Chapitre 3 : Sous une impulsion

Après des semaines de rondes dans les couloirs, de réunion de préfets, de légers flirts avec Stan et de statu quo avec Potter, l'heure du bal d'Halloween était enfin arrivée pour Lily. Il ne lui restait plus qu'un cap à passer : oser sortir en public avec la robe qu'elle s'était achetée. Noire, aux allures assez simples sur le devant, la robe lui découvrait le dos jusqu'aux omoplates, particularité que la jeune fille avait largement mis en valeur en relevant ses cheveux pour une coiffure aussi structurée qu'elle n'avait l'air négligée. Lily voulait être stupéfiante. Stan ne remarquerait qu'elle et, pourquoi pas, Potter aussi.

_ Lily, tu es prête ? Demanda Julia.

_ Je me dépêche, répondit la jeune fille sans bouger, en continuant de se regarder dans le miroir.

Elle réunissait tout son courage pour étrenner sa nouvelle robe.

_ Allez viens, souffla Julia. Tu es parfaite et on t'attend.

Lily, habituée au ton désabusé de son amie, n'y porta pas plus d'attention et dégagea une mèche de sa coiffure.

_ Arrête de jouer à la princesse et viens maintenant ! S'énerva Julia.

_ Je joue à la princesse ? D'habitude tu prends autant de temps à te préparer. C'est que j'accompagne Stan qui te met dans cet état ?

Surprise par l'énervement de Julia, elle l'observa attentivement à travers le miroir.

_ Pour qui tu te prends ! S'exclama Julia. Mais oui, puisque tu le dis, vu que nous sommes un groupe de trois amis, tu aurais pu me demander si ça me dérangeait. Au fond, tu ne le mérites pas. Tu passes ton temps à chipoter quand il essaie de se rapprocher et tu le mets dans la merde en refusant des propositions géniales.

_ Des propositions géniales ? Votre pauvre secte pour sangs purs ? Ce club ridicule n'ira jamais bien loin, et c'est mieux pour tout le monde. Quant à Stan, il fallait me dire qu'il te plaisait, je n'aurais peut-être pas accepté de l'accompagner au bal !

_ Peut-être pas, répéta Julia. Je ne vois pas pourquoi je serais étonnée après tout, c'est ce qui arrive quand on fait d'une fille sa meilleure amie parce qu'il n'y a personne d'autre pour servir de bouche trou aux alentours.

Et Julia sortit du dortoir en claquant la porte. Pour Lily, se fut la première claque de la soirée.

James s'ennuyait. Il était certes accompagné par la plus jolie prof de Poudlard, mais la dite demoiselle n'était guère de bonne compagnie. Oui, il passait parfois de très bonnes soirées avec elle, mais non, la jeune femme n'avait aucune conversation. A l'extérieur de Poudlard, il avait quelques amies à contacter. Mais dans l'enceinte du collège, le choix était plus restreint. Voilà pourquoi il avait bien l'intention d'écourter au maximum sa présence au bal et s'éclipser dès que possible. Jouer les princes charmants, bien peu pour lui.

Rodmilla lui demanda un punch, et James partit vers le buffet d'un pas décidé. A son arrivée, il eut l'agréable surprise de retrouver Evans dans une position compromettante. Il n'avait pas osé espérer que cela arrive encore. Occupée à chercher quelque chose par terre, elle lui faisait admirer sa chute de reins. Il fallait qu'il se reprenne, et vite.

_ Miss Evans ! S'exclama-t-il. Veuillez vous relever je vous prie.

Lily se redressa tant bien que mal en manquant de se cogner la tête contre la table. Dans un mouvement de recul, elle le frôla légèrement.

_ Qu'étiez-vous en train de faire ? Demanda-t-il, plus troublé qu'énervé.

Sans un mot, elle ouvrit sa main dans laquelle reposait une épingle. James la détailla quelques secondes. Il passa inconsciemment sa main dans ses cheveux.

_ Ca de plus ou de moins, pour ce que ça change.

Je le savais, je suis ridicule, pensa Lily.

C'est la peste la plus sexy que je n'ai jamais vu, pensa James.

_ Vous avez perdu votre cavalier ? S'enquit James, curieux malgré lui. Il le regretta aussitôt.

Lily désigna Stan de la tête. Le jeune homme parlait à un groupe de Serpentards.

_ Ca ne se fait pas chez les Serpentards, s'ouvrir aux autres maisons ?

_ Si mes souvenirs sont bons, il n'y avait que des Gryffondors dans les Maraudeurs.

_ Vous connaissez les Maraudeurs ? Souria James. Ma légende me précède.

Lily le regarda dans les yeux avec un sourire en coin. Elle se moquait clairement de lui. Il appréciait son courage, elle était différente. Raison de plus de s'en méfier.

_ 5 points en moins à Serpentard.

_ Mais !

Lily ne savait pas quoi dire. Il avait commencé, ce n'était pas juste !

_ Vous pouvez disposer, dit-il en se servant nonchalamment deux verres de punch.

Lily partit rejoindre son cavalier hors d'elle, tandis que son professeur se sentait animé par la joie de la victoire.

Et de deux claques.

C'était la troisième fois de la soirée que Stan laissait Lily en plan. La jeune fille bouillonnait, assise seule à battre la mesure avec son pied et faire tapisserie. Elle ne comprenait pas ce qui était en train de se passer, mais elle sentait que quelque chose se tramait. Elle avait l'impression que son cavalier cherchait à l'éviter. Dès qu'elle voyait quelqu'un qu'elle connaissait, cette personne détournait le regard. Lorsqu'elle avait voulu s'approcher de Julia pour se rabibocher, tout le groupe de filles avec qui elle parlait s'était dispersé. Elle devenait paranoïaque et cette soirée tournait au cauchemar.

Elle vit Potter s'éclipser par la porte des professeurs, laissant sa cavalière seule. Encore un qui n'avait aucun tact. Il aurait au moins pu la raccompagner. Enfin pour ce qu'elle en avait à faire…

Lily devait bien admettre que son prof, aussi bête soit-il, avait quelques atouts à son service ; comme, par exemple, son torse qui se laissait deviner, ses épaules bien carrées, ses cheveux… Mais alors tout, tout sauf ce maudit sourire qui trônait toujours sur ces lèvres. Celui qu'elle avait envie de lui faire ravaler à coups de batte de Quidditch.

Au lieu de continuer à s'énerver dans son coin, elle décida d'essayer de parler à Stan une dernière fois pour crever l'abcès. Prenant son courage à deux mains, elle se dirigea vers une porte donnant sur le parc, porte qu'elle l'avait vu franchir quelques minutes auparavant.

_ Stan ! S'écria-t-elle pour attirer l'attention de son camarade.

Le vent faisait rage dans le parc et déjà quelques boucles rousses s'échappaient de sa coiffure.

_ Eh, répondit-il sans grande conviction en regardant aux alentours s'il n'y avait pas quelqu'un à qui il aurait pu aller parler.

_ Non, il n'y a personne d'autre…

Il la regarda avec un air coupable.

_ Il faut qu'on parle, dit-il tout doucement.

_ Je ne demande que ça, dit-elle en se rapprochant. Qu'est-ce que tu as ? Qu'est-ce que vous avez tous ?

_ Eh bien, tu peux remercier Julia…

Lily s'inquiéta encore plus. Son amie pouvait être sans pitié.

_ Tout à l'heure, elle était un peu énervée.

_ Un peu ? Répéta la jeune fille en redoutant la suite.

_ Beaucoup.

Il s'avança. Il était si près d'elle qu'il faisait barrage au vent. L'atmosphère était intime. Chaude et glaçante à la fois.

_ Julia a raconté à tout le monde que tu avais refusé la proposition de Rogue de rejoindre les Mangemorts.

_ Et alors ?

_ Alors ils sont jaloux, en colère. Pourquoi pas eux mais la sang-de-bourbe, oui ?

L'insulte la surprît et la blessa. Si même Stan, qui l'aimait tant, en était à la traiter de sang-de-bourbe, cela ne présageait rien de bon quant aux réactions des autres Serpentards. Elle pouvait faire une croix sur ses amis. Son statut de préfète-en-chef la protégerait peut-être un peu de la vindicte de sa maison.

_ Tu peux encore inverser la tendance. Contacte Rogue, dis-lui que tu as changé d'avis.

Lily se braqua, tourna la tête. Il posa ses mains sur ses bras, se voulant rassurant mais convainquant.

_ On va rejoindre ce groupe. On va le rejoindre tous les deux. Ce Voldemort prend de l'essor, il peut nous apporter beaucoup. Surtout à toi qui as tant à perdre.

_ Qu'est-ce que j'ai à perdre ?

_ Tes amis…

_ « Amis » !

_ Moi. C'est ma dernière année, je ne peux pas me permettre de me mettre toutes ces personnes à dos et de me fermer autant de portes pour mon avenir.

Lily le repoussa, fit un pas en arrière.

_ Réfléchi. Si ta situation s'arrange, je pourrais même envisager qu'on se mette ensemble, malgré ta condition.

Elle hocha la tête. Stan ne savait pas si elle était désabusée ou convaincue. Sans un mot, elle rentra dans la grande salle.

Troisième claque de la soirée.

Elle ne savait pas depuis combien de temps elle errait dans les couloirs. Elle ne savait pas non plus où elle était et comment, en l'espace d'une seule soirée, sa vie avait pu virer au cauchemar. Pourtant, Stan avait enfin admis qu'il aimerait être avec elle. Mais il était, et resterait toujours, un sal opportuniste.

Sans qu'elle n'y réfléchisse, ses pas l'avaient conduite devant la salle de défense contre les forces du mal. Attirée par la lumière, la jeune fille observa l'intérieur de la pièce par l'entrebâillement de la porte. Le professeur Potter était là, à corriger des copies, les premiers boutons de sa chemise déboutonnés et ses manches relevées. Elle l'observa, égal à lui-même. Le même idiot qu'hier, le même que demain. Sa droiture l'attirait. Elle se sentait mal, elle avait envie d'être enlacée et caressée. Sans réfléchir, elle entra dans la pièce.

James fut plus qu'étonné lorsqu'à une heure du matin, Lily Evans apparut dans son bureau. Il avait une vision devant lui. Ses cheveux décoiffés, sa robe, ses courbes… Pour une fois, elle semblait fragile. Et toujours aussi belle.

_ Que faites-vous ici, Miss ?

Il douta d'avoir bien prononcé ces mots, car elle ne répondit pas. A la place, elle s'approcha lentement de son bureau. Tellement lentement qu'il eut presque peur de ses intentions.

La jeune fille s'arrêta à quelques mètres de lui. Il pouvait librement l'observer mais restait figé. Aussi lentement qu'elle s'était approchée, Lily remit une mèche de cheveux derrière son oreille mais ne descendit pas sa main. Tout doucement, elle saisit une de ses bretelles, la fit quelque peu glisser sur son épaule, puis fit la même chose avec l'autre. La robe tomba à ses pieds dans un léger bruit de froissement.

Il pouvait à loisir détailler la jeune femme qui se trouvait devant lui. L'élève qui se trouvait devant lui. Ses yeux allèrent de sa poitrine rebondie aux allures si douces, à son ventre plat, à sa petite culotte noire puis à ses longues jambes à la peau crémeuse. Lily Evans était la tentation faite femme.

James se leva doucement. Il s'approcha d'elle jusqu'à ce que quelques centimètres les séparent. Il tendit la main vers elle, prêt à la caresser, mais se ravisa au dernier moment.

_ Vous êtes ridicule.

Il eut durant quelques secondes l'impression qu'elle allait exploser, l'insulter. Mais elle se contenta de le regarder fièrement, se rhabilla et sortit calmement de son bureau.

Dernière claque de la soirée, peut-être la plus forte.