Chapitre 4

Sur le chemin du retour, Thomas manque plusieurs fois de s'endormir contre la vitre de l'autobus. Heureusement pour le brun, son frère est trop occupé à parler avec d'autres étudiants pour s'en rendre compte.

Le véhicule jaune s'arrête devant l'arrêt des deux frères. Ceux-ci descendent de l'autobus et marchent vers leur maison côte à côte. En arrivant chez eux, Thomas se dirige vers sa chambre pour y déposer son sac de cours et commencer ses devoirs. Il a du retard dans ses cours puisqu'il a commencé l'école plus tard. Il commence par son devoir d'histoire. Le professeur leur a donné un projet mémoire à faire pour apprendre les différents groupes migratoires du 19e siècle. Thomas aime bien l'histoire, bien qu'il préfère les mathématiques. Ce n'est pas pour rien qu'il est en mathématique forte cette année.

Le brun commence ses recherches sur les loyalistes, puisque c'est ce groupe migratoire qu'il a pigé. Il trouve rapidement les informations qu'il a besoin et les imprimes. Au même moment sa mère l'appel pour que l'adolescent vienne manger. Thomas se lève de sa chaise les jambes lourdes de fatiguer et monte à la cuisine. Il va s'installer à la table en face de Chuck et observe sa mère faire le service. Ce soir ils mangent de la lasagne. Un des plats préférés au brunet.

Ils commencent à manger en silence. Après quelques minutes, la mère des deux garçons se tourne vers Thomas pour lui poser des questions sur sa première journée de cours.

-Alors mon grand, comment c'est passer ta journée?

-Très bien maman. J'ai rencontré la directrice après j'ai eu histoire et anglais. Après on a eu le diner et j'ai fini la journée avec cinéma et français, répond l'adolescent les yeux dans son assiette.

-Est-ce que tu as eu mal au dos ou à la tête?

-Non, soupire Tom. Je te l'ai déjà dit, les maux de dos ou de tête ne sont plus présents depuis un moment déjà.

-Tom, mon chou, c'est normal que je m'inquiète…

-Oui, je sais maman.

-As-tu rencontré des gens? Est-ce que tu t'es fait des amis?

Thomas ne répond pas, mais lance un regard d'avertissement vers son frère. Celui-ci comprend le message et plonge le regard dans son assiette. Il ne veut pas attirer d'ennuis à son grand frère. Leur mère ne voyant pas ce qui se passe entre les deux adolescents, repose sa question :

-Alors, as-tu rencontré des gens?

Le brun soupire et tente de faire rire sa mère pour qu'elle le lâche avec ses questions :

-C'est sûr que j'ai rencontré des gens maman, l'école en est pleine.

Sa mère lève les yeux au ciel et abandonne l'interrogatoire. Elle ne veut pas brusquer son fils, alors qu'elle a eu tant de mal à le retrouver, même s'il n'est plus le même qu'avant.

Le reste du souper passe rapidement sous les paroles incessantes de Chuck, qui après l'interrogation de son frère, avait recommencé à parler. Ce n'est pas parce que son frère ne voulait pas qu'on parle du fiasco qui s'était produit lors du diner, que le petit frisé va arrêter de parler pour autant. Thomas sourit en regardant son cadet. Il ne peut imaginer sa vie sans les babillages incessants que ce jeune garçon offre.

Après le souper, lorsque la vaisselle a été rincée et placée dans le lave-vaisselle, que la table ait été nettoyée, Thomas redescend dans sa chambre pour finir ses devoirs

Il met de côté son projet d'histoire puisque le professeur laisse de temps en classe pour le continuer. Il commence sa révision en anglais. La professeure avait annoncé aujourd'hui un test de grammaire le prochain cours. Le brun a un peu de difficulté avec cette langue seconde. Il relit ses notes et celles que son enseignante lui a remises. Après ça révisons d'anglais, l'adolescent fait des participes passés.

Lorsque tous ses devoirs sont terminés, le brunet ouvre son ordinateur et se connecte sur Facebook pour y voir l'actualité du peu de personnes qui constitue son réseau d'amis sur ce réseau social. Il voit que sa meilleure amie Brenda est connectée.

Cette dernière voit tout de suite quand Thomas apparaît en ligne. Elle ouvre la conversation :

Brenda : Hey le taré!

Thomas : Hey la cinglée!

Brenda : Alors, comment c'est passé ce retour à l'école?

Thomas : Ne commence pas toi aussi…

Brenda : Peux-tu développer svp?

Thomas : Ma mère m'a fait un interrogatoire pendant pratiquement tout le souper…

Brenda : Oh je vois hahaha, pauvre toi. Mais sérieusement Tom-Tom, comment ça c'est passer?

Thomas : Je pense que je peux dire que ça s'est bien passé. J'ai rencontré la directrice qui est flippante et l'école est immense.

Brenda : Et à part la directrice flippante et la grandeur démesurée de l'école, comment sont les autres élèves?

Thomas : Bof… je n'ai pas grand-chose à dire sur eux.

Brenda : Dis-moi que tu as parlé à quelqu'un d'autre qu'à Chuck!

Thomas : J'ai parlé au délégué de classe qui m'a montré mon local ce matin…

Brenda : Tu n'as parlé à personne d'autre?

Thomas : J'ai dit à un blondinet anglais d'arrêter de parler au début du cours d'anglais…

Brenda : Sérieux, Thomas!? Tu as eu une chance de parler avec quelqu'un, de te faire des amis et tu l'as laissé passer!

Thomas : Je n'ai pas besoin de me faire des amis, Brend. Et puis je n'avais pas la tête à ça. Je devais me concentrer sur les cours, j'ai deux semaines de retards sur tout le monde.

Brenda : Pareil Tom-Tom… Il te reste un an de secondaire. Tu devrais en profiter pour te faire des amis et avoir du fun, allé dans des fêtes, trouver l'amour! Tu sais tous les trucs normaux que font les ados normaux!

Thomas : On n'est pas des ados normaux Brenda. Tu te rappelles, on fait partie du trio infernal du cinquième étage.

Brenda : Hahaha, tu as raison. En parlant du trio infernal, j'ai été voir Ben aujourd'hui.

Thomas : Pis comment va-t-il?

Brenda : Il ne va vraiment pas bien, Tom. Le pronostique des médecins n'est pas vraiment optimiste…

Thomas : Dis-moi que tu blagues là…

Brenda : J'aimerai bien, mais ils ont dit que s'il tenait jusqu'à Noël, ça tiendrait du miracle…

Thomas : Et merde…

Thomas regarde son écran d'ordinateur sans vraiment le voir. Tout ce qu'il voit, c'est les mots écrits par sa meilleure amie sur l'état de son meilleur ami. Il a rencontré le jeune garçon deux ans plus tôt. Le troisième luron du petit groupe surnommé le trio infernal du cinquième étage composé de Thomas, Brenda et Ben, est atteint d'une leucémie myéloïde chronique. Ce type de cancer est incurable. Bien que le brunet sache ce détail important, il a quand même un pincement au cœur en sachant qu'il ne reste plus beaucoup de temps à son meilleur ami à vivre.

Brenda : Est-ce que tu vas aller le voir?

Thomas : C'est sûr que je vais y aller Brend! C'est mon meilleur ami!

Brenda : Je veux juste que tu saches que la maladie est de plus en plus apparente. Ce n'est vraiment pas beau à voir.

Thomas s'en doute. S'il se fit à la dernière fois qu'il a vu le malade, les marques de la maladie commençaient à être visibles. Cela remontait à deux semaines.

En regardant autour de lui, le brunet voit une des rares photos qu'il a accrochées sur son mur. Elle a été prise le jour où les trois adolescents avaient fait une course en chaise roulante. Sur la photo, le trio y est représenté dans ce qu'il semble être un parc. Ben et Thomas sont assis dans une chaise roulante. Brenda est assise sur les genoux de Ben et tous les trois sourient, l'air tout heureux par cette belle journée.

En regardant la photo, Tom se dit qu'ils n'auront plus de tel moment à trois. Tout ça s'est fini. Ben est mourant. Une larme coule sur la joue qui est parsemée de grain de beauté. Le brunet ne l'essuie pas, conscient que ce ne sera pas la dernière qui coulera pour son ami.

Il dit à Brenda qu'il va se coucher et ferme son ordinateur. Il enfile ensuite son chandail de pyjama, où un logo d'un groupe disparu depuis longtemps y est figuré. Il enlève ensuite son pantalon pour dormir seulement en boxer et chandail. Il se faufile dans ses couvertures et se roule en boule. Il met du temps à s'endormir, alors que les souvenirs qu'il a avec ses meilleurs amis passent en boucle dans sa tête.

Quand le sommeil le gagne enfin, Thomas se laisse porter dans le monde des rêves où les gens ne meurent pas ou ne sont pas victimes d'horrible accident qui modifie leur vie à jamais.