_ Regarde-toi ! Tu es trempée ! se moqua Ron.

Hermione essorait le bout de sa robe, les cheveux ébouriffés par l'humidité.

_ Si tu voyais ta tête ruisselante de rouquin mal rasé…

Ron déboutonna sa chemise, avant de la pendre à une branche d'arbre. Il tira sa baguette de sa poche et la pointa sur son torse.

_ Passus Rederre !

Hermione gloussa.

_ Pfff ça m'a même pas séché d'un poil !

Ron renfila sa chemise trempée et se borna à l'essorer comme Hermione.

La pluie avait cessé de tomber, sans pour autant permettre au soleil de se lever. D'épais nuages couvraient le bleu du ciel. Les deux gryffondors se remirent en marche. Leurs pieds pataugeaient dans la boue, dans un chuintement des plus agaçants. Hermione avait cessé de se plaindre de l'état de ses chaussures. La jeune fille soupirait, anxieuse. Aucun indice ne pouvait lui indiquer l'heure de la journée. Ron pensait être en milieu d'après-midi, tandis qu'elle s'imaginait plutôt frôler le début de soirée.

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Au bout d'un moment, Hermione se mit à grelotter.

_ L'air s'est rafraichi, tu ne trouves pas ?

_ Si, un peu.

_ Tu sais ce que ça veut dire, Ron…

_ Non, pas vraiment en fait. Tu as froid ?

Hermione leva les yeux au ciel.

_ Oui, j'ai froid. Mais là n'est pas le problème. Si la température baisse, avec l'humidité ambiante qui ne sèche pas, si nous passons la nuit comme ça, nous sommes bons pour la maladie.

_ La maladie ? demanda Ron, incrédule.

_ Quoi ? Tu n'as jamais attrapé de rhume ?

_ Bien sûr que non ! Maman me séchait à chaque fois. Quoique Bill en a attrapé un , un jour, la première année qu'il est parti de la maison. Il nous a raconté que c'était bien la pire chose qui ne lui soit jamais arrivé, pire que la fois où il s'est retrouvé enfermé dans le tombeau avec quatre gobelins teigneux. Il… Il a dit qu'il avait bien failli mourir !

Ron avait pali, tout à coup.

Hermione éclata de rire.

_ Bill est un peu douillet, voilà tout. Tu ne peux pas mourir à cause d'un rhume, Ron.

_ Tu en as déjà eu toi ?

_ Oh oui, des tas ! Chaque année de mon enfance. Avant que je ne devienne sorcière, bien sûr.

Ron fixa Hermione, impressionné.

La jeune fille secoua la tête, exaspérée, un sourire en coin.

_ Toujours est-il, poursuivit-elle, que nous ne pouvons pas nous permettre d'en attraper un ici.

Le jeune homme hocha la tête, peu enclin à tenter l'expérience.

_ Il faut, ben… Trouver un moyen de nous couvrir, bredouilla Hermione.

La jeune fille retourna toutes sortes de plans farfelus dans sa tête, sans succès. Les minutes défilaient, affluant bientôt en heures.

Le ciel commençait à s'assombrir.

Hermione se renfrogna, soucieuse.

_ Ron il va falloir commencer à chercher un endroit pour la nuit. Mais avec l'humidité partout, il sera impossible de trouver du bois sec pour faire un feu. Nous ne pourrons pas nous sécher et… Merlin…Dans quel état allons-nous sortir de là ? s'inquièta-t-elle.

Ron la regarda. Son angoisse était en train de se déverser en lui. Alors, sans réfléchir, il sortit sa baguette.

_ Euh… Accio ! Accio manteau ! Accio couverture !

Hermione le regarda comme s'il avait troqué son cerveau contre celui d'un babouin.

Ron fronça les sourcils, vexé.

_ Quoi ! s'indigna-t-il. Au moins j'essaye !

Hermione leva les yeux au ciel. L'heure était grave, et tout ce à quoi Ronald Weasley pensait se résumait à ses pitreries déplorables.

_ Enfin, Ron ! Tu ne peux pas sérieusement penser que… Oh !… Oh !… Par Merlin !

Hermione n'en cru pas ses yeux. A quelques centaines de mètres de là, dans un bruissement de feuillages, deux étoffes flottaient lentement dans les airs, s'avançant à leur rencontre.

Ron bomba le torse.

_ Tu disais, Hermione ?

La jeune fille ouvrit la bouche, ébahie. Ron attrapa délicatement quelque chose d'informe qui ressemblait à un bout de laine boursoufflé. Le retournant dans tous les sens, il perçut deux manches, et comprit qu'il s'agissait du manteau demandé.

_ Tiens, prends le. Je crois qu'il est plus à ta taille qu'a la mienne.

Hermione se saisit silencieusement de l'hideux bout de lainage. Ron pivota vers l'autre objet miraculeux. Grossièrement tricoté de laine de bouc puante, une couverture d'une laideur sans pareille tombait doucement entre ses mains.

Hermione fixa le vide, perplexe.

_ Merci… murmura-t-elle.

_ Hé ! se plaignit Ron. C'est à moi qu'il faut dire merci.

Hermione leva les yeux au ciel, exaspérée mais sereine. Elle enfila le lainage sur ses épaules. Ron manqua de s'étrangler de rire. Elle ressemblait à s'y méprendre à un croisement entre un inuit et un caniche. Toute sensation de froid avait néanmoins disparut. La jeune fille le regarda, satisfaite, enfiler l'horrible couverture sur son dos. Ron Weasley avait tout l'air d'un enfant qui voulait jouer aux indiens, une couverture poilue sur la tête.

Les deux gryffondors soupirèrent.

_ Il faut trouver du bois sec, maintenant.

Ron hocha la tête. Hermione se demandait par où commencer.

Le gryffondor aux cheveux d'ambre tira de nouveau sa baguette.

_ Accio bois sec ? essaya-t-il, hésitant.

Hermione croisa les bras, consternée.

Les minutes passèrent.

Ron dû se rendre à l'évidence.

_ Bon apparemment, le bois, c'était trop demandé.

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Les pieds de Ron le faisaient atrocement souffrir. L'eau macérait toujours au fond de ses chaussures, devenues sources d'un son horripilant qu'Hermione n'entendait même plus. Depuis des heures qu'ils marchaient, elle avait eu le temps de s'y habituer. En revanche Ron, ne s'habituait toujours pas à l'accoutrement de son amie. Une fois de plus il la fixait, hilare.

_ Quoi ? Qu'est-ce qu'il y a cette fois ci ?

_ Si tu savais de quoi tu as l'air avec ce truc sur le dos, pouffa Ron.

Hermione lui frappa violement le bras.

_ Parce que toi tu penses avoir fière allure ?

_ Weasley, la classe incarnée. Tu ne peux pas dire le contraire, parce que ça rime, Hermione.

La jeune fille leva les yeux au ciel.

Ron s'amusait à passer ses doigts entre les épaisses boucles de poils de sa couverture.

_ A ton avis, à qui appartiennent ces trucs ? Une tribu sauvage et sanguinaire ? Non parce que, pour avoir si mauvais gout…

_ Des paysans, forcément. Des paysans très pauvres à qui nous avons dérobé de précieux biens. Ils doivent les chercher partout en ce moment… culpabilisa Hermione.

Ron secoua la tête.

_ On s'en fout, Hermione ! Ces gens ne sont même pas réels ! Nous sommes dans un livre ! Techniquement, on pourrait faire tout ce qu'on veut, ici.

_ N'en sois pas si certain, Ronald ! Rien ne me laisse penser que leurs vies n'en soient pas. Je me renseignerai là-dessus dès notre retour à Poudlard.

_ Est-ce que tu crois qu'une jolie paysanne…

_ ET JE SUIS PERSUADEE que l'existence de ces gens n'a rien avoir avec une quelconque forme de magie ! cria Hermione, partant devant, boudeuse.

Ron leva les yeux au ciel.

Il lui laissa une longueur d'avance, le temps de calmer ses humeurs et la rattrapa.

_ En plus, tu es un très mauvais oreiller ! J'ai la nuque toute endolorie ! Je ne manquerai pas de le dire à ta paysanne !

_ Quoi ? Tu as dormi sur moi ? Je suis ton coussin, maintenant !

_ C'est toi qui avais la couverture ! se défendit-elle.

Ron ouvrit la bouche, indigné.

_ Je te signale que…

_ Chuuuut !

Hermione s'était baissée, tous sens en éveil. Ron l'imita, par précaution, la regardant hésiter. Au détour d'un buisson, le jeune homme distingua ce qui avait tout l'air d'être un convoi de charrettes. Ron retint son souffle. Hermione, pressentant le danger, lui plaqua sa main contre la bouche.

_ C'est… C'est surement les gens de mon rêve…

_ Ron ! Parle moins fort.

_ Sta… Stanimir Boroff le féroce, il est forcément par là… articula-t-il, terrifié.

_ Chut, écoute !

Ron se concentra. Au loin, il distinguait faiblement ce qui s'avérait être une conversation entre quatre hommes.

_ …Et le seigneur s'en alla chevaler, le mécréant des estours dans son attrapoire pour le mortir !

_ Justice, par ma foy ! Ola, Tisserand, quand va la maisnie arriver ?

_ A l'oriere, quelques dextres derriere la laie, Vicomte…

Ron regarda Hermione, éberlué. La jeune fille lui fit signe de la suivre. Avec milles précautions, ils contournèrent le convoi de charrettes et continuèrent leur route, à tâtons dans les branchages.

Ron, à nouveau libre de parler, se tourna vers Hermione.

_ Mais c'est du charabia, leurs paroles ! Je n'ai strictement rien compris à ce qu'ils disaient.

Hermione hocha la tête.

_ Le langage du Moyen Age.

Le jeune homme fronça les sourcils.

_ Les moldus sont si…

_ Cesse de parler comme Malfoy ! Tes ancêtres s'exprimaient dans la même langue que les miens ! Nom de Dieu, Ron ! Tu ne dirais pas de telles énormités si tu avais suivi les cours du professeur Burbage !

_ Nom de Dieu ?

Hermione leva les yeux au ciel, s'avouant vaincue.

_ Il faut marcher plus vite. Je ne veux pas prendre le risque qu'ils nous rattrapent. Au fait, qui est Stanimir Boroff ?

A l'évocation de ce nom, Ron fut parcouru d'un frisson dans le dos. Hermione n'aurait pas obtenu de meilleure réaction en changeant ce nom barbare par celui de Voldemort.

Ron déglutit.

_ Tu… Tu n'as jamais entendu parler de lui ?

_ Non.

_ Tu es sure de vouloir le savoir ?

Hermione le gratifia d'un regard furieux. Pour qui tu me prends ! lui lançaient ses yeux. Evidement que je veux le savoir !

_ Très bien. Alors voilà, Stanimir Boroff le féroce est un personnage de contes, lui aussi. Dans « Les contes de Chanteplore ». C'est un recueil sorcier, un peu comme Beedle le barde. Sauf que… Les contes sorciers ne finissent jamais bien, tu le sais… Il n'y a que chez les moldus que tout est si naïf…

Hermione fronça les sourcils.

_ Où veux-tu en venir ?

_ Disons qu'il aurait plutôt butté toute une vallée avec une telle sauvagerie que Tu-sais-qui serait un enfant de chœur à côté de lui…

Ron s'attendait à ce qu'elle frémisse. A ce qu'il la prenne par l'épaule, pour la rassurer.

Mais Hermione le fixa, perplexe, pas le moins du monde impressionnée.

_ Les moldus sont peut-être naïfs, mais les sorciers peuvent se montrer si crédules…

_ Hé ! fit Ron, offensé.

_ Non mais, vraiment ! Est-ce que tu crois sincèrement que…

La jeune fille s'arrêta brusquement. La forêt devant elle débouchait sur une clairière.

Tapis derrière un arbre, Ron et Hermione se cachaient de la petite maison au toit de chaume, à la porte de laquelle, une querelle semblait se tenir entre deux paysans, à la mine très pauvre, et un fier homme en armures. Hermione prêta l'oreille, à tout hasard.

_… En ces temps de disette, Monseigneur, nous ne pouvâmes.

_ Bigre ! Que me dis-tu là, ribaude !

_ Je vous sais cousu d'or, Monseigneur, le loudier et moy avons perdu toute vesture, cestes nuit, le mantel et la couverture, laronnés par quelque fourbes…

Hermione plaqua sa main contre sa bouche.

Ron plissait les yeux, s'efforçant de comprendre ce qui se disait. Les deux jeunes gens attendirent le départ de l'homme en armure et le retrait des paysans dans leur foyer pour filer en douce au milieu de la clairière.

Soudain, Hermione attrapa l'épaule de Ron.

_ Il faut leur rendre leurs vêtements !

_ Quoi ?

_ Ils ne nous serviront plus, à présent ! Je suis sûre qu'ils en ont plus besoin que nous.

Ron leva les yeux au ciel.

_ Et tu comptes taper à leur porte en mode « Salut, je vous rends ça, je vous l'ai emprunté hier soir avec un accio, à propos d'ailleurs, la laine de bouc mal lavée ça a tendance à puer, je dis ça, je dis rien, c'est juste à titre d'information, bien sûr. »

Hermione découvrit Ron de sa couverture et ôta son manteau.

_ Hé ! Hermione ! Non, ne fais pas ça ! Hermione ! Reviens !

Mais la jeune fille ne l'écoutait plus. Tremblante, sur la pointe des pieds, elle s'aventura lentement au cœur de la clairière, à la merci de l'œil de n'importe qui.

Ron se frappa la tête contre un arbre, retenant son souffle.

Hermione n'était plus qu'à quelques pas de la chaumière. Avec une infinie précaution, elle se pencha doucement et posa délicatement les vêtements sur le pas de la porte de la maison.

_ Ouf, murmura Ron, tandis que la tension retombait.

Tout danger semblait désormais écarté. Ils n'avaient plus qu'à reprendre la route. Malheureusement, le jeune homme se montrait bien naïf, pour le coup.

Brusquement, la porte s'ouvrit dans un fracas monstrueux. Une immense femme en sortit, les traits déformés par la colère.

_ Maraude ! hurla-t-elle en direction d'Hermione.

Paniquée, la jeune fille prit ses jambes à son cou.

Ron retint un cri. La paysanne et son mari s'étaient lancés à sa poursuite.

Hermione, bien décidée à ne pas se laisser distancer, rejoignit son ami, et les deux gryffondors se lancèrent dans une course effrénée pour sauver leur peau.

_ Toi et tes idées brillantes ! gémit Ron.

_ Infâme scélérats ! hurlait la femme, derrière eux.

Ron releva son rouleau à pâtisserie à la main, qui se voulait menaçant. L'homme avait saisi au passage un énorme râteau qui l'empêchait de courir.

_ On peut paniquer, maintenant ?

Hermione attrapa la main du jeune gryffondor terrifié. Ni une, ni deux, et sans réfléchir, elle profita de l'ombre d'un tournant pour se jeter dans une charrette de foin. Ron se sentit sans ménagement la tête écrasée contre la jambe de son amie. Le jeune homme pesta. Hermione s'assura que rien ne trahissait leur présence.

Au bout d'un moment, les deux gryffondors entendirent les paysans revenir. Une troisième voix se mêla au paysage sonore.

_ Ola, manants ! Nous venons occire votre soudée pour la bachelerie !

Hermione ne comprit que lorsqu'elle sentit un tremblement soulever la charrette.

Ron lui lança un regard noir.

_ Ne me dis pas qu'ils vont nous amener !

La jeune fille ne répondit pas.

_ Bordel, on va mourir étouffés, ici !

_ Mais non, l'air filtre aisément entre la paille.

_ On va mourir asphyxiés ici, je te dis !

_ Cesse de paniquer pour rien, Ron.

_ J'y peux rien si je suis claustrophobe !

_ Depuis quand es-tu claustrophobe !

_ Depuis toujours tu le sais, pourtant !

_ Excuse-moi, j'avais oublié.

Ron entendit des bruits de sabots, et se sentit bouger contre son gré.

Le jeune homme se frappa le nez. Une tige de paille venait de pénétrer sa narine, la chatouillant sans autorisation.

Ron contracta sa mâchoire. Hermione se sentit pâlir.

_ Je t'en prie, ne me dis pas que tu es allergique au foin…