euh… très faim. Désolé…

Hermione admira le courage de son ami. Malfoy se tut. Il n'y avait rien de louable à jouer les gryffondor.

Quelque chose d'hideux qui avait tout l'air d'un sourire s'esquissa sur le visage de la femme.

_ Je comprends mes enfants. Ne soyez pas peinés. Entrez, mes petits anges. Si vous avez faim, je peux vous préparer un bon repas.

D'un geste lent, la vieille femme entrouvrit la porte de sa maison. Un délicieux fumet s'en échappa. L'odeur exquise venait chatouiller les narines de Ron. Malfoy ferma les yeux, transporté.

_ C'est très délicat de votre part, madame, s'inclina Drago, qui salivait déjà. J'accepte l'invitation avec plaisir.

_ Ouais, pareil.

_ Ron !

Hermione l'implorait du regard.

La vieille femme sourit, satisfaite.

_ Et bien, entrez.

Drago pénétra le premier, suivi de Ron. Celui-ci se retourna.

_ Tu viens, Hermione ?

La jeune fille soupira, déconfite. De toutes façons, il ne peut rien nous arriver. Nous avons nos baguettes, se murmura-t-elle, avant de s'engouffrer à leur suite, sachant très bien à quoi s'attendre.

Mais rien ne se passa comme elle l'avait cru.

La porte se ferma seule, dans un fracas peu naturel. Un courant d'air flamboyant s'anima dans la maison et tournoya autours de la vieille femme qui les regardait maintenant comme des sacs de viande. Ron et Drago poussèrent naïvement des Oh et des Ah de surprise en comprenant la supercherie.

Hermione soupira, exaspérée.

_ Je vous l'avais pourtant dit.

Elle tira sa baguette, et la pointa sur la vieille femme, désenchantée.

_ Petrificus totalus.

Mais rien ne se passa.

Hermione fronça les sourcils.

_ Petrificus totalus !

La vieille femme éclata d'un rire cruel et sarcastique, jubilatoire.

_ Stupefix ! continua Hermione, que la panique était en train de gagner.

_ Evanesco ! cria Ron. Reducto ! Immobulus ! Impedimenta ! Icendio ! Diffindo ! euh… Doloris ! Impero !

Mais la demi-géante riait de plus belle.

Aucun des sorts ne marchait contre elle. Dans la maison de pain d'épice, leurs baguettes n'avaient pas plus de valeur que de vulgaires et quelconques bouts de bois.

Drago avala douloureusement sa salive.

Hermione soutint le regard mauvais de la vieille sorcière.

_ De la vieille magie… murmura-t-elle.

_ Le déjeuner est servi ! ricana la sorcière.

Ni une, ni deux, tous trois furent jetés dans une minuscule cage. Malfoy eut beau se plaindre, Ron eut beau le menacer de lui en coller une, Hermione se retrouvait tout de même coincée dans des positions les plus acrobatiques au milieu des deux garçons. Une fois qu'elle les eut assommés de reproches et de « je vous l'avais bien dit », et qu'un massacre interne fut évité de justesse au sein de la cage, les trois sorciers furent en mesure de discuter.

_ C'est quoi ce putain de conte encore, Granger !

_ Aie Ron, ton coude ! C'est le conte d'Hansel et Gretel ! Cette femme est une sorcière qui mange les gens ! Elle envisage de nous cuisiner et de faire de nous son repas.

_ Mais nous sommes chez les moldus ! Aie ! Il n'y a pas de magie chez les moldus.

_ Tu saurais Ron, si tu avais daigné jeter un œil à mes cours d'étude des moldus, pourquoi on trouve de la sorcellerie dans les histoires mold… Malfoy ! Enlève ta main de là !

_ Vire ta main de la tout de suite ou je te brise les os !

_ Comme si j'avais envie de te toucher, Sang de bourbe !

_ Retire ça tout de suite !

_ Ou sinon tu vas faire quoi ? Sortir ta baguette ? T'es plus un sorcier ici rouquin de mes deux !

_ Tu la touches ou tu lui parles encore comme ça une foissale petit v…

_ Les garçons, chuuuut…

La vieille sorcière avait cessé ses activités. La clameur de leur dispute avait attiré son attention. Elle les toisait maintenant de toute sa hauteur.

Ron bomba le torse.

_ On a pas peur de vous, sale… sale sorcière !

Malfoy éclata de rire.

Hermione soutenait le regard de la vieille femme.

Cette dernière se frotta les mains, satisfaite.

_ Alors, demanda-t-elle d'une voix suraiguë, qui vais-je manger en premier ?

Malfoy cessa de rire.

_ Peut-être toi ? Le petit blondinet soumis. Ou bien toi ? Le rouquin idiot. A moins que je commence par toi, ma chérie.

La vieille femme attrapa brusquement le poignet d'Hermione et le fit rouler dans ses mains.

_ Maigrelette. Oh, voilà qui est beaucoup plus intéressant ! s'écria-t-elle en saisissant celui de Ron.

Malfoy parut pleurer de dégout lorsque la main de la sorcière se posa sur son poignet.

_ Tu seras sans doute celui qui suivra. J'en salive d'avance ! chanta-t-elle en s'éloignant.

L'instant d'après, Ron l'entendit couper des légumes, sans doute des carottes. Malfoy se sentait fait comme un rat.

Hermione se tourna vers eux.

_ Ecoutez-moi tous les deux. Il faut vite trouver une solution. Ou l'un de nous va périr dans la soirée. Je crois que c'est toi qu'elle a choisi, Ron. Lorsqu'elle nous a tâté le poignet, elle voulait savoir qui était… le plus en chair.

_ Genre Malfoy est plus maigre que moi.

_ J'ai un corps de rêve moi, Weasley.

_ Tu ne vas pas sérieusement croire que…

_ Ron ! Il faut trouver un plan. Qui a une idée ?

Ron et Drago la regardèrent comme si cela allait de soi.

_ Evidement que c'est toi le cerveau, Granger. Sors-nous de là. Et vite, avant que Weasley ne meure de jalousie en s'apercevant que tu préfères dans l'espace étroit d'une cage te coller à mon corps de rêve plutôt qu'au pauvr…

_ Ca suffit, serpent de merde, je peux plus te saquer, je peux plus te voir en peinture, tu vas…

Hermione soupira, désespérée. Une fois de plus, tout reposait entre ses mains.

La jeune fille bouscula Malfoy sous le regard scandalisé de Ron et agrippa les barreaux de la cage.

_ Sortez-moi de là ! Je vous en prie, sortez-moi de là ! Je ferais ce que vous voudrez. Tout ! Tout, mais sortez-moi de là !

Ron dévisagea Hermione, électrifié. Malfoy la regarda avec dégout.

Mais elle avait réussi à capter l'attention de la sorcière, qui venait d'ailleurs à sa rencontre.

_ On change de camp, ma petite ?

_ S'il vous plait, vous êtes la femme la plus puissante que je connaisse. Vous m'avez désarmée, je ne peux rien contre vous. Apprenez-moi !

Ron eut un haut le cœur.

La vieille sorcière ne cacha pas sa surprise.

_ Apprenez-moi à être comme vous. Je pourrais vous aider. Je ferais le ménage, je ferais la cuisine, je vous aiderai à capturer vos proies. Et je resterai avec vous, pour toujours. Vous devez vous sentir bien seule, ici. Je pourrais… être votre fille.

Ron ouvrit la bouche, mais Malfoy la lui referma tout de suite, lui indiquant de se taire et d'écouter la suite.

La vieille sorcière se pencha devant Hermione, cherchant à capter son regard. La jeune fille afficha son air le plus lâche et le plus larmoyant.

_ Voulez-vous… Etre ma mère ?

La sorcière réclama le silence et pris quelques minutes pour réfléchir, qui parurent une éternité aux yeux de Ron. Lorsque sa décision fut prise, la porte de la cage s'ouvrit. Hermione en fut extraite, et avant que quiconque ait pu bouger, la cellule s'était refermée toute seule.

_ Vous serez tout pour moi, désormais.

Hermione ne jeta pas un seul regard en arrière et suivi la sorcière en cuisine, laissant Ron et Drago livrés à eux-mêmes.

-0-0-0-0-

-0-0-0-0-

-0-0-0-0-

_ Granger est une sacrée fille. Dommage qu'elle soit née moldue. Vraiment dommage.

_ Toi et tes préjugés de merde sur le sang, quand comprendras-tu…

_ Je suis persuadé qu'elle aurait fait une Serpentard exquise.

_ La ferme, Malfoy. Hermione aurait été une Gryffondor, quoi qu'il arrive. Ou bien une Serdaigle. Je n'ai jamais compris pourquoi Hermione n'était pas une Serdaigle.

_ En même temps, c'est un chapeau qui a décidé.

_ Ouais, un chapeau. Comment faire confiance à un chapeau, de toutes façons ?

_ C'est absurde. Poudlard est absurde.

_ C'est toi qui est absurde, tête de fouine. Ferme-la, un peu.

_ Toi, ferme-la, Weasmoche. Si Granger se rate, tu vas finir découpé ce soir.

_ T'as toujours été jaloux Malfoy. Parce que moi j'ai le survivant et la fille la plus intelligente de l'école, alors que toi tu as Crabbe et Goyle.

_ Profite tant que tu peux, Weasley. Parade, si ça peut te faire plaisir. Tu sais aussi bien que moi que nous allons vers des jours sombres, tu sais aussi bien que moi qui finira par gagner sous le règne du Seigneur des Ténèbres.

_ Ta gueule, Malfoy. Regarde-toi dans un miroir, tu ne fais peur à personne.

_ Je n…

_ Attention, elles reviennent.

Hermione avait cherché à gagner du temps. En guise de preuve de sa dévotion envers la sorcière, elle avait passé l'après-midi à astiquer les sols, à récurer les cuisines, à lustrer les chaises et avait même consenti à partir chercher des légumes dans le jardin. Aussi, losque la sorcière s'assoupit sur le canapé, elle se précipita vers la cage, trouvant Ron et Malfoy en pleine querelle. Ron l'accueillit, le regard méfiant.

_ Tu sais ce que tu fais ? demanda-t-il.

_ Non, pas trop. Mais oui, un peu. Alors écoutez-moi. Il faut juste que je l'attire dans le four.

_ Dans le four ? questionna Malfoy.

_ Oui, c'est comme ça que Gretel vient à bout de la méchante sorcière. Je suppose qu'il faut que je fasse pareil. Seulement, l'ennui, c'est qu'elle a prévu de te faire bouillir, Ron.

_ Merci pour l'info, Hermione…

_ Il faut que vous m'aidiez à la convaincre. Je ne peux pas le faire moi, je pense qu'elle a des soupçons.

_ Qui est Gretel ?

_ On s'en fout, Ron ! Il faut juste qu'elle change d'avis. Oh, attention, elle se réveille. Mère ? Voulez-vous un verre de jus de citrouille ?

-0-0-0-0-

-0-0-0-0-

-0-0-0-0-

_ Bon, t'es prêt ?

_ Ouais, je suis prêt Weasley. Tu vas pleurer dans les jupes de Granger après ça.

_ C'est ça, ouais. SALE PETITE FOUINE !

_ PAUVRE ROUQUIN IDIOT !

_ SERPENT DE MES DEUX !

_ NID DE CAFARDS AMBULANT !

_ VA BOUFFER DES LIMACES !

Alertée par les cris, la vieille sorcière accourut, déconcertée. Ron et Drago se battaient, à coup de poings et de mots, dans le minuscule espace d'une vieille cage à renards.

_ Ça suffit, taisez-vous tous les deux !

Mais aucun des deux garçons ne l'écoutaient.

_ Silence ! J'ai dit silence !

_ T'ES AUSSI DOUE EN MAGIE QU'UN CRACMOL !

_ T'ES AUSSI A L'AISE AVEC UNE BAGUETTE QU'AVEC UN SCROUTT A PETARD !

_ T'ES AUSSI BON AVEC UN BALAIS QU'AVEC TES GALIONS !

_ TON MEILLEUR AMI A LE QI D'UN ESCARGOT !

_ LE TIEN VA MOURIR DANS L'ANNEE !

_ ROGUE EST SURREMENT TON VRAI PERE !

La vieille femme se boucha les oreilles. Le niveau sonore augmentait d'insulte en insulte. Le bruit métallique des barreaux de la cage la faisait grincer des dents. Elle ne le supportait pas. Leurs voix résonnaient dans sa boite crânienne. Les trous de ses orbites se creusaient.

_ TA MERE ELLE A DU VENDRE TA SŒUR POUR SE PAYER UNE ROBE !

_ LA TIENNE A UNE TETE DE DRAGON CONSTIPE !

_ LA TIENNE A BESOIN D'UN EFLE DE MAISON POUR RETROUVER SON CUL !

_ TON PERE EST UN SALE SERPENT MANGEMORT QUI LECHE GRATUITEMENT LES COUILLES DE VOLDEMORT !

_ LE TIEN EST UN SALE IDIOT TROP PAUVRE POUR SE PAYER UN CERVEAU !

_ TON PERE PORTE DES COLERETTES DE PETITE TAFIOLLE !

_ A LA FIN DE L'ANNEE CEST LE TIEN QUI SERA MORT !

_ RAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAH ! hurla la sorcière. A la fin de la soirée c'est vous qui serez morts ! Tous les deux ! Vous cuirez ensemble ! L'un après l'autre ! Avec des carottes ! Dans ma marmite !

La vieille femme avait réussi à faire taire des deux garçons. Elle leur lança tour à tour un sourire mauvais. Dans ses yeux brulait la démoniaque lueur de l'envie.

_ Une mort lente vous attend, les enfants.

Elle se lécha les babines. Malfoy la regardait, tétanisé. Quelque chose en elle lui rappelait le seigneur des ténèbres. Ron ne laissa pas impressionner.

_ Je te hais, je te déteste ! hurla-t-il. Depuis le fond de votre marmite mes cris d'agonie seront dirigés vers toi, Malfoy ! Pendant des heures tu m'entendras, des heures !

La sorcière perdit son sourire. Des cris, toujours des cris. Pendant des heures ? Non, elle ne le supporterait pas.

_ Et bien, voilà qui pourrait être fâcheux. Mais j'ai une meilleure idée, tu sais, petit rouquin. Hermione, ma chérie, allume le four.

C'était gagné. Ron allait sourire. Ron allait parader. Ron allait faire le V de la victoire. Ron allait la narguer. Ron allait trahir leur plan. Le pressentant, Drago Malfoy lui balança brusquement un coup de poing en pleine face.

Il pesta contre lui et la bataille s'engagea de plus belle.

Grimaçant, la vieille femme, incapable d'endurer leurs cris plus longtemps, voulu accélérer le processus.

_ Hermione, ma petite, le four !

_ Je n'y arrive pas, mère ! Je suis trop petite !

La vieille sorcière écarta Hermione, fulminante.

_ Puisqu'il faut tout faire soi-même, ici !

Elle se pencha. Tant et si bien qu'Hermione avait une vue imprenable sur la situation. Tout à coup, la jeune fille se mit à pâlir. La sorcière, une demi-géante au corps plus long que large, ne rentrerait jamais dans ce four trop petit. La faille du plan se dessinait sous ses yeux horrifiés. Mais le temps n'était plus à la réflexion. Hermione prit son courage à deux mains et poussa, de toute la force de ses bras, le visage de la sorcière dans le four.

Un hurlement déchirant retentit dans la maisonnée. Hermione sentait bien qu'il ne suffirait pas à tuer la sorcière. Aussi, elle poussa plus fort. Le vent s'engouffra dans ses cheveux. Un léger bruit de ferraille indiqua l'ouverture d'une porte, et deux paires de bras vinrent lui porter secours. La plainte finit par mourir, et la vie quitta le corps de la vieille femme, dont la tête crépitait dans la braise, le corps étendu au sol, en long.

Drago se recula de cet acte macabre. Il regarda tour à tour Ron et Hermione, qui se dévisageaient. Le silence tomba.

Au bout d'un moment, ce fut Ron qui le rompit.

_ Au moins… On sait quoi manger ce soir… fit-il, désignant la soupière où cuisaient toujours les carottes et autres légumes.

_ La cage s'est ouverte toute seule, déclara Drago.

_ De la vieille magie, expliqua Hermione. Au moment où la vie a commencé à la quitter, elle a perdu sa magie. Et tous ses charmes se sont rompus. Je suis sûre que si tu sors, les murs de cette maison ne seront plus en sucrerie.

Ron sortit constater par lui-même. La seconde d'après, il revint confirmer ses dires.

_ De la vieille pierre noire et moisie, dire qu'on a mangé ça

Hermione défit son tablier de petite bonne à tout faire.

_ On mange et on s'en va. Je refuse de passer la nuit ici, avec elle… désigna-t-elle le corps sans vie sur le sol.

Ron acquiesça.

_ Bravo, Hermione, tu m'as bluffé.

Il la congratula, admiratif, posant chaleureusement sa main sur son épaule.

La jeune fille se sentit rougir.

_ Oui, bien joué Granger. Et merci, Hermione.

_ De rien, Drago. S'entendit-elle répondre.

Ron les dévisagea tous les deux.

_ Ne comptez pas sur moi pour t'appeler Drago. Railla-t-il.