Ron avait envie d'hurler. Tout résonnait dans sa tête, comme si son crâne se fendait en mille morceaux. Il tourna les yeux vers Hermione. La jeune fille fixait les arbres autours d'elle. L'incompréhension se lisait sur son visage. Prise de panique, elle se jeta sur l'un d'eux, le tapotant de ses poings fragiles, espérant de tout cœur qu'il allait fondre comme un mirage.

Ron pâlit tout à coup.

La jeune fille rencontra ses yeux, voyant se dessiner le fil de sa réflexion.

_ Mais alors, ça veut forcément dire…

_ Qu'on a changé de conte, murmura Hermione d'une voix blanche.

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_ Hermione ! Attends !

Furieuse, la jeune fille s'élançait sur sa gauche, contre les arbres, contre le sol, espérant recréer le passage entre les contes.

_ Tu vas te faire mal ! gémit Ron.

Mais Hermione ne l'écoutait pas. Avec élan, elle se jetait contre le paysage, dans l'idée que si son poids perturbait assez l'espace-temps de ce conte, il pourrait se fondre en un autre. Celui d'où ils venaient, par exemple. Car il était logique que, ayant toujours fait vers route vers l'est, le conte de Jack et le haricot magique ne pouvait que se trouver à l'ouest. La chronologie était après tout une loi universelle, chez toutes sortes de magies.

_ En plus, on est venus du ciel cette fois ci… marmonna Ron.

Hermione s'arrêta, frappée par l'évidence. Ron avait raison. Cela ne servait à rien. Il leur était impossible de repasser par la même issue. A moins d'avoir un balai. Or, ils n'en possédaient pas.

Furibonde, Hermione balança un bon coup de pied contre une racine.

_ Aïe !

_ Je te l'avais dit…

La jeune fille ne lui prêta pas attention.

_ Une foutue forêt ! Encore une foutue forêt !

_ Tu parles comme Malfoy !

Hermione partit devant, hermétique à toute pointe d'humour.

Ron eut du mal à la rattraper.

_ En marchant vers l'ouest, nous pourrons peut être retrouver le passage, expliqua-t-elle, impétueuse.

Ron la suivait tant bien que mal, surpris par tant d'énergie. Hermione martelait le sol de ses pas.

_ Ron je suis très inquiète, avoua-t-elle. Ils sont piégés avec un ogre. Il faut absolument les retrouver.

_ Un ogre ? Mais c'est pas si grand, un ogre. Ce truc avait plutôt l'air d'être un titan.

_ Je sais, c'est étrange. Mais le conte est formel. Il s'agit bien d'un ogre.

_ Peut-être que le conte se trompe…

_ Enfin, réfléchis Ron ! Le conte ne peut pas se tromper !

_ Et si tu me le racontais ton fichu conte ! Au lieu de me crier dessus !

_ Très bien, Ronald. Alors voilà ! Il était une fois un petit garçon infernal du nom de Jack, qu'on pourrait aussi appeler Ronald, qui vivait seul avec sa mère. Depuis la mort de son père, ils étaient tombés dans la misère, vivant du lait que leur fournissait leur unique vache.

_ Et merci pour la ressemblance !

_ ARRIVA LE JOUR où la vache ne donna plus de lait. La mère de Ronald demande à son enfant d'aller vendre la vache au marché, espérant en tirer un bon prix. Malheureusement, cet écervelé de Ronald se laisse tenter par une vieille femme sur le chemin, qui lui propose en échange de sa vache, une poignée de haricots magiques. De retour chez sa mère, Ronald

_ Cesse d'appeler ton stupide personnage Ronald !

_ Je n'y peux rien si vous vous ressemblez trait pour trait ! De retour chez sa mère, Jack lui montre sa transaction, tout heureux. Sa mère manque de l'égorger, l'enfant a naïvement vendu toutes leurs économies contre une poignée de stupides haricots. Prise de colère, elle jette les haricots par la fenêtre. Au réveil de Jack, le lendemain, une énorme tige de haricots a poussé dans son jardin, s'élevant jusque dans les nuages.

Ron pouffa de rire.

_ Malfoy a raison. Les contes moldus sont d'une naïveté sans égal.

_ Interromps moi encore une seule fois et tu ne sauras pas la suite !

Ron lui lança lui un regard noir.

_ DONC, poursuivit Hemione, Jack entreprend l'ascension du haricot magique. En haut, dans les nuages, vit un ogre dans un château. Jack y pénètre, poussé par la curiosité. Des tas de pièces d'or tapissent le sol. Jack cherche à s'en emparer, mais l'ogre le découvre à l'odeur, et se lance à sa poursuite. Jack fuit comme il peut, les poches remplies de trésor, le long du haricot. L'ogre le suit. Jack, plus petit et agile, use de sa longueur d'avance, et, une fois en bas de la racine, va chercher sa scie pour couper la route à l'ogre. Le haricot sombre au sol, avec l'ogre encore dessus, qui ne survit pas à la chute. Avec l'argent volé chez le monstre, Jack et sa mère peuvent mener une vie longue et tranquille, à l'abri du besoin.

Ron, une fois sûr qu'Hermione eut finit son récit, ouvrit la bouche.

_ Pourquoi on l'a pas scié alors, ce stupide haricot ?

Hermione leva les yeux au ciel.

_ Tout s'est passé très vite ! Et tu as bien vu qu'il a sauté depuis les nuages.

Ron s'enferma dans un silence boudeur.

Il se contenta de suivre les pas précipités d'Hermione, lancée dans une marche désespérée contre l'espace-temps. La foret de hêtres défilait sous leurs yeux, monotone. Le soleil filtrait à travers les branches, indiquant qu'il était sur la descente de son coucher. Hermione semblait caresser l'espoir d'atteindre son but avant la nuit. Ron soupira. Il pressentait que c'était peine perdue. N'importe qui l'aurait pressenti d'ailleurs. Pourtant, la jeune fille s'acharnait à vouloir retrouver Harry. A tous prix, visiblement.

_ Hermione, ça ne sert à rien de courir. On ne les retrouvera pas comme ça.

_ Ne dis pas ça ! Il faut absolument rejoindre Harry.

_ Pourquoi ? Il est peut être très bien là où il est !

_ Non, je ne crois pas. Je suis sure que non !

_ Harry Potter n'est pas perdu sans nous ! Tu sais pourtant qui il est… Enfin, Hermione ! Il n'est pas perdu sans toi !

La jeune fille fit volteface.

_ Qu'est-ce que tu en sais ?

Ron se figea, assommé. Il dévisagea Hermione, comme frappé par la foudre.

Alors c'était donc ça…Comment n'avait-il pas compris plus tôt ? Comment avait-il pu ne pas s'en apercevoir. Merlin… Durant toutes ces années pourtant… Ron sentit le regard interrogatif de la jeune fille posé sur lui. Au fin fond de son corps, un maigre filet d'espoir venait de se craqueler dans un bruit sec. Ron déglutit, une immense boule au fond de la gorge. Tant bien que mal, il regagna contenance.

_ Je ne savais pas qu'Harry et toi…

Hermione leva les yeux au ciel.

_ Ne sois pas stupide, Ronald ! Il ne s'agit pas d'Harry et moi. Il s'agit d'Harry et Drago Malfoy !

Ron fronça les sourcils.

_ Qu'est-ce que tu veux dire ?

_ C'est évident, non ? Tu l'as senti toi aussi, pourtant. Harry éprouve des élans de pure haine envers Drago.

Ron la regarda, perplexe.

_ Non… Non, je suis sûr que non…

_ Ouvre un peu les yeux, Ron ! Sirius… Et Bellatrix ! Et chez Barjow et Beurk… Il pense que Drago est devenu un Mangemort !

Ron fixa Hermione. La nervosité sur son visage était contagieuse.

_ Tu crois que…

_ Oui, je le crois.

_ C'est impossible, Hermione. Il ne pourrait pas… Non… Il ne pourrait pas songer à ça…

_ Bien sûr que si, Ron ! Il serait prêt. Oh oui, il le serait ! Il le serait, prêt à tuer Drago !

De nouveau, Ron déglutit, quelque chose de tremblant au fond de sa gorge.

La jeune fille rassembla tout son courage pour prononcer la phrase que formulaient ses pensées depuis quelques heures.

_ Si on ne le retrouve pas très vite, ton meilleur ami pourrait bien devenir un meurtrier.

Hermione tourna la tête, des sanglots dans les yeux. Elle se remit en marche, espérant, priant, pour que le sort donne tort à ses paroles. Ses pas se précipitaient vers le coucher du soleil. Il allait bientôt faire nuit. Ron avait raison, courir étain vain. Pour la première fois de sa vie, la jeune fille se sentit spectatrice de l'échéance, réellement impuissante face à l'adversité.

Au bout d'un moment, Ron attrapa le poignet d'Hermione, la stoppant dans sa course. Il l'obligea à lui faire face.

_ Harry va bien, murmura-t-il. Neville et Drago aussi.

Ron planta ses yeux dans le regard humide d'Hermione. La jeune fille luttait pour ne pas se répandre en sanglots.

_ Tout est de ma faute… Si je n'avais pas voulu jouer les savantes avec ce fichu livre du prince…

Ron sentit le désarroi de son amie lui tomber jusque dans les chevilles, secouant au passage une certaine partie anatomique d'un spasme dans sa poitrine. La jeune fille évitait son regard, contrite.

Alors, il fit une chose qu'il n'avait encore jamais fait. Il prit Hermione dans ses bras, la serrant très fort contre lui.

_ Bien sûr que non, Hermione, c'est la mienne, souffla-t-il. Si je n'avais pas raté cette potion de malheur… Tu serais en train de me crier dessus pour que je fasse mes devoirs.

Hermione gloussa. Poudlard regagna ses pensées, lorsqu'elle se souvint d'un petit détail qui la fit bien rire.

_ On est en retard pour notre ronde de préfets…

La bouche de Ron se fendit d'un sourire. Il laissa Hermione se défaire de son étreinte, heureux de sentir l'atmosphère s'alléger.

_ On est où, d'après toi ? demanda-t-il, son bras encore rivé au sien.

Hermione avisa le ciel.

_ Je n'en sais rien… Mais la nuit va bientôt tomber. Tu sais ce que ça veut dire…

_ Camping en forêt ce soir… soupira-t-il.

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Allongé, les bras derrière la nuque, Ron repensait aux paroles d'Hermione.

Le feu crépitait, au centre d'un âtre improvisé, non loin duquel son amie dormait paisiblement. Les étoiles brillaient au fin fond du bleu sombre du ciel, par cette nuit sans lune. Hermione avait regretté ne pas se souvenir des sortilèges de protection. Car comme elle le disait si bien, n'importe quoi pouvait les surprendre au beau milieu d'une forêt classique.

Rassurant. Très rassurant, Hermione, merci bien.

Maintenant, Ron ne pouvait plus fermer l'œil. Il se tourna vers elle. A moins d'un mètre de lui, la jeune fille était plongée dans un profond sommeil limpide et sans cauchemars.

Comment pouvait-elle dormir ainsi, le plus sereinement du monde ? Chaque craquement de bois dans les arbres faisait sursauter le gryffondor aux cheveux d'ambre. Piqué par la jalousie –et par la peur- Ron faillit réveiller son amie. Mais à chaque élan de cette initiative, l'étendard rouge et or de sa maison venait se coller devant ses yeux, l'en dissuadant.

Ron soupira, ses pensées tournées vers Harry. Se pourrait-il qu'Hermione ait raison ? Son meilleur ami pouvait-il succomber à l'envie de butter Drago Malfoy ? Ou pire, il avait peut-être oublié leurs précieux conseils. Il avait peut-être omis de pratiquer le sort anti vol sur sa baguette. Drago avait peut-être attrapé la baguette de Neville et les avait peut être tués tous les deux ? Ce balourd de Neville… Rien ne serait plus facile que de lui dérober sa magie.

Ron espérait de tout cœur qu'Harry avait pris ses précautions face au Serpentard. Hermione avait sans doute raison. La situation entre eux était désormais si tendue qu'elle pouvait vite dégénérer. Ron déglutit, s'imaginant Harry Potter derrière les barreaux d'Azkaban, attendant le baiser du détraqueur, encouragé par les cris démoniaques de Lucius Malfoy et de Bellatrix Lestrange, cachant Voldemort sous leur manteaux, impatient de poser sa langue fourchue sur les restes de son meilleur ami et d'y planter ses dents dans un turlute des plus ragoutants.…

Ron secoua la tête. Tu t'imagines n'importe quoi ! se jugea-t-il sévèrement. Le jeune homme se tourna sur le côté, bien décidé à se rendormir.

Les minutes passaient. Ses yeux ne se fermaient pas. Maintenant que Malfoy n'était plus là, la peur avait plutôt tendance à lui saisir les entrailles. St Fazamir de Miroffle avait donc raison, le jour où il avait proclamé depuis l'ancien temps que « L'union fait la force ». Ron soupira.

Regretter Drago Malfoy. Décidément, ce conte le faisait tomber bien bas.

Soudain, un bruissement de feuilles le fit tressaillir. Ron se redressa. Un hululement perça le silence. Une forme noire s'envola à tire d'ailes. Une chouette dans les arbres, tout simplement.

_ Saleté de noctambules…

Ron s'apprêtait à se recoucher lorsque quelque chose attira son attention dans les buissons. Le jeune homme eut un mouvement de recul. Tapis dans l'obscurité, deux yeux jaunes le regardaient fixement.

Ron referma sa main sur sa baguette. La saisir ne fut pas chose facile tant ses mains tremblaient. Il lui fallut tout le courage de la maison Gryffondor pour lancer un timide « Lumos maxima ! ». La chose détala sans demander son reste. Ron soupira. Il avait juste eu le temps d'apercevoir le bout d'une fourrure d'un roux digne de sa flamboyante chevelure.

_ Juste un putain de renard ! s'exclama-t-il, accablé de lui-même.

Ron se recoucha au sol, regrettant de ne pouvoir se blottir sous n'importe quel morceau de tissu, pourvu qu'il soit épais. Même la cape d'Hagrid dégoulinante de fiente de Scroutts à pétard aurait fait l'affaire. Par sécurité, il se terra près d'Hermione, et se cala sur le rythme de sa respiration pour trouver le sommeil.

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A son réveil, Hermione manqua de pousser un cri. Le visage de Ron se trouvait à seulement quelques centimètres du sien. Pelotonné dans les plis de sa chemise, le jeune homme se tenait dans une étrange posture, témoins de sa nuit agitée.

_ Ron ? appela la jeune fille.

Seul le silence lui répondit.

_ Ron ! insista-t-elle.

Hermione changea de tactique.

_ Debout ! cria-t-elle, lui secouant brutalement l'épaule.

Ron ouvrit les yeux sur le champ. D'un geste mécanique, il attrapa son poignet et bascula son poids sur le sien, le regard rempli d'épouvante.

_ Mais… C'est toi ? marmonna-t-il, comme surpris de la trouver là.

Hermione fronça les sourcils.

_ Evidement.

_ C'est bien toi ? répéta-t-il, lui palpant grassement le visage comme pour s'en assurer.

Hermione chassa sa main, agacée.

Ron se redressa.

_ Par merlin, j'ai cru que c'était…

_ Tu as du faire un mauvais rêve.

_ Alors il était foutrement réel. Ils t'avaient enlevée. C'était un convoi de charrettes, dirigé par le mec le plus épouvantable de toute la création.

_ Sûrement pas plus qu'un Mangemort.

_ Non, c'est vrai, pas plus qu'un Mangemort.

Ron émergea lentement de son cauchemar. Il faisait jour à présent. Le ciel était d'un gris terne, sans soleil.

_ Oh non, ne me dis pas qu'en plus il va pleuvoir ! maugréa Ron.

Hermione secoua la tête. Rien ne l'agaçait plus que la mauvaise humeur matinale.

_ Debout, Ron ! Il est temps de partir !

_ Quoi, là tout de suite ? Je viens à peine d'ouvrir les yeux et tu me bouscules déjà pour partir ?

_ Nous n'avons pas de temps à perdre ! rappela Hermione.

La jeune fille, excédée, partit devant. Décidément, tout l'importunait chez Ron Weasley ce matin. De quel droit avait-il jugé nécessaire de dormir à quelques centimètres de son visage ? Comment pouvait-il se permettre de faire l'enfant lorsque la vie d'Harry était peut être menacée, au moment même où il se répandait en jérémiades ? Depuis quand Ron se montrait si… provoquant ?

Hermione tourna les yeux. La silhouette de Ron se levait tant bien que mal.

_ Et le repos des braves ? gémit-il, s'engageant derrière la jeune sorcière en maugréant.

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_ Bon sang ! pesta Ron. Que ça s'arrête, on y voit plus rien !

Cette fois ci, Hermione partageait son avis. L'averse qui les avait surpris en leur tombant dessus dans la matinée avait ressoudé les liens des deux gryffondors. Ron courait devant, le sort imperméable au-dessus de sa tête. Les gouttes de pluie qui lui tombaient dessus se divisaient en deux pôles à quelques centimètres de son crâne, ruisselant sur les côtés, maintenant le jeune homme au sec. Hermione le suivait tant bien que mal, haletante. Sa vue se troublait, parasitée par les gouttes de pluies dégoulinant devant ses yeux. Le contour des rangées d'arbres de la forêt perdait son galbe pour se déformer sous un trait boueux.

_ Ça va, Hermione ?

_ Oui, ralentis juste un peu !

Ron s'exécuta, attendant qu'elle le rattrape.

_ Quelle idée d'obliger les filles à porter des jupes dans cette stupide école !

Ron pouffa de rire, avalant quelques gouttes au passage.

_ Poudlard n'avait pas prévu qu'il vous faudrait un jour traverser une forêt boueuse sous les caprices du ciel...

_ Poudlard aurait pu présager ce genre de chose !

_ Alors c'est un cadeau de Dumbledore ? Rien de plus sexy qu'une jeune fille en uniforme sous la pluie…

_ Ferme la Ronald, ou je te prends ton pantalon !

_ Essaye un peu, Granger !

Hermione s'avança vers lui, s'agrippant à sa ceinture.

_ Hé, doucement, tu vas finir par me déshabiller ! Ce n'est pas vraiment ce que tu veux, n'est-ce pas ?

Hermione lui tapa l'épaule, réprobatrice.

_ Aïe ! Ah, mais regarde, ne bouge pas ! La, comme ça ! Tu viens d'agrandir le sort d'imperméabilité.

La jeune fille constata que son ami avait dit vrai. Son propre sort s'était ajouté au sien, leur offrant la protection d'un énorme parapluie.

_ Bien joué, petite sorcière. On repart, t'es prête ?

_ Non. Non je ne suis pas prête du tout ! Je ne passe pas mes week end en entrainement de Quiddich, moi. On marche un peu, Ron, s'il te plait.

Ron maugréa qu'elle aurait dû, passer ses week end en entrainement de Quiddich.

Hermione répliqua qu'il était plus important d'entrainer ses ASPICS à la réussite que son corps à l'exercice.

Les deux amis marchèrent dans le silence de la pluie, ponctué des bruits que faisaient leurs estomacs. Ils n'avaient toujours rien avalé depuis des heures.

Hermione soupira.

_ Il va falloir régler ce problème de nourriture. D'ailleurs, je suis très surprise que tu ne m'en aies pas parlé de la journée.

_ Tu as trop tendance à croire que je ne suis qu'un gros geignard. Or, tu peux parfois avoir tort, Hermione.

_ Pas plus souvent que lorsque tu as raison, c'est-à-dire très rarement.

Ron lui tira la langue.

_ Hé ! Arrête de m'envoyer de l'eau dessus !

_ Mais je ne t'ai rien envoyé dessus !

_ C'était quoi ça, alors ?

_ Mais j'en sais rien moi, surement ton sort qui faiblit !

Hermione leva les yeux. En effet, le sort imperméable était en train de prendre l'eau. Son périmètre de protection diminuait de minute en minute. La jeune fille sortit sa baguette.

_ Impervius !

Mais l'eau ne ruissela pas plus loin, et des gouttes pleuvaient toujours sur ses épaules.

_ Tu as raté le sort ? railla Ron.

_ Bien sûr que non, Ronald ! Impervius !

Ron la regarda, sceptique, un sourire narquois sur les lèvres. Dans un soupir satisfait, le jeune homme tira sa propre baguette.

_ Impervius !

Hermione ricana.

_ Impervius ! Impervius ! répétait Ron.

_ Tu ne sembles pas plus doué que moi, on dirait bien…

Ron marmonna des grossièretés loin des oreilles d'Hermione.

_ J'ai une petite idée de ce que ça signifie, expliqua la jeune fille.

Ron la fixa, circonspect.

_ C'est comme il y a quelques jours, dans la maison de pain d'épices. Notre magie était annihilée par celle de la sorcière, tu te rappelles ? Et bien, je crois qu'il est en train de nous arriver la même chose.

_ Tu veux dire qu'elle nous a suivis depuis le conte d'Hansel et Gretel ? Enfin c'est impossible elle est… morte !

_ Mais non ! Ce n'est pas forcément elle. Les sorcières sont très nombreuses dans les contes de Grimm.

Ron fit mine de réfléchir.

_ Donc, si on en croit ce que tu dis, nos pouvoirs diminuent car nous nous dirigeons vers une –méchante- sorcière, c'est bien ça ?

_ C'est bien ça.

_ Saletés de c…

_ Ron ! Ne jure pas !

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_ Aie ! Tu me marches sur le pied !

_ Excuse-moi, la protection rétrécit…

_ A ce rythme-là, on ne va plus pouvoir continuer… Et cette saleté de pluie qui n'arrête pas de tomber…

La protection au-dessus de leur tête n'excédait pas la taille d'un parapluie pour enfant moldu.

Hermione faisait de son mieux pour marcher droit, son épaule se frottant contre le torse de son ami. Ron lâchait des impolitesses à mesure que le temps passait, sous le regard scandalisé de la jeune fille. Au bout d'une dizaine de minutes d'intenses chassés croisés pour ne pas se marcher sur les pieds, Ron et Hermione décidèrent d'un commun accord de stopper le jeu de la marche.

_ On va s'abriter sous les arbres, proposa Ron, en attendant que l'averse finisse.

_ Et que fais-tu de la foudre ?

_ On va lancer un sort de paratonnerre. Notre magie marche mal, mais marche toujours, regarde, désigna-t-il la toute petite mais encore présente portion d'imperméabilité au-dessus de leur tête.

Hermione haussa les épaules.

_ Marche en même temps que moi, on s'installe par là-bas, commanda Ron.

Hermione prit place au sol, sur une parcelle de terre humide qu'elle détestait déjà. Ron s'installa à côté d'elle, de manière à ce que la protection sur leur tête abrite au maximum le visage de son amie. Quelques fines gouttes leur tombaient encore dessus.

Le silence s'installa.

Hermione regardait le paysage, pensive.

Ron lança la conversation.

_ L'avantage au moins, avec cette pluie, c'est que dès qu'elle sera finie, au pied de chaque arbre pousseront des champignons. On pourra enfin manger !

Hermione sourit tristement, évitant de dire à Ron qu'il était possible que la pluie ne cesse jamais dans ce genre de contes.

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Ron déplia ses jambes, courbaturé.

Hermione laissait voguer le fil de ses pensées au-delà de l'horizon.

_ Est-ce que tu te rappelles de l'automne dernier, chez toi au Terrier ? murmura-t-elle. C'était un jour où il pleuvait comme ça.

Le jeune homme, surpris, chercha dans sa mémoire, avant d'éclater de rire.

_ Tu veux dire la fois où Maman voulait qu'on dégnomme le jardin alors qu'il pleuvait ? Et que Georges était resté coincé le doigt dans le trou d'un gnome sous la pluie, qu'il hurlait comme une mandragore ?

_ Il avait fallu des heures pour le tirer de là, pouffa Hermione.

_ Il se méfie tellement de la pluie depuis ce jour-là, que je crois qu'il a le projet de partir vivre dans un pays sec, plus tard.

Hermione riait de plus belle.

_ Ca me manquerait de ne plus les voir, si j'avais des frères comme ça, avoua-t-elle.

Ron haussa les épaules.

_ Ce n'est pas comme si je ne pouvais pl… Hé !

_ Pardon, excuse-moi. Pardon !

Hermione se releva, gênée.

Une deuxième salve de tonnerre retentit dans le ciel. Ron sentit la jeune fille contracter chaque muscle de son corps.

Le gryffondor aux cheveux d'ambre tira sa baguette de sa poche.

_ Fulmen protego !

Deux petites étincelles se frayèrent un chemin hors de la tige de bois, venant se poster paresseusement au-dessus de la tête des deux gryffondors. Hermione tremblait comme une feuille.

_ Tu… Tu as peur de l'orage ?

_ Comme si tu ne le savais pas…

_ J'avais oublié.

Un énorme grondement tonna dans le ciel.

Hermione se crispa de nouveau, entourant son corps de ses bras.

_ Est-ce que ça va ? demanda Ron, inquiet.

_ Oui… murmura-t-elle. C'est juste… un peur idiote.

Une nouvelle rafale gronda dans les nuages.

Ron posa sa main sur l'épaule frissonnante de la jeune fille.

_ Viens là…

Hermione se laissa faire. Ron enroula un bras autours de son épaule, l'autre se positionnant contre sa taille, poussant la tête de la jeune fille à venir se loger contre son torse.

_ Tu dois me trouver stupide, soupira-t-elle, tendue au possible.

Ron secoua la tête.

_ Tu serais toujours en train de te moquer de moi, si tu m'avais vu cette nuit.

Hermione se décontracta.

_ Qu'est-ce qui s'est passé, cette nuit ?

Ron secoua la tête.

_ Parle-moi de ta peur, je te raconterais la mienne.

_ C'est assez embarrassant, rougit Hermione. C'était quand j'étais petite fille. Un jour, mes parents sont rentrés tard du travail. Il pleuvait, et j'étais seule à la maison. Ils étaient coincés dans les embouteillages. Le tonnerre grondait, il y avait des éclairs aussi, j'étais terrifiée. Depuis ce jour, j'ai toujours eu peur de l'orage.

Hermione sentit son ami la presser contre lui, lui témoignant son soutien.

_ C'est quoi les embouteillages ? demanda Ron.

La jeune fille se retint de rire.

_ C'est une longue file de voitures coincées dans la rue à cause de la densité de circulation.

Ron la regarda, perplexe.

_ A toi. Qu'est ce qui s'est passé, cette nuit ? enchaina Hermione.

Ron observait le sol, mal à l'aise.

_ Et bien… Je n'arrivais pas à dormir, à cause de ce que tu m'avais dit sur les sorts de protection. Je tremblais à chaque bruit, j'ai même faillit te réveiller. J'ai failli mourir d'une attaque aussi, à cause d'une chouette et j'ai pris un renard pour un Mangemort…

_ C'est pour ça que je t'ai trouvé dans cet état, ce matin ? On aurait dit que tu t'étais battu dans la nuit.

Ron hocha la tête, honteux.

Hermione se lova un peu plus contre lui, en guise de réconfort. La chaleur mouillée du corps de son ami lui procurait une étrange sensation de bien-être.

_ Tu ne le raconteras pas aux autres ?

_ C'est promis.