Nishinoya ne fut pas aussi bon que d'habitude à l'entraînement ce jour-ci. Enfin, il était toujours bon, il faudrait vraiment qu'il le veuille pour être mauvais, mais il savait qu'il pouvait faire mieux et ça le frustrait. Il ne s'était pas rendu compte à quel point son attitude avait plongé Asahi dans l'embarras et ça le désolait. Il passait son temps à l'observer, à louer intérieurement ses innombrables qualités et à déplorer son manque de confiance et ses craintes, à rêver du Nishinoya qui aurait été grand, doué en attaque et aurait pu jouer avec lui au centre du terrain, il se croyait même... amoureux ? -Ouais on allait dire amoureux...- il se croyait même amoureux de lui. Alors comment se faisait-il qu'il ne se soit pas rendu compte plus tôt du trouble dans lequel son attitude le plongeait. C'était indigne d'un bon libero ! Il aurait dû se montrer plus attentif et perspicace.
Seulement, il débutait un peu avec les sentiments et il ne savait pas trop quoi faire avec. Il fila aussitôt l'entraînement achevé, prétextant à Tanaka qui voulait l'inviter jouer à des jeux vidéos que sa mère exigeait qu'il range sa chambre entre autres corvées. C'était un pieux mensonge, sa mère le tannait effectivement depuis des mois pour qu'il redonne à son antre un semblant de propreté mais il n'aurait jamais renoncé à une partie de Turbo Racers avec Tanaka pour une raison pareille en temps normal.
La vérité, c'est qu'il avait besoin de calme pour réfléchir. Seulement, le calme, il en était incapable, alors, après avoir tracé sur tout le chemin jusque chez lui et avoir englouti des restes de nouilles qui traînaient au frigo, machinalement, il se mit véritablement à ranger sa chambre pour retrouver ses esprits après avoir mis la radio à fond.
Du calme oui.
Il récapitula mentalement : - il voulait Asahi. Il n'était pas sûr de ce que ça signifiait et impliquait mais il voulait Asahi et peut-être même qu'il l'avait toujours voulu. Il voulait être lui et en même temps le protéger et en même temps l'aider à s'améliorer et en même temps qu'il le remarque et il voulait... quelque part il voulait qu'Asahi le veuille aussi.
Est-ce que ça signifiait qu'il voulait sortir avec lui... genre comme si Asahi était sa copine ?
Il tenta d'imaginer la chose... Asahi et lui se donnant rendez-vous, se promenant, Asahi cuisinant pour lui et Noya lui attrapant des peluches ridicules dans un parc d'attraction.
Il rit nerveusement. C'était ridicule.
Et puis il s'imagina en train d'embrasser Asahi. La grande andouille devrait littéralement se plier en deux pour ça, si Daichi le voyait, il lui dirait de se tenir droit, et Nishinoya devrait se mettre sur la pointe des pieds et s'appuyer sur lui. Est-ce que sa barbe piquerait ? Noya n'avait jamais eu l'occasion de toucher son visage. Est-ce que ses lèvres auraient la même douceur que ses doigts quand ils l'avaient effleuré l'autre fois. Est-ce que ça lui plairait si Nishinoya caressait sa nuque...
Wah... ça c'était vraiment embarrassant. Noya enfouit son visage entre ses mains dans le genre d'attitude qu'aurait eu Asahi. Il le réalisa aussitôt, se claqua le front du plat de la main et se replongea avec ferveur dans le classement de ses mangas.
Il avait apparemment envie d'embrasser Asahi. Peut-être plus aussi ? Nishinoya ne savait pas trop ce que pouvaient faire les pédés entre eux. Il n'y avait pas trop réfléchi. C'était pas... comme Papa dans Maman. Enfin yavait bien une possibilité mais ça avait l'air très crade et potentiellement douloureux. Ils pourraient commencer par se branler ceci dit. Se branler c'était simple... L'idée ne lui déplaisait pas. Il avait même très envie de voir la teub d'Asahi. Il en avait eu un aperçu dans les vestiaires parce qu'il avait vraiment un caleçon qui datait de Mathusalem et que ça dépassait un peu. Bon sang... Nishinoya était vraiment plus atteint qu'il ne l'aurait cru. Il avait vu sa teub et... et rien, pas un mouvement de gêne. Ok... un bout de teub d'Asahi. Normal. Avant l'entraînement teub apéritive !
Il aurait dû lui faire la remarque mais ça l'aurait gêné... mais au moins ça lui aurait permis de se couvrir... En vérité Noya s'était abstenu de lui faire la remarque parce qu'il avait eu envie de voir ce bout de teub un peu plus longtemps.
C'était débile. C'était vraiment débile.
Il vida furieusement la poussière qu'il avait ramassé au balai dans son sac poubelle.
Il était en chien d'Asahi. Un truc de malade. Il ne se rappelait même pas exactement de ce que pouvait être ce bout de teub. C'était quel morceau ? Il essaya d'imaginer la forme du machin en se basant sur ce que laissait apparaître son short quand il courait.
Ouais, Noya le matait aussi quand il courait. Il le matait en détail. Sans rien omettre.
Il était tellement en chien.
Est-ce que ce serait agréable de la toucher ? Quel genre de bruit faisait Asahi dans ces circonstances ? Noya était sûr et certain qu'Asahi était du genre à vocaliser. Il se rappela de sa voix. C'était un peu compliqué de l'imaginer en situation chaude en fait. Soit il parlait d'une voix égale, soit il couinait de peur et soit il criait sur le terrain ce qui, au passage, était super viril et Noya essayait un peu de l'imiter mais lui il en faisait des caisses mais après tout c'était son style.
Son cas était désespéré. Mais avec tout ça, il n'était pas plus avancé sur ce qu'il convenait de faire. Il voulait Asahi. Il voulait qu'Asahi le veuille aussi. Il voulait l'embrasser et potentiellement tenter une branlette pour voir comment sa voix sonnait au moment de gicler.
Bon... C'était là un but précis et pour y parvenir il fallait conquérir Asahi. Il avait plus ou moins essayé de flirter mais il n'était manifestement pas très doué... sans parler du fait que ça avait plutôt fait fuir Asahi qu'autre chose.
Peut-être qu'il valait mieux être direct ?
Et si jamais ça le faisait fuir ? Asahi était génial mais il l'avait déjà lâché... enfin il avait déjà lâché l'équipe. Pourquoi déjà ? C'était une raison débile en plus. Il s'était mis la pression tout seul et, alors que personne ne le blâmait et que tous comptaient sur lui, il avait arrêté en croyant qu'il était dégoûté du volley.
C'était complètement stupide. Andouille d'Asahi.
Mais il avait évolué depuis. Non ?
Bah... de toute façon, Nishinoya avait beau lui avoir dit que tout serait comme avant, il était certain de ne pas pouvoir se contenter de ça. Qu'importe le résultat, il encaisserait et si sa présence mettait Asahi trop mal à l'aise après ça, c'est lui qui quitterait l'équipe. Un libero, c'est remplaçable (même si un libero aussi bon que lui c'était rare) alors qu'on ne peut pas se passer d'un pointu.
Voilà. C'était décidé. Il lui lâcherait l'affaire fissa dès qu'ils seraient seuls.
Asahi fit son possible pour faire comme si de rien n'était quand il vit Nishinoya à l'entraînement, mais il était troublé et ça se voyait. Noya avait décidé d'attendre la fin de la séance pour ne pas trop le perturber. Malgré tout, ils jouèrent tous deux disons... loin de leur maximum ce qui fut remarqué aussi bien par Daichi que par Ukai.
« Eh bah, qu'est-ce qui vous est arrivé à tous les deux ? C'était mou aujourd'hui, leur fit remarquer Dai alors qu'ils rangeaient l'équipement. »
Asahi répondit par un indéchiffrable marmonnement et Noya rétorqua :
« J'ai passé la soirée d'hier à ranger six bons mois de laisser aller. Le ménage, ça te brise un homme mais après une bonne nuit de sommeil Rolling Thunder sera de retour ! »
Hinata avait encore failli s'évanouir d'admiration et Nishinoya se dit une fois de plus qu'il était bien agréable d'avoir un tel admirateur. Il se demandait s'il faisait le même effet à Asahi mais Asahi n'était pas sensible, comme lui, aux flatteries. Ca l'embarrassait plus qu'autre chose alors Noya passait son temps à réprimer ses élans de fanboy.
Les personnes de corvée de nettoyage étaient supposées changer chaque semaine mais comme ils traînaient souvent encore un peu ensemble au magasin Sakanoshita, en général, ils restaient tous et filaient un coup de main. Noya s'en dispensa cependant prétextant qu'il devait regagner ses forces et attendit que les autres aient fini, regardant Tanaka jouer à un truc idiot sur son portable tout en surveillant Asahi du coin de l'œil. Il ne partait pas dans la même direction que lui mais après leur escale à Sakanoshita, quand il faudrait se séparer et rentrer chacun chez soi, il le suivrait. C'était la solution la plus simple et évidente.
Noya affecta son habituelle légèreté, puis, au moment de se quitter, il emboîta très naturellement le pas à Asahi qui lui fit remarquer que ce n'était pas son chemin :
« Je sais, répondit Noya.
- Oh... bien... d'accord. »
Il était tendu. Noya aurait eu envie de caresser ses gigantesques épaules pour les délasser sous ses doigts. Il se contint. De toute façon il aurait dû sauter pour l'atteindre et ça ne lui aurait sans doute pas vraiment fait du bien. Ils marchèrent un peu. C'était une route de campagne isolée mais au loin les lumières des quartiers encore éclairés les frappaient de leurs lumières pâles. La silhouette d'Asahi projetait une ombre trouble. Son visage aux traits fins mais crispés était creusé par les ombres bleues de la nuit.
« Tu... vas quelque part ? hésita Asahi.
- Où tu iras j'irai. »
Asahi se figea. Puis reprit sa marche avec raideur. Bon sang, il était plus craintif qu'un petit chat sauvage. Nishinoya se rappela qu'il avait décidé d'être franc. Il dépassa Asahi au pas de course et, s'arrêtant au niveau d'un muret alors que le sol de terre redevenait bétonné, le força à le regarder dans les yeux.
« En fait je veux te dire un truc. »
Asahi avala sa salive. Noya fourra ses poings dans ses poches.
« Je me suis rendu compte que je te veux, en fait. Et par « je te veux » j'entends que je t'aime. »
Noya avait fait l'effort de garder les yeux fixés sur Asahi en disant cela mais sur les derniers mots, il les détourna pour regarder ses pieds et quand il releva le visage, il constata que son aîné était blanc comme un linge. Il savait qu'il réagirait comme ça mais ça ne lui plaisait pas pour autant. Il lui en voulait presque.
« Tu en penses quoi ? lui demanda-t-il sur un ton de défi. »
Asahi passa une main sur son visage, il la fit glisser de son front à son menton, tirant sa peau au passage en une grimace horrifiée. Il inspira un grand coup.
« Je... m'y attendais... pas trop.
- Pas trop ?
- Si. Enfin... un peu mais j'étais pas sûr.
- J'ai été assez clair pourtant. Subtil comme un camionneur.
- Ouais mais j'étais pas sûr.
- Et tu en penses quoi de ça, toi, du coup ? .
- Je... heu... »
Il se massa encore la nuque, les yeux levés vers le ciel dans une expression plaintive.
« Je pense que... tu as l'air sincère ce qui est bien d'un côté parce que j'aurai eu peur que tu te moques de moi mais en même temps ça fait peur aussi que tu sois sincère parce que... heum... oui je...
- Mais qu'est-ce que tu penses de moi ? s'impatienta Nishinoya.
- Je... je... je sais pas... et puis tu es un garçon et je pensais plutôt aimer une fille si ça devait m'arriver et puis tu es un coéquipier et un... heu... ami je... je sais pas. »
Nishinoya serra les poings et soupira.
« Ok... Je vais te la poser autrement. Est-ce que tu pourrais m'embrasser ?
- Quoi ?
- Ne réfléchis pas. Là, tout de suite, est-ce que ça te semblerait insurmontable de m'embrasser ?
- Tu es sérieux ?
- Oui. »
Asahi fronça les sourcils, signe qu'il étudiait la situation sérieusement. Nishinoya réalisa qu'ils avaient tous les deux ça de commun qu'il leur fallait des objectifs concrets. Ils réagissaient mieux ainsi. Asahi poussa un petit soupir.
« Je ne dois pas réfléchir à ce qu'un tel geste impliquerait, c'est ça ?
- C'est ça. Tu dois te ficher de mes sentiments. Demande-toi juste si ça t'embêterait.
- Non, dit Asahi.
- Non ?
- Non ça ne me dérangerait pas. »
Un truc tapa dans l'estomac de Nishinoya... pas sa bite ! Un genre de sursaut. C'était ce que devaient ressentir les femmes enceintes. Il s'approcha et se dressa sur la pointe des pieds, attrapant le col du blouson d'Asahi d'une main et lui faisant signe de se pencher de l'autre.
« J'ai jamais embrassé personne, fit remarquer Asahi quand il eut compris ce qu'on attendait de lui.
- Moi si, dit Nishinoya, c'est beaucoup plus simple qu'un tas de trucs que tu fais très bien. »
Il ferma les yeux, attirant doucement le visage d'Asahi vers le sien. C'était à ce dernier d'accomplir le dernier rapprochement entre eux. De trop longues secondes s'écoulèrent et Nishinoya rouvrit les yeux pour voir le visage d'Asahi bien trop près. Il s'était rapproché. Les battements de son cœur résonnaient contre les doigts que Noya avait gardés crispés sur son col. Leurs regards se croisèrent. Asahi se recula brutalement mais dans une action aussi vive que désespérée (une belle action, le genre qu'on repasse au ralenti), Noya enserra ses bras autour de sa nuque, se pendant à son cou pour le forcer à rester penché et accéder à ses lèvres contre lesquelles il plaqua les siennes avec une violence maladroite.
Et... rien...
Plusieurs secondes s'écoulèrent. Asahi n'osait manifestement pas bouger et Nishinoya avait peur qu'il réagisse mal s'il tentait d'ouvrir la bouche ou de sortir sa langue. C'était... c'était une position extrêmement ennuyeuse en fait. Asahi était complètement crispé cependant sa nuque était chaude sous ses bras. Nishinoya la caressa du bout des doigts et sentit sa peau frissonner.
Il réalisa alors ce qu'il venait de faire, se dégagea brusquement et déguerpit en quatrième vitesse après lui avoir asséné un coup sur l'épaule en lui lançant :
« Sans rancune on se voit demain ! »
Sauf que demain c'était dimanche et que ça allait être une très longue journée.
Quel que soit l'angle par lequel Asahi tentait d'aborder la situation, il ne parvenait pas à savoir quoi faire. Pire, il n'était pas sûr de pouvoir en parler aux autres, même à Suga qui était du genre discret. C'était le type de problème qu'on gardait pour soi. S'il se confiait, ce qu'il dirait impliquerait aussi Noya et il ne tenait pas à lui attirer d'ennuis.
Quand il pensait à ce qu'ils avaient fait, Asahi avait envie de disparaître. Le problème c'est que cette pensée revenait le frapper assez souvent aux pires moments possibles. Ça avait commencé sur le chemin du retour une fois Noya disparu. Après avoir repris sa marche pendant quelques minutes, il s'était brusquement effondré en portant fiévreusement les mains à ses lèvres. Une vraie jeune fille. Alors qu'il faisait la vaisselle, il y pensa soudain et en enfouissant son visage dans ses mains, se couvrit de mousse. Quand son père lui demanda comment allaient les cours, il se rappela en un éclair des lèvres de Noya et de ses mains sur son cou et il rougit si violemment que son géniteur en vint à lui demander s'il avait été expulsé (il fallait croire que même sa famille qui le voyait fréquemment en tablier à fleur le prenait pour un délinquant).
Asahi était mortifié par un tas de détails. D'abord le fait qu'il ait réellement cru pendant un instant qu'embrasser Noya ne le dérangerait pas. Il y avait réfléchi et s'était dit qu'un contact de la sorte ne devait pas être si différent qu'un de leurs étirements. Sauf que leurs étirements n'étaient pas hyper sexy. Une fois Noya avait lâché une caisse sans faire exprès alors qu'il était plié en deux et qu'Asahi lui tirait doucement le bras vers l'avant ce qui comprimait son estomac. Noya avait paru terriblement gêné et Asahi aurait fait comme si de rien n'était si Tanaka n'avait pas éclaté d'un rire bruyant au son de trompette triomphale qui avait résonné dans le gymnase.
« Le tonnerre annonce la frappe de l'éclair, avait clamé Noya avec un à propos désarçonnant. »
Il était vraiment intelligent. Il avait tellement de répartie. A sa place, Asahi aurait sans doute tenté de creuser un trou dans le sol du gymnase pour y disparaître.
Asahi était aussi mortifié d'avoir avoué à Noya qu'il n'avait jamais embrassé personne. C'était lui l'aîné, il aurait été logique qu'il en sache plus sur la question.
Comble du comble, Asahi était mortifié par leur baiser. Il n'avait peut-être jamais pratiqué mais il savait que ce n'était certainement pas là ce qu'on pouvait appeler une réussite. C'était même plutôt nul en vérité. Plutôt carrément nul. Qui embrassait comme ils l'avaient fait ? Pendus, pliés, les lèvres mortes, les mâchoires crispées pour ne pas baver, la respiration bloquée. C'était tellement nul. Pas besoin de prévenir Nishinoya, il se serait rendu compte tout seul qu'Asahi était un vrai boulet des baisers.
Ah ! Rien que la pensée de ces interminables secondes à se souffler dessus en s'écrasant bouche contre bouche donnaient à Asahi envie de mourir. Il était tellement pathétique.
Il aurait dû... peut-être... enfin c'était ce qui se faisait dans les films que regardaient ses sœurs... il aurait dû le serrer dans ses bras et caresser son visage. Enfin... non... il aurait risqué d'y aller trop fort et de lui faire mal vu comme Noya était petit. Lui avait toujours été plus fort que les autres et avait passé son adolescence à blesser ses camarades de classe dès qu'il n'y prenait pas garde. Il n'était pas fait comme il fallait, pas standard comme Sugawara ou Yamiguchi, pas longiligne comme Tsukishima ou Kageyama, même pas juste un peu carré comme Dai ou Ukai... il était trop... il débordait de partout.
Et il était resté penché là, plié en deux comme un parfait imbécile avec ce pauvre Noya pendu au cou. Il avait dû s'attendre à mieux de sa part. Pas étonnant qu'il ait fui la scène du crime aussi vite qu'il avait pu.
Asahi passa le week-end à se repasser en boucle et au ralenti cette véritable scène de film d'horreur. Ce ne fut que le lundi suivant, alors qu'il guettait la foule des élèves nerveusement pour fuir si jamais une chevelure ébène à mèche décolorée apparaissait, qu'il se rendit compte que la catastrophe labiale à laquelle il avait pensé pendant deux jours l'avait détourné d'un problème aussi voir plus grave.
Il ne savait toujours pas quoi penser de ce que Noya lui avait dit. « Je te veux » « je t'aime » que devait-il répondre à ça ? Il aimait bien... il aimait... il aimait beaucoup Noya. Peut-être même que s'il avait été une fille il aurait pu éventuellement envisager quelque chose même si en fait ça n'avait pas de sens puisque si Noya avait été une fille il n'aurait pas été Noya.
« Eh Azumane, tu en fais une tête. Tu as fait quoi ce week-end ? »
Asahi fit un bond et manqua de s'écrouler deux pas plus loin. C'était Hinata flanqué de Kageyama même si le passeur faisait son possible pour ne pas avoir l'air de traîner avec lui tout en traînant effectivement avec lui.
« Je... je... Rien de spécial ! Ça va très bien ! Et toi ? »
Hinata lui jeta un regard incertain et Kageyama lui expliqua rapidement qu'il voulait s'entraîner à lui faire des passes sur le temps de la pause de midi s'il était disponible. Il n'y avait pas de problème pour Asahi qui accepta même s'il aurait aimé passer ce moment là caché au fin fond des toilettes afin de ne pas risquer de croiser Noya. Heureusement, il eut de la chance, il ne le vit pas avant le soir. Il fut presque déçu de constater que Nishinoya se comportait exactement comme d'habitude. Enfin... comme avant qu'il ne commence à se comporter bizarrement même. Il semblait avoir complètement oublié ce qui s'était passé alors qu'Asahi, lui, n'avait pensé qu'à ça pendant trois jours. C'était un petit peu humiliant et vexant. Mais ce n'était pas la faute de Noya bien sûr mais... Asahi aurait aimé, quelque part, qu'il recommence à faire attention à lui au lieu de rester si égal.
Au cours de l'entraînement, à force de surveiller Noya du coin de l'œil, Asahi manqua services et réceptions en série. Kageyama s'était déjà irrité durant la pause de son manque de concentration même s'il avait (très difficilement il est vrai) pris sur lui. Là, Ukai ne se gêna pas pour lui faire remarquer et Asahi se répandit en excuses après avoir eu la sensation de s'être liquéfié sur place.
Nishinoya vint le voir peu après alors qu'ils attendaient leur tour pour travailler leurs services. Il parut hésiter à poser sa main dans son dos mais s'en abstint finalement. Asahi aurait bien aimé qu'il le fasse.
« Tu fais ce que tu peux. T'inquiète pas c'est qu'un entraînement. On a tous des moments où ça va pas trop.
- Excuse-moi, dit Asahi sans réfléchir. »
Noya lui jeta un regard étrange et Asahi se sentit rougir. Heureusement, il avait la peau mate et ça ne se voyait pas trop mais il avait vraiment chaud.
Nishinoya lui passa devant et alla se mettre en position pour servir. Il était petit mais avait une très bonne détente. Asahi l'avait déjà remarqué... enfin Dai l'avait dit et ensuite il y avait prêté attention. Il n'était pas du niveau d'Hinata en terme de rapidité mais comme lui, il était sec et vif. Son corps léger se déployait et semblait rester un temps infini en suspension dans l'air. C'était assez magique à regarder. Dommage qu'on le voie essentiellement en réception sur le terrain. Les réceptions étaient moins agréables à voir. Enfin la rapidité et la fluidité de Noya étaient toujours impressionnantes mais il passait son temps à se jeter au sol, à rouler, à se faire mal. Asahi grimaçait souvent en le voyant et passait son temps à s'inquiéter pour lui. Il ne prenait pas vraiment soin de lui. Ceci dit, il savait que ce genre de considération irritaient Noya qui n'aimait pas qu'on se soucie de lui. Il aimait être vu comme un filet de sécurité et croyait que sa fiabilité devait passer par une imaginaire invulnérabilité.
Asahi savait à quel point il était fort. Il n'était pas utile de se faire mal pour le prouver.
Ce fut à son tour de passer. Il servit machinalement et s'en sortit sans trop de mal. Il avait connu des jours plus glorieux mais avec l'habitude, ce genre de choses ne lui posaient plus de problème et il n'avait plus tellement besoin de se concentrer. C'était peut-être se reposer sur ses lauriers mais Daichi et Ukai ne lui firent pas de remarques.
Enfin, l'entraînement s'acheva. Comme il avait l'air fatigué, Asahi n'eut aucun mal à prendre rapidement congé de ses camarades et se dirigea vers sa maison à grandes enjambées mais il fut rattrapé à mi chemin par Noya dont il entendit les pas et le souffle derrière lui avant de le voir le dépasser à petites foulées pour se poster en face de lui.
Il s'était douché mais mal séché, ses cheveux retombaient sur ses yeux et ses oreilles rougies par la course émergeaient d'un amas de mèches. Asahi avait envie de le recoiffer des doigts. Il devait admettre qu'il était plutôt content de le voir mais ce qu'il dit ne lui plut pas vraiment.
« Eh... Je voulais juste te dire que tu ne devais pas t'inquiéter et oublier ce qui s'est passé, d'accord ? Je t'embêterai plus. Ce qui compte, c'est l'équipe et je crois que je t'ai un peu trop perturbé. Faut pas penser à moi d'accord ?
- C'est pas... ta faute.
- Bah je sais, répondit Noya, je me suis pas excusé. Je te dis juste de pas t'en faire. Ok ? Ce que j'ai dit tu oublies. On se focalise sur l'entraînement, les cours, tout ça... »
Asahi pinça les lèvres. Était-ce véritablement ce qu'il voulait ? Il n'osait pas demander alors il dit :
« D'accord. »
Noya lui sourit puis repartit en sens inverse après l'avoir salué et soudain, Asahi se sentit terriblement seul.
Note aux lecteurs : Ouais un bisouuu... nul... après deux chapitres... Alors que de base je voulais juste écrire un PWP avec du smut. En fait j'aime beaucoup trop TOUS les membres de l'équipe pour ne pas les impliquer un peu sans parler de mon désir de rester IC et le fait qu'Asahi est un peu dur à contrôler dans la romance (mec... respire = sérieusement heureusement que Noya est plus vif et entreprenant hein). Bref, du coup la fic s'allonge. J'en suis à quatre chapitres sans smut en premier jet. Vous êtes prévenu-e-s :)
J'espère que ça vous plaira
