Hermione avait mal au cœur. Ballotée comme une vulgaire marchandise, serrée contre Ron qui maugréait tant qu'il pouvait, la jeune fille crut mourir de frustration. Les deux gryffondors avaient bien essayé de s'échapper de l'engin en marche, mais le convoi laissait toujours deux sentinelles à l'arrière. Impossible de s'enfuir sans être vu.

Seul élément positif, Ron s'était tranquilisé sur l'existence de Stanimir Boroff. Visiblement, il n'était pas l'homme aux cheveux noirs à la tête du cortège. Hermione jura qu'elle le trouvait superstitieux, ce à quoi il répondit qu'il la trouvait écervelée.

_ Quelle idée stupide de rendre leur saletés de fringues à ces saletés de paysans. Quelle idée stupide de venir se jeter dans la première saleté de meule de foin sur ton passage.

Hermione leva les yeux au ciel.

_ Aide moi à trouver un plan, au lieu de geindre !

_ Le seul plan que j'ai en tête là, maintenant, c'est de te faire interner à Ste Mangouste !

_ Bordel, Ron, tu n'es qu'un enfant !

_ Ne jure pas, Hermione ! Il faut que je bouge ! J'ai mal, il faut que je me tourne !

_ Non ! Ils risqueraient de nous voir !

_ Qu'ils aillent au diable ! J'ai des courbatures partout, il faut que je…

_ Ron ! Où est-ce que tu te crois ! Ta main, bon sang !

_ Quoi, qu'est-ce qu'elle a ma main ? C'est quoi, là, que je sens ? Oh… Euh… Pardon…

Hermione lui tourna le dos, folle de rage.

_ C'était… Enfin… Est-ce que c'était…

_ Oui, Ron. C'était ma poitrine.

_ Bordel… maugrea Ron, prostré.

00

000

00000

000000000

00000

000

00

_ Hermione ? Tu me fais toujours la tête ?

00

000

00000

000000000

00000

000

00

_ Tu sais que je ne l'ai pas fait exprès, n'est-ce pas ?

00

000

00000

000000000

00000

000

00

_ Je suis désolé, vraiment, je m'excuse, je ne voulais pas, et c'était totalement involontaire. Cesse de m'en vouloir, d'accord ?

_ Tu m'auras tout fait, Ronald ! Vraiment tout fait !

_ Je t'ai dit que je ne l'avais pas fait exprès !

_ Vivement que tu la trouves, ta blondasse de paysanne !

_ Blondasse ? Tu me connais si mal que ça ? Je pensais que tu savais que je préfère les brunes.

_ Ah bon, c'est nouveau ça. Pourtant il me semble que… Fleur Delacour !

_ Rosmerta !

_ Aha !

_ Silence, Hermione, on va nous repérer.

_ Ne me sers pas cette excuse-là ! Je savais que tu aimais bien Rosmerta.

_ Pas plus que tu aimais bien Lockart !

_ Je n'aimais pas bien Lockart !

_ Tu mettais des cœurs autours de son nom dans ton emploi du temps !

Hermione ouvrit la bouche, prête à nier, mais se trouva soudain à cours d'arguments.

_ Aha !

Ron lui lança un sourire triomphant, qui ne tarda pas à se transformer en grimace d'horreur.

_ Oh merde. J'ai envie d'éternuer.

_ Quoi ? Non, Ron…

_ Je vais éternuer.

_ Je t'en prie, retiens toi.

Le jeune homme porta ses mains à son nez, paniqué.

_ Retiens- toi, Ron !

_ Je peux pas ! Je vais pas pouvoir ! Je te jure que… Je vais éternuer !

Hermione plongea sa main dans sa poche.

_ Sternutamentum prohibere !

Quelque chose de tout petit et de gras, qui avait tout l'air d'être une bulle, sortit du bout de la baguette de la jeune fille et plongea mollement vers le nez de Ron. La forme mousseuse se fixa sur les narines du jeune homme, s'enflant et se vidant au rythme de sa respiration.

Ron écarquilla les yeux. L'envie d'éternuer lui avait passée.

_ Impressionnant. J'arrive mieux à respirer, comme ça. Merlin, Hermione ! Où as-tu appris ce genre de sorts ?

_ Dans les livres, Ron. Toujours dans les livres.

00

000

00000

000000000

00000

000

00

_ C'est à toi de faire le guet.

_ Nan, je l'ai fait il y a vingt minutes.

Ron, louchant sur son nez, jouait toujours avec la bulle d'éternuement d'Hermione, balançant ses doigts de chaque côté de ses narines, ce qui avait le don d'agacer la jeune fille.

_ Peux tu arrêter cinq minutes ce jeu stupide et faire le guet ? L'un d'eux a cru voir quelque chose tout à l'heure. Il a peut-être des doutes. Essaye de ton côté Ron, il ne te verra pas de là où il est.

Le gryffondor aux cheveux d'ambre soupira, résigné. Le sort d'Hermione gonfla comme une bulle de chewing-gum. Sa main gratta discrètement la paille. Il redressa sa nuque, de façon à ce que ses yeux prennent contact avec le paysage. Au bout de quelques secondes, Ron, furtif, recouvrit le trou de son périscope improvisé.

_ On se dirige vers un château, apparemment.

_ Suremment pour verser l'impot au seigneur. Je crois qu'ils parlaient de ça tout à l'heure.

_ Moi, je n'ai pas compris un traitre mot de leurs histoires.

Ron s'était remis à trifouiller sa bulle de magie.

Hermione leva les yeux au ciel. Son ami n'était décidément qu'un gamin dans un corps d'adulte. Hermione cogna sa jambe, à la recherche de plus d'espace vital. Ron lui lança un regard noir.

_ Tu prends toute la place ! Moi je dois me contenter de vingt centimètres d'espace depuis des heures ! J'ai mal aussi, Ron !

_ Et qu'est-ce que tu veux que j'y fasse, Hermione, c'est toi qui nous a fourrés la ded…

_ Replie tes jambes, un peu !

_ Pas question.

_ Pousse toi !

_ Aie ! Doucement, tu vas nous faire repérer.

_ Mais quelle idée d'être aussi grand !

_ C'est un atout pour un homme d'être grand, figure toi !

_ Non mais regarde ! Regarde ça ! Regarde la taille de ton pied par rapport au mien !

Hermione indiquait sa chaussure, qui, mise à côté de celle de Ron, avait tout l'air d'être une pointure pour enfant. Le jeune homme écarquilla les yeux, incrédule. Il n'avait jamais pris le temps d'observer les différences physiques qui l'opposait à Hermione, et plus particulièrement à la femme en général. Mal à l'aise, il semblait ne réaliser que maintenant quelque chose de bouleversant pour son univers.

_ Ce que tu peux être petite, Hermione.

La jeune fille leva les yeux au ciel, offusquée. Ron colla complètement son pied au sien, soulignant leur différence. Les orteils de la jeune fille ne dépassaient pas le plus haut cran de lacet de sa chaussure.

Ron se sentit malgré lui attendrit par ce spectacle.

_ Petite chose fragile… glissa-t-il à son oreille

Hermione le repoussa, irritée.

_ Plus forte que tu ne le penses, la petite chose fragile ! Ce que tu peux avoir l'air idiot, avec ce truc sur le nez !

Ron la regarda d'un air faussement scandalisé.

Soudain les deux gryffondors furent secoués de tremblements. Hermione devina qu'ils venaient de quitter l'herbe de la pleine pour le sol empierré d'une sorte de cours.

_ Je crois qu'on arrive à destination, murmura sombrement la jeune fille.

Le bruit des sabots du cheval martelait le pavé, indiquant aux deux gryffondors qu'ils venaient de faire leur entrée au château.

Quelques minutes plus tard, la jeune fille se sentait glisser vers l'avant.

Ron lui lança un regard paniqué.

_ Tiens toi ! Ils vont nous faire descendre !

Hermione réfléchit à toute vitesse. Il fallait sortir de là, et vite.

_ Oh non ! Problème, Hermione !

Ron pointait son nez. La bulle de magie rétrécissait dangereusement de seconde en seconde. Dans un plop! sonore, elle finit même par disparaitre. Aussitôt le jeune homme sentit des fourmillements lui chatouiller terriblement les narines. Ron contracta ses muscles, se préparant pour le pire.

Brusquement, Hermione lui pinça le nez.

_ Tchoum !

Hermione se figea, tous sens en alerte. Le cœur de Ron battait la chamade.

Personne ne semblait avoir entendu les deux clandestins.

Dans un soupir confortable, Ron put de nouveau respirer, fier de son nez qui ne les avait pas trahis.

Tout à coup, le convoi s'arrêta.

Ron déglutit.

Hermione attrapa son poignet.

_ Il va falloir sortir de là. Sans la magie, Ron. Inutile de sortir ta baguette. Tu es un moldu, dans ce château.

Ron hocha la tête, rassemblant tout son courage.

_ Ils viennent de partir atteler les chevaux. La voie est libre. A trois.

Le jeune homme serra sa main dans la sienne.

_ Un… Deux… Trois !

Ron s'élança au sol. Dans un fracas douloureux, sa tête entra en collision avec le pavé. Hermione se jeta pour le relever.

_ Par ici !

Ron s'engagea derrière elle. L'instant d'après, ils se plaquaient contre une rangée de colonnades abritées.

_ Ils n'ont rien vu ! C'est un véritable miracle ! souffla Ron.

_ Regarde toute cette paille au sol ! Ils comprendront d'une minute à l'autre. On s'en va d'ici, viens !

Hermione plongea sous les arcades. Ron s'élança à sa suite. Les tours de pierre montaient haut dans le ciel tandis que ses pieds frappaient rudement le pavé. D'un seul regard, Ron sentit que cet endroit ne présageait rien de bon.

_ Ce château a l'air immense ! constata-t-il.

Hermione retint un cri.

Un peleton de garde apparut au bout du couloir.

La jeune fille attrapa son ami et le plaqua contre le mur.

Au loin, des cris résonnaient de l'autre côté du cloître.

_ Quelques marauds, sans doute ! Chu de la charrette ! Les scélérats !

_ Derude aval !

_ Pourfendez-les ! A la garde ! A la garde !

Derude aval ! Enchartrez-les ! Chu de la charrette !

_ Quelques marauds ! Fredains

Vêpre mécroire coquardise issir

Ron avala sa salive. Hermione tremblait de tout son corps.

Devant eux, le bataillon, alerté par les cris, se mit en mouvement.

_ Bordel Hermione, qu'est-ce qu'on fait ?

_ Je sais pas ! Je sais pas ! haleta la jeune fille.

_ Ils vont nous voir ! Ils vont nous voir !

_ Par ici ! Viens !

Hermione poussa son ami de toutes ses forces. Le jeune homme plaqua la gryffondor contre une colonne.

Les gardes s'étaient dispersés, lance à la main, à l'affut du moindre geste.

La jeune fille sentait le souffle paniqué de Ron sur son front. Le sang lui battait les tempes. Ils étaient tout bonnement piègés.

Un des hommes en armure venait dans leur direction.

Ron serra le poignet d'Hermione.

_ Là ! Viens !

Hermione bondit contre une porte qu'elle venait d'apercevoir. Ron s'y rua de toutes ses forces, l'ouvrant dans un fracas digne des tours de force de ses frères. La jeune fille le tira en arrière. Il se jeta sur la poignée pour la fermer.

Ron et Hermione se regardèrent, le souffle court. Des bruits de pas précipités teintaient derrière la porte.

_ Merlin ! s'écria Ron. Qu'est-ce qu'on l'a échappé belle…

Hermione fit volteface.

Son regard croisa les iris bleus de la jeune femme en face d'elle.