Exhaler le paradis
Chapitre 5 : La rivière me parle !
_ Hermione, tu dors ?
_ Non, bien sûr que non. Il crie, il hurle, Ron.
_ Il crie, oui. Je sais bien. Ca… Ca s'entend.
_ Tu… Tu crois qu'il faudrait le réveiller ?
_ Non. Ou peut-être que oui, je sais pas.
_ …Pas ce soir. Demain, peut-être. Mais pas ce soir.
_ Ok, pas ce soir.
_ Il a changé un peu, tu ne trouves pas ?
_ Il est différent. Mais peut-être qu'il a toujours été comme ça. Ses copains Serpentard ne sont pas là. Ni ses parents. Il se sent peut être moins regardé.
_ Il doit faire un sacré cauchemar pour crier comme ça.
Ron soupira, pensif.
_ J'ai cru que t'allais virer de bord, tout à l'heure avec la sorcière.
_ Imbécile !
_ Non, c'est vrai. Tu as été épatante. Je te le redis, quitte à être bloqué dans un livre, il valait mieux l'être avec toi. T'imagine avec Neville ? Je serais en train de cuire à l'heure qu'il est.
_ Attends, je crois qu'il a dit quelque chose. Malfoy ?
_ Non, c'était pas des mots, c'était… des sons.
_ Pauvre Drago…
_Rendors-toi, Hermione.
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_ Un monde de contes, hein ? Et il y en a combien en tout, Gr… Hermione ? Un loup, une sorcière qui annihile nos pouvoirs magiques, imaginaire tordu ces moldus !
_ Ils sont plutôt nombreux. Mais je ne les connais pas tous.
_ Impossible de savoir ce qui nous attend, alors.
Hermione hocha la tête.
_ Non, impossible de le savoir.
Ron croisa les bras derrière sa nuque. Malfoy grogna quelque chose qu'Hermione ne compris pas.
_ Au fait, c'était quel conte, celui-là ? demanda Ron.
_ Laisse-moi deviner. La sorcière cannibale.
_ Perdu. C'était Hansel et Gretel.
_ Quel nom stupide.
_ Je vous raconte : Jadis, deux enfants, frère et sœur, furent abandonnés dans la foret car leur père, très pauvre, ne pouvait plus les nourrir. Ils y déambulèrent longtemps avant de découvrir une petite maison de pain d'épice, qu'ils mangèrent goulument, un peu comme vous l'avez fait.
Malfoy leva les yeux au ciel.
Hermione poursuivit.
_ La sorcière les invita à entrer et les emprisonnèrent. Hansel fut mis en cage et Gretel devait faire la cuisine pour engraisser son frère. Chaque jour, la sorcière, qui y voyait bien mal, venait tâter les poignets d'Hansel, qui ne grossissait pas, grâce au stratagème qu'utilisait sa sœur. Elle faisait passer un os de chien pour le poignet de son frère. A bout de patience, la sorcière décida de manger Hansel tout de suite. Elle demanda à Gretel d'allumer le four, et la petite fille y poussa la sorcière, qui mourut complètement carbonisée. Hansel et Gretel dérobèrent les richesses de la sorcière et les ramenèrent chez leur père, qui put donc les garder et les nourrir. Et tout le monde vécu heureux. Qu'y a-t-il de si drôle, Drago ?
_ C'est d'une naïveté insupportable. Et puis, regarde la tête de Weasley.
Hermione se tourna vers Ron. Ce dernier regardait le vide, incrédule.
_ Il y avait de l'or ? Des richesses ? Et tu ne me l'as pas dit ?
Malfoy éclata de rire.
_ Enfin, Ron. C'était faux. Tout est faux, ici. Tu n'aurais jamais pu ramener le moindre sous.
_ Pauvre Weasley…
_ La ferme, Malfoy !
_ Ne me touche pas, sale…
_ Qu'est-ce que… Ron ! Drago ! Le paysage change. Regardez !
L'épais tapis de feuilles mortes troquait désormais le change avec un sol rocheux, pentu. Quelques chênes parsemaient la terre par ci, par là. Une énorme colline avait pris forme devant eux. Ron regarda Hermione, perplexe.
_ Evidemment, il va nous falloir la gravir, je suppose, grogna Malfoy.
Hermione acquiesça, s'engageant la première. Ron la suivait des yeux, nerveux.
_ Hermione, est-ce que les montagnes bougent dans les contes moldus ?
La jeune fille secoua la tête, sibylline.
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_ Assez ! J'en ai plus qu'assez de ces foutus hauteurs. C'est la pause ! beugla Malfoy.
Le jeune homme se laissa tomber au sol, croisant les jambes, et sortit de sa poche une tranche de lard fumé dérobé chez la sorcière. Hermione savait qu'à partir de là, on ne pouvait plus rien tirer de Drago Malfoy.
Ron soupira.
_ Tu aurais pu au moins attendre de trouver un cours d'eau, Malfoy.
_ Je me moque de ton avis, Weasley !
Ron serra les poings. Petite fouine teigneuse… murmura-t-il pour lui-même.
_ Je vais voir s'il n'y a pas une rivière près d'ici, avertit-il Hermione. Je fais vite.
Le jeune homme disparu derrière un bosquet, marchant d'un bon pas. Il se disait, qu'avec ou sans baguette, il n'aimait pas laisser son amie seule avec Drago Malfoy. Question de principe.
Hermione s'assit en face de Drago, silencieuse. Le jeune homme, qui avait fini sa tranche de lard, ouvrit la bouche, quelque chose de narquois dans le regard.
_ Alors, dis-moi tout, Hermione. Tout le monde à Poudlard brûle de savoir. Vers qui ton cœur balance ? Potter, ou Weasley ?
Hermione écarquilla les yeux, indignée.
_ Je te demande pardon ?
_ Je t'appelle par ton prénom, désormais. Et je te laisse profaner le mien de ta bouche. Nous sommes « intimes ». Tu peux bien répondre à ma question.
_ Cela ne te regarde certainement pas, Malfoy !
La jeune fille se mura dans un silence courroucé.
Malfoy ne tarda pas à le rompre.
_ J'ai toujours cru que Potter te gardait pour lui, un peu comme un dessert. Mais maintenant que j'ai pu vous observer de l'intérieur, quelque chose me dit que tu serais plutôt le dessert de Weasley, tout compte fait.
_ Non mais je t'en prie ! cria Hermione. Ce que tu peux être machiste ! Raciste, on savait, mais machiste ? Ressaisis-toi, Drago, tu vaux mieux que ça.
_ Ferme la, Granger. Ne me dis pas ce que je dois être !
_ Alors reste correct ! Non mais, vraiment ! Est-ce que moi je me permets de te parler de Pansy Parkinson ?
Malfoy ricana.
_ Il n'y a rien à dire sur Pansy. Tout le monde sait qu'elle est folle de moi et que je me contrefiche de son existence.
_ Oh, et bien, ce n'est pas ce qu'elle dit lorsqu'elle évoque certaines de vos nuits dans la salle sur demande, persifla Hermione. Ce n'est pas ce que tu lui as laissé entendre lorsque tu as découvert son corps, et…
_ Co… Comment tu sais ça, toi ?
_ Me sous-estimer c'est sous-estimer la nature des réseaux féminins, mon cher Drago.
Malfoy se redressa, dédaigneux.
_ Remarquable, Granger. Quel dommage que tu sois née moldue.
Hermione leva les yeux au ciel. Encore cette rengaine. Il ne s'en lasserait donc jamais…
_ Tu es intelligente, très intelligente, poursuivit-il. Tu as beaucoup de valeur. Tu aurais été séduisante, en sang pur. Tu m'aurais plu. Et je t'aurais plu aussi. Quel magnifique Serpentard tu aurais fait. Oh, oui… Quel gâchis,Hermione.
_ Tais toi ! Moi, Serpentard ? Jamais, Malfoy ! Pas l'ombre d'une seconde !
Drago se tenait maintenant à quelques centimètres d'elle.
_ Tu aurais été ténébreuse, dangereuse, dédaigneuse… Attirante…
Sa main chercha la joue de la jeune fille. Hermione recula.
_ Mais il est trop tard pour rejoindre le camp des plus forts. Les dés sont jetés. Tous ceux qui savent n'y feront pas cas. Tu es une proie de choix pour Lui. Tu avais tout pour être une sorcière extraordinaire. Mais, coup du sort, ta simple existence est une abomination. J'en suis désolé, mais il ne peut en être autrement.
Drago avait saisi une mèche de ses longs cheveux entre ses doigts, qu'il caressa brièvement. Puis il se leva, dominant la jeune fille de toute sa hauteur.
_ Tu restes une sang de bourbe,Hermione.
Malfoy la toisa d'un regard dur et navré, satisfait.
Quelque chose bouillonnait dans le cœur d'Hermione. Un subtil mélange de rage et de nervosité, comment osait-il ? Avait-il essayé de la séduire pour mieux la rabaisser, pour mieux l'enfoncer ? Quel était ce jeu cruel ? Depuis quand Drago Malfoy se montrait-il si entreprenant à son égard ?
Le visage de Ron apparut dans un buisson.
_Venez ! J'ai trouvé une rivière en contre bas, juste à trois minutes de marche. On va pouvoir se laver.
Malfoy suivit les deux gryffondors sans rien dire, ce qui étonna Ron. Hermione s'était murée dans un silence songeur. Elle devait admettre que les paroles de Drago l'avaient troublée.
Arrivée en vue du cours d'eau, Ron défit ses affaires et dégrafa son pantalon.
_ Tu ne vas pas quand même pas te déshabiller devant nous, Weasley, fit Drago, dégouté.
_ Bien sûr que non, serpent, ça te ferait trop plaisir.
Ron avait plongé les deux pieds dans l'eau. Malfoy s'enferma dans un silence plein de dignité, retirant son pull.
Hermione s'agenouilla au bord de la rivière. Formant une coupe avec ses mains, elle se passa gracieusement de l'eau sur le visage.
Mais, lorsqu'elle voulut renouveler l'opération, quelque chose la troubla. L'eau claire était devenue boueuse. Quelque chose de diffus lui murmurait des phrases dans l'oreille. L'espace d'un instant, elle crut voir le reflet d'un visage qui n'était pas le sien dans l'eau de la rivière.
_ Miroir, miroir, dis-moi qui est la plus belle à présent.
_ Miroir, miroir…
_ Miroir…
_ Ron ?
_ Mmh ?
_ La rivière me parle. Est-ce que tu l'entends ?
_ Pardon ?
_ Allons bon, Granger, qu'est-ce qui t'arrive ? soupira Malfoy.
_ La rivière parle ! Suis-je la seule à l'entendre ? s'écria Hermione, paniquée.
Ron prêta l'oreille.
_ Mais il n'y a rien, Hermione.
_ Miroir, miroir…
_ Miroir…
_ Qui est la plus belle ?
_ Miroir…
_ Miroir, miroir…
Malfoy regardait Hermione comme si elle était devenue folle.
_ C'est à cause de ce que je t'ai dit tout à l'heure ?
_ Qu'est-ce que tu lui as dit tout à l'heure ? s'énerva Ron.
_ Dites-moi que vous les entendez aussi…
Ron s'approcha d'Hermione, inquiet.
_ Qu'est-ce que Malfoy t'a dit tout à l'heure ?
La jeune fille agrippa le gryffondor par la chemise et le pencha à sa hauteur.
Distinctement, il entendit le murmure de plusieurs voix plaintives.
_ Miroir, miroir…
_ Miroir…
_ Qui est la plus belle ?
_ Qui est la plus belle, à présent ? Miroir…
_ Miroir…
Drago s'inclina à son tour, sceptique. Il bondit en arrière. Quelque chose venait de lui susurrer des paroles à l'oreille.
_ Miroir, miroir…
_ Qui est la plus belle, à présent ?
_ Miroir…
_Miroir, miroir…
_ Ces paroles n'ont strictement aucunsens, se plaignit-il.
_C'est Hermione, oh, ma reine…
_ Miroir, miroir...
_ C'est Hermione..
_ Miroir, miroir, qui est la plus belle, à présent ?
_ C'est Hermione, ma reine…
_ Hermione...
_ Miroir...
_ Miroir, miroir...
Ron dévisagea Hermione.
_ Ce truc a dit ton nom ! s'exclama-t-il, abasourdi.
_ Ce… Ce n'était peut-être pas moi…
_ C'était ton nom, Hermione. TON nom !
_ Ne sois pas stupide, Weasley ! Comme si Granger pouvait être la plus belle. Il doit y avoir erreur.
_ Ta gueule, Malfoy ! Ou je t…
_ Ce n'est pourtant pas ce que tu as laissé entendre tout à l'heure, Drago,fit Hermione, vexée. Mais qu'est-ce que...
.
_ Hermione... Prends garde…
_ Miroir, miroir, qui est la plus belle, à présent ?
_ Prends garde…
_ Hermione…
_ Prends garde…
_ La plus belle…Oh, ma reine…
_ Miroir, miroir…
_ Hermione…
_ Prends garde…
_ Prends garde…
_ La rivière te menace, maintenant, Granger, pouffa Malfoy. Je me demande bien ce que tu as pu lui faire.
_ C'est pas drôle ! s'écria Ron. On bouge de là ! Hermione, viens ! On bouge de là !
Hermione, bousculée par leurs paroles, fronça les sourcils.
_ Laissez-moi réfléchir, bon sang !
_ On n'a pas le temps ! s'écria Ron, qui était parti rassembler ses affaires.
Soudain, Malfoy fit volteface.
Quelque chose d'énorme déboula d'un buisson, une hache à la main. Hermione hurla. L'homme se dirigeait droit sur elle. Pris de surprise, Malfoy s'étonna lui-même lorsqu'il esquissa un mouvement qui le plaça entre Hermione et son bourreau. L'homme abattit sa hache. Malfoy hurla. Puis le temps fut comme figé. Ron venait de stupéfier leur agresseur.
Drago jeta un regard étrange, mêlé de gêne et d'incompréhension, aux deux gryffondors.
_ Bravo, Ron. Merci. Souffla Hermione, tremblante.
Le jeune homme lui adressa un signe de tête.
_ C'était à toi qu'il voulait s'en prendre, Hermione.
La jeune fille acquiesça, encore un peu sonnée.
_ Mais Drago Malfoy a voulu faire bouclier de son corps. Quand on va raconter ça à Harry…
_ Tu la ferme, Weasley !
_ Euh, oui. Et bien… Merci, Drago, rougit Hermione.
_ Ne t'emballe pas, Sang de bourbe, c'était involontaire !
_ Surveille ton langage, imbécile !
_ Y en a MARRE de vos contes moldus foireux !
Malfoy, furieux, partit bouder dans un coin sans mot dire.
Ron jeta un œil perplexe à Hermione.
La jeune fille haussa les épaules.
_ Qu'est-ce que Malfoy t'as dit tout à l'heure ?
_ Plus tard, Ron. Je sais pourquoi l'homme a voulu s'en prendre à moi. C'est un chasseur, d'ailleurs.
_ Je t'écoute.
_ Tu vas probablement te moquer de moi…
