Chapitre 2 : Retenue et Humiliation
Lily eut à peine le temps de se remettre de ses émotions que le soir de la retenue était déjà arrivé. Elle s'était rongée les sangs toute la journée, persuadée que cette colle allait mal se passer. Qu'est-ce que Potter allait bien imaginer pour faire valoir son semblant d'autorité ?
_ Allez Lily, courage, tenta de la rassurer Julia. Essaie de voir les choses du bon côté : tu pourras toujours te rincer l'œil si tu t'ennuies !
La rouquine regarda son amie avec une moue de dédain ; moue qui apparaissait dès que le dit professeur était mentionné.
_ Ah, au fait ! Se rappela Julia, tandis que Lily se levait. Si Potter te donne des lignes, ou quelque chose qui ne nécessite pas trop de réfléchir, tu pourrais penser aux tenues que nous pourrions acheter à Pré-au-lard pour le bal ? Je n'ai vraiment aucune idée.
_ Pas de problème, lança la rousse en quittant la salle commune. Pourtant elle sentait bien qu'elle n'aurait pas une minute de répit. Potter allait s'en donner à cœur joie.
_ Miss Evans, vous n'êtes pas à l'heure, reprocha James à l'instant où la jeune fille entra dans sa salle de classe.
Prise au dépourvu, Lily regarda sa montre.
_ Il est cinq heures moins cinq, répondit-elle en s'efforçant de garder son calme.
_ C'est bien ce que je disais. Vous deviez vraiment être pressée pour arriver avec autant d'avance.
Lily se racla la gorge pour se donner de la contenance et pour qu'il ne lise pas la surprise sur ses traits. Elle ne lui donnerait pas la satisfaction de savoir que son petit jeu l'atteignait.
_ Etes-vous malade ? Demanda-t-il d'un ton contrit qui sonnait très faux.
_ Non, tout va bien professeur.
_ Ca tombe bien ! Cette salle est une ancienne serre intérieure et, comme vous pouvez le constater, il reste encore plein de choses collées au sol.
Lily resta aussi stoïque que possible. Il observa sa réaction puis reprit :
_ Je déteste quand tout n'est pas nickel.
Elle détailla le bureau jonché de copies froissées, où trônaient par-ci par-là des restes de nourriture. Elle dut se retenir de toutes ses forces pour ne pas lui lancer la remarque acerbe qui lui brûlait les lèvres.
_ Afin de remédier à ce problème, je vous prierai de bien vouloir gratter tout le sol de cette pièce à la main. Merci d'avance.
A ces mots, James se retourna et s'assit sur le bord de son bureau. Lily, essayant de contenir son énervement, demanda d'une voix fluette :
_ Vous plaisantez ?
_ Bien sûr ! L'infirmière pense que ce ne serait pas hygiénique. Pour une fois que le concierge et moi étions d'accord sur quelque chose… Enfin bon, tenez !
Et il lui tendit une brosse à dents. Sous la surface, Lily était totalement outrée.
_ Dépêchez-vous, ne perdez pas votre précieux temps !
Lily saisit la brosse à dent d'un geste brusque et jeta un regard noir à son professeur. Il fit apparaître un seau d'eau et du savon et elle se mit à la tâche. Elle n'avait jamais été aussi furieuse. Un jour, elle lui ferait payer.
Cela faisait bientôt dix minutes que Lily grattait le sol, et James était satisfait. Il était très fier de sa trouvaille. Au début, la jeune fille soufflait régulièrement pour se plaindre, mais l'envie lui était passée. Elle était maintenant totalement happée par la corvée, pensant sûrement que le plus tôt elle aurait terminé, le plus tôt elle pourrait partir. Malgré lui, James avait du mal à faire abstraction de la position de Lily. Il avait une vue imprenable sur la peau crémeuse de ses cuisses. Son regard déplacé, il espérait qu'elle ne l'ait pas remarqué. A quatre pattes, elle se trémoussait inconfortablement pour un oui ou pour un non. Cela ne faisait qu'attiser la distraction de James.
Au moment où il manquait de s'étouffer en croyant apercevoir un bout de culotte, quelqu'un frappa à la porte. Le jeune homme émit un «entrez » assez rauque et le professeur Pool pénétra dans la pièce. Rodmilla Pool enseignait les potions à Poudlard depuis déjà un an. Elle était populaire auprès des élèves masculins, et il la trouvait à son goût. James lui sourit et se leva de son bureau à contrecœur.
_ Je vais m'absenter un instant, dit-il en se dirigeant vers la porte. J'espère que vous aurez bien avancé lorsque je reviendrai.
_ Je sens que je vais avoir tout mon temps, osa Lily tout bas.
Surpris, James se retourna.
_ C'est à cause de cette même insolence que vous êtes ici. Ayez au moins le courage de faire vos réflexions à voix haute. Je vous prierai à l'avenir d'éviter les commentaires qui feront, comme celui-ci, perdre 10 points supplémentaires à votre maison.
James était surpris, mais il était aussi en colère. En colère contre-lui-même. Parce qu'il aurait peut-être préféré passer la soirée à son bureau, pour une fois. Dans cette pièce, avec elle. Rodmilla tombait à pic.
Il laissa passer le professeur Pool devant lui, observa le visage décomposé de son élève et rajouta, avant de sortir :
_ La porte s'ouvrira automatiquement à huit heures.
Et il claqua la porte si fort qu'il fit tomber une bouteille de bière au beurre qui traînait sur un coin de son bureau.
Quelques jours s'étaient écoulés depuis ce que Lily appelait «la pire soirée de sa vie ». Depuis, la jeune fille avait déjà eu le temps d'être rattrapée par l'ennui de son traintrain quotidien. La seule chose capable de rompre le déroulement monotone de ses journées et de la distraire de ses responsabilités de préfète-en-chef était les cours de Potter. Elle attrapait des crampes au bras et n'était jamais interrogée, mais dans le fond, cela la divertissait un peu. Sa persistance le décontenançait. Voir mieux, l'agaçait. Elle le voyait clairement dans les regards qu'il lui réservait.
Lily était têtue. Elle savait qu'elle ne levait pas vraiment la main pour avoir une bonne note. Elle voulait le provoquer, le voir réagir. Tout en craignant sa réaction. Lorsqu'il était parti, le soir de la retenue, elle avait presque était déçue. Elle se rassurait en se disant que passer 3h à nettoyer, c'est ennuyeux, et que n'importe quelle présence aurait été appréciée. Ce n'était pas la compagnie de Potter en particulier qu'elle avait désirée.
_ Lorsque certains auront fini de rêvasser, je vous prierai de bien vouloir vous lever.
Tandis que Lily sortait de sa stupeur et se levait, James prononça un sort pour que toutes les tables et les chaises se retrouvent contre un coin de la salle. La rousse dut s'agripper à sa meilleure amie pour ne pas tomber alors que son professeur lui lançait un faux regard d'excuse. Elle devinait ce micro-sourire qu'il avait parfois pour se moquer d'elle. Ce sourire la hérissait et lui plaisait à la fois.
_ Vous allez pratiquer le sort d'éjection. Mettez-vous en binômes.
Les élèves se mirent en groupe tant bien que mal et Lily se plaça avec Stan.
_ Comme vous le savez, expliqua James, ce sort est régulé lors des duels sportifs de type 2. Selon l'accord de Ballyculen passé en 1562, il ne peut dans ce contexte être contré que si on l'évite physiquement. Le bouclier du sort «protego » n'a aucun effet sur lui dès que les deux parties ont signé le contrat de duel.
_ Excusez-moi professeur, l'interrompit Lily. Il me semble que c'est inexact.
Elle jubilait intérieurement. Un murmure s'éleva et James réserva à Lily son regard le plus noir. Que lui réservait-elle ? Pour une fois, elle avait la main. Il déglutit difficilement et elle continua :
_ J'ai lu que le contrat de duel de type 2 inclue une close secrète de protection. Son contenu exact n'est pas connu mais en 1587, Piotr Vastay, un Gobelin, put contrer un sort d'éjection part un sort de bouclier.
Elle le regardait. Ils le regardaient tous à vrai dire. Elle le testait. Il n'avait jamais entendu parler de cette anecdote. Mais ça ne le surprendrait pas, foutus Gobelins ! Il n'avait pas répondu assez vite. Elle souriait déjà, victorieuse. Elle le rendait fou. Elle voulait son attention ? Elle avait gagné et allait le regretter.
A la fin du cours, la plupart des élèves arrivaient à propulser leur partenaire à l'autre bout de la salle. James en fut très fier, cela pourrait un jour leur être utile. Les étudiants sortirent sous des éclats de rire. James se sentit plus en confiance, ce cours avait été son meilleur jusqu'ici. A part la petite interruption d'Evans. D'ailleurs…
_ Miss Evans, veuillez rester je vous prie.
Lily s'efforça de rester impassible, malgré les sentiments contradictoires qui la chamboulaient. Elle attendit que tout le monde soit sorti pour s'approcher de bureau de Potter. Assis dessus, il avait l'air bien plus décontracté qu'elle ne l'était.
_ Vous m'apporterez le livre où vous avez lu cette histoire de Gobelin.
_ Vous doutez de moi ? Demanda-t-elle en souriant.
_ Oui.
Il avait tenté de répondre sèchement, sans succès. Elle l'intriguait. Elle le savait, et ça la rendait dangereuse. Que dirait-elle la prochaine fois, devant tous ses élèves, pour le déstabiliser ?
_ Je n'y manquerai pas, répondit-elle.
Elle le regarda dans les yeux un instant. Est-ce qu'elle se faisait des idées ? Ou est-ce que lui aussi…
_ Ne restez pas plantée là et allez à votre prochain cours.
Elle en trépigna presque. Quel idiot ! Quelle idiote ! On ne l'y reprendrait pas. S'il voulait jouer au dur, elle le pouvait aussi.
