Chapitre 7 – Traditions amicales et familiales
Les premières neiges sont enfin apparues. Cette année aura été particulièrement douce. C'est l'arrivée d'énormes rafales, mêlée à cette neige qui nous a contraints de nous en aller au plus vite, bien en avance sur notre programme initial. De plus, nous sommes contraints, conditions difficiles obligent, à marcher plus longtemps pour une même distance parcourue, le relief n'aidant pas notre progressant. En admettant que la météo nous permette d'avancer et si mes courtes heures de sommeil me suffiront. Après le cauchemar vécu la nuit passée, je ne suis plus parvenu à retrouver mon calme. J'en suis venu à me demander à un moment si je n'avais pas été pris par un moment de fièvre, et que ce rêve n'était qu'un simple délire. Shana a remarqué que j'avais eu une très petite nuit.
« Tu as mal dormi Houtarou ?
― Ouais, je ne sais pas pourquoi…
― Peut-être simplement un cauchemar qui te traumatise un peu ? »
Par pitié, j'espère qu'elle ne dispose pas de pouvoir de télépathie. Si elle découvre qu'il s'agit effectivement d'un cauchemar et si elle en connaît le contenu, je peux prendre mes jambes à mon cou et fuir immédiatement. La connaissant, je la crois capable de fouiller mes moindres pensées pour y découvrir mes secrets les plus profonds. Oh. Et puis après tout j'ai rien à me reprocher, c'est un cauchemar, je n'en suis pas maître.
« Oui, enfin je sais plus, j'ai tellement peu dormi… »
Bref, comme je me l'étais promis, cette mésaventure n'avait pas à me déstabiliser. J'ai mille choses à faire. Pour le moment, il s'agit de quitter au plus vite cette région hostile. Franchissant les premières collines, nous devions faire face à un blizzard incessant, malgré la proximité du désert, raccourci pour les dresseurs se rendant à Autéquia. Nous ne passerons pas par-là, trop risqué en cette période. Si la chaleur accablante du désert est à prendre avec précautions, ses nuits fraîches se transforment en un ennemi mortel en hiver. Au lieu de continuer vers le nord, nous longerons le grandiose Mont Chimnée avant d'arriver à Vermilava.
Mais une centaine de kilomètres nous sépare encore de notre prochaine étape. Rajoutant à cette difficulté le blizzard qui redouble de violence. Je me demande si nous ne devrions pas nous arrêter et nous abriter. Shana, elle, ne semble pas y prêter attention. Quoi de plus étonnant. Décidant de me montrer un peu plus courageux que je ne le suis en réalité, je ne laisse à nouveau rien paraître et nous continuons notre route.
« ATTENTION ! »
Ma réactivité a été mise à l'épreuve une deuxième fois en très peu de temps. Après le coup du loubard, c'est cette fois-ci Mère Nature qui en a eu contre nous. Pour une raison inconnue, une avalanche s'est déclenchée pile sur le versant sur lequel nous nous trouvions. Il n'y avait aucune échappatoire possible et l'avalanche fonce droit sur nous. Même Shana montre qu'elle est dépourvue de moyens. Quant à mes Pokémon… Xatu ne s'était pas remis de son match de la veille, Mimigal non plus…
« Zarbi, Puissance Cachée ! »
Encore une fois, je devais compter sur mon goût du risque – ou de la folie –. L'attaque de Zarbi bloquerait bien le déluge qui allait s'abattre sur nous, mais pour combien de temps ? Moi et Shana mettons ce court moment de répit pour courir. Je surveille toutefois Zarbi qui éprouve de plus en plus de mal à contenir la puissance dégagée par l'impressionnante coulée. Trop loin pour le rappeler, je dois donc revenir sur mes pas avant de rejoindre Shana.
« Qu'est-ce que tu fais !?
― Je rappelle mon Pokémon, je ne peux pas le laisser comme ça !
― Tu es fou, viens !
― Continue à courir, je te rejoindrai ! »
Le regard de Shana, mêlé de rage et d'incompréhension, pouvait être scruté à des dizaines de mètres. Mais je n'ai pas le temps de m'en occuper. Zarbi commence à épuiser ses dernières forces et déjà la grosse masse neigeuse amorce une nouvelle descente. Une fois mon Pokémon rappelé, j'ai compris qu'il était trop tard pour moi. Elle avait raison, j'ai été insensé de tenter le diable. Au moins, ça aura été la dernière action insensée, mais salvatrice que j'aurai produite. Je comprends parfaitement ce que ça veut dire, disparaître de la surface du monde.
Mais quelle est cette chaleur qui m'envahit ? Je devrais être enseveli sous des mètres de neige, non ? Pourtant, cette chaleur m'est familière… oh non, pas ce rêve idiot, encore !
Non, je perçois juste un crépitement. Mes sens me reviennent et pénètrent chacun des atomes qui me composent. Qu'est-ce que c'est ?
J'ouvre les yeux.
Nous sommes dans une caverne. N'ayant finalement aucun mal à reprendre mes sens, je m'aperçois rapidement que Shana a les yeux rivés sur le feu de camp qu'elle a dû réaliser par ses propres moyens. J'observe l'endroit où nous devions être depuis bien des heures. Mon sac repose également à mes côtés, ainsi que mes six Pokéball.
« Ah, tu es réveillé.
― C'est… c'est toi qui…
― Qui a sauvé ta peau, oui. De justesse, moi aussi j'ai failli y rester !
― Vraiment ? Eh bien Shana, je ne sais pas quoi te dire, mais merci du fond du cœur…
― Je n'ai que faire de tes remerciements, mais par pitié Houtarou, ne me refais plus un coup comme ça…
― Tu crois que je devais laisser mon Pokémon comme ça, alors qu'il nous a aussi sauvés la vie ?
― Stop. Je n'ai pas envie de me disputer. Pour l'instant, attendons que le blizzard se termine pour continuer notre route. »
Je n'ai pas une seule égratignure. Shana a dû agir in extremis pour me sauver de cet enfer. J'ai beau savoir qu'elle dispose pouvoirs étranges, au-delà de toute imagination, elle m'épatera toujours…
Nous avons patienté bien quelques heures, mais la météo a décidé de ne pas être clémente et nous oblige à rester bloqués ici pour une durée que je ne peux prévoir. Nous sommes en sécurité ici, mais le silence pèse à nouveau, chacun perdu dans ses pensées. J'arrive bien à m'occuper, même si l'état de santé de trois de mes Pokémon me préoccupe à présent. Xatu s'est plus ou moins remis, ayant mené avec brio le match de la veille. C'est pour Mimigal et à présent Zarbi que je m'inquiète le plus… Shana est revenue au second plan à mes yeux et jamais je n'ai autant éprouvé d'inquiétude pour mes proches. Avant Shana, ce sont eux et uniquement eux, mes Pokémon, qui me protégeaient de tout danger. A présent, je me sens minable de devoir être protégé constamment de ma témérité, de mes bêtises… Cela peut paraître idiot, mais j'ai l'habitude d'avoir des Pokémon qui ne transposent pas physiquement leurs émotions. Difficile de savoir quand Zarbi, Xatu, voire même Ramoloss sont tristes ou heureux. Mais j'ai appris à vivre avec cet état de fait. Aujourd'hui, j'ai l'impression de redécouvrir toutes ces émotions, comme si je n'avais jamais appris à les contrôler. L'arrivée de Shana a décidément tout chamboulé dans notre quotidien…
Après avoir prodigué les premiers soins à mes Pokémon, je les fais rentrer à nouveau dans leur Pokéball et retourne près de Shana. Toujours pensive, mais à force de la voir comme ça, je me suis habitué. Je sais qu'elle pense encore à ses proches, et qu'elle éprouve le besoin de pleurer, mais ne craque pas, du moins pas devant moi. Je suis certain qu'elle a à nouveau sangloté durant mon sommeil. Une forte envie de lui en parler encore me prend, mais je ne saurais pas comment aborder la question sans manquer de tact. C'est l'unique raison qui m'a poussé aussi à contempler le feu des dizaines de minutes durant. Mais le temps commence à devenir long. Je ne le laisse pas paraître, mais il est beaucoup moins évident pour Shana d'attendre sans rien faire. Et soudainement :
« J'en ai marre d'attendre. Houtarou, nous y allons.
― Hein ? Mais la tempête continue à faire rage !
― Nous avons quelque chose à faire, je ne peux pas rester ici pendant des jours !
― Attends Shana.
― Quoi ?
― Il y a quelque chose que je ne comprends pas. Tu me sauves la vie au péril de la tienne et à présent, tu la risques à nouveau ?
― Mon existence n'est pas comparable à la tienne. Je sais quels risques je suis capable de prendre ou non.
― Ça ne marche pas comme ça. Je suis désolé, mais tu dois rester ici.
― Et c'est toi qui va m'en empêcher ?
― Exactement. »
Sans aucune hésitation, je me poste à l'entrée de la grotte. Shana me fixe, puis se lève.
« Laisse-moi passer.
― Non. »
Dès l'instant où je me suis levé, je me suis attendu à ce qu'elle dégaine son katana. Je me suis préparé psychologiquement à devoir faire à nouveau faire face à cette arme redoutable, première fois depuis mon aventure à Poivressel. Elle compte ainsi me faire peur ?
« Je dois le répéter ? Laisse-moi-passer.
― Tu comptes me tuer ? Oh oh, voilà un bien piètre remerciement après tout ce que j'ai fait pour toi. Tu comptes t'en sortir comment par la suite ? Tu vas chercher un autre dresseur aussi idiot que moi pour t'aider ? Tu vas demander à la population d'aider une pauvre petite gamine venue d'un monde parallèle ? On te prendra pour une folle, bonne pour un asile psychiatrique. Dis-moi combien de personnes ici connaissent ton histoire ? Il y a moi, toi et Ranger Simon, qui semble avoir autre chose à faire, vu l'importance qu'il nous a accordé…Tu es peut-être une personne respectable là où tu vis, mais dans ce monde, tu n'es qu'une fille armée, potentiellement dangereuse.
― Espèce de…
― Tu peux me traiter de tous les noms, ça ne changera rien.
― Enfoiré. »
C'est sur ce joli nom que Shana s'en est retournée près du feu de camp. Mais au lieu de s'asseoir, sous le coup de la colère probablement, elle donne un magistral coup de pied dans mon sac.
« AÏÏE !
― Mais qu'est ce qui te prend ? »
Shana ne s'est pas attendu à se faire aussi mal, puisqu'elle a gémi sur le coup et les quelques secondes qui suivirent. Elle a dû frapper mon sac pile à l'endroit où se trouvait l'ouvrage offert par Simon et mes Pokéball. Quoi qu'il en soit, la voilà assise, contemplant le résultat grotesque d'un geste totalement idiot pour quelqu'un de sa trempe : un ongle cassé.
« Pourquoi un tel geste ? Tu as de la chance de ne pas avoir eu droit à pire. Fais voir. »
Mais la jeune fille me repousse violemment. Elle est encore plus en colère du fait que je veuille me rapprocher d'elle. Pourtant, elle saigne, pas énormément, mais quand même… C'est là que j'ai pu constater qu'effectivement, Shana était dotée d'un pouvoir qui la permettait de se soigner assez rapidement. Dans les instants qui ont suivi, le sang a disparu. Sa fureur du moment constitue encore le seul témoignage de ce qui venait de se produire. Après avoir remis son bas et sa chaussure, la fille me regarde, contemple à nouveau le feu puis finit par se coucher. Sentant la fatigue liée aux nombreuses mésaventures que nous avons eues, je fais de même, plongeant dans un sommeil sans rêves. Je n'ai même plus senti le froid qui a finalement envahi la caverne et éteint le feu. Le lendemain matin, le désolant spectacle qui nous avait accompagné la veille était terminé. C'est un soleil radieux qui nous accueille et éclaire ce matin. La nuit a été aussi rapide que merveilleuse, me redonnant une forme sans précédent, malgré les événements de la veille. Lorsque je me suis levé, je me suis aperçu que Shana dort encore. Il fallait donc être discret pour admirer le paysage qui s'offre à la sortie de la caverne. Et en effet, on ne peut qu'être émerveillé devant un tel spectacle, où les teintes grisâtres et rougeâtres nous avaient quitté pour un blanc immaculé. Seul un point dans le paysage fait exception : en contrebas, sur un versant voisin, une ville se dessine. En face se trouve le Mont Chimnée : nous ne sommes plus très loin de notre but. Shana me rejoint finalement, sans me saluer, sans me parler, rivant son regard dans la même direction que moi. Un petit moment de paix avec soi-même avant de reprendre la route sans tarder. Le reste du chemin serait plus aisé. Nous passerons une journée dans cette ville, pour faire des réserves et repartir sur de meilleures bases. Mes Pokémon auraient aussi besoin de repos. Shana, elle, aurait besoin de calme, énormément de calme… Je décèle encore une animosité envers moi, car elle ne sait que faire pour que je ne puisse plus l'empêcher de s'en aller quand bon lui semble. Je ne veux pas la bloquer, je veux la protéger, voilà tout.
Verdevent fait partie de ces nombreux villages où l'on aimerait habiter. Situé au cœur de la montagne, la petite bourgade permet la tranquillité à ses habitants sans pour autant être dénué de tout événement. Un stade dédié aux concours s'y trouve. Et par on ne sait quel hasard, une compétition a lieu le lendemain. S'il faut croire au hasard…
« Shana, tu savais qu'il y aurait un concours ici, je me trompe ?
― Eh bien, quand tu étais évanoui dans la grotte, j'ai consulté un guide qui se trouvait dans ton sac, et puis j'ai regardé… je me suis dit que ça serait bien qu'on puisse en revoir un, de concours, non ?
― Ne me cache rien. Le Teddiursa de Denji te manque, n'est-ce pas ?
― Ah mais pas du tout ! Qu'est ce qui te fait croire ça ?
― Ta première expérience à Poivressel, tiens !
― Surement pas ! Et puis je me demande pourquoi on devrait s'arrêter ici, tiens. On est encore loin de Vermilava ? »
Je ne peux pas m'empêcher de laisser éclater un grand rire. Shana, rougissant, laisse échapper un grand soupir. Amusé par la situation, je lui promets qu'on irait voir le concours si elle y tient tant, tout en lui assurant que je ne pourrai tout le temps accepter le moindre de ses désirs, malgré sa qualité « d'invitée ». Elle-même le dit, il y a des plus grandes priorités. Je ne suis pas certain que les Concours en fassent partie. Mais tout de même, après le cinéma que m'a fait Shana la veille, elle pourrait m'accorder un peu plus d'attention. J'en ai marre de devoir me disputer avec elle pour des raisons qui deviennent dérisoires en quelques heures et que l'on réagisse comme si rien ne s'était passé…
Le Centre Pokémon est vide et l'état des infrastructures montre que très peu de personnes devaient le fréquenter en-dehors des périodes dédiées aux concours. Les premiers concurrents devaient surement déjà s'entraîner dans les alentours, où bien n'étaient pas encore arrivés. Cette dispute avec Shana hier soir puis la discussion autour du concours a failli me faire oublier que j'ai encore trois Pokémon à soigner. Après avoir remis mes Pokéball à l'infirmière Joëlle, nous rejoignons les chambres qui nous ont été désignées. Nous avons eu énormément de chance, pratiquement toutes étaient occupées par les participants au concours, désireux de ressentir autre chose que le froid glacial qui traversait la région depuis la veille. Certains courageux avaient tout de même opté pour des campements de fortune.
Pour ma part, l'envie de m'entraîner n'est pas présente. Flâner est le seul mot qui me passe par la tête. Mais une fois de plus, et rien ne peut s'y opposer, Shana me rappelle que l'on a des recherches à effectuer, pour un objectif bien plus noble. Malgré sa sobriété, le Centre dispose d'une petite salle contenant une bibliothèque, indispensable pour les villes qui accueillent des compétitions, quel que soit leur type. Mais, à la veille d'un concours, trop de monde s'est agglutiné dans une si petite salle, ce qui nous oblige malheureusement encore à nous armer de patience. Mais, connaissant la patience légendaire de Shana, je ne m'étonne même pas d'entendre une voix familière hurler puis cinq secondes après une dizaine de personnes sortir sans protester.
« Il se passe quoi ici ?
- Ah, infirmière Joëlle. Je pense juste que mon amie n'a pas appréciée qu'on lui vole un livre. Ne vous inquiétez pas, elle a juste son petite caractère… »
Joëlle, sans en rajouter, garde un regard interrogateur tout en montrant qu'elle désapprouve le comportement de Shana, que je rejoins dans la pièce désormais vide. La plupart des étagères étaient remplies d'ouvrages traitant bien évidemment des concours, mais, pour me soulager, ce n'est absolument pas ce qui intéressait Shana pour le moment. Un ordinateur est à disposition de qui le veut. L'objectif de Shana ne peut être plus clair : c'est en tapant « Chutes Tohjo » dans le moteur de recherche Gagol© que je comprends qu'elle est encore bien décidée de mettre son projet d'aller à Johto le plus rapidement possible. Oui, il m'arrive encore de douter de ses intentions… Quoi qu'il en soit, les recherches s'avéraient longues puisque les premières pages de résultats n'offraient que des descriptions rapides ou des propositions de voyages à Kanto ou Johto. Ce n'est qu'après une bonne demi-heure d'investigations que nous sommes enfin parvenus à trouver quelque chose d'intéressant. La page qui s'ouvre parle effectivement de la même légende que nous avions apprise dans le livre. A une lecture plus attentive, il s'avère être surtout un commentaire détaillé sur le passage.
« La disparition d'un objet est rationnellement impossible. Rien ne naît ni ne périt, mais des choses déjà existantes se combinent, puis se séparent de nouveau, proclamait un philosophe ancien. Le téléport est monnaie courante lorsque l'on cherche à dissimuler quelque chose qui nous est précieux. Dans le cas des recherches d'Edouard François et par la suite celles de son petit-fils Simon, on ne peut considérer que deux situations : il peut s'agir effectivement d'une disparition, alors liée à un événement qui dépasserait tout phénomène uniquement lié à notre monde. En d'autres termes, seule une interaction avec un hypothétique monde parallèle pourrait être à l'origine d'une telle perte. A ce jour, aucun signe d'interaction n'a été découvert et il est estimé que les chances de découvrir l'existence d'un autre monde sont minces, pour ne pas dire nulles. Les théories actuelles ne mentionnent qu'une possibilité d'existence d'un de ces mondes parallèles : les paradoxes temporels. Mais, en admettant que ces théories n'ont pour l'instant aucun fondement, il existe donc une seule autre situation possible : le mensonge de cet explorateur. A-t-il vraiment réalisé une découverte aux Chutes Tohjo ? Ou alors a-t-il simplement menti à tout le monde même à son petit-fils afin de ne pas rentrer bredouille et s'exposer à des brimades ? Toutefois une vérité est à admettre dans l'ouvrage de notre aventurier : il y a bel et bien des runes existantes aux Chutes Tohjo. Un groupe de spécialistes est parti sur place réaliser des fouilles l'été dernier afin de déchiffrer et de découvrir d'éventuels indices sur la nature de la légende qui pourrait entourer les lieux. A partir du mois d'août d'étranges événements se sont déroulés un peu partout dans le monde. A Kanto, c'est l'apparition inattendue des trois oiseaux légendaires dans diverses zones urbaines qui a défrayé la chronique. A Hoenn, en novembre, les passagers d'un bateau affirment avoir vu une lumière jaillir du ciel au-dessus du Poivressel. Les enquêteurs sur place ont fouillé la ville de fond en comble sans avoir trouvé quelque chose de concluant, malgré le témoignage concordant de plusieurs personnes affirmant avoir vu une fille au comportement étrange, accompagnée d'un dresseur sortir des ruelles d'où a pu avoir lieu le phénomène si intriguant, même si aucune preuve n'en est ressortie.
Quoi qu'il en soit, rien n'a pu être prouvé concernant le lien entre ces différentes anomalies et l'existence d'un probable mystère autour des Chutes Tohjo, malgré l'émergence de nombreuses hypothèses. »
Le livre que Ranger Simon nous avait offert prend un tout nouveau sens. Ainsi il y avait une relation de parenté avec l'auteur de ce livre : son grand-père. Aurait été-t-il aussi trahi par la honte d'un pauvre explorateur où y avait-il réellement un mystère caché dans les tréfonds de Johto ? Il n'existe qu'un seul moyen d'en apprendre plus. Shana ne saisit pas immédiatement le rapport avec la personne qui a tout d'abord refusé de nous aider à Poivressel, aussi a-t-elle été surprise de me voir chercher dans l'annuaire le numéro de la base Ranger située à Poivressel et de décrocher le combiné du visiophone le plus proche sans attendre.
« Base Ranger, Poivressel, j'écoute !
― Bonjour, j'aimerais m'entretenir avec Ranger Simon, s'il vous plait.
― Attendez un instant, je vous mets tout de suite en liaison. »
Un court moment d'attente avant de retrouver un visage familier apparaître à l'écran. Premier constant : Ranger Simon est beaucoup moins énergique lors de notre dernière rencontre. Au lieu de découvrir un grand gaillard la tête pleine d'aventures, j'avais l'impression que Simon s'était délaissé depuis des années. Le teint cireux, les traits tirés, des énormes cernes ornaient son visage.
« Ah tiens, bonjour Houtarou.
― Simon, qu'est-ce qu'il vous arrive ?
― Rien d'importance, un peu de surmenage, ça arrive, quand on est Ranger…
― Je ne vous crois pas. Vous avez des soucis ?
― Non je te dis, c'est plutôt à moi de te demander si tout va bien. Comment va Shana ?
― Elle va bien, et à ce propos voilà l'objet de mon appel. Vous auriez pu nous dire que le livre que vous nous avez offert a été écrit par votre grand-père ! Nous venons de le découvrir, je ne savais pas que vous aviez fait à votre tour des recherches dans les Chutes Tohjo !
― Ah…je vois que vous avez fait le lien…oui j'ai bien fait des recherches à Johto, sur les traces de mon grand-père, sans avoir plus de succès que lui…
― Mais pourquoi ne nous avoir rien dit ?
― La honte, tout simplement. A son image. Comme mon grand-père, je voulais briller, vivre de véritables expéditions, découvrir des choses fantastiques. J'ai voulu compléter les œuvres de mon aïeul, mais en vain. C'est ainsi que je suis devenu Ranger. Si je n'ai rien raconté, c'est que depuis l'expédition de cet été, de multiples rumeurs courent autour des ruines situées aux Chutes Tohjo. Des histoires assez sombres, inventées de toutes pièces bien évidemment. J'ai voulu vous éviter d'agir sous les yeux de tout le monde, pour ça que je ne vous ai pas aidé officiellement. Agir dans l'ombre, cela ne comporte pas-t-il plus d'avantages ?
― Quand il s'agit de surveiller et de veiller à la sécurité d'une fille perdue, je vous assure que c'est autre chose.
― Quoi qu'il en soit, si tout se passe bien, continuez comme ça. Encore une fois, bon courage et mes amitiés à Shana. Au revoir.
― Mais… »
TUUT TUUT TUUT…
Nous devons faire vite. Vite et bien. Continuer mon voyage pour permettre de terminer celui de Shana dans ce monde. Les Chutes Tohjo seront surement l'aboutissement de toute cette quête, mais encore beaucoup d'événements allaient avoir lieu. Même si j'en ai énormément appris, je suis quasiment certain que Simon nous cache encore quelque chose… Mais nous avons appris très rapidement la raison de l'attitude étrange de Simon. Ayant pour habitude de suivre les actualités, je consulte le plus souvent possible les journaux papiers dans les localités traversées. Il ne m'a pas fallu beaucoup de temps pour en trouver un à Verdevent. En deuxième page du journal figure un article avec un titre qui ne pouvait être que plus frappant. En illustration, un homme âgé en vêtements de voyage, avec un jeune homme dont il ne m'a fallu qu'une fraction de seconde pour le reconnaître.
« La fin du voyage.
C'est ce jeudi après-midi qu'Edouard François nous a quittés de cause naturelle à l'âge de 86 ans. Explorateur de grande renommée, il a notamment participé à la découverte de la chambre permettant la mise au jour des Ruines Tanoby, en 1956. Ecrivain de talent, il a participé à la rédaction de nombreux ouvrages sur de nombreuses légendes entourant les régions des îles Sevii et de Johto. […] Son voyage en 1996 l'a conduit dans de nombreux endroits. Il a défrayé la chronique en restant près d'une année au Mont Argenté et ses environs. On a alors peu entendu parler de lui, seul des rumeurs rappelaient de temps à autre son existence et un maigre passage dans son œuvre « Johto, entre éclats d'or et reflets d'argent » publié en 1997 faisaient mention d'une vague exploration des chutes Tohjo, sans mentionner le véritable but recherché ou atteint. La rédaction du Psykokwak Déchaîné adresse toutes ses condoléances à la famille en particulier à Simon, Ranger installé à Hoenn actuellement, qui a su suivre les traces de son grand-père. »
Voilà qui explique le comportement de Simon. La mort d'un être dont on a suivi les traces pouvait affecter n'importe qui, même des grands gaillards comme le Ranger que nous avons rencontré. Un explorateur ayant toutes les qualités du monde, si ce n'est la honte de rentrer chez soi bredouille, avait marqué l'Histoire de son empreinte, à condition que cette légende s'avère être vraie. Nous ne sommes pas plus certains, même s'il y a une légende qui tourne autour des chutes Tohjo, qu'elle ait un rapport avec les problèmes de Shana. Et si nous nous étions complètement trompés de direction ? Je n'ai jamais eu la certitude que ce que nous poursuivions n'était pas qu'un sentier d'hypothèses et que nous nous sommes trompés de direction dès le premier croisement. Au final, est-ce que j'accorde encore trop d'importance à mon voyage ? Question qui prend un sens crucial. Shana, qui n'a plus dit un mot depuis la lecture du journal, me tire de mes éternelles pensées.
« Houtarou, rappelle Simon.
― Hein ? Mais on a eu tout ce que nous voulions, non ?
― Je n'en ai pas l'impression. Mais puisque tu ne sembles pas vouloir l'appeler, je le fais moi-même. »
Je n'ai pas envie d'empêcher Shana de retéléphoner à Simon, sans savoir pourquoi. Il faut admettre qu'un doute réside toujours au fond de moi.
« Base Ranger, Poivressel, j'écoute !
― Je veux parler à Simon c'est urgent !
― Ah désolé mais Ranger Simon vient de quitter la base. Il ne sera plus là avant demain.
― …bien, merci. Au revoir. »
Etrange, ce départ si soudain. Je suis pratiquement sûr qu'il y a un moyen de rejoindre Simon mais j'estime inutile qu'on le dérange plus longtemps ce soir. Nous aviserons demain matin, le concours n'ayant lieu qu'en début d'après-midi. Nous serons surement à Vermilava dans deux jours.
Quand je m'entends parler, tous ces projets paraissent si proches, alors que Johto compte nous accueillir uniquement dans quelques mois. Si tout va bien.
Il a été d'une gentillesse sans nom aujourd'hui. Il ne m'a pas oublié. Il semble même donner du meilleur de lui-même, alors que nous ne savons pas véritablement où aller. Ce Houtarou…il me fait apprécier cet étrange monde, mais je ressens toujours ce besoin de tous vous revoir. Demain, nous irons voir à nouveau un concours…si je parviens à vous revoir, peut-être que je vous en toucherai en mot. S'il m'est permis d'en parler.
« Bienvenue au concours de Verdevent ! Je suis Viviane, et je me ferai un plaisir de vous commenter ce magnifique concours ! Les coordinateurs arrivent des quatre coins de la région pour mettre à profit leurs progrès et surtout leur talent ! Que la phase des démonstrations commence ! Et pour débuter, voici Stella ! »
