Previously on Butterflies and Hurricanes: Amelia a eu un accident de voiture et elle a perdu la mémoire. Après une biographie express par Arizona, la jeune femme a des doutes sur sa vie qui ne font que grandir quand Owen va la retrouver à l'hôpital.
Quand on joue au Monopoly, tout le monde veut gagner
On part avec une certaine somme d'argent, qu'on accepte de perdre dès lors qu'on a annoncé qu'on prenait part au jeu
On sait pourtant qu'un seul d'entre nous va gagner
Certes, un ou deux autres joueurs vont gagner des loyers confortables
Certains d'entre nous iront en prison
D'autres se feront bien voir par l'administration
Et nous repasseront tous par des chemins que nous avons déjà pris
La brune avait récupéré son sac mais son téléphone portable, qu'elle avait probablement posé dans le vide poche sous le poste radio, était si abîmé qu'il était devenu impossible de l'allumer. Elle regrettait de ne pas pouvoir entrer dans sa propre intimité, lire les messages envoyés à son mari, à ses amis, à ses sœurs. Puis elle aurait pu découvrir ce qui se cachait dans son répertoire d'images, les bons moments, ses neveux probablement photographiés sous toutes les coutures, des plats dégustés dans un resto chic de la ville, des cas amusants ou répugnants dont regorgeaient les urgences de l'hôpital et les images que ses contacts lui avaient envoyées… Mais la technologie lui refusait cette chance. Elle pensa qu'en ouvrant ses anciens emails, il y aurait d'autres informations. Une partie d'elle voulait se souvenir de certaines choses, elle pourrait ainsi rebâtir sa vie à partir de quelques bases, savoir un minimum qui elle était, mais d'un autre côté, elle savait qu'il y avait en elle une partie sombre qu'il était peut-être dangereux de mettre à jour.
A peine une heure après avoir retrouvé sa maison, elle renvoya son mari au travail assurant qu'elle voulait dès à présent retrouver la vie la plus normale possible et qu'elle se débrouillerait très bien toute seule. Le médecin, prévoyant, lui laissa tout de même de l'argent, sa chère et tendre étant incapable de se rappeler de son code de carte bleue. Il lui nota également son numéro de téléphone, celui de l'hôpital et de quelques amis ainsi que celui du taxi au cas où elle voudrait faire un tour en ville puis s'assura qu'elle avait toujours les clés de la maison dans son sac. Une dernière fois, il lui demanda s'il ne valait pas mieux qu'il reste auprès d'elle au moins aujourd'hui mais Amelia déclina la proposition. Elle profita de d'être seule pour visiter les lieux plus calmement, inspecter les détails, espérant ainsi se faire une idée du genre de personne qu'elle était.
De l'extérieur, la maison semblait idyllique. L'intérieur également était confortable et correspondait tout à fait à ses goûts. Elle se demanda si elle l'avait décorée elle-même. Etait-elle une de ces femmes qui s'occupent soigneusement de son intérieur ? Savoir qu'elle était une femme neurochirurgien ne l'avait pas impressionnée, d'ailleurs tout ce qui avait trait à la médecine ne lui était pas « revenu », en fait, tout était déjà là, comme le fait qu'elle était capable de parler ou de lire. En revanche elle n'était pas à l'aise à l'idée de jouer les décoratrices. Non, elle n'y était probablement pas pour grand-chose dans la déco. Le frigo et les placards étaient remplis d'aliments sains pour la majorité. Il n'y avait rien d'extravagant, ce qui était sûrement dû au fait que l'appartement n'était pas occupé depuis longtemps. Pas de mug floqué d'un pays étranger, pas d'assiettes dépareillées. Seuls les biberons de la petite Harriet juraient un peu parmi la vaisselle moderne. La chambre qu'elle occupait avec Owen, elle, était plus en désordre et elle était rassurée de voir de la vie dans la pièce. Le lit n'était pas fait, ce qui n'était guère étonnant vu l'agitation qu'elle avait causée ces dernières heures. Du côté de la douche il y avait du maquillage étalé sur la tablette et des produits qui étaient à quatre-vingt dix pour cent féminins. Un tour vers sa commode lui confirma que c'était elle qui était à l'origine du désordre dans la pièce. Elle était encombrée de quelques objets du quotidien et d'une photo encadrée de son mariage. La scène était aussi parfaite que cette maison. Les mariés étaient glamours, souriants et semblaient très amoureux. Sous le lit, de son côté, elle trouva son ordinateur portable. Avant qu'elle n'ait eu le temps de l'allumer, elle entendit la porte d'entrée s'ouvrir. Elle se dirigea alors vers le salon et elle rencontra celui qui était sans aucun doute son autre colocataire, Jackson. Il était plus jeune qu'elle de quelques années, très bel homme et avait un regard incroyable. Mais ce qui le caractérisait à ce moment était davantage son sourire franc et amical.
« Salut Shepherd ! », lança le beau métis en s'approchant de son amie. Il la prit naturellement dans ses bras et la serra fort. Elle pouvait sentir toute l'affection qu'il avait pour elle à travers cette accolade. Il l'embrassa sur la tête avant de continuer : « Content de te voir en forme, tu nous as fait une de ces frayeurs ! Alors comme ça on n'a pas peur des gros camions ?
-Les flics ont dit que ce n'était pas de ma faute. Moi je ne sais pas, je ne m'en rappelle plus. Je ne me rappelle plus rien de ma vie d'ailleurs…
-Je sais, Hunt m'a dit. C'est pas grave, on a décidé de pas te foutre dehors. »
Amélia rit à la plaisanterie et se décolla du torse rassurant de Jackson puis réalisa qu'il était seul.
« -Où est ton bébé ?
-Harriet est avec sa mère, April. Elle est chirurgienne au Grey +Sloan aussi. On est divorcés et j'habite ici depuis, mais ça on a dû te le dire. »
Ce nom n'était pas inconnu à Amelia. Elle se mit à réfléchir à haute voix.
« Grey +Sloan… Je connais ce nom, Sloan. Matt Sloan, non…Marc Sloan. Je connais quelqu'un qui s'appelle Marc Sloan .
-Oui, je confirme, tu te rappelles quoi au juste ?
-Rien, rien du tout. Je sais juste qu'il y a quelqu'un qui s'appelle comme ça.
-Viens t'assoir. » Jackson prit la main d'Amelia et l'amena vers le canapé.
« Bon. Marc était le meilleur ami de ton frère Derek…
-Etait ? On m'a dit que mon frère est mort, ils sont morts tous les deux ?
-Malheureusement oui, mais pas en même temps. Il y a quelques années, il y a eu un accident d'avion qui transportait plusieurs chirurgiens de l'hôpital. Lexie Grey, la sœur de Meredith est morte et Marc Sloan est mort plus tard, des suites de ses blessures. Bref, il y a eu une procédure administrative et une restructuration de l'hôpital et on l'a appelé le Grey+ Sloan Memorial. Pour ton frère c'est différent. Il était dans l'avion mais n'a eu qu'une blessure de la main qu'on a pu réparer. Lui, il est mort dans un bête accident de la circulation. »
Ces derniers mots lui rappelaient des phrases dans sa tête qui lui étaient revenues lorsqu'elle était encore bloquée dans la voiture.
« … parce que les gens meurent percutés par des voitures. »
Il lui semblait qu'il y avait de bonnes raisons de faire des choses importantes parce que de tels accidents, d'une banalité affligeante, arrivent tout le temps. D'ailleurs elle en était la preuve vivante : elle aussi avait été victime d'un accident.
« -Ouah ! Quelle histoire… Il y a…Il y a beaucoup de morts j'ai l'impression.
-Ouais, il y a beaucoup de morts. » Jackson détourna le regard, semblant se remémorer des instants douloureux. « Mais ça doit te faire bizarre que je te raconte des trucs comme ça. Tu veux peut-être parler d'autre chose, ou juste être tranquille. Ou alors, tu veux sortir ? Je ne dors jamais avant 14h après une garde de nuit.
-Pourquoi pas, j'ai bien envie de prendre l'air, puis je dois acheter un téléphone. »
Meredith scrutait l'arrivée d'Owen. Elle avait entendu des bruits de couloir sur l'admission de sa belle-sœur et le blond lui avait confirmé par sms ce qui était arrivé jusqu'à ses oreilles, mais elle voulait en savoir plus.
Lorsqu'il arriva, elle prit congés de sa patiente, la laissant entre les mains d'un interne pour rejoindre Owen qui allait en direction des vestiaires pour se changer. Il avait le visage marqué par la fatigue et l'inquiétude.
« Alors comment va Amelia? Elle est déjà sortie, c'est bon signe. Elle se souvient de quoi ? Qu'est ce qu'elle t'a dit ?
-Et bien, déjà oui, elle va bien, elle n'a qu'une côte fêlée, une légère commotion cérébrale et quelques bleus. Mais elle ne se souvient de rien et ça m'inquiète à vrai dire. Elle a l'air tellement…bizarre. Enfin je suppose que c'est le contrecoup de l'accident. Je m'inquiète certainement pour rien.
-Bon, c'est une bonne chose qu'elle n'ait rien de sérieux. Puis Amelia est toujours bizarre, mais il n'est jamais trop tard pour ouvrir les yeux.
-Ce que je veux dire, c'est qu'elle n'est pas comme d'habitude. Elle a l'air… méfiante, froide.
-Et toi, Owen, comment ça va ?
-Je ne sais pas trop. Il s'est passé tellement de choses en peu de temps. Hier soir j'étais mort d'inquiétude, puis j'ai su qu'elle allait bien. Ensuite je suis allée la voir mais elle ne me reconnaissait pas. Elle m'a viré de la chambre et là elle vient de me virer de la maison. Je suis déçu de ne pas l'avoir retrouvée vraiment. »
Meredith plissa les yeux en fixant son ami, suspicieuse.
« Owen, qu'est-ce que tu as fait pour qu'elle te vire ?
-Rien !
- Ne me dis pas qu'elle t'a dégagé pour rien. Elle rencontre un beau gosse et on lui dit que c'est son mari. Elle a forcément eu envie de te sauter dessus et d'avoir un aperçu de la vie conjugale. »
Elle n'avait sûrement pas tord. C'était bien le genre d'Amelia, du moins celle qu'il connaissait, d'être coquine en toutes circonstances et sachant qu'il était son mari, elle n'avait aucune raison de se gêner. Etait-il possible que sa bien-aimée se rappelle en fait de quelque chose ?
« -En fait, on s'est disputé avant qu'elle ne prenne la voiture pour s'enfuir, encore et toujours. Pour aller chez toi, je parie. Mais elle ne se souvient pas de ce qui s'est passé.
-Et bien, peut être qu'inconsciemment, elle sait. En tous cas, si je peux faire quoi que ce soit, dis-le-moi et si elle veut s'enfuir chez moi, je lui ferai de la place. »
Après avoir flâné dans les allées du centre commercial et avoir fait l'acquisition d'un nouveau téléphone, les colocataires eurent envie de prendre des forces. Jackson assura à son amie qu'elle adorait les hamburgers et il l'emmena dans un restaurant qui servait de très bons cheeseburgers. Ils s'assirent à une table en face à face pour continuer à discuter. Jackson commença à picorer des frites avant d'attaquer le plat.
« -Mmmm ! Elles sont super bonnes. »
Amelia l'imita et goûta une frite.
« Mmm…. C'est vrai, je préfère les grosses frites mais elles sont bonnes.
-Les bonnes frites sont rares par ici. »
Amelia se figea. Une impression de déjà vu. Elle avait déjà entendu ces mots. Enfin, quelques images lui revenaient en tête, mais elle n'arrivait pas à recadrer la scène.
«Shepherd, ça va ? »
Elle resta muette un instant essayant encore de fouiller dans ses souvenirs.
« Jackson, je crois que je me souviens d'un truc »
Quand on joue au Monopoly, on accepte des tas de situations inacceptables
On essaye de survivre
Ce qu'on ne sait pas, c'est qu'en acceptant de vivre, on accepte les mêmes règles qu'au Monopoly
