Chapitre 6

Sur le chemin du retour dans l'autobus, Thomas ignore Chuck et est assis tout seul dans le dernier banc. Il en veut toujours au frisé d'avoir dit aux deux autres finissants qu'il était un ancien coureur. Il est fâché, car il sait que maintenant que l'information a été divulguée, il va être harcelé de question par les autres, en particulier par l'Asiatique. Le brunet voulait simplement retourner à l'école sans que tout le monde connaisse son histoire et que tout le monde le regarde avec pitié. Il en a marre de ce regard qu'on lui attribue depuis deux ans maintenant.

Lorsque les deux garçons passent le seuil de leur domicile, le plus jeune des deux monte immédiatement dans sa chambre. Thomas le regarde faire et soupire tout en se disant que la soirée va être longue si sa mère ne rentre pas bientôt. En descendant dans sa chambre, le brun se fait la réflexion que la soirée risque d'être encore pire si Chuck parle de l'épisode de la cafétéria à leur mère.

Dans sa chambre Tom commence ses devoirs, mais il a énormément de difficulté à se concentrer. Il n'arrête pas de pensée au diner et à sa réaction, après y avoir réfléchie, qui lui semble démesurée. Il est conscient qu'il n'aurait pas dû crier après Chuck puisque ce dernier tente seulement de l'aider à se faire des amis.

Pour entamer la procédure de pardon avec le plus jeune et en voyant que sa mère n'arrive toujours pas, le brunet décide de commander de la pizza pour le souper. Il se dit qu'avec ça, il a de bonnes chances pour que le frisé l'écoute.

Une demi-heure plus tard, le livreur arrive avec la commande. Thomas va ouvrir, paie la pizza et laisse un pourboire au livreur. Il va ensuite dans la cuisine pour préparer les assiettes et monte chercher son frère à l'étage. La porte de sa chambre est fermée et aucun son ne passe au travers. Le brunet cogne doucement trois petits coups et dit à travers de la porte :

-Hey Chuck, le souper est prêt si tu as faim, dit Thomas. Il retourne en bas pour finir d'installer la table.

Bien évidemment que le jeune a faim. Il a toujours faim. Dans cette maison, il peut y avoir un paquet de biscuit à peine entamé dans le garde-manger le matin et le soir même il ne reste plus aucun biscuit. Le frisé les a tous mangés. Alors, quand Thomas passe la dernière marche de l'escalier, il entend la porte de la chambre de son frère et ce dernier commencer à descendre l'escalier. Il va rejoindre son aîné dans la cuisine et sourit à la vue de la pizza qui trône sur la table. Thomas dépose deux verres remplis de boisson gazeuse sur la table et place les assiettes en face de lui et de son cadet. Chuck sourit à Tom et les deux frères commencent à manger.

Après plusieurs minutes à manger en silence, le frisé ne peut pas s'empêcher de parler. De plus, il ne peut pas rester éternellement en colère contre son frère.

-Hey, Tom, je… commence Chuck, je suis désolé pour ce midi. Je ne voulais pas te mettre en colère, tu sais!

-Ça va, ne t'en fais pas, je ne t'en veux pas.

-Tu es sûr? Ça serait normal de m'en vouloir à mort!

-Franchement frangin… oui c'est vrai que j'étais en colère sur le coup, mais j'ai fini par comprendre que c'était ridicule, soupire Thomas.

-Pourquoi tu tiens tant à ce que les gens ne sachent pas pour ton accident? Demande le plus jeune en mordant à pleine dent dans sa pizza.

Thomas sourit face à son cadet qui s'empiffre.

-Je ne sais pas trop… Je crois que je n'ai pas envie d'être regardé comme une bête de scène comme c'est le cas depuis l'accident.

-Tu n'es pas une bête de scène Tom! Tu es un miracle plutôt! S'exclame Chuck avec véhémence.

-Si tu le dis. Bon j'ai terminé moi, je vais descendre faire des devoirs. S'il y a quelque chose, viens me chercher, répond le brun.

Il se lève et va porter son assiette dans l'évier.

-Attend, tu me laisses toute la vaisselle!? S'écrit le frisé.

-C'est ton tour de faire la vaisselle et de nettoyer la table, Chuckie! Lance Thomas avec un clin d'œil et il se dépêche de se diriger vers l'escalier.

Chuck proteste pour la forme, mais il n'est vraiment pas convaincant. Pendant qu'il finit de ramasser la table et qu'il fait la vaisselle, Thomas va dans sa chambre pour y faire ses devoirs.

Arrivé dans son refuge, il ouvre son ordinateur pour mettre de la musique. Thomas n'aime pas trop le silence. Il met l'album Plastic Beach du groupe Gorillaz. Il adore ce groupe. Alors que la chanson Welcome to the Wolrd of the Plastic Beach se met à jouer, il ouvre ses cahiers pour commencer à travailler.

Il commence par son devoir de mathématique, qu'il termine au bout de trente minutes. Après l'avoir terminé, il monte à la cuisine se prendre une collation. Il aperçoit son frère dans le salon qui regarde la télévision. Il arrive par derrière son cadet et dit simplement le nom de son frère dans l'oreille de celui-ci. Chuck fait le saut et manque de tomber du divan. Il se retourne vivement vers le plus vieux qui ne peut pas s'empêcher de rire devant l'air apeuré de son frère.

-Thomas! Qu'est-ce que tu fais là! Je croyais que tu faisais tes devoirs! Demande nerveusement Chuck.

Le brun fronce les sourcils fasse à la nervosité de son petit frère, mais ne dit rien. Il ne comprend pas toujours le comportement de Chuck.

-Oui, c'est ce que je faisais, mais j'ai eu envie de prendre un dessert.

-Ah ok, je vois! Alors tu vas redescendre dans ta chambre après finir tes devoirs?

-Euh… oui, pourquoi? Tu attends quelqu'un? Demande le brun avec suspicion.

-Non! Bien sûr que non! Réponds trop rapidement Chuck.

-Ouais, t'es super convaincant. Ne t'inquiète pas je redescends tout de suite après être aller dans la cuisine, lance Tom en sortant du salon.

Il prend une pomme sur la table et retourne à ses devoirs. Dans sa chambre il remet sa musique et commence son travail de science. Alors qu'il commence le dernier numéro du devoir que l'homme-rat leur a remis, on cogne à sa porte.

-Entre Chuck.

Thomas ne se retourne pas quand la porte s'ouvre. Au bout d'une minute de silence, le brun commence à se retourner pour voir pourquoi son frère ne parlait pas.

-Qu'est-ce que tu veux Chuckie? Demande-t-il.

Il s'arrête quand il se rend compte que ce n'est pas son petit frère qui parle trop dans le chambranle de la porte, mais le blondinet anglais qui répond au nom de Newt… Tom est surpris de le voir dans sa chambre.

-Salut, j'espère que je ne te dérange pas, lance l'anglais avec un petit sourire.

-Qu'est-ce que tu fais ici? Demande Thomas en se retournant vers son bureau.

-Et bien, puisque t'es parti du cours de français sans qu'on puisse parler de l'exposé oral et que je puisse m'excuser pour ce midi, j'ai demandé votre adresse à ton frère pour venir te voir. Je voulais savoir aussi pourquoi tu m'évites autant, alors me voilà, lui répond timidement Newt timidement sur le pas de la porte de chambre.

Thomas soupire et se retourne vers le blondinet. Il l'observe et voit que le jeune homme est mal à l'aise. Il repense à son comportement et il doit avouer qu'il n'a pas été très sympathique avec le blond. Et puis, il n'aura pas le choix de le côtoyer pour son exposé.

-Désolé pour ce midi, disons juste que c'est un sujet sensible pour moi et vous ne pouviez pas le savoir.

-On a cru remarquer, répond Newt avec un sourire timide.

Thomas a un sourire gêné.

Je sais que ce n'est pas de mes affaires, mais est-ce que je peux te demander pourquoi? Demande Newt gêné.

Le brun ne répond pas tout de suite. Voyant que le nouveau semble mal à l'aise, le blond se traite mentalement d'idiot.

-Excuse-moi, je suis idiot, je devrais me mêler de mes affaires…

-Non, ça va. De toute façon, connaissant mon frère et sa manie de tout dire, vous le sauriez assez tôt. Autant te le dire par moi-même, répond le brun avec un rire en pensant à son frère.

Il fait signe au blond de s'asseoir confortablement sur son lit, tandis que lui reste sur sa chaise de bureau. Le blondinet s'exécute et observe le brun qui joue avec ses doigts. Voyant que le blond est bien installé, Thomas commence son histoire tranquillement, commençant par le début.

-Dans mon ancienne école, il y avait également une équipe d'athlétisme et je faisais partie de l'équipe pour la catégorie course. J'étais un des meilleurs de mon équipe. Je faisais partie des populaires et j'étais heureux. Du moins, c'est ce qu'on m'a dit, car je n'en ai aucun souvenir.

-Comment ça aucun souvenir? Demande Newt en fonçant les sourcils.

-J'y arrive. Un soir, j'étais sorti pour faire mon jogging de la journée comme à mon habitude. Chaque soir, je suivais le même trajet qu'à mon habitude. Je n'avais jamais eu de problème avant, c'était un coin tranquille. J'étais rendu à la moitié de mon chemin, c'est-à-dire cinq kilomètres, quand j'ai été harpé par une voiture que je n'avais pas vue ni entendue venir. Les phares étaient éteins et j'écoutais ma musique pour courir. Après c'est le noir total. Je me suis réveillé à l'hôpital et on m'a dit que ça faisait un mois que j'étais dans le coma.

Alors qu'il raconte son histoire, le brun a la voix qui tremble sous l'émotion. Il n'aime pas se rappeler son réveil à l'hôpital. Pour ce distraire de sn stress grandissant, Thomas joue avec ses doigts de manière frénétique. Il ne regarde pas son collègue de classe, ne voulant pas voir le regard de pitié que tout le monde lui donne depuis maintenant deux ans. Le blond ayant senti le mal-être de Thomas, pose sa main sur les siennes pour lui donner du réconfort silencieux et pour l'empêcher de se faire trop mal vu la force qu'il exerce sur ses doigts. Le brun relève la tête et lui fait un petit sourire pas très sûr. Le brunet prend une grande respiration et continue son histoire :

-À mon réveil, on m'a expliqué que j'avais été frappé par une voiture et que j'avais subi de sérieuses blessures au dos et à la tête. Par contre, les médecins n'étaient pas sûrs pour les dommages que j'avais subits à la tête. C'est à mon réveil qu'ils ont pu voir l'étendue des dégâts. Au final, le pronostique a été que j'ai eu la colonne vertébrale fracturée à trois endroits différents, sans que la moelle épinière soit touchée, j'ai été très chanceux sur ce point-là. Et pour ma tête, après des examens, on a découvert que ma mémoire a été le plus touchée : Je n'ai plus aucun souvenir d'avant mon accident. Je ne me souvenais plus de ma mère et de mon frère, ni de mon enfance. Je me souvenais par exemple qu'est-ce qu'un médecin, mais pas que j'avais déjà eu un rendez-vous avec l'un d'eux dans mon enfance. Mon frère et ma mère ont dû tout me rappeler et j'ai dû faire de la rééducation pendant plus d'un an et demi pour pouvoir remarcher normalement. Voilà pourquoi je ne cours plus, termine Thomas avec un soupir de soulagement.

Newt reste silencieux après la confession du brun. Il comprend enfin le comportement du jeune garçon et il se dit que cela doit être horrible de ne plus avoir de souvenir de son enfance ou de sa propre famille. Il presse la main de Thomas dans un geste de réconfort, autant pour le rassurer que pour le remercier de sa confession.

Tom le regarde enfin et Newt lui sourit pour lui donner confiance.

-La vache, Tommy, je n'arrive pas à croire tout ce que tu as vécu! Et tu as à peine 16 ans! S'exclame enfin le blondinet.

Thomas sourit quand il entend le surnom que lui a attribué le jeune blondinet. Ce dernier continu avec un air ébahit sur le visage :

-Je n'en reviens pas, tu as eu un méga accident qui t'a empêché d'aller à l'école pendant deux ans et tu as quand même sauté une année!? Bloody hell, t'es pas humain ou quoi?

Thomas rit franchement devant l'air ébahi de Newt.

-Disons juste qu'à l'hôpital, j'avais beaucoup de temps libre et je ne souhaitais pas prendre de retard avec mes études déjà que j'étais cloué dans un lit sans pouvoir me lever.

-Tu es resté combien de temps à l'hôpital?

-Huit mois environs et je suis resté six mois dans un centre de rééducation.

-Oh la vache… Avais-tu beaucoup de visite? Demande le blondinet.

-À part ma mère et mon frère, non. Quand j'étais dans le coma, ma mère m'a dit que j'avais pas mal de visite de mon équipe et d'amis de l'école, mais quand je me suis réveillé et qu'ils ont su que je n'avais pas de souvenir, ils ont arrêté de venir. C'est pour ça que j'ai changé d'école.

-Tu parles d'amis, dit Newt alors qu'il est offusqué que les soi-disant amis du brunet l'aient abandonné seulement parce qu'il avait perdu la mémoire.

-Ça ne m'a pas vraiment dérangé en fait. Je me suis fait d'autres amis à l'hôpital. Et je pense que je viens de m'en faire un autre, dit Thomas avec un clin d'œil vers Newt.

Ce dernier sourit, totalement d'accord avec son nouvel ami. Le brunet se tourne vers son bureau et aperçoit les feuilles qui expliquent l'exposé oral qu'ils doivent réaliser.

-Puisque tu es là, est-ce que tu veux qu'on commence l'exposé? Demande Thomas.

-Ouais pourquoi pas!

Pendant que Newt sort les documents nécessaires pour leur exposer, Tom se lève de sa chaise pour aller rejoindre son camarade de classe sur le lit après avoir pris ses propres documents.

-Bon, sur quel sujet veux-tu faire notre exposé? Demande Thomas en regardant le document qui comporte les consignes.

-En fait, je n'ai pas tant d'idée je dois t'avouer…

-Ok, hum… on pourrait peut-être le faire sur un film qu'on a vu tous les deux et parler du choix des acteurs, les costumes, les effets spéciaux, ce genre de chose.

-Ouais c'est une bonne idée! Sur quel film on le fait?

-Je ne sais pas trop, as-tu déjà vu le film Sherlock Holmes avec Robert Downey Jr? Demande Thomas.

-Non… Est-ce que t'as vu le film Le jeu de l'imitation avec Benedict Cumberbatch? Demande Newt.

-Oui! J'ai adoré ce film!

-Parfait, alors on y va avec ça? sourit Newt devant l'enthousiasme de son ami.

-Ouais!

Les deux garçons commencent leur projet et au bout de deux heures, le blondinet anglais retourne chez lui. Il est content que le brun se soit confié à lui et d'avoir un nouvel ami.

Ce soir-là, les deux adolescents s'endormirent le sourire aux lèvres, heureux de leur nouvelle amitié.