Chapitre 8 – La braise des combats et des amours

Il est certainement parti pour de bon. Poivressel ne reverra jamais le Ranger Simon. Où était-il parti, je n'en sais absolument rien. Mais à présent, il ne nous serait certainement plus d'aucune aide. Un pont nous menant à l'espoir d'une liberté retrouvée s'est écroulé et a été emporté par les eaux. Mais je ne peux pas me résoudre à y penser, ni pour le moment, ni par la suite. Le mental d'acier doit être de mise ! Et surtout ne pas afficher une tête d'enterrement lors d'un événement festif comme un concours ! Rejetant mes idées noires au plus profond de mes pensées, je recentre mon attention sur ce qu'il se passe au moment présent. La première coordinatrice venait d'arriver sur le terrain. A première vue, j'ai eu l'impression d'observer une autre personne, venue elle aussi d'un autre monde. A croire que le monde des concours est en-dehors du commun des mortels de notre univers.

De longs cheveux argentés lui tombaient jusqu'aux cuisses. D'autre part, elle était vêtue comme si elle parcourue des pays entiers et vécu d'innombrables expériences. Son voyage se lisait sur elle. Ses yeux violets, sa robe courte, rouge et noire, sa sacoche, bref ses vêtements de voyages me rappelaient quelque chose. En effet lorsqu'elle appela son Pokémon, j'ai tout de suite reconnue une célèbre coordinatrice connue pour avoir remporté deux Grand Festivals : Stella Sakura Sukima était réputée pour l'éternelle distance qu'elle conservait avec le reste du monde après six années passées à voyager dans le monde. D'aucuns la surnommaient « L'Ermite ».

« Milobellus, Flame…UP ! »

Je m'attendais à quelque chose de plus original en matière de concours de la part d'une double top-coordinatrice. Pourtant, n'a pas choisi Milobellus par hasard : celui-ci a la particularité d'être chromatique. La chevelure de ce Pokémon n'a pas la teinte rouge habituelle, mais est dotée d'une étrange couleur bleue glacée, en parfaite harmonie avec la couleur des cheveux de sa dresseuse. Celle-ci et son Pokémon illuminent le stade pourtant plongé dans le noir. Des lunettes de soleil n'auraient pas été de trop.

« Hydroqueue. »

Le tourbillon aquatique qu'il m'est permis de voir est sans doute le plus impressionnant qu'il ne m'ait jamais été permis d'admirer, même en combat classique. Les anneaux semblent menacer à tout instant de s'abattre sur le public, mais Milobellus et Stella contrôlaient l'attaque avec une parfaite synchronisation.

« Projette-toi. »

Le Pokémon et sa dresseuse avaient préparé leur numéro avec une rigueur sans nom. Milobellus, au centre de toutes les attentions et du tourbillon, s'élance à la verticale jusqu'à atteindre son sommet. De là, il ne lui a fallu aucun ordre pour que sa queue frappe le tourbillon, tout en suivant une rotation. Le numéro, sans doute longuement préparé, n'a subi aucune faille. C'est au fur et à mesure que des paillettes, non pas blanches, mais multicolores apparaissent : les effets de lumière combinés à l'attaque Hydroqueue ont ainsi provoqué une ovation digne de la notoriété de Stella. Moi-même subjugué, je me demandais bien à quoi peut penser Shana. Mais pas besoin d'être télépathe pour constater que celle-ci est littéralement sous le charme. Elle a les yeux écarquillés, et s'est levée de son siège afin de mieux admirer le spectacle, malgré les commentaires réprobateurs du public derrière nous. Après de nombreux efforts pour faire rasseoir Shana, nous avons pu observer la suite du concours. Des Pokémon des plus banaux aux plus originaux dans le cadre d'un concours, tout nous a été offert. Nous en sommes allé jusqu'à admirer un Axoloto ayant surpris une grande partie du public à travers l'une des plus imposantes démonstrations qui puissent exister pour un Pokémon de cette envergure.

Viviane annonce les résultats et nous retrouvons sans surprise Stella parmi les huit qualifiés à la deuxième manche. Shana a mis à profit le quart d'heure de pause règlementaire entre les deux manches pour tenter à nouveau de me fausser compagnie. Je la rejoints finalement alors qu'elle se dirige vers la loge des concurrents. Lorsqu'elle est rentrée, plusieurs têtes se sont retournées, que je reconnais pour les avoir vu à la bibliothèque du Centre Pokémon. Visiblement, les concurrents se souviennent très bien de la petite garce qui les a gênés la veille. Lorsque Shana s'avance dans la petite salle, plusieurs personnes ont reculé, comme prises de panique devant la petite fille. Celle-ci a gagné une petite renommée, ce qui ne l'empêche pas de rester impassible. De mon côté, je commence à ressentir la même panique que lorsque nous avons dû faire face aux badauds qui se trouvaient dans la Grand'rue à Poivressel. Mais je m'avance, forçant pour paraître tout aussi calme que Shana. Celle-ci a trouvé la personne à qui elle compte s'adresser : l'Ermite se trouve dans un coin, en retrait de la foule qui se presse de l'autre côté de la pièce.

« Stella !

― Oui ?

― Je m'appelle Shana et je voulais vous féliciter pour votre prestation, vous être super douée ! »

Lorsque Shana a formulé son nom, elle a jeté un regard en biais de mon côté et a dû apercevoir avec triomphe la tête que je tirais. Elle a parfaitement compris qu'elle devait me devancer et n'a pas hésité une seconde. Mon mensonge tombe à l'eau grâce à l'acharnement de Shana, honnête et franche, un peu trop dans certaines situations.

« Merci, mais tu sais, j'ai l'habitude… »

Stella, en ces circonstances, ne semble pas disposée à discuter, mais cela ne m'étonne guère étant donné la personnalité qu'elle affiche à chaque compétition. Personnalité qui n'est pas qu'un cliché. Elle est réputée pour ne parler jamais qu'à ses Pokémon, je suis donc déjà étonné de la voir parler à une parfaite inconnue. Et quelle ne fut pas ma surprise de voir Stella se trouver des atomes crochus non seulement avec Shana mais également avec moi-même, se passionnant vite pour les voyages que j'avais effectués. La discussion a été de courte durée, les matchs devant reprendre. Nous avons rejoint les tribunes et tout de suite le match de Stella commence. Il est inutile de décrire la facilité avec laquelle le Mentali de Stella surpasse le Mangriff adverse, propulsant avec une rapidité extrême Stella en demi-finale. Celle-ci se révèle bien plus ardue pour la double top-coordinatrice qui a eu finalement raison du Noadkoko de son opposante, après cinq minutes de combat acharné au cours duquel Stella a dû user d'un panel de techniques tordues pour parvenir à la victoire. La finale n'en pas été moins attendue : elle oppose la très célèbre Stella à une autre favorite du concours, Hinano, à la personnalité plus ouverte, voire hautaine : lors de ses précédents matchs, je l'avais remarqué par son excès d'assurance. Crâneuse dur les bords… C'est ainsi que le Mentali de Stella se retrouvait face à :

« Flagadoss, c'est à toi ! »

Le duel opposerait ainsi deux Pokémon de type psy.

« Utilise Vibraqua ! »

La réputation de lenteur de Flagadoss lui confie un certain avantage, particulièrement lorsque celui-ci exécute son attaque avec une rapidité en contraste total.

« Rafale Psy. »

Les deux attaques s'entrechoquent et provoquent une grande explosion, faisant perdre un tiers des points à chacune des opposantes.

« Et maintenant, Météores. »

La voix de Stella dégageait un aura mystérieux, obscur, comme si elle ne devait être compréhensible que par Mentali. Et malgré la lenteur et la clarté des paroles prononcées par Stella, Mentali a réagi avant que quiconque ait pu observer dans quelle direction il se dirigeait, surprenant tout autant son adversaire que le public. La double championne a été contrainte de faire face à de nombreux adversaires rusant sur la vitesse de leur Pokémon : elle devait ainsi s'y habituer. C'est en voyant sa stratégie déjouée qu'Hinano voit à nouveau ses points diminuer. L'avantage s'offre à Stella, mais Hinano affiche encore son sourire narquois, ce qui me fait penser que le match est encore loin d'être terminé. L'arrogante coordinatrice n'est pas au bout de ses tactiques, on dirait.

« Tu crois me battre ainsi, ô grande et précieuse Stella ? Désolé de te décevoir, je vais t'écraser ! Flagadoss, attaque Danse Pluie ! »

L'attaque déclenche une surprenante averse, prenant au dépourvu l'assistance, qui ne s'attendait certainement pas à un déluge de cette intensité. Chacun se protège comme il peut En réalité, l'averse est tellement puissante qu'il nous est impossible de distinguer quoi que ce soit. Il doit donc en être de même pour les adversaires, et donc pour Mentali qui ne doit surement pas plus repérer Flagadoss que nous sous le déluge. Celui-ci a pu donc mettre à profit le mauvais temps déclenché pour apercevoir Mentali et lui asséner une violente attaque Vibraqua, qui fait mouche. Coup brutal pour Stella qui n'a plus qu'un quart de ses points. La pluie continue de tomber, le terrain frise l'inondation. Une concentration extrême me permet d'entrevoir Stella qui ne semble nullement affolée à l'idée de voir sa réputation salie par la victoire d'une petite prétentieuse. Au contraire, d'une voix retentissante et facilement perceptible, accompagnée d'un écho, nous avons pu entendre Stella ordonner à son Mentali d'utiliser Nœud Herbe. Hinano ne devait manifestement pas savoir que l'averse pouvait aussi être un avantage pour Mentali et moi-même a du mal à comprendre la tactique qui en découle. Flagadoss, ne pouvant utiliser que ses pouvoirs psychiques pour trouver le Pokémon de Stella, trébuche sur l'attaque provoquée par Mentali. Ce dernier profite enfin du moment pour lancer une attaque très puissante mais non sans risques : elle doit absolument faire mouche. Mais l'attaque Giga-Impact a touché sa cible de plein fouet, ne pouvant offrir qu'une victoire certaine. Qui peut s'attendre à une attaque si puissante de la part d'une fille si mystérieuse, n'ayant pas recours, ou du moins pas souvent, à la force ? Pas Hinano en tout cas, qui effondrée, assiste à une triste défaite bien loin de ses prétentions. Au risque de paraître banal, je peux aisément penser que ce genre de personnes qui ne connait pas l'humilité ne mérite pas de gagner. Je ne fais que penser en connaissance de cause. A une époque, il m'est également arrivé d'être arrogant. Du moins, je l'ai été avant d'avoir subi cette cuisante défaite au tournoi de la Ligue Indigo, en seizième de finale. Le désir d'invincibilité avait semblé me tendre les bras, arrachant une défaite facile à tous les adversaires qui me faisaient face. La chute n'en a été que plus brutale, bien plus bénéfique que n'importe quelle claque que mes détracteurs du moment auraient pu me mettre. Suite à ce tournoi, la remise en question a été obligatoire. Je suis resté plusieurs mois chez moi, à la limite de la dépression… avant que je me donne un coup de pied au derrière. Et surtout, avant de me décider à partir pour Hoenn.

Mais Shana ne doit pas découvrir cette ancienne facette de ma personnalité, elle se moquerait de moi. J'étais doté d'une personnalité très fragile à l'époque et j'ai mûri depuis, mais j'ai toujours honte en repensant à ces moments toujours compliqués à assumer…

Nous rejoignons Stella au moment où celle-ci s'apprête à quitter le bâtiment. Je ne savais pas avant la compétition quelle influence cela aurait sur la coordinatrice de quitter les devants de la scène et les projecteurs, mais tout d'un coup celle-ci acquiert un caractère tout autrement sympathique et attachant. Au lieu de faire face à une femme énigmatique, moi et Shana étions en compagnie d'une adolescente enjouée avec qu'une seule envie qui est de coller un peu ses nouveaux amis. C'est une ambiance bon enfant qui règne sur le chemin du Centre Pokémon. En fait, Stella n'aimant pas trop la compagnie d'autres personnes en général, très méfiante, a dressé son campement à l'extérieur de la ville mais a accepté de nous suivre, ou plutôt elle a voulu nous suivre, c'est tout juste si nous n'étions pas obligés de la loger…

« Quelle victoire, je suis impressionné !

― Merci Houtarou !

― Par contre, je ne pensais pas que tu pouvais être une personne si ouverte. Je te considérais comme une coordinatrice toujours renfermée. Même pendant la pause, tu ne discutais avec personne et restais dans ton coin… pourquoi nous ?

― Pour tout t'avouer, je ne sais pas. Vous m'avez l'air sympathiques, voilà tout. Les autres, je me méfie. Certains me font peur. D'ailleurs, j'ai vu que vous provoquiez aussi la peur aux autres concurrents. Comment ça se fait ?

― Demande ça à Shana… »

Shana ne manque pas de m'écraser le pied, vexée qu'on lui rapporte tous les fléaux.

« Oui, et alors ? J'y peux rien, si on avait quelque chose à faire à la bibliothèque ! »

Stella affiche sa surprise de voir l'attitude que porte Shana envers moi et elle le montre encore plus en déchiffrant mon indifférence absolue. Finalement, elle éclate de rire et nous fait part de son admiration. Nous la regardions bêtement sans comprendre. Mon regard et celui de Shana, interrogatifs, se croient. Stella reprend finalement son souffle pour nous lancer :

« Vous êtes marrants tous les deux. Vous voyagez ensemble depuis longtemps ? »

Je n'aime pas l'air narquois sur laquelle est posée cette question, ni la tournure que prend la conversation. Shana et moi connaissions à peine Stella que nous avions découvert l'autre facette de sa personnalité. Je commence presque à regretter la Stella renfermée que j'ai admirée depuis les tribunes, exécutant de magnifiques tours avec ses Pokémon. Même Shana manifeste un sentiment de malaise devant l'attitude extravertie de Stella.

La nuit tombe tôt et après une soirée bien remplie, Stella nous quitte pour rejoindre son campement. La première occasion depuis ce matin où Shana et moi avons pu discuter sérieusement.

« Quelle coordinatrice ! Mais…sincèrement tu en penses quoi Shana ?

― Elle est sympathique, mais…je ne m'attendais pas à ce type de comportement de sa part. Elle est comment dire… collante ?

― Comment ça ?

― Eh bien, je peux avoir de fausses impressions, mais elle a fait des sous-entendus assez…bizarres.

― Bizarres ?

― Tu ne trouves pas étrange des phrases comme « Qu'est-ce que vous comptez faire par la suite ? ». Vu son ton, je doute qu'elle parlait de notre voyage.

― Ah, tu penses ?

― Tu le fais exprès ? Ce que tu peux être lent à la détente parfois, Houtarou, on voit que tu n'as jamais été en compagnie de quelqu'un au cours de tes aventures. Tu es intelligent, mais pas futé sur certaines situations.

― Et ça veut dire quoi ?

― Tu poses trop de questions, réfléchis bien à ça. Et surtout à ce que Stella nous a dit. Bonne nuit. »

Et Shana me laisse, une fois n'est pas coutume, seul au milieu de mes interrogations. Entre une fille mutilée psychologiquement car enfermée dans ce bas monde et une autre, coordinatrice, trop enjouée à faire des allusions alors que nous nous connaissons à peine… Les filles sont décidément bien étranges. Le fait d'être en compagnie de filles me déstabilise. Et on ose dire qu'un voyage vous forge ! Déstabiliser est un grand mot, mais rien que le fait de ne plus être seul à voyager me perturbe complètement. Quel voyage étrange je mène… Bon, et bien allons nous coucher. Je n'ai rien fait de la journée mais je suis à bout de forces, du moins mentalement…

Le lever du soleil est signe d'une nouvelle étape importante à franchir. Vermilava n'est plus qu'à quelques kilomètres. Jetant un dernier regard sur Verdevent, nous poursuivons notre route quand une voix bien familière nous interpelle.

« Ah, je vous attendais !

― Stella !?

― Vous ne pensiez pas partir sans moi, n'est-ce pas ?

― Mais…tu vas aussi en direction de Vemilava ?

― Comme vous je suppose ? »

Parfois, je me plaignais d'être seul avec mes Pokémon. Là, plus de réclamations à faire. Aucune.

La route jusqu'à notre prochaine étape n'est parsemée d'aucune difficulté. Même par temps hivernal, Vermilava conserve la spécialité qui fait son originalité au sein des villes d'Hoenn. Alors que dans les alentours, le froid est de mise, le Mont Chimnée est un formidable protecteur et beaucoup de personnes se baladaient dehors en pull, voir pour les plus courageux, en tee-shirt. Shana, Stella et moi n'avions pas prévu ce changement soudain de température, et vêtus contre un hypothétique polaire, nous avons fait sensation à notre entrée dans la cité jusqu'à ce que nous comprenions que garder ces vêtements ou les prendre pour la plage a le même intérêt. Nous avons pu nous mettre à l'aise au Centre Pokémon. Avant de rendre une petite visite à l'arène, nous avons profité d'un peu de bon temps pour faire un tour rapide de la ville. Même durant l'hiver, les sources chaudes sont ouvertes ! La température quasi printanière profite aux touristes qui se ruent dans les sources. En ce qui nous concerne, nous n'avons pas l'occasion pour le moment d'y aller. Dommage. Je ne suis pas pressé, mais je préfère en finir vite à l'arène. Les deux filles n'avaient pas non plus, à mon avis, l'intention d'y aller, du moins pas tout de suite.

En attendant, j'ignore toujours la raison pour laquelle Stella nous suit. Toujours souriante, elle ne nous a pas lâchés depuis notre rencontre la veille. J'ai fini par comprendre ce que Shana m'a fait remarquer la veille, quand nous nous sommes retrouvés seuls après le départ de Stella : cette dernière, le long de la route entre Verdevent et Vermilava, n'a pas arrêté de nous observer comme si elle espère qu'il se produise quelque chose. Même si un peu de compagnie est en général bénéfique, cette ambiance me met mal à l'aise et j'ignore s'il en est de même pour Shana. Je ne trouve plus un seul moment pour lui parler seul à seul et si j'en trouve un, je suis sûr que Stella a trouvé une raison pour nous suivre ou nous trouver quel que soit l'endroit.

L'arène n'arbore aucune décoration. Il s'agit du seul bâtiment qui pourrait ne pas nous faire penser que nous sommes fin décembre. Mais il n'est pas temps de s'attarder sur des détails esthétiques. Nous rentrons dans l'arène sans trop attendre. Adriane, très ravie de voir un nouveau challenger la défier, ne cache pas son enthousiasme. Elle doit faire partie de ces champions survitaminés qui font difficilement la part des choses entre la réalité et l'imaginaire. Quoi qu'il en soit, la seule remarque qui soit mal passée est celle de Stella reprochant à mi-voix la surexcitation d'Adriane « qu'elle parait collante celle-là ! » devant nos regards interloqués. Stella et Shana installés dans les gradins, Adriane et moi sur le terrain, le combat à deux Pokémon contre deux est sur le point de démarrer.

« Chartor, c'est à toi !

― Xatu, en avant ! »

Avant mon départ pour Hoenn, j'avais longuement étudié la liste des champions de la région. En analysant le cas d'Adriane, je pensais déjà que la championne s'était diversifiée depuis quelques mois. Finalement, aucune surprise. A présent, la seule qui m'ait été faite est le match contre Ludivine. Je n'ai malheureusement pas de Pokémon de type eau sur moi mais vu le combat mené récemment avec Shana, Xatu est un élément parfaitement exploitable en matière de stratégie pour ce combat.

« Chartor, utilise Plaquage !

― Téléport ! »

Xatu évité ainsi l'attaque du Pokémon feu d'Adriane. Celui-ci est très désavantagé par sa masse, mais en profite pour enfumer le terrain avec son attaque Brouillard… sans compter les pouvoirs de mon Xatu. Même s'il ne bouge pas, il ressent la présence du Pokémon adverse au sein de la brume.

« Ténèbres ! »

Xatu lance son attaque sur sa droite. Un jet de flammes jaillit de l'obscurité et se fracasse contre l'attaque Ténèbres, provoquant une explosion qui à son tour accentue l'obscurité sur le terrain. C'est le moment choisi par moi et Adriane pour lancer simultanément les attaques Ball'Ombre et Ebullilave. Conséquence : une désorientation complète. Seule une autre explosion nous fait savoir que les deux attaques avaient touché leur cible. Mais Chartor et Xatu sont encore debout, malgré leurs blessures apparentes. Le duel s'annoncerait beaucoup plus violent, maintenant que chacun des deux Pokémon ont pris conscience de la force de l'autre. Il fallait en terminer au plus vite car la perte d'un Pokémon aurait pour conséquence un avantage certain pour l'adversaire. La supériorité numérique parait anodine pour qui compte sur la qualité avant la quantité, mais il s'agit d'un facteur qui cache plein de subtilités.

« Canicule !

― Vent Mauvais ! »

Deux attaques à nouveau très puissantes qui se heurtent. La bataille reprend de plus belle mais nos deux Pokémon, à présent à bout de force, ne vont pas tarder à tomber dans ces conditions. Même Adriane et moi commencions à transpirer dans la rage et la poussière du combat. Mais l'effort de chacun a finalement été récompensé : Xatu et Chartor se sont écroulés tous les deux, comme s'ils s'étaient accordés dans un ultime affront. Un certain soulagement dans les deux camps, qui laisse rapidement place à la tension qui monte d'un cran. Il ne nous reste plus qu'un seul Pokémon, mais je dispose l'avantage de pratiquement savoir quel Pokémon Adriane compte utiliser. Je n'ai donc pas eu de surprise lorsque j'ai vu Volcaropod sortir de sa Pokéball. Le choix se révèle un peu plus difficile en ce qui me concerne. J'aurais peut-être mieux fait de garder Xatu comme deuxième Pokémon. Noarfang et Corboss me sont moins utiles face à un Pokémon tel que Volcaropod, Mimigal et Zarbi l'étaient encore moins. Il me reste donc que Coudlangue. En fait, tout comme Adriane, je constate que j'ai été repoussé dans mes derniers retranchements. Le duel serait à la hauteur de celui qui vient de se produire et il met chacun de nous deux sur un pied d'égalité : sur le terrain se trouvent deux Pokémon à vitesse assez réduite et dont le type prédominant n'avait pas plus d'influence sur l'adversaire, dans un sens comme dans l'autre.

« Volcaropod, utilise Lance-Flamme ! »

Adriane ne se mouille pas et a aussi remarqué la lenteur de nos deux Pokémon. Elle compte utiliser les attaques portées à distance. Je me décide donc à rentrer dans le même jeu et de plus se défendre contre cette tactique adverse.

« Ligotage ! »

Pour contrer l'attaque Lance-Flamme lancée par Volcaropod et ayant atteint mon Coudlangue, celui-ci a immédiatement réagi pour emprisonner Volcaropod. Malheureusement, j'ai commis la gaffe de ne pas prendre en compte la consistance du corps du Pokémon feu : Volcaropod est un Pokémon essentiellement composé de lave, fondue ou solide. Il est donc normal que les liens immobilisant Volcaropod, en l'occurrence la langue de mon Pokémon, ne supportent absolument pas le contact du Pokémon, dont la température corporelle atteint les 10 000 degrés ! Comment commettre une erreur digne des grands débutants… Il y a maintenant de quoi être inquiet pour la suite des évènements. Coudlangue est gravement brûlé. La défaite est donc si proche ?

Mais cette lumière…Coudlangue brille d'un tel éclat… Que se passe-t-il ?

« Coudlangue, Régénération ! »

J'ai failli oublier cette attaque apprise par Coudlangue au tout début de notre voyage à Hoenn. Je la connaissais à peine, et tout comme l'attaque Mégafouet, je continuais à avoir d'énormes doutes sur sa fiabilité, étant donné que Coudlangue l'a peu souvent utilisée. Mais encore une fois, le pouvoir de cette attaque a bien les effets escomptés. Coudlangue n'a pas retrouvé sa vitalité d'avant-match mais il a perdu les blessures liées à la brûlure. Malgré la Régénération, ce fichu rattrapage nous a fait perdre un précieux temps mis à profit par Adriane pour infliger d'autres dégâts parallèles à Coudlangue, notamment grâce à l'attaque Jet-Pierres. Un sauvetage inattendu qui ne m'empêche pas d'être en large désavantage, à combler très rapidement. De plus, pratiquement toutes les attaques utilisées par Coudlangue entraîneraient un combat au corps-à-corps, donc des dégâts importants pour mon Pokémon. Rien ne pourrait atteindre la masse ardente qu'est Volcaropod. Rien…ou presque rien. Parfois, je me félicite d'utiliser tous types de Capsules Techniques (ou CT) pour apprendre un panel varié d'attaques de types différents à mes Pokémon. En l'occurrence, Coudlangue connait Danse Pluie.

« Attaque Danse Pluie ! »

Ce n'est pas vraiment un coup de génie qui m'est venu, mais les CT m'ont très souvent aidé lors de mes matchs. Les champions étant focalisés pratiquement sur un seul type, ils en oublient parfois les différentes autres attaques qu'un Pokémon donné peut avoir. Coudlangue est avant tout un Pokémon de type normal, on peut donc être facilement surpris de le voir utiliser une attaque qui n'est pas du tout du même genre, ici de type eau. De plus, l'idée d'utiliser Danse Pluie m'est venue du concours de Verdevent : Hinano avait utilisé l'attaque Danse Pluie de son Flagadoss pour plonger la totalité du terrain dans l'obscurité. Ici, la stratégie utilisée – volée, empruntée ? – serait d'une plus grande efficacité encore, et je m'en aperçois lorsque la pluie, atteignant le corps de Volcaropod, laisse échapper énormément de vapeur : le brouillard commence à faire son œuvre. De plus l'attaque a un double avantage dans ce cas : non seulement elle permet de créer l'obscurité mais également de frapper Volcaropod. Celui-ci, étant très sensible à la pluie, est considérablement affaibli.

Mais Adriane a très vite compris mon petit jeu car non contente de pouvoir utiliser une attaque offensive, elle ordonne à son Volcaropod de se protéger au maximum en projetant du sable de l'arène autour de lui. Il espérait ainsi pouvoir contrer une éventuelle attaque à distance provenant de mon Coudlangue, mais le mien n'avait plus qu'un seul objectif : foncer dans le tas.

« Ecrasement ! »

Coudlangue ne s'est pas fait prier et fonce à l'aveuglette afin de se protéger du sable propulsé, tout en sachant que sa cible ne le repérerait pas. Ainsi Volcaropod de pouvait rien faire et d'après le bruit sourd que je discerne à travers le brouillard, Coudlangue n'a pas manqué sa cible et l'a probablement touché en pleine coquille, point faible de Volcaropod. Un deuxième bruit sourd se fait entendre, témoignant que d'une seule chose : que Coudlangue a triomphé de Volcaropod. Le Pokémon feu gît à terre, un impact bien marqué sur la partie arrière de sa coquille. Tous témoins d'une nouvelle victoire et ainsi de l'obtention d'un nouveau badge.

« Houtarou, tu es décidément un grand dresseur. Je ne me suis absolument pas attendue à un tel coup que l'attaque Danse Pluie. Tu sais très bien manier les attaques de tes Pokémon !

― Merci ! »

Ce genre de commentaire bateau, je l'ai entendu plus d'une dizaine de fois. En plus des champions, de nombreux dresseurs m'ont dit le même genre de phrase, ce qui devient donc finalement très lassant. Ne laissant rien paraître, je rejoins Shana et Stella qui s'impatientent également de me féliciter.

« Bravo Houtarou, c'est bien joué.

― Merci Shana !

― Ouais tu mérites vraiment de voyager en si bonne compagnie !

― Heu, que veux-tu dire par là Stella ?

― Ben, vous avez déjà vécu de nombreuses expériences ensemble, toi et Shana, non ?

― Et ?

― Je pensais qu'une si bonne entente et qu'une si nombreuse série de victoires ne pouvaient être dues qu'à… »

J'avais peur de mal comprendre. Mais il ne m'a pas fallu longtemps pour être sûr que mes craintes étaient confirmées. Tout comme celles de Shana, j'ai l'impression.

« …ne pouvait être dues qu'à de l'amour ? »

Une énorme bouffée de chaleur traverse tout mon corps à l'instant même où Stella prononce le dernier mot de sa phrase. Volcaropod est-il de nouveau sur le terrain et ai-je reçu une attaque Lance-Flamme en pleine figure ? Non. Des images traversent mon esprit très rapidement… la tente, la bougie, le cauchemar que j'avais fait…

« Arrête de raconter des bêtises, Stella.

― Shana, c'est souvent ce qu'on dit quand on cache sessentiments ! »

Moi et Shana, en chœur :

« N'importe quoi ! »

Nous nous sommes regardés tous les deux. Si Shana n'avait pas un minimum de considération pour moi, je suis sûr qu'elle m'aurait découpé sur place.

« C'est mignon, vous répondez en même temps !

― URUSAI URUSAI URUSAI !... Houtarou, j'ai à te parler.

― Euh d'accord… »

Stella ne bouge plus d'un pouce, ne s'attendant pas à une telle réaction poussée de la part de Shana, qui elle m'entraîne dans un couloir désert du bâtiment situé devant le terrain.

« Tu as bien compris ce que je t'ai dit hier maintenant ? Tu vas m'expliquer pourquoi tu n'as pas réagi tout de suite à la phrase de Stella ? Tu hésites sur tes sentiments ? Tu…

― Shana, pas de conclusions hâtives. Je te rappelle que je n'ai jamais voyagé avec une fille et que déjà au départ une telle situation ne peut me provoquer qu'une étrange impression, alors comment veux-tu que je réagisse ? Que je lui gueule tout de suite dessus ? Je te rappelle que tu as des personnes chères qui t'attendent… pourquoi je devrais espérer te garder éternellement ici, grâce à de l'amour ou que sais-je ?

― Tu n'es pas si idiot que ça, on dirait. »

Elle continuait de me fixer longuement. Parfois j'ai peur de mettre en doute mes propres paroles. Shana se contente finalement de me conseiller d'arrêter de rougir ou de réagir anormalement, même si je n'ai jamais connu cette situation. Comme si de telles sensations étaient contrôlables.

« Alors, les amoureux, on complote tous seuls ? »

Feindre l'ignorance, que c'est magnifique. Mais dur à subir quand c'est la première fois que l'on me fait ce genre de remarque. Au moins, on sait ce que Stella avait comme idée derrière la tête : espérer nous voir en couple. Je n'ai jamais côtoyé de marieuses, mais je comprends désormais la gêne qu'éprouvent les personnes qui se retrouvent seules et n'échappant pas aux remarques désobligeantes qu'on peut leur faire. De retour au Centre Pokémon, je n'ai plus osé regarder Shana de peur que Stella ne cherche encore des témoignages de notre improbable amour.

« Au fait, je viens de le remarquer, mais nous sommes bientôt le jour de Noël, non ? »

J'avais perdu une certaine notion du temps, où plutôt je n'y prêtais plus attention, depuis notre arrivée dans la région. De plus, je n'avais pas l'habitude, voyageant seul, de faire gaffe aux fêtes qui arrivaient.

« Je vous propose de passer nos fêtes de Noël ici, si vous êtes d'accord ! »

Quelle belle complicité. Temporaire dans un certain cas ? En tout cas, au point d'esquiver la branche de gui que Stella s'apprête à suspendre au-dessus de nous.

Xatu récupère très rapidement de son match. Les lourds dégâts infligés à mon Pokémon psy la veille n'ont finalement pas altéré sa volonté de continuer à combattre et nous avons pu dès le début d'après-midi reprendre l'entraînement. Mes autres Pokémon ont retrouvé une motivation sans faille. Dans ces moments, je ne peux qu'éprouver de la fierté pour eux. C'est ainsi qu'au coucher du soleil nous retournons au Centre Pokémon, où je retrouve Shana. Stella ne semble pas perdre son temps en ville, où elle a décidé de flâner après sa pause au Centre Pokémon. Shana, elle, a fait sensation au Centre Pokémon, désert pour le moment alors qu'un monde fou l'emplissait juste avant le début de mon entraînement.

« Qui est-ce qui a été stressant cette fois-ci ?

― Stella.

― Encore elle ?

― OUI, ENCORE ELLE ! Si elle continue à faire des allusions débiles sur nous deux, je ne répondrai plus de mes actes !

― Calme, Shana, ignore, évite ses questions…

― Houtarou, garde tes conseils pour toi. Tu n'es pas impulsif comme moi. Surtout que c'était toi qui était le plus gêné face aux remarques de Stella ! »

Que voulez-vous répondre à ce genre de remarques ? Shana a raison sur la situation, j'essaie de garder mon calme, mais mon état actuel peut susciter la méfiance. Pourquoi étais-je gêné à ce moment ? Moi-même ne le sais pas. En cherchant des explications à ce moment de solitude, je trouve des hypothèses assez farfelues qui me donnent envie d'avoir honte. Rien qu'en solitaire, je n'ai jamais été capable de maîtriser la moindre de mes émotions, alors en présence d'autres personnes, surtout quand il s'agit de filles… Non, je ne me considère pas comme un coureur, mais la situation est sans précédent pour ne pas savoir quelle attitude adopter vis-à-vis d'elle. En plus, avec Shana, qui est déjà un cas unique « de l'autre monde » au départ, je me demande ce que ça donnerait avec quelqu'un d'ici… Ah, les filles… Evitant de développer mes pensées à Shana ou de les laisser paraître à travers l'expression de mon visage, je dévie la conversation pas assez subtilement, dirait-on, en voyant l'air soupçonneux de Shana. Nous préférons nous isoler chacun dans sa chambre après le repas et avant le retour de Stella, qui s'est probablement perdue en ville d'après la grande notion de l'orientation qu'elle nous a déjà fait admirer. En effet, retourner de l'arène jusqu'au Centre en une heure, alors qu'il se trouvait la rue à côté n'est pas la définition la plus pertinente que je me fais de l'orientation. Ce n'est finalement qu'un bruit sourd vers deux heures du matin qui nous indique que Stella a retrouvé son chemin. Une nuit sans encombre, ouf. Sauf que le lendemain matin, je ne me suis pas réveillé au doux et habituel son des cris d'une Shana qui me secoue dans tous les sens prête à partir à l'aventure, mais…calmement. Tout était paisible, et pourtant ma montre indique bel et bien dix heures du matin. Malgré la sérénité qui règne, le silence inhabituel me jette précipitamment hors de mon lit. Il faut que j'aille voir où se trouvent Shana et Stella. Les escaliers descendus en trombe, je constate qu'en réalité, les deux filles m'ont laissé dormir pendant qu'elles discutaient dans le hall du Centre Pokémon ! Si Shana commence à me délaisser pour « l'autre », où va-t-on !?

« Ah, Houtarou !

― Vous avez vu l'heure !? On est déjà censé être partis depuis deux heures !

― Stella m'a proposé de rester un jour de plus ici.

― Hein ? Mais on a autre chose à faire, Shana, et tu le sais mieux que quiconque !

― Tu es trop stressé mon vieux ! »

Les deux filles me dévisagent d'un air moqueur, comme éprises d'un esprit de vengeance. Mais je sais très bien que Stella, derrière ce coup, a réussi à persuader Shana, par je ne sais quel miracle, de rester un jour de plus. Mais d'un côté mon acolyte a raison : je stresse facilement ces derniers temps, ayant l'impression de prendre un retard considérable dans ma quête. L'idée n'est donc pas si mauvaise, même si je ne comprends toujours pas pourquoi Shana a su céder à la proposition de Stella, ni les motivations réelles de ce séjour prolongé. Afin de profiter un maximum de la journée, nous nous sommes séparés tous les trois pour bénéficier d'un maximum de bons moments à passer en ville. J'ai donc flâné en faisant le tour des différents quartiers de la ville, profitant un peu de la solitude que j'avais quittée depuis mon arrivée à Poivressel au début de l'automne. Au programme : flâneries et prises de photos dans tous les quartiers de la ville. Et je me rends compte finalement que j'ai véritablement subi une période de total stress que même les différentes compétitions auxquelles j'ai assisté ou participé n'ont pas réussi à apaiser. Mais comme toute période de relaxation et de bons moments, le temps passe à une vitesse inimaginable. Après avoir profité d'une pause déjeuner en ville, et ayant fait le tour de la cité sans retrouver ni Shana ni Stella, je me décide à aller profiter du dernier endroit digne de la ville : les sources chaudes. Ouvertes toute l'année, elles accueillent des visiteurs en permanence, venus de toute la région. L'hiver est encore plus propice à ce genre d'exotisme car les voyageurs engourdis par le froid s'amènent en plus grand nombre afin de trouver ces fameuses sources dans lesquelles ils pouvaient se relaxer.

Ce n'est sans doute pas l'heure de pointe mais beaucoup de monde a assailli les sources, même en cette période. Même si le sable bouillant me tend les bras et se révèle très tentant, J'opte finalement pour l'option sources et me glisse dans l'eau chaude qui provoque instantanément en moi un bonheur sans nom. Je n'ai plus vécu cette sensation depuis cette visite sur l'île 1 aux sources Braise, dans mon natal archipel des îles Sevii. On peut se vanter de pouvoir profiter de ces moments, car dès l'instant où je pénètre dans l'eau, tous les soucis me quittent et tout laisse place à un moment de bien-être parfait. Je peux m'endormir, oublier les soucis et tout le stress lié aux deux filles qui voyagent avec moi. Elles se promène chacune de son côté en ville et rien ne pourrait troubler ma tranquillité en cet endroit. J'observe paresseusement ce qu'il se passe autour de moi, mais le silence a pris place. Chacun se repose à sa façon. Inutile de se soucier de qui ou quoi que ce soit en ce moment : mon pur égoïsme est revenu à la surface le temps d'un roupillon, sans risque d'en payer le prix cette fois. Refermant les yeux, je me laisse à nouveau entraîner dans une félicité, comptant y rester des heures durant, sans me douter que j'ai ces dernières semaines vécu les aventures les plus éprouvantes de ma carrière de dresseur. Je me sens revenir à Poivressel, sur le navire, continuant sereinement mon aventure et ne pensant qu'aux futurs matchs de maître qui m'attendaient.

« MAIS QU'EST-CE QUE TU FAIS LA ?! »

Cette voix m'a arraché de ce pseudo-sommeil. Une opération chirurgicale lourde sans anesthésie n'aurait pas eu meilleur effet. Je l'entends derrière, mais je n'ai aucune, mais alors AUCUNE envie de me retourner. Contre ma paix intérieure de la minute précédente, il fallait à présent donner de nouvelles explications à Shana. Plusieurs regards se sont tournés dans ma direction, puis par-dessus mon épaule. Je ne peux que me résoudre à me retourner et à lui faire face. Un nouveau rêve, mais bien lucide, est en train de se réaliser. Ou non, même un rêve éveillé ! Une réalité que je voyais là, à laquelle j'aurais préféré échapper. Mais quel hasard m'avait amené à me reposer au même endroit que Shana qui ne demandait à ce que personne ne la voie, et surtout pas un de ses compagnons de voyage ? Heureusement que les sources, tellement chaudes, avaient déjà permis à mon visage de s'approcher de la couleur d'une écrevisse. Impossible de déceler chez moi une once d'embarras, et pourtant, bête et immobile, seule la tête hors de l'eau, je faisais face à une Shana furax ! Mauvaise idée de rester planté là : Shana m'a surprise et m'a pressé la tête dans l'eau, afin que je n'en… admire pas plus. Bien têtu, je me retourne à nouveau et me retrouve encore plus violemment sous l'eau. Mais comme je déteste parler sans regarder mes interlocuteurs, je me suis encore retourné. Voyant mon entêtement, Shana, abandonnant tout effort, me conspue et se contente de me lancer méprisant. Elle se contente de se plonger dans l'eau jusqu'au cou. Je continue à regarder bêtement et je fais finalement de même, ne sachant pas plus où me mettre. Malgré le moment de fureur passé, l'analyse de la situation n'en est pas moins compliquée. L'ambiance est plus ou moins revenue à la normale, bien que Shana continue de me lancer un regard colérique. Un flottement de quelques minutes d'une autre nature que le silence paisible d'avant parcourt l'ensemble des personnes qui se trouvaient là.

« Je peux savoir ce que tu fais là ?

― Je pourrais te poser exactement la même question !

― Oh, tu m'énerves ! »

Shana ne répond pas. Mais je sais très bien qu'elle n'a pas du tout apprécié que je la voie ici et surtout en-dehors de ses habits de voyage. Moi qui pensais que j'avais rencontré une fille qui n'a peur de rien, j'en découvre une qui a une peur quasi pathologique de se montrer, surtout face à ses amis. Même en étant le plus honnête du monde, je ne vois absolument pas où doit se trouver la honte ! Au fond de moi, j'ai un besoin urgent de lui dire ce que je pense, mais cela n'aurait fait qu'aggraver la situation. Quelle sensation horrible que d'être gêné dans ces situations, auxquelles on n'a rien pu faire et ne peut pas agir !

« Retourne-toi. »

Même aux trois quarts dans l'eau, Shana refuse que je la regarde. Histoire de ne pas mettre le feu aux poudres, je n'insiste finalement pas et me retourne, faisant face à une cascade bien plus apaisante à observer.

« Pourquoi as-tu honte ?

― Je n'ai pas honte.

― Si, on dirait que tu as peur que je t'observe !

― Ca ne te regarde pas, c'est tout. Tu as de la chance qu'il y ait du monde ici, sinon je ne me serais pas retenue… »

Il existe encore des moments où elle arrive à me faire peur. Dans le même temps, j'ai envie de la vénérer pour le calme qu'elle a gardé. Lors de notre rencontre à Poivressel, si la même situation était survenue, jamais elle n'aurait pu autant canaliser sa colère, ce qui constitue un beau signe de progrès. Continuant à fixer la cascade, je me fabrique le film de ce qu'il venait de se passer, comme si un élément m'avait échappé.

« Et bien, qu'est-ce qu'il se passe ici ? »

Le pire n'est en réalité pas du tout passé, et il faut que Stella ait aussi eu l'idée de faire. Sans le vouloir consciemment, je me suis à nouveau retrouvé debout et face à Shana et Stella cette fois-ci. Instinct de survie oblige.

« Oh, mais ce sont mes deux tourtereaux !

― C'est pas vrai…

― Salut, Stella.

― Un bain dans les sources chaudes, que c'est romantique ! Vous ne trouvez pas ?

― URUSAI !

― Oh, mais il ne faut pas s'énerver ma petite Shana, si vous préférez rester en tête à tête, je peux m'en aller !

― OUI, C'EST MIEUX EN EFFET !

― D'accord…ceci dit, et je m'adresse à toi Houtarou, tu as énormément de chance. J'aimerais tellement être à ta place ! Un si beau garçon !

― COMMENT CA ?! »

Cette dernière phrase a été prononcée simultanément par moi et Shana. Elle n'a cette fois-ci pas cherché à comprendre mais il ne fallait pas faire des études poussées pour comprendre où Stella souhaite en venir. Stella essaie de rendre jalouse Shana en me draguant. Le spectacle pourrait être amusant et digne des comédies les plus répandues (il l'est d'ailleurs pour Stella) s'il n'est pas aussi gênant pour moi et effarant pour Shana. Je me suis rapproché des deux filles alors que Stella s'en prenait cette fois-ci à la pauvre Shana en la taquinant. J'avais le sentiment désagréable de paraître de plus en plus idiot, bête spectateur de ce pitoyable spectacle, ce qui n'empêche en rien Stella de s'amuser toujours plus et Shana est complètement perdue. Ses remarques n'ont pas encore fait déborder le vase déjà bien rempli, mais la situation n'allait pas tarder à provoquer l'irréparable. Mon esprit est rempli d'envie de bousculer Stella et m'interposer entre elle et Shana, seul mon corps refusant de répondre. Mais comment Shana interprétera ce geste ? Elle pourrait croire que j'ai véritablement des sentiments pour elle, car je ne me soucie plus du fait qu'elle pourrait très bien se protéger seule.

« STOP ! »

Un simple petit mot s'est évadé de ma bouche. Shana et Stella, qui ne s'étaient plus souciées de moi durant un court instant, ont remarqué à nouveau ma présence. Shana en devient presque suppliante et je peux admirer à nouveau un court instant ses longs et soyeux cheveux noirs qui lui tombaient le long du corps. Je n'avais jamais autant fait attention à tous les petits détails qui composent la fille qui m'accompagne depuis plusieurs semaines. Peut-être y prêtais-je attention inconsciemment, ce qui expliquerait le rêve étrange que j'avais fait. Mais cela ne doit pas être important. Je prends peu à peu conscience que je fais depuis peu des actions que je ne maîtrise pas. Quelle est cette sensation étrange qui prend possession de moi ?

« Ne te mêle pas de ça, Houtarou.

― Au contraire, Shana, j'ai bien l'intention de m'en mêler.

― Reste en-dehors de cette affaire, veux-tu !

― Non.

― Oh, Houtarou qui prend défense de sa Shana, c'est mignon ! Mais dis, tu ne me préfères pas ? Tous les garçons se sont jetés à mes pieds lorsque je suis arrivé ici dans les sources, mais tu es sans doute celui qui me plait le plus.

― ARRÊTE ! »

Pourquoi est-ce que je deviens complètement fou à entendre cette fois-ci Shana qui prend ma défense ? Si la situation est en-dehors de tout contrôle à mes yeux, Stella se contente finalement de nous lancer un dernier sourire, avant de partir.

« Très bien mes chéris, je vous laisse, on se retrouve au Centre Pokémon ! A plus tard ! »

Elle nous laisse enfin en paix. Mais désireux de rentrer sans plus d'encombres, nous sommes laissons un intervalle de temps important entre notre départ et le sien. Sur le chemin qui nous mène au Centre Pokémon, Shana ne prononce plus une parole, ce qui n'est pas plus mal étant donné que je ne pas plus en état de parler après ce que je venais de vivre. Le moment de détente est de nouveau, sans mauvais jeu de mot, tombé à l'eau. Ce qui s'est déroulé sur un petit quart d'heure a paru des années ! A présent, il ne fallait guère prêter d'attention à ce qui s'est déroulé autour de moi, sans pour autant être en pleine relaxation comme dans les sources. Le chemin qui nous sépare du Centre est très court. La nuit tombe déjà j'ai après tout passé l'après-midi quasi complète aux sources. La période de relaxation devait être bien longue. Nous retrouvons finalement Stella qui s'apprête déjà à manger, et qui nous a accueilli à bras ouverts. Shana ne dit toujours rien.

« Alors, qu'est-ce que vous avez fait après que je sois partie ?

― Heu… Stella, tu peux venir un instant ? »

J'emmène Stella dans une pièce adjacente. Elle se laisse entraîner mais ce qu'elle peut penser n'a plus d'importance pour moi. Je n'ai qu'une chose en tête : lui expliquer la situation.

« A propos de ce qu'il s'est passé cet après-midi.

― Il s'est passé quoi cet après-midi ?

― Stella, je parle de tes remarques sur Shana et moi !

― Ah ça ? Qu'est-ce qu'il y a avec ?

― Il se passe que Shana et moi avons mal vécu ce qui s'est déroulé.

― Pourquoi ?

― C'est assez compliqué, mais je ne sais pas si jouer les marieuses est une excellente idée.

― Mais c'est que je vous vois très bien ensemble, c'est si attachant ! D'ailleurs tu as bien avoir le béguin pour elle, non ?

― Ce n'est pas la question ! »

Mince. J'aurais mieux fait de répondre par un « non » catégorique.

« Tu peux au moins me faire cette confidence !

― Bon. Stella, promet-moi de ne rien dire sur cette affaire. »

Mince. J'ai craqué. D'une autre manière, c'est un peu ma manière d'avouer que je n'ai pas agi d'une manière indifférente envers Shana. Mais que pourrais-je dire en même temps ? Rien. Cela ne regarde que moi-même. Je coupe finalement court à cette très courte discussion et nous retrouvons Shana qui avait déjà terminé son pain-melon sans nous attendre, pas plus bavarde le reste de la soirée. Nous décidons finalement de nous coucher tôt pour reprendre la route le lendemain, à l'aurore. Alors que Stella loge dans une autre aile du Centre, Shana et moi sommes montés dans nos chambres adjacentes. Mais quelque chose me perturbe dans la situation actuelle. J'ai donc fait mine de rentrer dans ma chambre mais au moment où Shana referme la porte, je reviens sur mes pas et prend le risque – qui est devenu un vice chez moi –de coller à nouveau mon oreille contre la serrure.

Pas de surprise, je m'y suis attendu. J'entends à nouveau des pleurs. Encore plus arrachant que la dernière fois.


J'EN AI MARRE ! Pourquoi faut-il que je subisse tout ça ? Stella n'arrête pas de m'harceler et Houtarou ne fait rien pour l'empêcher de continuer ! A croire qu'il m'aime véritablement !

Il est attachant, sincère, mais…il ne comprend pas ce que j'éprouve ! Si seulement je n'avais pas accepté cette journée de repos, je n'en serais pas là ! Pour une fois que j'ai voulu faire plaisir, voilà ce que cela me rapporte !

J'en ai marre de cette véritable torture psychologique, je veux…te revoir, Yuji ! Ce monde ne m'a apporté que des souffrances, même si je ne le montre pas ! J'en ai marre, marre d'attendre ici, à ne rien faire !


La pendule indique une heure du matin. J'ignore encore les intentions de Shana, mais lorsqu'elle m'a désigné mon sac, j'ai compris que le départ devait absolument être avancé de quelques heures. Shana ne me regarde plus directement, ou peut-être n'ose plus. Pourtant, j'ai pris conscience de ce qu'elle subit, à un tel point qu'elle ne sait pas qu'elle a été à nouveau espionnée. Je n'éprouve aucune honte à l'avoir fait. Je n'ai plus honte de grand-chose à présent. J'ai eu ma dose pour un certain temps.

Le Centre Pokémon est plongé dans le silence et l'obscurité la plus totale. Tout le monde dort, et personne ne verrait les deux jeunes gens qui s'évadent, partis comme des voleurs, à la recherche d'un avenir plus prospère, sans craintes, sans railleries. Je ne peux, une fois à l'extérieur, m'empêcher d'émettre ce petit rire en pensant à la tête que ferait Stella le lendemain en constatant la disparition de ce qu'elle appelle ses tourtereaux.