Epilogue
« Shana ! SHANA ! »
L'explosion aurait pu sans aucune hésitation ameuter tout le quartier, et pourtant seulement Yuji a perçu quelque chose d'anormal au-dehors. Manquant de tomber à plusieurs reprises, il retrouve celle que l'on nommait Enpatsu Shakugan, allongée par terre, inanimée. Fort heureusement, hormis le fait qu'elle soit allongée sur le trottoir sans raison, tout semble normal et Shana n'a pas manqué de rouvrir immédiatement les yeux pour se jeter immédiatement dans les bras de Yuji, lui-même déconcerté par la réaction de la jeune fille. Celui-ci finit par comprendre que Shana a fait face à nouveau à un Tomogara qui lui a donné du fil à retordre.
« Oh Yuji, je suis si heureuse de te revoir…
― Mais qu'est-ce qu'il s'est passé ?
― Ce Tomagara… j'ai dû me battre contre lui… puis, je ne sais pas ce qu'il s'est passé, c'est comme s'il m'avait avalé, et puis… et puis. »
Shana a visiblement été affectée profondément pour pleurer juste après une intervention à l'encontre d'une de ces créatures, situation qui reste pourtant assez anodine.
« Eh, calme-toi, on dirait que tu ne m'as plus vu depuis des années. Je sais qu'une journée est longue, mais nous ne sommes plus vus depuis quand… depuis la fin des cours, hier, tu le sais bien… »
Ni Shana ni Yuji ne comprennent la signification de leurs paroles. Une journée… pourtant la Flame Haze se souvient très bien s'être éclipsée durant de longs mois où elle a cru à de nombreux moments qu'elle ne reviendrait jamais. Tout cela était vrai, elle n'a pas rêvé. La seule hypothèse valable… Le temps. Cette échelle qui n'est pas du tout la même ici ou ailleurs. Mais Yuji a raison. La météo, l'endroit où elle se trouvait « il y a quelques mois » correspondent. Elle s'est bien absentée une journée, et la rencontre avec le Tomogara a eu lieu il y a quelques minutes à peine. Ces quelques minutes qui ont duré de longs mois. De trop longues minutes pour Shana. Mais après tout, quelle importance ? Le temps ne lui est pas compté. Du moins, plus ici.
Le mois de juin est sans doute celui que je préfère le plus, car il est souvent synonyme de l'arrivée d'une grande majorité des compétitions de Pokémon Island. Hormis Hoenn dont les tournois se déroulent toujours en avance, ceux de Johto, Kanto et Sinnoh avaient toujours lieu à cette frontière entre le printemps et l'été. Je n'ai jamais loupé un seul rendez-vous à la télévision, hormis lorsque j'étais moi-même acteur d'une de ces compétitions. Ni le magnifique temps qu'il faisait à l'extérieur, ni mes Pokémon s'y reposant, ne pouvaient me faire quitter le divan. Moi qui déteste être collé à la télévision, seul les compétitions pouvaient me rendre totalement accroc. Je ne suis pas le plus grand fan de ces combats acharnés, mais ravoir des souvenirs de certaines de ces rencontres, de ces lieux où j'ai moi-même combattu ne pouvaient me faire que du bien. Le seul qui a encore de l'intérêt pour ce que je fais est Teddiursa, qui dernièrement n'a jamais été aussi motivé pour gagner en expérience. Il ne m'a pas lâché dernièrement et m'a harcelé un bon moment pour que je l'aide à s'entraîner et à apprendre de nouvelles techniques de combat. Feinte, Doux Parfum et Tranche ont fait partie des dernières attaques qu'il a su assimiler, à mon grand étonnement assez rapidement. Je suis par ailleurs surpris qu'il n'ait pas appris plus de capacités de lui-même. Son ancien dresseur, ou plutôt coordinateur, s'est, comme je l'ai fait tout un moment, attaché à donner des Capsules Techniques à ses Pokémon. C'est à vrai dire une stratégie que j'ai longtemps privilégiée car les CT sont des objets passe-partout : les Pokémon peuvent pour la plupart apprendre nombre d'attaques via ces objets ! Hormis Zarbi, bien entendu. J'ai décidé de le mettre « à la retraite ». Je ne peux pas le faire combattre de manière utile et il risquerait de se fatiguer pour rien à force de lancer des attaques Puissance Cachée. Non, Zarbi restera un temps à la maison je n'ai pas encore décidé de la durée, mais même presque deux mois après mon départ de Johto, Zarbi ne s'est pas totalement remis de son aventure dans la Grotte Argentée. Il a l'air de divaguer par moments, flottant parfois sur place sans raison et tombant dans un sommeil ne durant généralement pas plus de quelques secondes. Je ne m'en inquiète pas plus, car le reste du temps il reste tout à fait lucide et participe à d'autres activités en ma compagnie ou celle de mes Pokémon. Et puis, on m'a dit que Zarbi serait rapidement sur pieds et ne souffre que de quelques chocs post-traumatiques. Je vais donc donner ma confiance en ces sages paroles. Zarbi se reposera durant une année sur cette île, avec ma famille pour prendre soin de lui. Quant à moi, Sinnoh m'attend. Depuis le temps que je m'étais formulé cette promesse, je me suis mis à organiser, réorganiser et re-réorganiser mon trajet, modifiant tout le temps d'itinéraire afin de l'adapter à mes prévisions d'entraînement, de chasse aux Pokémon ou de plaisirs purement touristiques. Sans doute découvrirai-je d'autres histoires palpitantes sur la région une fois arrivé là-bas. Le fameux mythe des légendaires Dialga et Palkia et de la création de l'espace-temps m'inspire déjà.
L'espace ne me fait pas peur : je suis un éternel aventurier, jusqu'à me promener aux confins de mon propre monde tout en réussissant à en découvrir d'autres. Le temps… je ne sais pas, si je l'aurai, ce temps, pour découvrir toutes ces merveilles. Il me fait bien plus peur. Ce qui compte, ce n'est pas d'avoir du temps pour tout découvrir, mais de prendre le temps de scruter chaque détail. Chaque ville, chaque montagne. Plus récemment, j'ai appris à scruter chaque facette de la personnalité de tout être humain. Mon champ de découvertes s'élargit. Sinnoh sera aussi beau qu'Hoenn, que Kanto ou même que Johto.
Ma famille m'harcèle depuis mon retour pour que mon prochain voyage ne se fasse pas en solitaire contrairement aux dernières fois. Même eux n'ont pas été mis au courant de la formidable aventure que j'ai vécue. Et malgré l'abondance de moments exceptionnels que nous avons rencontrés, pour rien au monde je ne troquerai ma solitude. Je pourrais subir ce harcèlement pendant des mois que je ne changerai à aucun moment d'avis. On ne voyage jamais avec des personnes volontairement. Les rencontres nous arrivent toujours au tournant, à l'improviste. Même si cela doit nous donner une vision complètement différente de notre monde.
