Chapitre 4 : Sang de bourbe
Lily avait passé des heures à ressasser les évènements, des heures à réfléchir à toutes les catastrophes qui s'étaient produites en l'espace d'une soirée. Elle s'était d'abord laissée aller à pleurer, mais ça ne la menait à rien. Elle avait décidé de se défouler sur les coussins de sa chambre de préfète-en-chef, mais lorsqu'elle eut brusquement saisie son nounours, elle se rendit compte qu'un malheur de plus ne serait pas le bienvenu. Des heures plus tard, lorsqu'il fut temps d'aller déjeuner, la jeune fille peu reposée fit un brin de toilette, se changea et monta à la grande salle. Tout le monde était présent et l'ambiance paressait plutôt calme. Les autres maisons jouaient l'indifférence à son passage, ce qui était loin de différer de l'ordinaire, et à sa grande surprise, seulement quelques Serpentards firent mine de l'ignorer. Lily se dirigea tranquillement vers un groupe de filles de sixième année à qui elle n'avait jamais réellement parlé et celles-ci l'accueillir assez chaleureusement.
En rentrant dans sa chambre quelques dizaines de minutes plus tard, la jeune fille se rendit compte qu'elle pouvait relativiser. Se passer de l'amitié de Julia ne serait pas bien difficile. L'animosité de quelques Serpentard ne le dérangeait pas plus que ça, puisqu'elle savait désormais avec qui traîner. Potter n'irait jamais crier sur tous les toits ce qui s'était produit, bien trop gênant pour sa carrière. Le seul problème restait donc Stan. Il changerait peut-être d'avis avec le temps, beaucoup de temps.
En ce week-end d'Halloween, James avait rendez-vous avec ses trois meilleurs amis dans un petit café au sud de Londres. Il était en retard ayant eu du mal à trouver son chemin à la moldue. Comment Sirius faisait-il pour revenir tous les jours à cet endroit, juste dans l'espoir d'impressionner une petite serveuse aux cheveux bouclés ?
_ Une forte détermination et un petit côté taré, affirma Remus. Tu parles tout seul maintenant ?
James n'avait pas réalisé. Il ne s'était pas encore remis de la veille et était une vraie boule de nerfs.
_ Allez viens, ajouta Remus en riant, le café est par-là. Ca fait une semaine que Sirius m'y traîne tous les jours. Fais attention, ne prends pas un de leur « expresso », la serveuse est vraiment jolie, mais niveau qualité ça laisse à désirer.
Après quelques pas, James reconnut Sirius et Peter, deux de ses meilleurs amis, à la terrasse du café. En les voyant mater les jambes d'une passante, une bouffée de chaleur monta en lui. Cela faisait du bien de les revoir.
_ Corndrue ! S'exclama Sirius en se levant et en donnant une bourrade amicale au jeune homme.
James se détendit et prit place autour de la table. Après quelques minutes, harcelé par les questions de ses amis, il leur raconta ses premières semaines entant que professeur à Poudlard. Il ne mentionna pas les évènements de la veille au soir.
_ Eh bien dis donc ! S'exclama Peter. Je ne pensais pas que les Serpentards seraient aussi chiants. Après tout, ne craignent-ils pas les célèbres maraudeurs ?
_ Bien sûr qu'ils nous craignent, affirma Sirius. Après tout, il n'y a que la préfète-en-chef qui te pose de réels problèmes.
_ Ca a l'air d'être un cas, en déduisit Peter. Pourtant, on a connu notre lot de connasses à l'époque.
_ Parle moins fort ! s'exclama Sirius en montrant la petite serveuse qui débarrassait une table près de la leur.
_ A t'écouter, reprit Peter un peu plus bas, je ne regrette pas de ne pas avoir fait auror et de suivre cette formation de médicomage. Je n'ai jamais le temps de m'amuser, mais personne ne me fait chier non plus. Par contre, ce n'est que mon premier week-end de libre depuis la rentrée.
_ Tiens le coup, Queudver, dit Remus, ce serait bête d'abandonner maintenant.
Peter hocha la tête et but une gorgée de sa bière.
_ N'empêche, je ne vois pas du tout de qui tu parles, Corndrue, renchérit Sirius.
_ Pardon ? S'enquit James, distrait par le petit sourire en coin de Remus.
_ Cette Lily Evans, répéta Sirius. Je ne la connais pas.
_ Mais si voyons, le corrigea Remus avec un sourire grandissant. C'était la cavalière de Rogue au bal de fin d'études.
_ Pour vous dire quelles sont ses références, répliqua James.
_ La jolie rouquine aux jambes interminables ? S'étonna Sirius.
_ Celle-là même, continua Remus, tu as bonne mémoire…
Plus le sourire du loup-garou grandissait, plus James se renfrognait.
_ Avec un corps comme ça, souligna Sirius, je ne risquais pas de l'oublier. Comme j'ai pu détester Rogue ce soir-là…
_ Tu l'as toujours détesté, rappela Peter.
_ Mais je le haïssais encore plus à ce moment-là, affirma Sirius. Si la petite n'avait pas été une Serpentard, j'aurai tenté ma chance.
_ Je te rassure tout de suite, déclara James en serrant les dents, elle n'en vaut vraiment pas la peine.
_ Ce sont tes yeux de prof qui te trompent, décréta Sirius, car je peux t'assurer qu'elle était très sexe. J'aurais bien été tenté de voir ce qui se cachait sous sa petite robe…
_ Je te le répète, continua James, ça n'en vaut pas la peine.
Remus s'esclaffa.
_ Comment se fait-il que tu connaisses l'anatomie de l'une de tes élèves ? S'enquit Peter.
James leur raconta donc l'épisode de la veille, en expliquant bien qu'Evans avait fait cela pour le faire renvoyer, et qu'il ne la laisserait pas atteindre son but.
Près d'un mois et demi s'était écoulé depuis le fameux soir du bal et les vacances de Noël approchaient à grands pas. James se réjouissait d'avance des deux semaines de rêve qu'il allait passer. Remus et Sirius avaient trouvé un super appart dans le Londres moldu. Un véritable duplex. Les quatre garçons avaient leur propre chambre et ce lieu de paradis se changerait à leur bon vouloir en garçonnière idéale. Le nombre de filles qu'il allait pouvoir rencontrer en deux semaines ! Ca le changerait de Rodmilla, le somnifère ambulant.
Le vendredi soir, alors que le Poudlard express partait le lendemain, James se décida pour faire une petite balade dans les couloirs, chose dont il avait perdu l'habitude depuis qu'elle était autorisée, est donc beaucoup moins amusante.
_ Ah ! Je comprends ce qui pose problème Miss ! S'exclama le professeur Flitwick.
Lily soupira de soulagement et attendit l'explication de son professeur.
_ Vous n'accentuez pas assez le « e » final, ce qui lance un sort de faible puissance.
_ Parfait ! S'exclama Lily, ravie d'avoir réussi à résoudre son problème. Merci beaucoup professeur !
Il s'agissait d'un sort complexe qu'elle avait trouvé dans un livre de la bibliothèque.
_ Mais de rien, répondit-il avec un sourire. Je ne peux qu'être fier lorsqu'une de mes plus brillantes élèves s'exerce à des enchantements aussi ingénieux.
Lily rougit et rangea sa baguette. Les études étaient devenues sa priorité depuis quelques semaines. En se plongeant dedans, on pouvait presque tout oublier. C'est donc pour ça qu'un vendredi à neuf heures du soir elle était venue quémander des explications à un professeur qui, par chance, se trouvait dans son bureau. Pouvoir sortir après le couvre-feu, tel était le principal atout d'une préfète en chef.
Lily sortit de la salle d'enchantement, précédée par Flitwick qui retournait à ses appartements. Le professeur lui souhaita bonne nuit et s'éloigna, la laissant seule dans le couloir. Enfin, pas si seule que ça…
_ Vous faites ça à tous vos professeurs ? Demanda James.
La jeune fille se retourna et le vit avancer vers elle.
_ Je trouvais vos notes dans les autres matières étonnantes. C'est vrai, vous êtes bonne élève, mais vos devoirs sont loin d'être parfaits.
Il la regarda droit dans les yeux et ajouta :
_ J'en conclus que ça aide de coucher avec les profs.
A ces mots, il reçut une baffe magistrale. Il lui attrapa le poignet et l'empêcha de bouger.
_ Je vous signale que j'ai déjà eu l'occasion de vous corriger lors de l'un de vos cours, lui rappela-t-elle.
James voyait rouge.
_ Je serai toujours bien plus intelligente que vous lorsque vous étiez à mon niveau, rétorqua Lily. C'est ça qui vous énerve.
_ Ce qui m'énerve, c'est qu'une petite peste de Serpentard me montre ses fesses pour me faire virer !
En entendant ce que Potter avait déduit de sa prestation, Lily sourit. Elle aurait dû se créer cette excuse bien avant, au lieu de se torturer avec une quelconque possible attirance pour cet abruti.
_ Vous trouvez ça drôle ?
Elle continua de sourire, un regard de défi dans les yeux.
James la rapprocha en lui tirant le poignet. Il voulait être imposant, qu'elle arrête de le provoquer. Contre son torse, elle dut lever la tête pour continuer à le regarder dans les yeux. Sans réfléchir aux conséquences, il caressa sa cuisse de son autre main. Elle cessa de sourire instantanément. Il y eut une pause, chacun attendant le prochain geste de l'autre. Puis elle lui flanqua une seconde gifle de sa main libre.
Il s'écarta pour la détailler. Elle avait l'air secoué.
_ Vous avez changé d'avis ? Tout Poudlard ne peut plus vous passer dessus ?
Furieuse, Lily tourna les talons et s'éloigna. James resta planté là un moment, cloué par l'intensité de l'échange qu'ils avaient eu, le désir qu'il avait pour elle et les possibles répercussions de ses actes.
Manque de chance pour Lily, ce fut pile lorsqu'elle se rendit aux toilettes que la dame aux friandises passa dans son compartiment. N'ayant pas dit à ses camarades ce qu'elle désirait au préalable, ces dernières n'avaient pas pu s'occuper de ses achats. Lily se mit donc en tête de retrouver la dame aux friandises et ses tant convoitées plumes en sucre et partit à leur recherche. Au bout de quelques minutes d'errance dans de multiples compartiments, la jeune fille trouva enfin ce qu'elle désirait et se paya trois belles plumes en sucre. Cependant, alors qu'elle revenait sur ses pas, un mur lui bloqua le passage. Un mur appelé Gordon Whitewood, batteur et capitaine de l'équipe de Quidditch de Serpentard.
_ Salut Lily, dit-il d'une voix traînante.
_ Salut Gordon, répondit-elle hésitante.
Le jeune homme, qui avait pris l'habitude de lui prendre les cours quand elle était absente l'avait, depuis le bal, ignoré royalement.
_ Qu'est-ce que tu fais ? Demanda-t-il avec un petit sourire.
_ Je retourne à mon compartiment.
_ Ah oui, dit-il en faisant mine de réfléchir. Tu vas retrouver tes nouvelles amies.
La jeune fille ne répondit pas et il la regarda dans les yeux lorsqu'il continua :
_ C'est nous qui faisons la pluie et le beau temps ici. Qu'est-ce que tu crois ? Que tu vas t'en tirer comme ça ?
Lily ne savait plus où se mettre. Ce gros balourd avait le béguin pour elle depuis leur première année. A présent, elle regrettait de ne pas avoir été plus gentille avec lui. Il aurait peut-être semblé moins imposant à ce moment précis.
_ Je serai toi, je ne rentrerai pas chez moi pour les vacances, poursuivit Gordon avec un petit sourire. Il faudrait faire attention à ta sale famille de moldue, tu ne crois pas ? Ce serait idiot qu'il leur arrive un accident, non ?
_ Arrête Gordon !
Il saisit ses plumes en sucre et, sans faire le moindre effort, les réduisit en miettes au creux de sa main. Il observa sa mine déconfite et, avec un petit sourire de victoire, la bouscula.
_ Allez, dégage, sang de bourbe.
Sans un mot de plus, il s'éloigna.
