Previously on Butterflies and Hurricanes: Amelia a eu un accident suite à une dispute avec son mari. Arizona la prend en charge et découvre qu'elle souffre d'amnésie…

Quand on est enfant et qu'on imagine son futur, on s'imagine avoir un métier passionnant.

On s'imagine dans un moment exaltant, en train de voir un projet aboutir, comme sauver une vie, éteindre un feu, recevoir une récompense prestigieuse. On s'imagine avec de beaux enfants, un mari infaillible, on s'imagine dans la même ville avec ses frères et sœurs autour de soi.

Tout va bien : c'est ce que notre cerveau peut concevoir.

Il y avait du monde dans la salle de tri de l'hôpital. Elle grouillait de patients, d'infirmières, de familles. Kepner passa devant lui à toute vitesse sans lui prêter attention, concentrée sur une urgence. Il s'approcha de l'accueil et demanda à la réceptionniste dans quel service se trouvait sa femme. Finalement Arizona s'approcha de lui. Elle guettait son arrivée depuis quelques minutes. Bien qu' expliquer la situation d'un patient arrivés en urgence à leurs proches était son lot quotidien, elle ne savait pas par quoi commencer en s'adressant à son collègue. Elle s'efforça d'être concise et rassurante, mais le blond paraissait avoir perdu tout self-control et elle détestait cette sensation de se faire disputer.

« Owen, reste ici le temps qu'elle sorte du scan. Que crois-tu qu'elle va penser si elle voit un type hystérique entrer dans sa chambre ? » Arizona employa un ton calme et ferme pour calmer le mari d'Amélia dont elle venait de dresser le diagnostique.

« Que son mari s'inquiète pour elle ? » répliqua l'intéressé réalisant toutefois le ridicule de la scène proposée.

« Quoiqu'il arrive, on la gardera ce soir en observation. Tout laisse à penser qu'elle n'a rien de sérieux et que son amnésie est due au choc. Sûrement quelques lésions bénignes. Je te demande de respirer un bon coup et de penser à ce que tu vas lui dire. Pense à ce qu'elle ressent maintenant. Elle est perdue. Tu dois la rassurer, sans être surprotecteur sinon elle va juste penser que t'es un mec lourd. » Elle remarqua que sa mâchoire était crispée et qu'il luttait pour ne pas répondre à cet affront. Les mots employés étaient peut-être un peu forts finalement… « Tu te rappelles ta première conversation avec elle ? »

« C'était pour son entretien d'embauche. »

« Bon, mauvais exemple. La première fois que tu as essayé d'avoir une conversation avec elle ? »

L'ex-chef se rappela que c'était alors qu'une patiente l'avait affichée devant tout l'hôpital, dévoilant son addiction aux drogues.

« Un bide complet. J'ai même crû qu'elle allait me mordre !»

« Très bien. Alors juste, ne fait pas comme ça. »

Se faire remémorer certains souvenirs l'avait au moins aidé à prendre du recul. C'est vrai que pour elle se serait leur première rencontre. Ca n'avait sûrement aucune importance, sa mémoire allait revenir vite. C'était déjà un miracle qu'elle soit consciente et qu'elle ne souffre que d'une côte fêlée. Elle n'avait probablement rien de grave à la tête non plus. Il pourrait rapidement la serrer dans ses bras et lui dire combien il l'aime.

Bien que le Dr Nelson ait terminé d'examiner sa consœur, le protocole obligeait la patiente amnésique à se livrer à un examen psy, afin qu'elle puisse s'exprimer mais surtout qu'elle prenne connaissance des différentes aides et structures qui pourraient la soutenir dans cette phase difficile. Ce n'est donc que quarante-huit interminables minutes plus tard qu'Owen eu l'autorisation d'accéder à la chambre d'Amélia. Malgré le temps qu'il avait eu pour réfléchir à la façon de l'aborder, il se sentait désarmé. Juste avant de rentrer dans sa chambre, son cœur avait commencé à s'accélérer. Mais ce n'était pas le même sentiment que lorsqu'il avait reçu l'appel de l'hôpital. Cela ressemblait plutôt aux nombreuses fois où elle l'avait plaqué et qu'il était revenu la queue entre les jambes pour essayer de se faire pardonner ou de la raisonner sur le bien-fondé de leur relation. Et cette fois encore il voulait lui dire qu'il était désolé, qu'il avait eu tort, mais cela n'aurait aucun effet : elle ne se souvenait de rien. Il n'allait recevoir ni punition, ni rédemption. Elle était assise sur son lit, les jambes en tailleur sous le drap et rongeait les petites peaux près de l'ongle son pouce. Elle abandonna toutefois sa mauvaise manie quand le blond entra dans la pièce. Il approcha et s'assis sur son lit à une distance raisonnable d'elle.

« -Amélia, je…on m'a dit que tu ne te rappelais de rien mais je suis vraiment content que tu n'aies rien de grave. Je veux dire…

Bon sang, qu'est-ce que je suis nul !

…J'ai vu tes scans et tes radios et, après un tel accident, ça aurait pu être bien pire. »

C'était étrange. Elle ne semblait pas vraiment différente, mais il n'avait pas l'habitude qu'elle le regarde avec ce regard intrigué, légèrement méfiant.

« -Oui, j'ai vu les scans aussi. Il y a un saignement dans le lobe temporal gauche mais il n'est pas si important que ça. Je vais me souvenir de tout très bientôt.

-Tu peux quand même lire tes radios ?

-Bien entendu, la mémoire procédurale n'est pas affectée. Si j'avais les bras assez longs, je pourrais m'opérer moi-même. Mais je n'ai pas besoin d'intervention alors…

-C'est bien. Tu aimes tellement la chirurgie, je t'aurais mal imaginée sans pourvoir opérer.

-Dis-moi…Où est-ce que j'allais ? Quand j'ai pris la voiture. »

Owen ne s'attendais pas à cette question. Pourquoi est-ce que c'était important ? Elle devait avoir tellement d'autres questions, qui elle était, qui est-ce que lui était, comment était sa maison, etc. Mais qu'est ce que cela pouvait faire de connaître la raison pour laquelle elle avait pris sa voiture ?

«Je ne sais pas. »

Un silence s'installa mais elle le fixait comme si elle attendait une réponse plus satisfaisante. Il se décida à dire quelque chose qu'il allait regretter. Fatalement il allait le regretter puisqu'il foirait tout. Mais c'était pesant de mentir. Il lui prit la main, comme pour adoucir son récit.

« On s'est disputé et tu es partie. Tu as tendance à fuir… Enfin, je ne veux pas dire que c'est de ta faute si on s'est engueulés, simplement, tu as tendance à fuir. Mais ce n'est pas très important, tous les couples ont des disputes, ce n'est pas la première ni la dernière fois. Je préfère que tu te concentres sur ton rétablissement, d'accord ? »

Ce qu'il lisait dans son regard ressemblait davantage à de l'incrédulité que du soulagement. Elle retira d'ailleurs sa main de la sienne, probablement signe que cette réponse ne l'ait pas satisfaite.

« Justement, je pense qu'il est temps pour moi de dormir. Plus vite cette nuit passera et plus vite je serai dehors. »

Bien joué Owen, tu viens de te faire poliment congédier.

Soucieux de ne pas être « lourd » comme Arizona l'avait envisagé, il alla dans son sens.

« D'accord. Je reviendrai te chercher demain.

-J'ai pas une voiture ?

-Bonne pour la casse.

-Ah oui, c'est vrai… Bon. Ok, à demain alors. »

Malgré l'envie de la prendre dans ses bras et de l'embrasser, au moins sur le front, simplement pour lui dire bonne nuit, la tension qui s'était installée entre eux depuis les trente dernières secondes le dissuada de toute tentative de rapprochement physique. Cependant, la conclusion lui sembla un peu rapide et il décida de ne pas abandonner tout de suite.

« Il vaudrait mieux que je reste avec toi ce soir. Tu viens d'avoir un grave accident et je suppose que ce n'est pas facile d'être ici, alors que tout t'est étranger, ça ne me plait pas de te laisser seule ici…

-Merci, mais ça va aller. Rentre. Si quelque chose arrivait, tu ne pourrais rien faire de toute façon. Un chirurgien n'a pas le droit d'intervenir sur une personne de sa famille. Je veux juste dormir. »

Loupé.

Le manque de chaleur des mots de la brune l'avait affecté, mais il ne pouvait pas raisonnablement lui en vouloir. C'est à lui qu'il en voulait, d'être à l'origine de leur dispute et de ressentir ce sentiment de culpabilité au point de se sentir obligé de respecter une distance qui n'aurait pas dû être si importante.

« Je comprends. Appelle-moi s'il y a quoi que ce soit. Fais de beaux rêves. »

Owen sortit de la chambre et échangea quelques mots avec le Dr Nelson avant d'informer une personne responsable du planning du fait qu'il serait absent le lendemain, puis il passa au poste de police pour avoir plus d'information sur l'accident. La nuit fut donc très courte, mais c'était mieux comme ça.

Arizona était passée prendre de ses nouvelles mais la patiente resta évasive sur sa rencontre avec Owen et prétexta également d'avoir besoin de sommeil pour qu'on la laisse tranquille.

Qu'est ce que je fous dans cette vie ? Qu'est ce qui ne va pas chez moi ? Mon père est mort. Mon frère est mort. Le reste de ma famille ne me parle plus. Mon couple n'a pas l'air d'aller fort et mon mari –aussi canon qu'il soit- est aussi froid que ses yeux. J'ai plus de trente ans et pas de gamin alors que j'adore ça… En plus je n'ai même plus de voiture.

Amélia versa quelques larmes et fit semblant de dormir, sentant de temps à autres des regards à travers la fenêtre. Avec toutes ces questions qui tournaient dans sa tête, la nuit lui parut particulièrement longue.

Quand on est enfant, on ne s'imagine pas tous les efforts et les sacrifices pour en arriver à ce qu'on est.

On ne s'imagine pas qu'on puisse se disputer avec sa famille. On ne s'imagine pas être divorcé ou veuf, on ne s'imagine pas avec un enfant malade.

On ne s'imagine pas la solitude.

Notre cerveau ne peut pas concevoir tout ça. L'être humain est fondamentalement fait pour aller bien. Et quand il y a un trop gros décalage entre le rêve et la réalité.

Notre cerveau ne va plus bien.

A suivre~