Chapitre 19 – Saveurs aquatiques et psychiques
Juan dispose, malgré sa spécialisation dans les Pokémon de type eau, d'un large éventail de Pokémon aptes à faire face à une infinité de situations. La majorité des dresseurs que j'ai rencontrés disposant de plusieurs types de Pokémon m'ont posé beaucoup moins de difficultés. De ses cinq Pokémon, je n'ai réussi à vaincre que Milobellus. Certes, il s'agit du plus puissant de l'équipe du champion, du plus réputé mais la victoire face à celui qu'on appelle « Pokémon tendre » m'a toutefois coûté la mise au tapis de Corboss, Noarfang et de Coudlangue : j'ai perdu ce dernier après avoir mis au tapis le Pokémon de Juan. Je reste donc en désavantage numérique face au champion. Mon dégoût des dresseurs surexcités au combat ne m'empêche pas d'être déstabilisé par le calme très prononcé de Juan. Seuls les traits de son visage me permettent de lui attribuer une vague expression de son sentiment du moment.
Xatu reste le seul Pokémon fiable pour ce match que je possède. Il n'est pas question de manquer de considération pour Zarbi ou Ramoloss, mais je ne les ai jamais testés en combat intensif, et encore moins en milieu aquatique, bien que Ramoloss pourrait encore rapidement maîtriser le milieu. Zarbi m'est d'une précieuse aide uniquement si l'attaque Puissance Cachée est au moins efficace contre le type du Pokémon adverse. Il n'est donc question que de hasard… Depuis la défaite de Cimetronelle, je ne compte plus sur la chance. Une improvisation dans mon organisation que Shana m'a souvent reprochée… J'ai été nourri, toutes histoires en rapport avec Shana exclues, d'une chance exceptionnelle dans la vie quotidienne, ce qui a pourtant été peu ressenti depuis que je l'ai rencontré. Tout est question de point de vue. A présent, je dois choisir Xatu. Ramoloss aurait pu me servir, mais je n'ai pas encore pris vraiment conscience de son potentiel… Dois-je considérer que j'ai de la chance si j'ai, jusqu'à présent, réussi à vaincre six champions avec quatre Pokémon uniquement – si on excepte Mimigal que je n'ai plus – ? Cela pourrait simplement tenir d'une bonne performance, avec l'équipe peu variée que je possède.
« Xatu, à l'attaque ! »
Juan lui aussi devait choisir un Pokémon, ayant perdu Milobellus.
« Poissoroy, entre en scène et montre que ton élégance est capable d'égaler celle de mon cher Milobellus. »
Chaque champion, au même titre que les coordinateurs, a une personnalité bien particulière pour faire rentrer un Pokémon sur le terrain, mais je dois avouer que celle de Juan me fait énormément penser, à celle d'une vieille connaissance qui domine la scène des concours. Ce n'est d'ailleurs pas pour rien que l'on considère Juan comme un véritable artiste des Pokémon. Même durant notre combat, j'ai pu apprécier la manière dont Juan fait mouvoir, agir ses Pokémon sur le terrain. Je suis sûr que Shana, devenue inconditionnelle des concours, aurait apprécié ce spectacle.
« Poissoroy, montre donc la beauté de ton attaque Cascade.
― Xatu, ne te laisse pas avoir ! Psyko ! »
L'avantage du Pokémon psy est son anticipation sans égale. Le mouvement physique est en général, à quelques exceptions près, trop lent pour contrer une attaque psychique, ce qui est le cas ici. Poissoroy constitue une proie plutôt facile, puisqu'il ne m'a fallu au final qu'une attaque Ball'Ombre pour le terminer. J'aurais pu lier cette victoire à un simple coup de chance, si le même scénario ne s'était pas reproduit avec Phlogeur, qui à la suite d'une combinaison Psyko-Ball'Ombre, s'effondre comme son prédécesseur. L'espoir est de nouveau permis, sans qu'il soit signe d'une victoire à portée de main. Mais le sentiment est toujours agréable. L'égalité revient. Xatu a été d'une grande utilité, indispensable durant ce combat. En ce qui concerne Juan, je perçois un mince repli des lèvres qui laisse présager un certain agacement de sa part.
Barbicha pénètre sur le terrain. Le scénario qui s'est produit avec Poissoroy et Phlogeur n'a pas fonctionné. Xatu a pu lancer son attaque Psyko, sauf que l'attaque de Barbicha, c'est-à-dire Ultralaser, n'est pas une attaque à proprement parler physique : alors que le Pokémon a bien été immobilisé, le rayon a lui poursuivi sa route en direction de sa cible, c'est-à-dire Xatu. Heureusement, sans que je n'émette le moindre ordre, l'oiseau a le bon réflexe de se téléporter à l'autre bout du terrain : le semi-échec de son attaque ne l'a pas surpris. Hormis le fait que le rayon ait frôlé et sifflé dans mon oreille droite, tout va bien. Barbicha se défait de l'attaque Psyko. Pour le coup et à mon tour, je n'ai pas été assez rapide pour évaluer correctement la situation, ce qui n'a que peu de conséquences. Psyko est devenu une attaque prévisible aux yeux de Juan. J'en suis quitte pour utiliser une attaque du même genre… et si je tente Onde Folie ?
L'attaque fait mouche, mais il s'agit de pousser l'idée plus loin avec Ball'Ombre. Juan a évidemment connaissance de la stratégie, mais l'Onde Folie empêche Barbicha de mener toute action cohérente. Les chances que l'attaque de Xatu atteigne son objectif ont été accrues, sans toutefois mettre K.O le Pokémon de Juan, qui a été tout de même salement atteint. Mais toute chose à une fin, puisque son état de confusion s'atténue, ce qui le rend prêt à attaquer, en toute conscience de la situation. Juan assimile ma stratégie à l'utilisation de la répétition et donc à de l'usure il se concentre sur la manière de déjouer mon système de combat. Lorsque je m'aperçois que Xatu n'est plus en mesure d'utiliser ses attaques psychiques, ayant essayé Psyko, Prescience et Œil Miracle à la suite, je prends conscience que l'Amnésie de Barbicha a eu en plus de son effet habituel, créé une sorte de barrière psychique entre les deux Pokémon. Conséquence, le match se tourne obligatoirement vers un combat physique, au corps-à-corps, ce à quoi mon Pokémon n'est que peu préparé… si je n'avais pas une certaine maîtrise des CT. L'utilisation de certaines attaques tout aussi rapides que les psychiques me permet un certain bénéfice de la surprise, combiné à la rare utilisation des Capsules Techniques. L'attaque Aéropiqué en reste un exemple flagrant, ayant pris de très court Barbicha qui n'a pas su riposter à temps. Juan lui-même n'a pas suivi la trajectoire de Xatu.
Un Pokémon en moins.
Un seul à affronter.
« Lovdisc, j'espère que le pouvoir charmeur que tu renfermes saura faire déchanter notre cher adversaire. Entre en scène. »
Sous ces délicats mots, le Pokémon symbole de l'amour entre en scène. Quasiment en même temps, Shana est apparue dans les gradins.
MAIS !
D'où sort-elle ? Le concours est déjà fini ?
Trop de hasard tue le plaisir des coïncidences. Mon centre d'attention a radicalement changé de position. Changement qui s'avère être une grave erreur, puisque Lovdisc profite de mon inattention pour utiliser son attaque Attraction sur Xatu. Ce dernier est un Pokémon mâle, Lovdisc visiblement femelle. L'affrontement se complique. A partir de là, je ne peux qu'assister, impuissant, aux blessures infligées à Xatu par les Béliers et autres Pistolet à O de Lovdisc. Il aura fallu dix secondes, puis vingt, puis trente, jusqu'à une minute et de nombreux dégâts pour que Xatu reprenne ses esprits. Shana, à peine arrivée, contemple la scène d'un regard désapprobateur, sans avoir conscience du résultat actuel. Bien sûr, il a fallu qu'elle arrive au moment où je commence à faiblir…
Ah.
Mon cerveau ne répond pas aussi bien que d'habitude. Le déclic vient de survenir. J'ai juste à espérer que l'occasion rêvée se présente.
« Doux Baiser. »
Je n'ai pas prononcé un seul mot pour ordonner à Xatu de parer l'attaque de Lovdisc. Au contraire, il doit être touché de plein fouet. Si je ne m'étais pas intéressé à la venue prématurée de Shana, l'idée me serait sans doute venue immédiatement. Juan semble surpris par mon absence de réaction, mais le résultat escompté arrive. A présent, il n'y a plus qu'à utiliser Echange Psy, ce que Xatu parvient, au bout de multiples efforts, à réaliser. Il n'y a plus qu'à croiser les doigts pour que l'attaque ne soit pas sans effet sur la confusion. Inutile de prier très longtemps, puisque mes espérances atteignent leur but, constat émis en voyant Lovdisc vaciller. Xatu, même confus, ne donne aucun signe extérieur de son handicap. Ici, Lovdisc me donne un très bon témoignage du renversement de situation qui s'opère.
« Xatu, tu sais ce qu'il te reste à faire. Psyko, puis Ball'Ombre. On ne change pas une méthode qui gagne ! »
Etant donné le coup de théâtre qui s'opère au grand dam de Juan, la répétitivité de ma stratégie se glisse discrètement, pour payer encore et une dernière fois. Lovdisc n'est pas le Pokémon réputé le plus dangereux de Juan, et si la majorité de ses Pokémon se sont écroulés de la même manière en une seule fois, il est logique que le même scénario se reproduise. Lovdisc effectue un dernier plongeon dans l'eau, dans une tentative ultiime de faire valoir sa qualité de « Pokémon grâcieux », avant d'apparaître à la surface, incapable d'effectuer une quelconque action. L'arbitre, à la vue de la scène, lève le drapeau vert qui me symbolise et prononce les paroles conventionnelles qui font de moi le vainqueur du combat.
Et de sept…
« Charmant combat, mon cher Houtarou. Je dois avouer que je me suis bien laissé entraîner par ton petit jeu. Peu de dresseurs sont parvenus à me vaincre en utilisant de la même tactique tout au long du combat. Je ne conteste pas la tienne, tu as su très bien user de ce manque d'originalité que tu as tourné à ton profit. Au fond, utiliser ton manque d'originalité, c'est une originalité en soi… je te tire mon chapeau. »
Des compliments toujours très sembables mais qui me vont toujours au cœur. Je dois admettre que ceux apportés par Juan me font plus ou moins plaisir, car il est vrai que mon équipe restreinte me laisse une marge de manœuvre assez limitée. Avoir tourné mes limites à mon avantage… Je suis particulièrement fier de ce match, réalisé sans l'aide de ma compère. Ce constat effectué, je me pose la question : ne serait-il pas temps d'utiliser d'autres Pokémon ? Capturer d'autres Pokémon ne serait pas excessif, histoire de diversifier mon équipe. Un Pokémon feu ou plante me ferait bien plaisir. La situation actuelle risque tout de même de me poser un nombre conséquent de problèmes pour le tournoi d'Eternara.
« Par ailleurs, je propose, Houtarou, que nous allions saluer la seule spectatrice de notre affrontement. Elle a dû apprécier à sa hauteur un tel spectacle de notre part. »
Pourtant, Shana n'a vu qu'une infime partie du match… A-t-elle su véritablement apprécier, elle qui n'est pas friande de ce genre de matchs ? Juan montre une fois de plus sa facette trop visible de cette personnalité galante, qui témoigne d'une éducation dans les « hauts rangs » de la société. Il a même tenu à faire le baisemain à Shana.
Hum.
« Bien le bonjour en ces lieux chère mademoiselle ! »
L'air très étonné de Shana face à ces paroles bien prononcées de Juan ont failli me faire pouffer de rire. Elle ne doit pas être habituée à côtoyer ce genre de personnes dans la vie courante.
« Comment avez-vous apprécié cet affrontement ? Ne s'agissait-il pas d'un mélange de toute beauté, constitué de douces saveurs de stratégie et de courage ? »
Et c'est là que je remarque que Shana prend un ton écarlate, proche de celui que je viens d'acquérir. Nous nous retenons tous les deux, à un degré inimaginable. Finalement, Shana a su se maîtriser et à répondre de manière tout à fait sérieuse à Juan.
« Euh oui, le match était très bien. Houtarou a bien joué, mais ça, je ne m'en doutais pas. Il a toujours été comme ça ».
Même si elle a été honnête, il est clair qu'elle veut en finir le plus vite possible. Juan, même sans son « Dom », garde son élégance à faire rougir de nombreuses filles. Shana doit être la seule à être devenue cramoisie par amusement. Toujours est-il qu'elle a tente tant bien que mal d'écourter au mieux possible la discussion qui s'engage car elle sent, tout comme moi, que Juan est capable de partir dans un monologue interminable. Un seul moyen : couper court à cette conversation. Et Zou, mon badge. Shana s'éclipse de l'arène aussi vite qu'elle le peut. J'en suis venu à croire qu'elle a à nouveau quelque chose d'important à me dire. Mais non, pas d'évènement exceptionnel, d'éventuel indice sur notre avancée, nada. En réalité, quelques rencontres au concours qu'elle n'a pas suivi en entier. Elle m'a parlé de Denji, puis de Stella… qu'elle confirme ne toujours pas supporter, même si elle l'a bien fait rire quand elles se sont croisées à proximité des loges. Je ne comprends pas bien pourquoi tant de dédain, même si j'avoue ne pas tellement apprécier Stella, tout comme Shana…
Il est temps de quitter Atalanopolis, nous n'avons plus d'affaire à traiter. Je ne sais pas pourquoi, mais je m'y sens mal à l'aise. Les espaces urbains me procurent décidément moins de bien-être qu'autrefois… Une immersion aussi profonde dans le monde des concours, qui ne me passionnent vraiment pas au départ, ne doit pas être inconnue, tout comme les rencontres jamais impossibles avec des personnes telles que Stella ou Denji. Rencontrent que je préfère éviter pour l'instant, vu que leur nez est trop long pour ne pas se promener par chez nous. Je n'ai pour le moment aucune envie de me lancer dans des explications fastidieuses en ce moment, encore moins en leur compagnie. J'ai de plus en plus le sentiment que je dois en finir et m'éloigner de l'univers des concours… il m'est néfaste tout comme il l'est à Shana. Enfin, je le pense…
« Houtarou.
― Oui ? »
Aurait-elle autre chose à m'avouer concernant le concours ? J'espère, car j'ai l'impression d'avoir tout de même raté énormément de choses lorsque Shana a assisté à la compétition. Je suis sûr qu'il s'est passé quelque chose avec Stella ou Denji, voire avec les deux. Et c'est Denji qui va surement pouvoir me donner la clé. Le voilà, au Centre Pokémon.
« Hé mais je vous connais ! »
Cette aventure est faite pour durer.
Une surprise que de tomber sur Denji au moment où je songe à tous les soucis qui auraient pu être évités si Shana n'avait pas posé l'œil sur l'annonce du concours de Poivressel. Le jeune homme n'a pas tellement soigné son apparence depuis notre dernière rencontre, qui remonte à nos débuts dans la ville portuaire. Le concours auquel s'était intéressé Shana a été le lieu de notre première rencontre. Les nouvelles ont toutefois été régulières, surtout par l'intermédiaire de Shana, qui a eu un faible pour le Teddiursa que possède le coordinateur. Du moins, jusqu'au concours d'Atalanopolis, qui semble avoir suscité chez mon acolyte quelques réticences vis-à-vis du monde des coordinateurs. Il est difficile pour moi de ne pas rajouter quelques pics à ce sujet, associant cette diminution d'intérêt à une possibilité de gagner énormément de temps sur notre voyage. Nous n'aurions jamais rencontré des personnes comme Stella. Mais Denji n'ayant eu aucun différend avec moi et aucune confrontation directe avec Shana, le revoir en ces lieux est perçu avec une petite pointe de plaisir, comme si de vieux amis s'étaient retrouvés par la force des choses, après de longues années de silence radio.
Ses traits n'ont d'ailleurs pas du tout changé depuis notre entrevue à Poivressel, autant par son apparence physique que par les quelques bribes de personnalité que je lui connais. Son apparence robuste n'a pas d'égal que sa tenue vestimentaire qui, pour souvenir, est la même qu'il y a bientôt cinq mois, mais surtout, à des années-lumière de ce que Juan arborait, au même titre que Tamaki. Denji, lui, nous aborde de la manière la plus conventionnelle qui soit, de la manière de n'importe quel dresseur, un peu comme s'il nous avait oublié, ce qui ne m'étonnerait pas. Nous nous sommes rencontrés une seule fois, rapidement, bien que le contexte ait été particulier. Mais non, Denji nous reconnaît bien. Ou du moins remet dans son esprit la petite nerveuse qu'a été Shana alors. A moins que la récente triste célébrité de celle-ci soit parvenue jusqu'aux oreilles du coordinateur ? Cette deuxième option semble devoir être écartée puisque ce dernier fait totalement abstraction de cet ancien statut de Shana. Il doit juste trouver amusant de revoir Shana en ces lieux.
« Mais oui, vous êtes des connaissances à Stella ! Elle m'a déjà parlé nombre de fois de vous ! Toi, la fille, tu t'appelles Shana, et toi, tu es Damien !
― Houtarou.
― Oui, voilà, Houtarou ou Damien, je ne me suis pas tellement trompé …enfin bref, je suis heureux de vous revoir. De ce que j'ai entendu çà et là, il parait vous en avez vécu des choses, je me trompe ?
― On peut le dire. »
Je ne reprocherai pas, ou peu, la curiosité de Denji, qui a sans doute tout appris par l'intermédiaire de ce pot de colle qui s'est tellement intéressé à nous. Il n'empêche que je n'aime pas la manière dont moi et Shana devenons une sorte d'attraction, de phénomènes de foire. Mais même si Denji n'a pas suscité d'impatience ou de volonté d'en savoir plus, j'ai laissé par ma dernière phrase échapper une pointe d'agacement. Il s'est avéré qu'au final j'ai peut-être eu un jugement trop rapide, Denji s'étant borné à passer rapidement sur le sujet et à glisser sur un autre thème de conversation, qui lui est propre. Difficile d'échapper aux concours. Lui-même conscience qu'il risque de nous en parler durant un bon petit moment, Denji nous invite à nous asseoir, démarrant une véritable biographie. Bien qu'il me soit au premier abord sympathique, je ne l'écoute que d'une oreille distraite, Shana l'air plus attentive malgré ses derniers déboires. Du moins, c'est ce qu'il me semblait au départ. Puis, d'un regard plus critique, je juge son expression : elle écoute bien Denji, mais pas avec le même enthousiasme apparent. La discussion a fini par dériver sur la région natale de Denji, Sinnoh. Il a souvent été fait mention de lieux dont j'ai entendu vaguement parler au cours de mes voyages et lectures. Seul le Mont Couronné m'évoque des souvenirs gravés dans ma mémoire. Au même titre que le Mont Argenté, le Mont Braise ou le Mont Chimnée, le Mont Couronné renferme des mythes en tout genres. La conversation tourne à des sujets qui rentrent dans mes thématiques de prédilection. L'intérêt de Denji sur le sujet m'a permis d'avoir un peu plus d'attention et d'empathie pour lui. Là encore, discuter de mythes échauffe mon esprit, rompu à faire face à de trop nombreuses interrogations, sur ce qui arrive depuis des mois au duo que nous formons, moi et Shana. Toutefois, tout au long de la discussion, Denji ne fait aucune mention de ce qui se passe entre nous ou même au sein de notre aventure.
Mais, si lui ne touche pas un mot à ce sujet…
« Dis-moi Denji, toi qui a l'air si attiré par cet univers des légendes, tu pourrais m'être utile. Serais-tu capable de me dire si tu connais des histoires en relation avec les Chutes Tohjo ? Des légendes, je veux dire…
― Euh oui, bien sûr. Est-ce indiscret si je te demande pourquoi ?
― Ca n'a aucune importance… raconte-moi un peu. »
Un regard en diagonale m'a permis de voir que Shana gagne un cran d'intérêt pour la discussion. Sa passion pour les concours s'est plus qu'atténuée.
« Euh, que pourrais-je vous dire dessus. Vous connaissez au moins leur situation et les généralités aux sujets de ces chutes ? Oui ? Bien. Pour tout vous avouer, je ne connais pas beaucoup de choses dessus. Peut-être avez-vous entendu, il y a… trois mois de cela, il me semble, le décès d'un célèbre explorateur. Enfin bref, cet explorateur, assez âgé, avait effectué nombre de recherches dans les Chutes Tohjo et dans leurs alentours.
― Je connais très bien, oui.
― Tu as donc sans doute entendu cette histoire et la relation qu'il entretenait avec son petit-fils… ?
― Euh oui, plus ou moins.
― Des rumeurs courent. Il aurait inventé plein de fausses histoires au sujet de son grand-père. Les experts ont pour le moment à peine certifié que le gars avait effectivement découvert un objet dans la grotte sans pouvoir toutefois le conserver.
― Et cet objet était…
― Rien du tout. Un reportage d'investigation a été diffusé il n'y a pas longtemps à la télévision et a démontré par a + b + c que le petit rejeton avait divulgué à plusieurs personnes qu'il s'agissait d'un prétendu médaillon ou je ne sais quoi. En réalité, la véritable nature du dit objet n'a jamais été prouvée. L'explorateur est décédé, son petit-fils est, paraît-il, devenu amnésique. Une histoire qui tient à peine debout. Mais visiblement, pour quelqu'un qui pose des questions, tu m'as l'air bien au courant, vu que tu m'as affirmé à chaque fois reprise ce qu'il en était… Peut-être voulais-tu savoir autre chose ?
― Euh non, ça ira, merci.
― Je t'en prie. Compte sur moi si tu as besoin d'en savoir plus à ce sujet. »
Je n'ai pas pensé à recueillir les impressions à chaud de Shana durant cette conversation pour le moins affolante. Mais je pense que son expression sidérée au moment où je tourne la tête devait être présente depuis le « rien du tout » de Denji. Dans tous les cas, il n'y a plus rien à comprendre. Sans que le coordinateur, que j'ai immiscé dans le sujet en-dehors de toute volonté, n'ait provoqué la situation, l'ambiance a gagné en tension. Mes craintes au sujet du bien-fondé des indices de Simon trouvent leur fondement. Du moins, les rumeurs qui continuent de circuler, en dépit des mensonges proférées par le Ranger, confortent la piste sur laquelle nous devons évoluer. On ne sait pas exactement ce que l'on cherche, certes, mais nous savons où. Il reste surtout à savoir comment. Un nouveau travail de réflexion s'impose, bien que... il me reste à obtenir ce dernier badge, ce fichu badge. Celui que je suis censé avoir obtenu il y a quelques temps à Clémenti-Ville. Le sort en a décidé autrement à partir du moment où nous sommes revenus à Lavandia, cette fameuse ville qui a été le théâtre de beaucoup de nos (més)aventures. C'est d'ailleurs l'une d'entre elles qui m'a contraint de me détourner de l'objectif de Clémenti-Ville. Ah, si j'avais su, je me serais immédiatement dirigé vers cette arène, sans me poser de questions. Bien que la plus grande évolution dans la maîtrise de mes Pokémon se soit réalisée à Hoenn, je pense avoir possédé un niveau déjà assez élevé lorsque j'ai débarqué dans la région.
Il me reste à trouver une dernière arène où exercer mes Pokémon avant la compétition d'Eternara. Nombre d'arènes sont habilitées à donner des badges dans la région, mais rien ne me ferait plus plaisir d'en trouver une à un niveau proche de celui de mon équipe. Je me demande d'ailleurs pourquoi j'y réfléchis si soudainement et de manière si intensive, alors qu'il y a actuellement d'autres problèmes d'envergure qui intéressent sans doute beaucoup plus mes compagnons. Du moins Shana. Denji, j'en doute, sauf s'il s'aperçoit du malaise qui s'est installé à notre table et que nous essayons tant bien que mal de dissimuler. Mais visiblement, le silence qui pèse ne semble pas le déranger et il observe depuis la fenêtre les gens se promener dans la rue soit pour profiter de l'attrait touristique d'Atalanopolis, soit pour flâner paresseusement dans les rues étroites et sinueuses de la vieille ville, connue pour être l'une des premières cités antiques à avoir été bâtie dans la région, et ce malgré son site ne disposant pas de la meilleure situation. Sa forteresse naturelle en pierre n'y est sans doute pas inconnue. En tout cas, Denji a l'art de transformer un moment houleux en un moment de repos. Le temps d'une minutes, nous sommes devenus trois amis cherchant à profiter de vacances bien méritées dans un coin de paradis loin de la barbarie d'un monde de plus en plus pressé et oppressant.
Le coordinateur n'a perçu aucune pointe d'abattement de ma part. J'ai pourtant essayé de lui montrer que le moment n'est plus venu de rire ou de nous relaxer. Il n'a pas perçu mon amertume à travers la réponse cinglante que je lui ai lancée. Je ne prends pas Denji pour un idiot, mais tout de même, s'il ne pas s'aperçoit pas dans notre conversation que quelque chose cloche, c'est que lui-même à l'esprit occupé ailleurs. Denji replonge son regard sur les passants. Je fais de même, ayant du coup Shana dans mon champ de vision. Elle reste tout aussi préoccupée, bien que je me sois attendu au final à bien pire de sa part. La connaissant maintenant par cœur, je suis sûr que si nous avions appris des nouvelles de cet acabit au début de notre aventure, Shana aurait éclaté en sanglots. Son indifférence entre dans un contraste parfait, bien que quelque chose l'ait troublé. Peut-être prend-elle, tout comme moi, conscience que les paroles prononcées par Denji doivent être interprétées, nuancées à un juste niveau. Le silence qui pèse dans le groupe permet à l'atmosphère de se détendre progressivement. Denji, dans un grand calme s'opposant à l'impression que l'on pourrait avoir de lui lorsqu'on le rencontre pour la première fois, pose alternativement son regard sur Shana, puis moi. Puis à nouveau Shana. Il semble vouloir nous dire quelque chose, hésite quelques secondes et s'adresse finalement à la jeune fille.
« Si je vous ai tant fait plaisir, j'aimerais vous demander quelque chose en retour de mes quelques informations. Toi, Shana, je me souviens que tu appréciais énormément mon Teddiursa, c'est exact ?
― Euh, oui.
― Que penserais-tu si je te proposais de l'échanger ?
― Pardon ? »
Bien que Shana soit stupéfiée et prise de court par la proposition que vient de lui faire Denji, j'ai manqué de tomber à la renverse et ai prononcé cette dernière exclamation. Le jeune homme ne semble pas avoir compris la portée de son offre. Il m'arrive de croire qu'aucune de ses expressions n'arrive à transparaître.
« Mais Shana n'est pas une...
― Je m'en fiche de ce qu'elle est ou de ce qu'elle fait. En matière de curiosité, je ne suis pas un adepte, contrairement à cette tarée de Stella. Shana a pu le remarquer lors de la compétition. Je m'adresse à toi Houtarou. C'est toi qui peux m'aider. Si je te fais cette demande, ce n'est pas sans raison. Avec Stella, nous avions eu une petite discussion, que ta chère amie a pu surprendre, sur notre manière de gérer nos Pokémon lors des concours. Suite à cette conversation, j'en suis arrivé à la conclusion d'explorer d'autres techniques que l'apitoiement ou l'émerveillement des spectateurs par l'utilisation de mon Teddiursa, par exemple. Il est temps d'impressionner les autres, et surtout cette pimbêche, en utilisant un autre style que celui que l'on me connait depuis trop longtemps. La subtilité et la sobriété dans l'aptitude de mes Pokémon m'attend. Tu comprends ma demande maintenant ? Si vous aviez un peu farfouillé, vous auriez compris qu'on ne m'approche pas aussi facilement. J'ai une sale réputation d'asocial qui me colle à la peau. Pourtant, vous aurez remarqué que je discute sans problèmes avec vous. Vous comprenez maintenant pourquoi ? Je concède que mon physique de grand dadet ne m'est pas d'une grande aide, mais cela reste accessoire. Houtarou, si tu es d'accord, dis-moi ce que tu as à proposer. »
Je crois que j'ai trouvé une solution à mon problème d'équipe. Teddiursa n'est pas le Pokémon de type feu ou plante que je recherche mais il peut être un intéressant facteur « piège » lors de mon prochain match d'arène, et qui sait, très bientôt à la Ligue, à Eternara. L'offre tombe à point. Mais, qui dit échange, dit Pokémon à donner. La réflexion se porte surtout sur le Pokémon que je vais devoir échanger. A présent, le souci du pendentif, ou plutôt de l'absence du pendentif est passé au second plan momentanément, bien que Shana soit restée bien silencieuse. En fait, nous sommes trois à régler nos intérêts propres. Shana et son périple, Denji et ses concours, moi...et mes badges. Et mes Pokémon. Et mon principal problème que constitue sans le vouloir, Shana.
Je crois savoir ce que je vais faire de Ramoloss. Son, ou plutôt, ses évolutions peuvent être des éléments intéressants si Denji tient à ne plus faire du simple spectacle de lumières et de paillettes. Flagadoss puis Roigada peuvent avoir des pouvoirs psychiques très intéressants ; c'est d'ailleurs pour cette raison que j'avais capturé un Ramoloss. Mais les évènements ont fait que je m'en suis moins occupé qu'il le fallait, un tel Pokémon demandant énormément de patience et de temps, ce que je n'ai pas pu avoir depuis des mois, ou du moins depuis que je suis avec Shana. Ce n'est pas celle-ci qui est en faute mais... ça me frustre d'un sens. Denji a la patience, et surtout n'a pas l'excès de curiosité qui l'empêcherait de perdre du temps comme cela a été le cas pour moi. Oui, au fond, c'est gagnant-gagnant si cet échange se produit. Ramoloss ira à Denji ; il ne fera plus de plus combats, mais des concours.
Denji approuve ma proposition et est de plus enthousiasmé par l'explication de mon choix. Il m'a donc suffi de récupérer Ramoloss, d'aller au centre d'échange qui se trouve dans chaque Centre... et de lancer l'opération. Quelques secondes ont suffi pour que les Pokéball changent de mains, moi avec celle de Teddiursa, Denji avec celle de Ramoloss. Encore une fois, je ne suis pas bien parvenu à définir l'état de Shana à ce moment. En fait, elle doit être partagée entre la perplexité et le simple bonheur de voir ce Pokémon qu'elle chérissait à son début de parcours à Hoenn. Quant à moi, aucun sentiment ne s'est épris. Bien que pris d'affection pour Ramoloss, j'ai eu énormément de mal à lui trouver une place dans l'équipe pour qu'il puisse s'y épanouir.
Un énorme silence laisse place à des remerciements difficilement plus chaleureux, Denji retrouvant un ton plus enjoué qu'au début de notre entrevue. Ma présence et celle de Shana l'ont déridé. Ce qui a incité de plus la jeune fille à interpeller le coordinateur.
« Denji, je t'ai vu avec un autre Pokémon que Teddiursa, le tout bleu là, comment il s'appelle ?
― Bouldeneu ?
― Tu ne pourrais pas l'échanger aussi ? Je le trouve aussi beau que le Teddiursa. »
Je fais un signe très discret à Shana pour qu'elle se taise, avant de lui critiquer haut et fort ses excès, lui disant qu'elle devait laisser tranquille Denji qui nous a déjà bien aidé avec ce qu'il nous a raconté. Rien à faire, la fille récupère le temps d'une minute son caractère de gamine et trépigne dans tous les sens pour réclamer le Pokémon, comme un enfant s'agite pour avoir son jouet. En aucun cas je ne jouerai pas la carte du « parent » trop laxiste. En le saluant et le remerciant de son aide, je quitte Denji et isole Shana a un endroit où elle pourrait passer sa colère sans provoquer de dégâts collatéraux. Sa force étant inversement proportionnelle à son état psychologique du moment, je manque de me retrouver à terre à plusieurs reprises, évitant plusieurs claques et coups de poing bien assumés de la part de cette fille qui restera pour moi un vrai mystère. Une fois calmée, cette boudeuse de Shana me rejoint à l'hôtel afin de prendre connaissance de la suite des événements, maintenant que nos objectifs ont été atteints à Atalanopolis.
Avant de nous diriger vers l'est et Eternara, il faudra obligatoirement passer par une arène la plus proche et la plus intéressante est sur notre chemin. L'île de Do accueille en effet une arène de type électrique. Parfait : je n'ai pas encore eu l'occasion de vraiment en combattre, l'arène de Lavandia abritant à présent des Pokémon de type plante.
« Bon, nous pouvons réserver dès maintenant la prochaine navette pour l'île de Do. Tu viens, Shana ?
― Nous n'irons pas.
― Qu'est-ce qu'il y a encore ? Tu continues à faire la tête ?
― Ce n'est pas ça. Nous n'irons pas à ton île de Do. Nous partons tout de suite pour les Chutes Tohjo.
― Tu ne vas pas recommencer ton cinéma ? Il me faut pourtant finir les arènes si je veux espérer passer par la Ligue Hoenn et atteindre un niveau suffisant pour aller à Johto !
― Et bien j'estime qu'il n'est pas utile d'y aller. Tu n'as pas besoin de ces badges pour y aller. Ni d'un certificat ou de je ne sais quoi de la Ligue pour parvenir à ces chutes.
― Je suis désolé, nous nous sommes promis de nous tenir à un programme, une organisation stricte, nous ferons la Ligue, puis nous irons à Johto comme cela était prévu. »
Je la laisse ainsi. Mais Shana ne semble décidément pas d'accord. Alors que je m'apprête à sortir de la pièce, je sens une main saisir mon bras, d'une façon très violente. Je me retourne pour regarder d'où provient cette main, bien que l'évidence met en cause Shana.
Un simple regard, et l'obscurité prend possession des lieux.
Toujours dans la même chambre au blanc immaculé, avec son mobilier standardisé, au Centre Pokémon. Malgré la triste monotonie qui s'installe à chaque fois que j'y dépose mes affaires, un seul plaisir m'envahit, celui de me libérer les sens. Mais non. Les sens me reviennent petit à petit, non pas entre les douillettes couvertures d'un lit certes basique mais confortable, ou même l'ambiance du Centre Pokémon d'Atalanopolis. Non, seules la froideur des feuilles d'automne qui ont survécu à l'hiver me tiennent compagnie dans un environnement qui ne tient pas du tout à la chaleur procurée en ville. Des arbres, des arbres, et encore des arbres. Les rafales de vent me poussent hors de mon étourdissement et me font reprendre conscience de la situation. Mais oui… que se passe-t-il ? Deux minutes représentent le temps nécessaire pour me dire qu'il faudrait que je bouge autre chose que mes yeux : rester ainsi couché n'est pas la meilleure solution pour avancer. Je me lève donc. Du moins, je m'assieds, scrutant d'abord tout simplement les éléments qui se trouvent autour de moi : des arbres, des buissons, bref, un environnement végétal qui doit offrir de charmantes couleurs verdoyantes le printemps arrivé. Or, seul le mois de mars et sa végétation pour la grande partie dénudée s'offrent à moi.
Mon sac se trouve à côté de moi. Ce bref état des lieux me pousse à me concentrer sur une analyse plus poussée et je remarque alors ce qu'il n'y a justement pas. En premier lieu, Shana. Où est-elle ? Car au fond, si je me rappelle bien, c'est à cause d'elle que je me suis évanoui du moins il me semble, car les souvenirs ont du mal à ressurgir… Je me trouvais au Centre et disais à Shana qu'il fallait s'en aller.
Voilà.
Je me souviens. Elle ne voulait pas et comptait se rendre dans l'immédiat à Johto, et face à mon refus, elle a voulu me retenir. C'est à ce moment que je me suis évanoui.
Bien, nouvel état des lieux.
Je suis seul actuellement, avec mes affaires. Est-ce que tout est en ordre ? Livres, cartes, appareil photo, tente, sac de couchage, premiers moyens de nécessité en soin…tout est normal, il ne me manque rien qui puisse être lié à cette « téléportation » étrange. Ou alors presque. Je ne peux pas les oublier tellement j'y accorde une attention plus grande depuis quelques temps, craignant de les laisser à chaque fois un peu plus dans l'oubli. Où sont passés mes Pokémon ?
Les Pokéball ? Où sont-elles ?
La situation devient plus préoccupante, sachant que je ne sais pas où se trouve Shana, et que j'ignore totalement ce qu'elle a pu faire de mes Pokéball, ni les raisons qui l'ont poussé à agir de la sorte. Me les a-t-elle cachées volontairement ? Ou les a-t-elle oubliées ? Je préfère songer à la première option, mais même si celle-ci me paraît la moins douloureuse, je me pose tout de même des questions sur l'état de Shana. Il ne serait pas impossible qu'elle ait gardé des séquelles de sa précédente fugue. Mais de là à me séparer de mon équipe, il y a un fossé. Quel est son but ? Où sommes-nous ?
Ah.
Je crois que je ne vais pas tarder à avoir mes réponses. Voilà Shana qui revient, non sans discrétion. Le moment est jugé bon pour me relever complètement et lui faire face, dans une discussion qui risque d'être une des plus houleuses que nous ayons jamais eues. Il n'est pas question de tourner autour du pot, mais d'aller droit au but.
« Alors Shana, tu peux m'expliquer quel est cet endroit, et surtout ce que nous faisons ici ? Est-ce Hoenn ? Ou bien, par tes supers pouvoirs et ta super motivation, s'agit-il déjà d'une forêt à proximité des Chutes Tohjo ?
― Pas eu le temps de vérifier, mais je pense que nous sommes encore à Hoenn. Il nous reste encore pas mal de chemin à faire. Je n'ai pour l'instant qu'eu le temps de procéder à un transfert minime en-dehors d'Atalanopolis. »
Minime. Quelle chance, nous ne devons pas être loin de l'île de Do. Mais tout de même, et pourtant cela a toujours été normal avec une personnalité comme la sienne, mais le calme de Shana me déstabilise. Elle donne l'impression d'avoir déjà tout calculé et d'être le cerveau d'un plan huilé, sans faille, face auquel rien ne peut lutter pour contrer la bonne marche des événements.
« Shana.
― Oui ?
― Où sont mes Pokéball ?
― Là sera la seule difficulté pour toi. C'est moi qui les ai actuellement, mais je ne te dirai pas où elles se trouvent.
― Bon. Dis-moi ce que tu en tête.
― Tu le sais très bien. C'est le sujet de notre dernière conversation : aller directement à Johto sans passer par la case Ligue. Aussi simple que ça.
― Autre question : comment… sommes-nous arrivés ici ?
― C'est la deuxième fois que j'utilise ce moyen de transport dans ce monde, il me semble. J'ai emprunté la voie des airs tout simplement. En volant.
― Et je suppose que tu as pris toutes les précautions pour être un minimum discrète ?
― Vraiment la dernière de mes priorités. Je t'ai assommé, je t'ai emmené et j'ai foncé vers le premier endroit où je pouvais atterrir, assez loin d'Atalanopolis. J'ai caché tes Pokéball, bien qu'elles soient en sûreté. Puis je suis revenue ici. La suite, tu la connais. »
Le ton de Shana montre une assurance bien au-delà de ce que je lui ai déjà connu, couplé à une sérénité qui tranche avec l'habituel crescendo du ton dans nos discussions. D'un ton mélancolique, elle me dicte ses prochains objectifs, qui, au vu de ses précédentes paroles, ne m'étonnent qu'à peine. Apprendre qu'elle a de nouveau déployé ses « ailes » et emprunté les cieux, probablement aux yeux de tout le monde, ne me choque plus, ne me provoque aucune crainte non parce que je suis sous le choc de la brutalité des événements – j'en ai surement vu d'autres –, mais la personnalité de Shana fait qu'elle a toujours été comme ça, c'est-à-dire qu'une fois que j'ai le dos tourné, ou que je suis endormi, ou évanoui en l'occurrence, cette pauvre fille en profite pour braver les interdits, ou du moins les grandes recommandations que je lui ai souvent formulées. Les explications sont bien belles, mais elles ne me rendront pas mon équipe. Il me faut retrouver mes Pokémon à présent, et surtout, avant tout, raisonner Shana sur l'étendue de ses actes. Elle ne peut pas continuer à agir ainsi. La dernière fois qu'elle a voulu voyager en cavalière seule, nous avons frisé la catastrophe. Encore aujourd'hui les morceaux ne sont pas totalement recollés. Je la connais bien têtue, obstinée, mais ce n'est pas une raison pour la laisser faire de la sorte. Et pour lui faire bien comprendre le contenu de mes objectifs, plutôt que de lui parler, je montre ostensiblement à Shana que je me lance à la rechercher de mes Pokéball. Lui parler n'aurait servi qu'à peu de choses, non à cause du manque de communication entre nous deux, mais parce que lui parler entraînerait soit une nouvelle dispute qui ne m'avancerait à rien, soit à une Shana qui essaierait de me persuader par les même paroles que mon objectif est vain : il me faut donc lui montrer ma détermination.
« Qu'est-ce que tu fais ? »
Je fais ostensiblement mine de ne pas l'entendre et de me désintéresser d'elle, afin d'accentuer cette impression de détermination. Bien que je sois concentré sur ce que je pourrais entendre de Shana, je centre la majorité de mon attention sur ce qui se trouve autour de moi, histoire de voir si elle n'aurait pas eu l'idée de cacher les Pokéball tout près de l'endroit où je reposais. Les buissons alentours s'avèrent tous bien vides de toute présence.
« Arrête de te donner du mal pour rien. Tu ne les trouveras pas »
Je doute qu'elle ait envie de me mentir. Je ne les trouverai pas de cette manière. Je vais donc pousser mes recherches un peu plus loin, et surtout, ne pas céder à la fatalité et la suivre. J'aperçois alors, en me rapprochant de ce qui semble être un escarpement rocheux, que je me trouve sur un plateau et qu'en contrebas se profilent des habitations : l'île, que je définis ainsi en observant la frontière bleue en arrière-plan que j'avais déjà observée au moment de mon réveil, est donc habitée.
« Tu vas m'écouter ? »
Cette brève vision de la nature qui m'entoure m'en a fait oublier momentanément que je ne suis pas en situation de me reposer et surtout que Shana me suit, cherchant absolument à me faire craquer. Ne pouvant tenter une fois de plus de l'éviter, je me résous à lui faire face et à bien lui montrer que malgré le dépouillement dont je fais l'objet, je suis toujours maître de mes moyens et que je n'hésiterai pas à manier une forme de chantage pour faire changer d'avis à Shana. Voire plus. Mais avant d'en arriver à ce genre de méthodes, je préfère utiliser l'approche « douce », c'est-à-dire continuer de raisonner calmement Shana de l'utilité de mon but et de lui montrer que je ne me couche pas devant le moindre imprévu de ce degré, qu'elle n'est pas seule ici et que malgré la motivation que j'ai à lui donner ce qu'elle veut dans sa quête, je ne dois pas être mis de côté et que mes propres objectifs n'entravent en rien les siens. Cette première approche me semble la plus pertinente et je tente donc un premier essai par de nouvelles explications en face à face. Je connais très bien les priorités de notre aventure et j'essaie en conséquence d'allier nos deux buts, qui devraient pourtant être communs. L'interprétation d'un mot fourni par Simon m'a permis cette alliance du niveau que je dois obtenir et les conditions de la réussite des recherches de Shana.
Maintenant que j'y pense, si tout ce que Simon avait dit de faux selon Denji concerne en partie le médaillon, il concerne aussi ce morceau de phrase. Serait-elle donc toute aussi fausse ? Non seulement, un nouvel échantillon de nos indices tomberait à l'eau, un argument que je pouvais aussi utiliser pour convaincre Shana de stopper son cinéma. L'utiliser maintenant relèverait de la bêtise, d'autant plus que cela signifierait la pour une idiote. Toute phrase où elle est susceptible de l'interpréter de cette manière est à proscrire. Pour le moment, il FAUT faire comprendre à la combattante et têtue qu'est cette fille qu'il faut continuer l'aventure telle qu'on l'avait prévue dès le départ. Il n'est pas question de vaguer à droite et à gauche sans un minimum de rigueur J'expose donc, en toute tranquillité, mes arguments, mais ceux-ci manquent leur cible, et pas qu'un peu. Je sais qu'elle m'écoute, qu'elle veut me prendre en considération, mais après avoir terminé ma diatribe, la jeune fille débute son réquisitoire par un « non » très franc et posé. Son attente l'incite à me dire tout ce qu'elle a sur le cœur. Mes Pokémon me détourneraient d'elle, dans le sens où je dois d'abord penser à la quête qu'elle doit elle-même mener.
Quelque chose bouge dans le manteau de Shana.
« Qu'est-ce que c'est que ça ?
― R…ri…rien.
― Laisse-moi voir. »
Le calme dont elle a fait preuve jusqu'à présent se transforme en nervosité palpable, révélant à coup sûr que sa puérile partie de cache-cache allait se conclure. Un de mes Pokémon devait s'agiter à force de tant de remue-ménage et a donc tout simplement démasqué Shana, qui devient soudainement rouge, au visage. Malgré leur confortable habitat au sein de la balle, mes Pokémon savent manifester leur mécontentement. Là encore, j'ai dû user simultanément de calme et de force pour calmer la fille et surtout récupérer mes Pokéball. Je finis donc par agripper sa manche et plonger ma main à l'endroit où se trouvent les balles afin de les récupérer. Au même moment, je reçois inévitablement un nouveau coup sur la tête, mais qui, mal calculé, ne m'assomme pas, bien qu'il me surprenne et me déstabilise le temps de quelques secondes, insuffisantes pour retirer mon dû.
« LÂCHE-MOI ! »
Mon étau se desserre la seconde qui suit le moment où je récupère mes Pokéball. Ce simple geste obtient de terribles conséquences. Shana m'assène un nouveau coup et me met knock-out. Une dernière pensée me traverse l'esprit avant de replonger dans un sommeil inattendu, celle de cette malheureuse qui court à sa perte et à celle de ses amis si elle continue d'agir ainsi.
Ses amis.
Je me demande bien ce qu'ils doivent « penser » en ce moment, si nous avons la même notion du temps. Combien d'heures, de jours se sont écoulés « là-bas » depuis « sa » disparition ? Il est curieux de penser que nous n'avons pas le même univers en commun mais bien un être cher. Qui sont ces personnes ? Que font-elles dans leur vie ? Quel est leur rôle ? Malgré mes nombreuses interrogations et au prix de nombreuses discussions avec Shana, pas mal de questions continuent à rester sans réponses. Des questions qui me taraudent depuis bien des semaines.
Le décor est bien plus sombre cette fois-ci : ce n'est pas la lumière naturelle, celle du soleil, qui me tire de mon sommeil, mais bien une lueur provenant d'une ampoule qui peine à éclairer les lieux. Je me trouve dans une pièce relativement étroite, presque vide, dans laquelle ne se trouve qu'une seule table. Même pas de fenêtre. Seul Dieu sait ce qu'il vient de m'arriver, mais une conclusion quelque peu poussée me permet de dire qu'il se trame quelque chose de bien peu agréable en ce moment. Une impression qui n'est accentuée que par l'impression de me retrouver dans un mauvais film de gangsters. Le cliché est d'autant plus interpellant que la pièce, qui doit surement constituer une cabane abandonnée au milieu d'une contrée désertique, ne doit plus être utilisée depuis des années. Tout est donc à l'état de ruines, sans qu'une issue que l'usure des temps aura créée ne se présente. Sauf la porte. Cette fichue porte qui est bien évidemment fermée à clé.
Ou pas ?
Celle-ci s'ouvre, brisant l'idée que toute personne aurait eue à ma place. Mais cette porte déverrouillée accentue le contexte étrange dans lequel je baigne. Shana n'est pas naïve à ce point. Que se passe-t-il ?
« Ne bouge plus. »
Shana manigance encore quelque chose. Mais sa voix est reconnaissable et se démarque bien de son attitude du moment : un timbre de voix d'enfant, mais connaissant très bien celle que j'ai accompagné durant longtemps, cette intonation cache quelque chose de bien plus inquiétant. Le ton adopté est encore plus ferme que lors de mon précédent réveil. La curiosité me pousse et je me retourne immédiatement, sachant très bien que je pourrais me faire assommer une troisième fois. Shana reste figée, me relançant encore une fois cet ordre : « Ne bouge plus ». Elle s'avance.
« Retourne-toi. »
Elle ne plaisante vraiment pas. A nouveau : que se passe-t-il ? Je m'exécute. Je l'entends marcher dans ma direction. Puis, soudainement, des bras serrent mon bassin tout en me bloquant les bras.
« QU'EST-CE QUE TU FABRIQUES !? »
L'envol redouté.
Le brusque envol couplé à ma surprise de voir le sol se dérober sous mes pieds manque de me faire glisser hors de l'emprise de Shana, mais ses bras maintiennent leur prise, avec une force digne d'un Mackogneur, bien assurée de ce qu'elle fait. La surprise passée, j'observe dans un premier le paysage grandiose qui se dresse en-dessous de moi l'île était en fait bien plus grande que je ne me l'imaginais. Les grandes étendues qui s'offrent à mes yeux provoquent un émerveillement qui dépasse la sensation de vertige qui m'habite souvent. Quant à Shana… Un léger mouvement de la tête me permet, pour la première, d'admirer les fameuses ailes déployées, les fameuses qui hantaient mes rêves. La fascination me fait totalement oublier la réelle situation dans laquelle je me trouve. Shana semble toujours belle et bien résolue à quitter Hoenn au plus vite. Si en termes de sécurité j'accorde une confiance toute particulière à mon acolyte, en termes d'objectifs, je suis beaucoup moins sûr des sentiments qui l'habitent en ce moment. Les Chutes Tohjo sont toujours un but à atteindre au plus vite, de son point de vue. Par ailleurs, bien que le vol soit en certains points agréable, je ne peux oublier que je suis presque revenu au même point qu'avant mon second évanouissement, c'est-à-dire ne sachant pas où je me trouve et surtout toujours sans possession de mes Pokémon. Et si Shana est bien décidée à partir pour Johto, je crains que ce vol me fasse quitter ce pourquoi j'ai travaillé avec ardeur depuis des mois. Pourtant, je ne me suis jamais retrouvé dans une situation pareille la pensée négative en élimine une autre, bien plus positive : la perception d'inutilité que j'ai eu tout un moment, notamment au début de notre aventure en commun. La situation telle qu'elle se présente montre que Shana a réellement besoin de moi, sinon elle ne m'aurait jamais emmené. Je pense également à cette séparation qui a frappé une partie de notre aventure. Même celle-ci s'est terminée par des retrouvailles. Shana a besoin de moi. Et si je ne peux me résoudre à avoir besoin d'elle, c'est que j'ai également besoin de mes compagnons.
Je visualise une étendue verte dépourvue de végétation. Il ne me faut que quelques secondes pour réfléchir à la solution insensée que je viens de trouver. Shana est concentrée sur la trajectoire, ne regarde que devant elle, ne m'a plus parlé depuis l'envol. Ses bras, qui me maintiennent toujours, semblent au fur et à mesure relâcher leur solide étreinte. Mon plan nécessite un intervalle de temps très court, calibré à la seconde, c'est-à-dire le moment situé entre notre survol du plateau et la prise d'altitude de Shana. Moment où je peux donc prendre le risque de me saisir les poignets de Shana pour écarter les bras pour juste m'y accrocher, et tout de suite me laisser tomber.
Dix des plus longues secondes que j'ai connues dans ma petite vie se sont écoulées.
La première pour sortir de l'étreinte de Shana.
La deuxième pour se laisser tomber au moment propice.
La troisième est consacrée à une vive réflexion sur l'utilité du plan. Encore un doute. Il ne faut pas que celui-ci soit le dernier.
Un regard de stupeur se projette sur son visage durant la quatrième seconde.
Une pensée très forte pour l'ensemble de l'équipe durant la cinquième seconde.
Une pensée très fort pour Shana durant la sixième seconde.
Elle a dû faire de même la septième, visualisant la proximité du point d'impact. Pétrifiée, elle n'a pas pu réagir dans l'immédiat.
Sa paralysie à la vue de ma réaction prend fin. Elle me rattrape à la huitième. Des Pokéball tombent.
Celles-ci retombent dans les mains de son propriétaire à la neuvième seconde.
Une dernière seconde suffit pour réaliser à quel point ce plan stupide aurait pu très mal se conclure.
Nous atterrissons : si quelqu'un de nous doit être le plus choqué, c'est bien Shana. Elle ne revient pas de ce que j'ai encouru pour récupérer mes Pokémon. Elle vient de comprendre ce que le coût de la vie admet dans notre monde. Ici, nous parlerions d'un simple geste d'amitié qu'un dresseur a envers ses Pokémon, mais le degré d'attachement à ici atteint ses limites. L'aventure ne se vit pleinement que lorsque nous disposons d'un certain degré d'autonomie vis-à-vis de ceux que nous aimons. Il n'est pas question de vivre en restant accroché aux autres. En clair, oui je veux aider Shana. Oui, il se trouve que j'ai pu avoir des sentiments, mais je dois garder à l'esprit qu'il reste en moi cet esprit d'indépendance et d'aventure qui me caractérise : si je peux allier mes volontés et la quête de Shana, je le ferai, qu'elle le veuille ou non.
« Je peux savoir ce qui t'a pris ?!
― Je savais que tu allais me rattraper. Tu tiens de trop à moi.
― Et alors ?! Tu n'imagines pas à quel point j'ai cru que tu allais disparaître !
― Continuons l'aventure comme il se doit, comme si de rien n'était. »
Bien qu'interloquée par mon calme, qui masque à peine le contrecoup que je subis à la suite de ma vertigineuse chute, elle tente à nouveau de s'emparer de mes Pokéball. Dans un ballet de brusques mouvements, la paume de ma main droite frappe celle de sa main gauche, afin d'empêcher la jeune fille de mener à bien son action. Je perçois un rougissement de sa part. Il est temps d'en finir.
Je m'approche d'elle et la regarde dans les yeux. Quelques secondes passent.
« Shana, stop. Nous ne pouvons pas poursuivre de cette manière. Il reste un mois avant la compétition de la Ligue Pokémon. J'ai encore une arène à visiter d'ici là. C'est aussi clair que ça. Je n'irai pas à Johto avant d'avoir conclu le travail que je me suis donné d'accomplir depuis six mois. Il peut paraître futile, j'en ai conscience, mais au vu de ton comportement, peut-être de certains de mes agissements, il n'y a pas d'autre issue que celle-ci. Nous devons nous concentrer, réfléchir, et ne pas oublier que nous sommes des êtres humains qui sont capables de réagir au quart de tour. Mais nous devons éviter au maximum ces situations.
― Houtarou… Je me rends compte combien tu as vraiment réussi à changer ton comportement depuis quelques mois. Au départ, un jeune garçon bien hésitant. Peureux même. Et quand je te vois là… Tu t'affirmes, tu n'as pas hésité à prendre une grave décision, où les risques étaient maximaux. Je ne pensais pas te voir sous cet œil un jour. Je ne cherche pas à avoir une explication à ce changement, car j'en connais les causes. Je suis sûre que c'est à cause de moi. Tu ne pourras pas me dire le contraire… Mon propre comportement, aux antipodes du tien, a mis au jour une facette de ta personnalité que tu ignorais. Dis-moi Houtarou, la dernière personne qui t'a accompagné lors d'un voyage, même temporairement, pourrais-tu me la décrire ? Niveau personnalité…
― Je n'ai jamais été accompagné.
― Voilà qui explique tout.
― Ca ne règle pas notre différend, Shana.
― Quel différend ?
― Je dois continuer ma quête.
― Mais je t'en prie ! Allons-y !
― Comment ça, allons-y ?
― Tu as montré une preuve infaillible du courage et de la rigueur auxquels tu t'es attelé. J'ai eu toujours cette peur de ne pas savoir vers où nous allions, que tu repoussais l'échéance en attendant de trouver une roue de secours. Je voulais prendre les choses en main et aller droit au but. Mais avec ce que tu as réussi à faire, et ces paroles que tu as prononcées, ma confiance à ton égard est pleine. Je te fais confiance car j'ai vu au cours de notre aventure que tu le méritais. »
La solennité de ses propos est brisée par un éclat de sanglots. Elle ne pensait pas en arriver là.
« Excuse-moi, Houtarou, mais c'est juste que… je… pense énormément à eux, c'est tout… et que je fais ce « sacrifice » pour mieux comprendre ce qu'il m'arrive… Pour que cela n'arrive à personne… Je ne sais pas où j'en suis, je ne sais plus où sont mes priorités…
― Elles sont là-bas, je le sais très bien. Ce n'est pas ce mois qui va empêcher quoi que ce soit. Il ne s'agit pas seulement d'un mois de matchs, mais aussi d'un mois de recherches continuelles, de compréhension entre nos deux mondes. Ceux-ci ne sont pas en train de s'éloigner. Au contraire, ils se rapprochent. Nous ne pouvons pas nous permettre d'arriver aux Chutes Tohjo avec un esprit totalement embrouillé et perturbé comme le nôtre à l'heure actuelle. »
Des larmes coulent encore le long de ses joues, mais l'atmosphère a déjà perdu en tension.
La route peut reprendre son chemin, après un accrochage violent. Il s'agit à présent de savoir où nous nous situons. En poursuivant notre chemin, dans le but de trouver un endroit où l'on pourrait se reposer après tant d'émotions, nous tombons sur un panneau nous indiquant la localité la plus proche.
Île de Do-Ville – 3 kilomètres ▶
Nous sommes quasiment arrivés à destination.
« Dis-moi Shana, sur quelle île nous étions avant d'arriver ici ?
― Euh, l'île de Si, je crois…
― Et la première ?
― De La. »
Ouf.
