_ Je me disais, qu'on pourrait rester dans ce conte.

Ron arqua un sourcil.

_ C'est vrai, continua Drago, si on y réfléchit bien, c'est plutôt… Enfin, c'est le moins pire qu'on ait vécu. Quitte à attendre un mois que les effets s'estompent, autant attendre quelque part où rien ne peut nous arriver.

_ Ça tient plutôt la route, avoua Hermione.

Harry resta silencieux.

_ On pourrait par exemple loger chez un paysan ? proposa Ron.

_ J'allais plutôt suggérer de déloger les moldus. On aurait pu tous avoir sa propre maison.

Hermione leva les yeux au ciel.

_ Ce que tu peux être cynique.

_ Rien ne dit que ce conte est inoffensif, avertit Harry.

_ Pourtant c'est ce que tu nous as fait comprendre tout à l'heure, non ? rappela Ron. Certains contes sont plutôt gentillets. Celui-ci a tout l'air d'être sans danger.

_ Moi, je prends le risque, les Gryffondors. Je me trouve une maison ici, dès à présent.

_ Pourquoi tu ne retournerais pas chez ton amie de tout à l'heure, celle qui t'as nourrit ?

_ Tu ne veux pas le savoir, Hermione.

_ Drago, qu'est-ce que tu as fait encore ?

_ Rien de grave, je te dis ! Regardez, là-bas ! Une maison juste au pied de la montagne. Elle est pour moi, je vous préviens !

Malfoy accéléra le pas.

Harry le suivit.

_ Je veux m'assurer qu'il ne fera pas de mal à ces gens.

_ Quel imbécile, ricana Ron. Il a choisi des gens qui n'ont qu'une seule vache. Là où j'irais, il y en aura bien plus.

_ Que leur donnera-t-on en échange de leur hospitalité ? s'inquiéta Hermione.

_ J'ai les poches vides…

_ Peut-être que quelques petits tours de magie sauraient les divertir ?

Ron hocha la tête. C'était sans doute leur meilleure chance. Il allait tout de même falloir se montrer convainquant. Loger trois, voire quatre sorciers pendant un mois couterait très cher à ses pauvres paysans.

_ Ron, attention !

Le jeune homme manqua de percuter Drago Malfoy.

Ce dernier regardait droit devant lui, les yeux figés dans une expression d'effroi.

_ C'était pas une montagne… murmura-t-il.

Quelque chose d'énorme, de gigantesque, couvrait la vallée de son ombre. Une racine, une titanesque racine verte tournoyait dans le ciel et venait se perdre dans les nuages.

Ron en resta bouche bée.

_ Mais qu'est-ce que c'est..

Harry soupira, sentant venir les problèmes.

_ Jack et le haricot magique.

_ Pardon ?

_ C'est le nom du conte.

_ Drago, je crois que c'est une mauvaise idée de s'installer ici, murmura Hermione.

_ Et pourquoi ? Tu ne crois tout de même pas qu'une vulgaire tige de plante va m'emp… Qu'est-ce c'est ?

_ Qu'est-ce que c'est quoi ?

_ Tu n'entends pas ? Lave-toi les oreilles plus souvent, Weasley.

_ C'est comme… Un cri ? s'étonna Hermione.

_ Un cri ? répéta Harry.

_ Oui… On dirait bien… C'est… Oh, mon dieu ! Par merlin ! Regardez là-haut !

Les trois garçons levèrent la tête.

Harry, plissant les yeux, aperçut quelque chose de noir, de tout petit, dégringoler le long de l'immense racine.

_ Il va se bouffer la gueule par terre, ironisa Malfoy, entre rire et horreur. Il n'en restera plus que de la purée d'ailes de scarabées pour potion.

Harry tira sa baguette, prêt à réceptionner l'inconnu.

_ Attends, la descente a l'air longue. Cette tige de plante doit mesurer des kilomètres ! s'exclama Ron.

Hermione fixait le point noir hurleur de ses yeux, réfléchissant à toute vitesse.

_ Ca se rapproche, Potter. Et ça crie comme une fille.

Harry apercevait maintenant deux jambes et deux bras battre les airs, comme pour se donner l'élan de voler.

Hermione plaqua sa main contre sa bouche.

_ Harry ! Rattrape-le ! Rattrape-le !

La silhouette devenait massive, de seconde en seconde.

Ron écarquilla les yeux.

_ Mais… Mais c'est… Bordel, C'est Neville !

Harry agita sa baguette.

_ Wingardium Leviosa !

_ Tu… Tu l'as raté ! Neville ! Neviiiille !

_ !

_ ARRESTO MOMENTO !

Plus rapide que l'éclair, Hermione avait pris les choses en mains. Neville Londubat resta suspendu dans les airs à quelques centimètres du sol, avant de s'y écraser sans ménagement.

_ Très élégant, Hermione. Je ne connaissais pas ce sort, félicita Drago.

Harry courut au chevet de son ami, suivi de Ron et Hermione.

Neville clignait des yeux d'un air béat.

_ Quelle chute ! commenta Ron.

_ Est-ce que ça va ? demanda Hermione, tandis qu'Harry soulevait sa tête.

Neville acquiesça, peu sûr de lui.

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_ Londubat ? railla Malfoy. Mais qu'est-ce que tu fais ici ?

_ Je… Je ne sais pas, il y avait ce grand truc, cette lumière et…

Une lueur démente se lisait dans le regard du garçon terrifié.

_ C'est fini, Neville. Tout va bien maintenant.

Les trois gryffondors entouraient leur ami, qui reprenait peu peu à peu son souffle et un teint de visage proche de la normalité.

Drago soupira, excédé.

_ Non mais pourquoi toi ? Pourquoi juste toi ? On ne pouvait pas m'envoyer Blaise, ou bien Pansy, ou même Crabbe et Goyle ?

_ Tais-toi donc, Malfoy ! cria Harry.

_ Neville… commença Hermione.

_ Ne… Ne restez pas là, bégaya Neville.

Drago fronça les sourcils.

_ Quoi ? Qu'est-ce que tu dis ?

_ Il ne faut pas… Il va revenir… Ne restez pas… Ne restez surtout pas là !

Hermione ouvrit la bouche, prostrée. Mais elle n'eut pas le temps de faire part de ses doutes.

Quelque chose de rauque se mit à rugir dans la vallée. Drago se boucha les oreilles. Le grondement semblait venir de partout en même temps.

Hermione jeta un regard paniqué vers Harry. Un éclair de compréhension jaillit dans ses yeux. Mais il était trop tard.

Une nouvelle salve de tonnerre retentit dans le paysage. Et puis plus rien, le calme plat.

Quelque chose de circulaire tomba du ciel. Ron sentit l'objet lui percuter l'oreille.

_ Aie ! cria-t-il, indigné.

_ Qu'est-ce qui t'arrive Weasley.

_ J'ai reçu ce truc sur la tête.

Harry suivi le doigt de Ron. Une pièce cuivrée gisait sur le sol, inanimée.

_ Mais c'est… De l'or ! s'exclama Ron, extasié.

Ne laissant pas aux autres le temps d'assimiler l'information, il se pencha et ramassa l'écu qu'il fit longuement tourner entre ses doigts. Un bruit sec attira son attention. Un second écu venait d'atterrir au sol. Ron écarquilla les yeux. C'était impossible…

Il pleuvait littéralement des pièces d'or. La bouche du jeune homme se fendit d'un sourire béat. Il était sûr à présent de tout savoir, et de maîtriser le sens exact du mot bonheur. Rien ne pouvait gâcher cette journée. Absolument rien.

Il ne fallut pourtant pas plus de dix seconde pour le faire changer d'avis.

La terre s'était mise à trembler. Brusquement, la terre s'était ébranlée sous ses pieds.

Ron se sentit secoué comme un prunier. Drago fut projeté en arrière.

Le sol vibra sous leurs pieds avec tant de force qu'ils en perdirent tous l'équilibre.

Hermione leva les yeux. La racine verte qui les surplombait virevoltait dans tous les sens.

_ Ça vient de là-haut !

_ Il arriiiiiiiiiiiiiiiiive ! beugla Neville. Il arriiiiiiiiiiiiiiiiiiiiive !

Une seconde rafale, plus violente encore, s'abattit avec fracas sur les champs de blé. Ron distinguait le ciel en bas de la terre.

Quelque chose de lourd s'écrasa non loin de lui.
Ron leva la tête, replaçant la terre au-dessous du ciel.

Il pleuvait des projectiles.

_ Qu'est-ce que c'est que cette connerie ? cracha Malfoy, terrorisé.

Neville hurlait de tout son saoul.

_ ATTENTION ! rugit Harry.

Hermione attrapa la main de Ron. Ce dernier la tira violemment en arrière. Une énorme masse fendit le sol, à quelque pas d'où se tenait Hermione.

Neville prit ses jambes à son coup.

_ Londubat ! cria Malfoy, se lançant à sa suite.

Harry jeta un œil paniqué vers Ron et Hermione.

_ On bouge de là !

Ron ne se le fit pas dire deux fois. Il s'élança derrière Harry, Hermione sur ses talons.

Neville hurlait sa terreur continue. Malfoy enjambait les débris tombés du ciel. La bouche de Ron s'arquait d'épouvante. Il se sentit soudain projeté dans les airs, atterrissant non loin de Drago.

_ Oh mon dieu ! s'exclama Harry.

Hermione, tremblante, osa tant bien que mal lever les yeux.

Une forme énorme venait d'assombrir le ciel. Ron avala sa salive. Malfoy ne pouvait détacher ses yeux de l'immense pied qui apparaissait dans les nuages.

Neville rampait au sol, les lèvres fermées sur ses dents qui s'entrechoquaient.

Un grognement guttural persiffla dans les oreilles d'Harry. L'écho monstrueux retentit dans les montagnes. L'instant d'après, tout vola en éclat. Et tout vola tout court. La gravité terrestre avait tout simplement cessé d'être.

Malfoy se sentit basculer dans les airs. Hermione entendit Ron crier. Elle sentit ses pieds se soulever de terre, son corps se renverser, à la merci du destin. Son cœur manqua un battement. Ballottée à des dizaines de mètres du sol, son aversion pour le vol prit le dessus. Plus d'idées pragmatiques en perspective.

La jeune fille ferma les yeux. L'instant d'après, plus rien ne pouvait la toucher. Elle ignorait ce qu'elle faisait. Tout ce qu'elle voyait, c'était Ron. Tout ce qu'elle sentait, c'était sa main dans la sienne, et la sensation de l'air flotter sous ses jambes.

Ron la tenait par le bras, brandissant sa baguette de l'autre. Le paysage défilait lentement, en contre bas.

La jeune fille cligna des yeux, incrédule.

_ Comment ?

_ Un sort que Charlie m'a appris. Attention. On va retomber.

Hermione sentit l'attraction terrestre reprendre ses droits sur son corps. Une pression sur le bras de son ami et la jeune fille atterrissait souplement au beau milieu d'un champ de blé.

A quelques dizaines de mètres de là, les projectiles pleuvaient au sol. Ron ne songeait plus au mordoré des écus qui tombaient du ciel par centaines. Il avait éloigné Hermione du champ de bataille et, la sachant à l'abri, pouvait retourner chercher Harry. Le tout était de savoir comment s'y prendre.

Hermione lui secoua l'épaule.

_ Il faut aller les aider !

_ Oui, mais comment ?

_ Peu importe ! Il faut y aller tout de suite, viens !

Ron ouvrit la bouche. Trop tard.

Hermione s'était déjà jetée dans la tourmente, se couvrant la tête de ses mains.

_ Bordel de merde…

Ron s'élança à son tour. Son oreille siffla. Quelque chose de très lourd venait de tomber à moins d'un mètre, le manquant de peu. D'autres sons persifflaient non loin de là.

On va finir aplatis comme des insectes ! se répétait-il. On va finir aplatis comme des insectes !

_ Hermione ! C'est du suicide !

_ Est-ce que tu les vois ? Ron ! Tu es plus grand ! Est-ce que tu les vois ?

Ron secoua la tête. Hermione fit un pas chassé sur la droite. Elle venait d'éviter le plus gros morceau de verre que Ron n'avait jamais vu.

Bordel, Harry ! Survivant de mes deux, t'es où ?

La vaste plaine gisait sous d'épaisses couches de décombres, ombré de quelque chose dans le ciel qui recouvrait les champs de sa pénombre. Au milieu de cette vision d'apocalypse, Ron distingua la forme de deux sorciers défiler parmi les montages de gravas au sol.

_ Oui ! Oui je les vois ! Là-bas !

Hermione tourna la tête. Harry et Drago courraient dans le chaos, tentant de se mettre à l'abri. Harry lançait des « Stupéfix » à tout va, ouvrant la voie à Malfoy qui se frayait habilement son chemin au milieu des débris jonchés au sol.

Non loin de là, Neville, terré comme un renard, agitait les bras depuis la carcasse de bois derrière laquelle il avait trouvé refuge.

Hermione attrapa le bras de Ron.

_ Viens !

Ron bondit derrière elle, ne quittant pas le ciel des yeux. Un morceau de roche s'écrasait à quelques mètres d'eux.

Ron serra les dents.

_ Harry ! criait Hermione. Harry !

Le jeune homme, qui entendait son prénom au loin, n'eut pas le temps de tourner la tête. Il sentit son crâne voler en éclats. Un craquement ignoble tonna depuis les nuages.

Soudain, ce fut la fin de tout.

Un rugissement strident déchira le ciel. L'instant d'après, une violente bourrasque, semblable à la foudre, frappa le sol.

Ron sentit ses pieds sans appui. Hermione retint un cri. Une force phénoménale souleva brusquement tout ce qui touchait terre.

Le soleil disparut. Le jeune homme entendait la respiration saccadée d'Hermione, lui comme elle plongés dans le noir.

Alors, Ron comprit. Tel un boulet de canon, la chose la plus gigantesque qu'il n'avait jamais vu faisait route vers le sol. Au loin, Neville, affligé du même constat, venait d'hurler.

Hermione hurla à son tour, cherchant Harry du regard.

_ C'est trop tard ! C'est trop tard !

Ron sentit sa main agir seule. Elle attrapa fermement la taille d'Hermione.

Le sang lui battait les tempes.

_ Avolavit humulus !

Le vent s'engouffra dans leurs cheveux. Les deux gryffondors s'élevaient dans les airs.

_ Harry… sanglotait Hermione.

Ron cherchait bêtement une formule pour arrêter le temps.

Brusquement, la nuit céda place au jour.

_ Là ! Regarde, ils sont juste là !

_ Ron, il faut absolument…

Mais Hermione ne put jamais finir sa phrase. Courbée sous la douleur, elle sentit son corps se faire balayer comme une vulgaire poussière. Ron eut juste le temps de resserrer son bras autours d'elle.

Dans un bruit sourd, quelque chose de titanesque venait de toucher le sol. L'onde de choc propulsa les deux gryffondors plus haut dans les airs.

Hermione tournoyait comme une feuille au cœur d'un cyclone.

Les yeux mi-clos, elle distingua le bras de Ron qui formait un angle inquiétant, les silhouettes d'Harry, Neville et Drago, eux aussi projetés dans les airs, le blanc aveuglant d'une lumière foudroyante, et puis, plus rien.

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Ron avait envie d'hurler. Tout résonnait dans sa tête, comme si son crâne se fendait en mille morceaux. Il tourna les yeux vers Hermione. La jeune fille fixait les arbres autours d'elle. L'incompréhension se lisait sur son visage. Prise de panique, elle se jeta sur l'un d'eux, le tapotant de ses poings fragiles, espérant de tout cœur qu'il allait fondre comme un mirage.

Ron pâlit tout à coup.

La jeune fille rencontra ses yeux, voyant se dessiner le fil de sa réflexion.

_ Mais alors, ça veut forcément dire…

_ Qu'on a changé de conte, murmura Hermione d'une voix blanche.