Alors que le bateau naviguait à une vitesse modérée, c'est avec une grande impatience qu'il s'imagina aux côtés du roi. Depuis plusieurs mois maintenant, Alester Sarwyck, prêtre rouge originaire de Westeros, avait eu vent de la bataille contre les Marcheurs Blancs. Étant entièrement dévoué au culte, mais doté d'un réalisme affolant, il avait préféré ignorer les rumeurs, les sachant fausses. Il s'était trouvé au temple d'Asshaï, en pleine cérémonie rituelle, quant elle avait cessé brusquement suite à la vision du Grand prêtre Benerro. Plusieurs acolytes, accompagnés de leur maître étaient alors entrés pour faire part de la prophétie, se réalisant de l'autre côté du Monde connu, à Westeros.
Alester, qui depuis toujours avait entendu blasphèmes et légendes à propos du champion de R'hllor, se rendit soudainement compte, car le Grand prêtre ne pouvait se tromper, qu'Il existait bel et bien.
On apprit alors qu'il avait fait plier les Marcheurs Blancs au Nord du continent de l'Ouest, dans les montagnes enneigées et désertes. La nouvelle s'était rapidement répandues et le prêtre rouge avait décidé de vérifier cela par lui-même. Pour se faire, il avait voyagé seul, les routes étant discrètes et dangereuses dans les environs d'Asshaï les Ombres. La cité lugubre et inconnue du plus grand nombre, entourée du fleuve Cendre n'était pas réputée pour son hospitalité, repoussant avant tout, les curieux voyageurs grâce à sa sorcellerie et sa magie noire. Il arriva à Quarth, poursuivant, animé par une dévotion féroce, sa quête. Il se débrouilla ensuite pour continuer sa route, accompagné d'une compagnie marchande allant jusqu'à Meereen. Le trajet avait été rapide, compte tenu des cargaisons estimées, notamment de pilleurs, errant sur les routes. Seulement, la peur au ventre d'être attaqués et sous la protection de R'hllor grâce au prêtre, les marchands, une fois leur chemin parcouru et reconnaissant, avait récompensé Alester d'une bourse d'or, le bénissant à l'avenir.
Le culte du Seigneur de la Lumière était très présent à Essos, contrairement à Westeros, et les prêtres rouge y étaient influents. Les Cités Libres, dont beaucoup étaient issues d'origines différentes, s'étaient mises d'accord pour l'acceptation de plusieurs religions, mais le Dieu rouge en était sorti majoritaire. L'homme continua son chemin, en solitaire désormais, jusque Pentos, où il y mit les pieds, épuisé. Ayant voyagé le plus rapidement possible afin de soulager son âme à la rencontre de la réincarnation d'Azor Ahai, il avait embarqué sur un navire de contrebandiers, les payant de son or précédemment offert. Il s'était ensuite écroulé dans la soute, profitant d'un peu de repos.
Ce jour là, après une nuit mouvementée par les ordres hurlés des hommes sur le pont, il s'était levé et dirigé vers l'extérieur afin de constater l'allure du voyage. Les mains posées et le regard lointain, il aperçu se dessiner sous ses yeux ébahis, la forteresse de Dragonstone, assise sur son île rocailleuse. A l'idée qu'il s'agisse des terres du roi, l'ayant protégé et ayant assisté à son élévation, son souffle se coupa brusquement pour illuminer son visage d'un sourire empli de fierté. Le bateau longea les côtes de l'île et il se rendit compte de l'immensité du château, entouré de ses dragons en statues de pierres. Bouche bée et époustouflé par une architecture si prometteuse, il se mit à imaginer les traits du Cerf et le posa sur un piédestal.
Pourtant, le prêtre connaissait bien Westeros puisqu'il y avait vu le jour et avait grandi à Puysaigues, se situant près de Vivesaigues, dans les Terres de l'Ouest, sous le commandement des Lannister. Être Maison vassale de cette riche famille, n'était pas de tout repos et c'est, suite à des divergences d'opinions et des remords qu'il s'exila, durant quinze années, sur le continent de l'Est:
« Nous arrivons à Port Réal prêtre, capitale, berceau de luxures et de trahisons »
L'homme ne répondit pas, il ajusta sa capuche sur sa tête, portant la robe rouge symbolique et descendit du navire, une fois le port atteint. Les rues, infestées de marchands et de marchés, empestant la crasse et la mort, s'ouvraient sur un individu, curieux de toutes choses. Le vent soufflant de puissantes frasques, avait permis aux contrebandiers d'accoster rapidement, baissant leurs voiles en entrant dans la Baie de la Néra. Ils suivirent le prêtre, transportant caisses et coffres et quittèrent l'homme perdu, à un croisement. Alors qu'il s'apprêtait à demander son chemin jusqu'au Donjon Rouge, il leva les yeux au ciel et constata les hautes murailles de ce dernier. Ébloui par une telle beauté, admirant la colline rocheuse portant amplement la demeure royale, il s'y dirigea, slalomant entre les habitants qui pullulaient les rues:
« Que venez vous faire en ce lieu étranger ? Faites demi tour, vous n'êtes pas autorisé à entrer ! »
Les gardes croisèrent leur lance, intimant à Alester, l'ordre de quitter le seuil du Donjon Rouge. Cependant, il ne renonça et essaya à nouveau de passer en usant de ses dires ensorcelants. Les soldats se regardèrent étonnés et parurent moins froids, leur visage se détendirent et le prêtre posa une main brûlante sur leurs épaules. C'est dans un flash lumineux ainsi qu'inaudible qu'il clignèrent des yeux et restèrent stoïques un instant:
« Le Maître de la Lumière souhaite s'entretenir avec le Cerf Couronné, écoutez ma voix et laissez le entrer en sa demeure »
Leurs paupières s'ouvrirent puis se fermèrent frénétiquement. L'un d'eux perdit l'équilibre pour se rattacher à son semblable, qui, d'une révérence, baissa sa garde pour laisser entrer l'homme, honoré de sa présence:
« La Nuit est sombre et pleine de terreurs »
Son don de persuasion lui avait été octroyé récemment, alors qu'il avait accompli une lourde tâche à Volantis, pour le Grand prêtre en personne. Alester était un homme réputé et inégalé. Ses pouvoirs étant puissants et grandissants, il pouvait, en plus des méthodes utilisées par ceux de son rang, connaître le vrai du faux en pointant son doigt sur la poitrine de son interlocuteur. Son sang bouillonnant faisait flancher ses ennemis, pour se retrouver dans l'incapacité de déjouer ses dires par le mensonge. Il était ce qu'on appelait un hypnotiseur, capable d'assouvir ses moindres pensées, à quiconque lui serait profitable. En plus de ces dons ahurissants, il était armé d'un fouet ravageur, doté d'une incroyable magie noire et laissant s'échapper de puissantes flammes, semblables à Illumination, l'épée du légendaire Azor Ahai. Ne portant pas d'armure lourde, pour se protéger, il utilisait un sort mineur, faisant apparaître des bulles protectrices entourant sa personne. Alester Sarwyck était un prêtre rouge de haut rang, qui pourtant, n'avait jamais pu atteindre le sommet de sa hiérarchie. Seulement, constituant un des serviteurs les plus redoutables du culte, il se contentait de servir les ordres du Grand prêtre Benerro, à Volantis, sans poser de questions.
Il ouvrit avec fracas les lourdes portes du Donjon Rouge et y pénétra, la démarche fière et honorable. Au loin, il vit se dessiner le Trône de Fer, dont l'occupant portait une couronne en or aux reflets simples, sculptée en son centre, d'une épaisse bande parcourant le pourtour de sa tête. Lorsque le roi le vit s'avancer, il le dévisagea d'un regard surprit et méfiant:
« Votre Majesté, je me présente à vous en ce jour, sous le nom d'Alester Sarwyck, prêtre rouge d'Asshaï et originaire de Puysaigues, Maison vassale Lannister, dans les Terres de l'Ouest. J'ai entendu les rumeurs suite à votre victoire héroïque sur l'ennemi de R'hllor, les Êtres de la Nuit éternelle et vous implore d'accepter mes services. Votre bénédiction serait pour moi un honneur et je m'engage à obéir aux ordres du champion d'Azor Ahai réincarné »
D'un signe de tête, le Cerf appela une femme. Quand cette dernière se montra, portant sa longue robe rouge dénudant ses épaules, Alester enleva sa capuche et se figea littéralement. Il reconnu son ancienne partenaire de culte, Melisandre, qui, elle aussi, lorsqu'elle le vit, se pétrifia. Stannis, face à cette scène dérangeante et empreins d'une profonde jalousie, les observa en silence. La façon dont ils se regardaient l'intriguait, lui laissant la frustration amère d'être mis à l'écart.
Le regard de sa prêtresse semblait tendre et éprit d'un soulagement qu'elle seule pouvait expliquer. Alester n'avait changé durant toutes ces années et portait toujours cette barbe sombre, reflétant un sentiment de vigilance accrue envers ses interlocuteurs. Ses yeux étaient d'un vert obscure et ses traits sévères amenaient à Melisandre, une sensation précédemment éprouvée lorsqu'ils voyageaient ensemble, durant leur apprentissage.
Alors qu'il allait ordonner son départ éminent, n'appréciant guère ce qui s'offrait à lui, la femme bondit, les bras ouverts vers son ami, pour le serrer dans ses bras. Après une franche étreinte, elle lui glissa quelques mots en Ancien Valyrien et Stannis paru déstabilisé, pensant un complot se formant autour de sa personne. Melisandre semblait attachée et il ne l'acceptait pas. Cet homme, portant une tunique semblable, osait venir défier son pouvoir en ce lieu royal. Machinalement, sous le visage durci par la colère grandissante, sa mâchoire se serra et il porta une main rassurante vers sa couronne:
« Sortez d'ici, je ne souhaite pas vous voir prêtre rouge ! »
Melisandre se retourna brusquement et son regard le glaça, elle refusait le départ de son ami. Elle discuta brièvement avec l'homme dans sa langue natale, lui promettant d'agir, puis, elle s'avança rapidement vers le roi, le regard suppliant:
« Stannis, je vous en prie, ne le chassez pas ! »
« Et pourquoi devrais je accepter ? Nous avons déjà bien trop de représentants de cette étrange foi dans la capitale ! »
Elle prit alors délicatement son visage en ses mains, souhaitant le faire craquer sous sa demande. Si elle avait pu, elle aurait déployer plus, son arsenal de séduction étant vaste et intense, cependant, face à Alester, elle renonça. Caressant ses cheveux grisonnants en lui murmurant des promesses et des demandes suppliées, le roi perdit lentement son regard en ses yeux manipulateurs et prometteurs. Alors qu'il semblait enfermé dans une bulle contrôlée par la prêtresse, jouant avec l'homme telle une marionnette, le prêtre rouge se mit à sourire, constatant avec une fierté incommensurable, les progrès qu'avaient fais son amie:
« Je vous en prie mon roi, revenez sur votre décision, c'est un homme fort et influent, il saura vous satisfaire. Écoutez ma voix et faites moi confiance »
« Si j'accepte, alors je n'aurai aucune autorité sur votre personne et vous pourrez me faire plier telle votre volonté.. »
« Vous êtes le roi et personne ne peut contester vos décisions, si vous acceptez Alester dans vos rangs, alors vos prochaines victoires seront auréolées de gloire.. »
Il recula d'un pas et renifla bruyamment, la dévisageant. La complicité qu'ils venaient d'entretenir le laissa perplexe et il eut l'impression qu'une rivalité naissait entre sa personne et le prêtre. De plus, la venue d'un énième représentant de R'hllor allait remuer la capitale, tant cette religion n'était pas acceptée de tous. Cependant, le Dieu rouge lui avait accordé la victoire dans le Nord et les visions de Melisandre avaient été justes. Peut être qu'en lui faisant une nouvelle fois confiance, il défierai les tous-puissants et sortirai encore victorieux et couvert de succès:
« Je ne peux rien vous refuser prêtresse et j'espère ne pas me tromper sur cet homme, qui ose défier mon regard de ses yeux sombres et insolents »
Il se dirigea vers les appartements de son épouse afin de constater son état. Stannis était animé par une rage dissimulée suite aux nouvelles de la journée, seulement, avant de franchir le seuil de la porte, il tenta de se calmer un instant. Sansa était alitée et il devait se montrer conciliant. Alors qu'il ouvrait pour atteindre la chambre, il fut surpris de voir le chien, offert précédemment, courir vers lui pour l'accueillir avec joie. Il grimaça et le repoussa légèrement, avant d'avancer vers le lit, la mine désolée, appréhendant un avenir proche:
« Comment vous portez vous ? »
La Louve leva la tête et l'observa quelques minutes, affichant un sourire satisfait de voir son époux venir prendre de ses nouvelles. Sachant le roi de nature réservée et distante, ce simple geste lui procura un sentiment de soulagement. Seulement, sa situation ne s'étant pas améliorée, elle tenta de le rassurer:
« Mieux, je vous remercie »
« En êtes vous sûr ? »
Il la toisa du regard, sachant pertinemment qu'elle mentait. L'écart d'âge qui les séparait lui permettait de comprendre ce que son épouse ne pouvait et, de plus, d'appréhender une réalité encore inconnue pour la jeune femme. En évitant toute brusquerie, il s'assit délicatement sur le lit et se surprit à passer une main réconfortante dans ses cheveux. Il avait toujours aimé les chevelures couleurs feu:
« Si vous veniez à avoir de nouvelles complications, votre destin pourrait s'écourter rapidement et je ne peux l'accepter, Westeros a besoin de sa reine, sa Reine du Nord »
Les sentiments de Sansa étaient partagés. D'un côté, elle se voyait reine d'un continent dont elle était prédestinée, aux côtés d'un homme qui n'avait d'yeux pour personne, encore moins pour elle-même. Et de l'autre, la Louve avait été sauvé par un futur roi, lui offrant une vie paisible, lui permettant d'oublier son passé désastreux, en se sentant en sécurité. De plus, ce même homme lui avait permis d'être mère, non pas qu'elle l'avait voulu, mais en découvrant les bonheurs de la vie aux côtés d'un enfant, elle se trouvait plus forte chaque jour:
« J'ai confiance en vous et je sais qu'aux côtés du roi, rien ne peut m'arriver »
