« Je sais ce qui est arrivé à Asahi, lâcha Tsukishima à Noya quand il arriva dans les vestiaires, et j'aurai aimé l'ignorer, tu ne peux pas imaginer à quel point j'aurai aimé l'ignorer.
- T'es toujours aussi chiant toi, répondit Noya avec bonne humeur en lui adressant un sourire resplendissant.
- Oh non... je devine sans peine la cause de cette bonne humeur.
- Bah mon vieux Tsukki, j'y peux vraiment rien si tu fantasmes. A toi de gérer mon grand, dit Nishinoya en lui assénant une tape sur l'épaule. »
Il alla ranger son sac dans son casier après en avoir extirpé son maillot et Tanaka surgit derrière lui.
« T'as vu Asako ce week-end, non ?
- C'est qui Asako ? demanda Hinata qui venait d'arriver.
- Sa meuf, dit Tanaka avec autant de fierté que s'il s'était agi de la sienne et oubliant le fait que Noya lui avait demandé d'être discret sur la question.
- Ah ! Trop cool ! s'écria Hinata, c'est pas étonnant du tout qu'un type aussi cool que toi ait une petite amie mais c'est super ! Je suis sûr qu'elle est géniale.
- Elle est géniale, oui, dit Nishinoya avec un sourire tranquille. »
Il se figea brièvement en croisant le regard de Daichi qui semblait lui dire « tu n'as pas honte ? » et devina sans peine que Suga avait trouvé le « moment opportun » pour lui parler de la relation secrète établie entre ses joueurs. Bah. C'était son problème s'il le vivait mal. Il n'allait pas se retenir d'être content pour le bon plaisir de son capitaine.
Asahi fit alors son entrée, tardive comme d'habitude, dans les vestiaires. Il salua l'équipe et adressa un sourire timide à Noya avant de se mettre à sortir ses affaires trèèèèèès leeeeeeeentemeeeeeeent. Nishinoya s'habilla aussi de façon un peu moins rapide qu'à l'ordinaire. Non par pudeur comme Asahi mais bien au contraire parce qu'il espérait être observé. Il fit glissa très doucement son maillot sur son torse et se pencha plus que de raison pour enfiler son short. Il jeta un coup d'oeil discret à Asahi qui détourna les yeux en avalant sa salive. Les autres ne faisaient plus vraiment attention à eux, ils se focalisaient sur une ânerie de Tanaka et un début de dispute entre Kageyama et Hinata. Noya fit mine de participer mais ses pensées étaient ailleurs. Il avait un peu sauté sur Asahi ce dimanche. Ils n'étaient pas allés beaucoup plus loin que la veille, surtout que sa famille était présente cette fois là bien qu'on les ait laissés assez tranquilles. Ils s'étaient juste frottés en gardant l'essentiel de leurs vêtements. C'était déjà vraiment cool. Enfin plus que cool mais Noya aurait eu grand peine à définir son état dans ce genre de situation. Échevelé peut-être, ça avait le mérite d'être physiquement exact.
Asahi n'avait évidemment pas commencé à se déshabiller quand Noya sortit des vestiaires. Ce dernier attendit que tout le monde ressorte, sauf le grand dadais évidemment, avant de se faufiler de nouveau dans la pièce. Asahi était là, torse nu et il eut un sourire hésitant en le voyant.
« Je me doutais que tu reviendrais. Tu as oublié quoi cette fois ? demanda-t-il. »
Le ton était aussi peu assuré que d'ordinaire mais il s'agissait pour Asahi d'une remarquable tentative d'humour. Noya haussa les épaules et se rapprocha de lui sans détacher son regard du sien. Asahi détourna le visage :
« Noya, on ne devrait pas.
- On ne devrait pas, le parodia-t-il avec un ton de jouvencelle. »
Asahi fronça les sourcils en croisant les bras. Néanmoins, il souriait alors Noya l'attira par la nuque et l'embrassa, se collant à son torse chaud caressant son bras, puis son dos nu. Ça faisait à peine vingt quatre heures mais il réalisa que ça lui avait manqué. Ces lèvres un peu charnues, ce nez qui cognait le sien, cette barbe râpeuse dont le contact le faisait frissonner. Asahi poussa un petit gémissement et entrouvrit sa bouche en inclinant plus avant le visage mais Noya se recula un peu pour jouer.
« Mmh... c'est pas prudent, murmura-t-il.
- Oui c'est vrai, dit Asahi en soufflant dans son cou.
- Mais je m'en fiche, reprit Noya.
- C'est vrai aussi, dit Asahi en cognant doucement son nez du sien avant de happer ses lèvres. »
Yavait pas à dire. Ils étaient devenus sacrément doués pour ça sacrément vite. Nishinoya allait lui suggérer de se mettre contre la porte afin de bloquer d'éventuels intrus mais ladite porte claqua alors contre le mur et ils bondirent aussi loin que possible l'un de l'autre. C'était Tanaka qui se figea dans l'embrasure, les yeux écarquillés.
« Wow... je... j'ai bien vu ce que j'ai cru voir ? articula-t-il.
- Qu'est-ce que tu as cru voir ? Demanda prudemment Noya d'une voix moins maîtrisée qu'il n'aurait voulu. »
Tanaka n'aurait pas eu une expression différente face à un revenant.
« Vous... Et Asa... putain... Asako c'est Asahi ? Putain mais oui évidemment ! Faut-il être con ! Mais attends... ça voudrait dire qu'Asahi est ta copine étudiante et que tu es sa couguar ? C'est pas... Ahah... non c'est pas vrai ? Ah ! Vous... fin... je... Mais c'est complètement...
- Ferme la porte, grimaça Noya. »
Mais avant qu'il ait eu le temps de l'en empêcher, c'est Asahi qui détala en courant et sortit de la pièce à toute vitesse. Noya se précipita derrière lui, se figeant à la porte du vestiaire en le voyant sortir du gymnase à toute vitesse. Il avait eu la présence d'esprit de remettre son T-shirt ceci dit. Son « mode survie » était décidément efficace.
Tous les regards des joueurs qui s'échauffaient se tournèrent vers Noya et Tanaka après avoir suivi Asahi. Nishinoya croisa encore le regard de Daichi qui paraissait absolument exaspéré. Il lui adressa un sourire d'excuse. Asahi avait juste paniqué. Ce n'était pas si grave. Tanaka... Tanaka finirait par le répéter et... merde Noya lui avait menti et c'était quand même son meilleur ami. Mais en même temps... mais pour le moment... mais... bon, inutile de se voiler la face, il s'était plongé dans une belle merde. Sa mère dirait que c'était les hormones. C'était sûrement les hormones.
Noya réfléchit. Il sentait les regards de ses camarades fixés sur lui. Rien d'étonnant à cela, la situation devait vraiment paraître louche de l'extérieur. Elle l'était déjà de son point de vue alors... Que faire ? Noya était un habitué des décisions rapides sous pression, il ne fut pas long à se décider. Il se tourna vers Tanaka et lui dit à mi voix :
« Excuse-moi mais je vais aller voir comment il va, prétexte un souci de famille, un appel, un truc comme ça auprès des autres. Je t'expliquerai plus tard.
- Vous reviendrez vous entraîner ? demanda Daichi qui, appuyé par un signe d'Ukai, s'était approché à grandes enjambées, faisant signe à l'équipe de poursuivre sans prêter attention à leur échange.
- Ouais, lui assura Noya.
- Vous êtes vraiment idiots, je tiens à ce que tu le saches, dit Dai.
- Je sais. »
Il soutint le regard de Dai qui le toisait, les mains sur les hanches. Le capitaine finit par détourner le visage avec lassitude.
« Allez, file. Asahi a eu un appel du genre urgence familial, il a besoin d'un camarade.
- Merci, dit Noya. »
Et il se précipita vers la porte mais Tanaka se lança alors à sa poursuite.
« T'es sérieux ? lui cria-t-il une fois sorti du gymnase, c'est pas une meuf !
- Je sais.
- Et Kiyoko ?
- Je te la laisse. »
Tanaka s'arrêta, plié en deux. Noya se figea pour lui jeter un dernier regard :
« Mais casse toi espèce d'idiot ! Sinon tu le choperas jamais ! Il est grand mais il est doué pour disparaître ! »
Noya lui sourit et lui adressa un signe avant de courir aussi vite qu'il pouvait. Il n'avait aucune idée de l'endroit où Asahi avait bien pu se cacher mais il ne doutait pas de pouvoir le retrouver.
Asahi avait couru droit devant lui sans réfléchir, effrayant la plupart des gens qu'il avait croisés avec son visage affolé (qu'est-ce que ça aurait été s'il n'avait pas remis son T-shirt ?) Il s'arrêta près d'un bâtiment qui hébergeait les bureaux du conseil des élèves et quelques locaux de petits clubs. Il se roula en boule dans les buissons et attendit, tâchant de reprendre sa respiration tout en s'interdisant de réfléchir à la situation sinon il allait se remettre à courir et il arriverait probablement jusqu'à l'océan.
Inspirer, expirer, le dos enroulé, les yeux clos, ne pas penser, inspirer, expir... Non ! Tanaka les avait vu ! Et il avait eu l'air de trouver ça affreux et... et c'était affreux ! Dans sa situation, Asahi était persuadé qu'il n'aurait pas réagi différemment. Ils étaient répugnants Noya et lui. Tellement répugnants ! Tellement sales ! S'embrasser comme ça partout... alors qu'ils étaient coéquipiers... et deux garçons... et le faire sérieusement ! Et ça avait pris bien trop de place dans sa tête ces jours-ci. Et Dai aussi savait et Tsukishima et Yamaguchi et Tsukishima avait peut-être raison d'être aussi dégoûté. Asahi ne communiquait pas beaucoup avec sa famille mais ce qui était sûr c'est qu'il ne lui serait jamais venu à l'idée de parler de Noya à ses proches et pourtant, il avait pris tellement de place. Est-ce que c'était normal de ne rien dire ? C'était un monde séparé après tout. Et l'équipe aussi... au fond. Noya et lui avaient outrepassé les règles en mélangeant leur truc à leur activité de club. Ça ne devait pas se mélanger.
Mais c'était tellement compliqué de gérer cette attirance entre eux. De ne pas se toucher alors qu'ils étaient suants, nus, en contact, concentrés l'un sur l'autre dans l'intimité ou sur le terrain. C'était... ce n'était que le début. Peut-être qu'ils arriveraient à gérer tout ça plus tard.
Et si ça n'arrivait pas ? Et s'ils continuaient de faire n'importe quoi et à se laisser distraire l'un par l'autre. Avec Noya, Asahi se surprenait lui-même. Il devenait une autre personne et ses priorités se résumaient à lui.
Il massa son cou du bout des doigts. C'était encore douloureux mais le souvenir des circonstances dans lesquelles il avait été marqué de la sorte l'emplit d'une sourde excitation. Il était à deux doigts de bander à ce simple souvenir. Il ne se dominait plus.
Il y avait une solution toute simple à ce problème. Asahi ne voulait pas quitter l'équipe ni son poste de pointu mais il pouvait quitter Noya.
Pourquoi est-ce que cette perspective le terrifiait autant ?
« Asahi ! »
Il se figea, le cœur battant. C'était la voix de Noya mais d'où lui parvenait-elle ? Un rire retentit. C'était au dessus de lui. Il leva le nez juste à temps pour voir Noya se laisser souplement tomber devant lui du haut de l'arbre où il s'était perché.
« J'ai mis du temps à te retrouver, lui dit-il, j'ai dit à Dai que je te ramènerai pour la suite de l'entraînement. Il nous couvre et Tanaka aussi. Tu viens ? »
Asahi baissa le nez. Nishinoya qui lui avait attrapé les bras pour le tirer vers le haut, s'accroupit devant lui en sentant sa résistance et pencha son petit visage vers le sien.
« Je suis désolé pour Tanaka, dit-il, on aurait dû se mettre contre la porte. »
Asahi était incapable d'articuler une réponse. Il détourna le regard. La promiscuité de Noya rendait toute réflexion difficile. Il avait envie de le toucher et il était à deux doigts de céder à cette pulsion, envoyant au tapis la réflexion rationnelle qu'il avait construite jusque là. Voyant son silence, néanmoins, Nishinoya prit son visage entre ses petites mains et le força à le regarder.
« Tu m'en veux ? demanda-t-il.
- Non, murmura Asahi, c'est juste... »
Il soupira. C'était tellement difficile.
« Tu ne penses pas qu'on devrait arrêter ? Ca ne nous apportera rien de bon tout ça... »
Il n'arrivait pas à soutenir le regard de Noya mais il sentit sa crispation à travers le contact de ses mains sur ses joues. Après une seconde qui sembla une éternité, Nishinoya le lâcha et se releva lentement. Le silence était si chargé. C'était insoutenable.
« Noya, hésita Asahi en lui jetant un coup d'oeil timide. »
La mâchoire de Nishinoya était crispée et il serrait les poings. Il contemplait droit devant lui sans répondre à l'appel silencieux de son ami.
« Comme tu veux. De toute façon je ne peux pas te forcer. »
Il inspira, le corps tremblant et se tourna vers Asahi qui s'était relevé à son tour. Il dépassait largement du bosquet et devait avoir l'air parfaitement stupide seul au milieu du buisson.
« T'es vraiment qu'un lâche, cracha Noya, j'aurai dû m'y attendre en fait mais je me disais que ça avait peut-être vraiment changé. »
Nouvelle inspiration.
« Je suis même pas vraiment énervé en fait. Tu me blases à ce stade. Je sais pas à quoi je m'attendais. »
Asahi ne savait pas quoi répondre. Ce qu'il disait lui faisait mal mais c'était plus facile d'entendre ça que de continuer leur relation en fait...quelque part. Et il savait que c'était sans doute mérité. Et il savait aussi que Noya exagérait peut-être aussi un petit peu (un tout petit peu il est vrai) pour se défouler parce que malgré ce qu'il prétendait, il avait toutes les raisons d'être énervé. Asahi l'avait encore lâché.
« Je voudrai juste... Fin... tu réalises que ça va rien changer à part nous frustrer tous les deux et peut-être même que du coup ça nous empêchera de réfléchir de façon efficace genre je pensais pas être sur les gars tu vois et les filles me font encore de l'effet mais te voir tous les jours... mec... »
Asahi n'avait aucune envie de poursuivre cette discussion. Il ressentait la même chose mais il était persuadé qu'il serait bien plus facile de passer au delà de cette attirance sans doute momentanée que de gêner tout le monde en assumant et en embrassant même cette lubie. Surtout que Noya était, derrière Tanaka et devant Hinata, l'être le plus tapageur, bruyant et indiscret qu'il connaissait.
« On est assez grand pour gérer ça, avança-t-il.
- Toi peut-être, mais moi, je suis tout petit, dit Noya en croisant les bras, je ne vais pas te lâcher comme ça.
- Tu devrais peut-être, dit Asahi, parce que moi, je ne veux pas te faire de mal mais au fond je ne suis pas très gentil. »
Une tristesse fugace passa sur le visage de Noya qui, une fraction de seconde, eut l'air complètement assommé. Il finit par se ressaisir et dit d'une voix blanche :
« Tu veux vraiment qu'on arrête. En fait. »
Asahi hocha la tête.
« Pauvre type ! T'aurais pas pu y penser avant ? T'aurais pas pu le dire ? Non. J'aurai dû y penser... Tu voulais rien de tout ça ! Tu t'es laissé faire parce que tu flippais !
- Je me suis pas... laissé faire... hésita Asahi, j'avais envie aussi.
- Alors pourquoi tu veux arrêter ?
- Parce que je peux pas. »
« Parce que je ne peux pas assumer. Parce que je ne peux pas continuer. Parce que ça nous éloigne de nos véritables objectifs. Qu'on devient bête. Que ça parasite notre jeu. Que ça parasite notre scolarité. Que ça parasite nos familles. Notre amitié. Nos amitiés. Notre corps. Notre esprit. Notre logique. Notre raison... »
Asahi le pensa seulement mais ne parvint pas à le dire. Il répéta juste.
« Je peux pas. »
En baissant les yeux, il réalisa que Noya était au bord des larmes. Il détourna la tête pour ne pas le gêner.
« Ok, dit Noya d'une voix tremblante, Ok... Bon... on devrait y retourner. J'ai dit à Daichi qu'on reviendrait s'entraîner. »
Asahi acquiesça. S'il avait pris cette décision entre autre pour l'équipe, il fallait assumer même si la dernière chose dont il avait envie à présent, c'était de jouer avec Noya.
Note aux lecteur-rice-s : Merci à CrimsonRealm et au Guest de passage pour les reviews comme toujours... ravie que ça vous plaise mais le niveau supérieur attendra puisqu'en ce jour de Saint Valentin je poste un chapitre de RUPTURE sissi !
Je suis contente d'avoir écrit sur le sujet d'ailleurs. On se pose assez rarement la question du temps que ça prend d'être amoureux et beaucoup de gens ont l'air de penser que ça vaut le coup (et ttfaçon quand on aime on ne compte pas lol) et on balance des "t'es trop individualiste" ou "t'es égoïste" à ceux qui, tout en pouvant éprouver des sentiments forts, ne peuvent juste pas se mettre en couple comme on l'entend parce que, pas le temps/autres priorités/ou pas envie d'assumer ce que ça implique (d'ailleurs on emmerde beaucoup plus les filles que les garçons à ce sujet... étrange...è_è). Je pense au contraire que c'est une preuve de respect et de maturité que de refuser une relation qu'on caserait par devoir machinal entre deux impératifs qu'on jugerait prioritaires. Je sais pas si je suis claire. J'ai une sale grippe je dis peut-être des bêtises :)
Tout ça pour dire : ne soyez pas trop dur avec Asahi, les relations n'ont rien de simple et évident malgré les mythes qu'on tente de nous faire ingurgiter comme quoi l'amour romantique c'est magique et ça résout tous les problèmes :)
