Chapitre 13 : Echappée belle

Dans la grande chambre de Stan, Lily était pieds et mains liées, attachée à un fauteuil. Elle remuait comme une furie depuis plusieurs minutes pour tenter de se dégager. En sueur, elle se fatiguait.

_ Quelle heure est-il ? Lança-t-elle sèchement.

C'était la première fois qu'elle lui adressait directement la parole depuis qu'il l'avait capturée. Cela le fit sourire et il se leva de son bureau pour s'approcher d'elle.

_ 19h10.

Lily ressentit un coup dans la poitrine et arrêta de se débattre. Il était 19h passées, et James devait croire qu'elle était belle et bien partie, comme il le lui avait demandé. Après ce qui s'était passé entre eux, c'était à elle de lui courir après et de se faire pardonner, et non l'inverse. En colère comme il l'était, il n'allait pas se mettre à la chercher. Elle laissa un instant l'angoisse l'envahir : elle était seule, personne ne savait qu'elle avait été enlevée, et son opportunité pour reconquérir James venait de s'envoler.

Ce fut le moment que Stan choisit pour s'agenouiller devant elle et lui caresser la joue. Cela ranima le feu en elle. Elle se sortirait elle-même de cette situation et essairait encore une fois avec James. Elle était tenace, et elle allait faire regretter son geste à Stan. En un éclair, elle tourna la tête et attrapa sa main avec ses dents, le mordant de toutes ses forces.

Un cri de douleur s'échappa de sa gorge et lorsqu'il eut extirpé sa main, il la retourna et frappa Lily au visage. La claque était si forte qu'elle fit trembler le fauteuil. Stan s'écarta et se laissa tomber à terre, assez loin pour qu'aucune altercation physique ne soit plus possible. Une larme coula sur la joue rouge de Lily, causée par le choc. Stan, se méprenant sur les sentiments de la jeune fille, se confondit en excuses :

_ Pardon Lily. Je n'ai pas su me contenir, je ne te toucherai plus.

Elle roula des yeux, lui montrant ce qu'elle pensait de sa promesse.

_ N'aie pas peur, et aie confiance en moi. Je vais te traiter comme une princesse.

_ Les cordes, c'est un traitement royal ?

_ Ce n'est que pour quelques heures. Le temps que la réunion de Mangemorts que j'ai organisé ce soir au manoir soit bien entamée. Ce ne sera pas que ces idiots de notre promo, non. Il y aura quelques grands pontes aussi. On dira que tu as menée à bien ta mission, même si tu n'as pas obtenu d'information. Et on t'intégrera au groupe. Tu ne pourras plus renoncer après ça, on ne déserte pas les rangs des Mangemorts. Tu devras rester avec nous. Et tu pourras rester ici, avec moi.

_ Crois-moi Stan, si j'ai bien appris une leçon cette année, c'est que ce ne sera pas aussi facile. Je ne suis pas bien sûre qu'ils m'accueillent à bras ouverts.

Stan la regarda dans les yeux.

_ Il y a un risque, c'est vrai. Mais je me battrai pour toi.

_ Tu m'aimes et tu prends le risque que je me fasse tuer ?

_ Je préfère te voir morte qu'avec Potter.

Lily déglutit. Il fallait qu'elle se sorte de cette situation, et rapidement. Si elle n'arrivait pas à l'embobiner avant que les Mangemorts arrivent, elle passerait un sal quart d'heure. Si l'un d'eux savait qu'elle s'était rendue au ministère la veille pour les dénoncer, le mieux qu'elle puisse espérer était un avada kedavra.

40 minutes plus tôt.

_ Lâche-moi ! James ! James !

Les hurlements de Lily lui glacèrent le sang. James abandonna ce qu'il faisait et monta quatre à quatre les escaliers, se précipitant vers la chambre de Sirius.

_ Lily ! S'exclama-t-il en ouvrant la porte.

Il n'avait pas fini de prononcer son nom qu'elle avait disparu, aspirée par un portoloin. Incrédule, le cœur battant la chamade, son regard oscilla entre le chausse-pied et Peter. Il remarqua le sac de Lily par terre.

Si ses cris n'avaient pas suffi, la présence de son sac ne fit que renforcer sa peur. Elle n'aurait pas laissé ses affaires. Elle n'était pas partie de son plein grès. Elle venait de dénoncer un tas de Mangemorts. Et son meilleur ami suait comme un porc, l'air coupable.

Il bondit sur Peter et l'attrapa par le col, le soulevant presque du sol.

_ Qu'est-ce que tu as fait ? Où est-elle ?

_ Je… je…

Peter, tremblait, ne savait que dire.

_ Où est-elle ? Cria James en le secouant.

Peter se mit à pleurer.

_ Répond-moi ! Hurla-t-il en le plaquant contre un mur. Mais répond !

_ Stan Bard !

James le lâcha aussitôt, prêt à aller la secourir.

_ James ! S'écria Peter en le retenant par le bras.

_ Quoi ?

_ Si tu lui pardonnes à elle, essaie de me pardonner aussi !

_ S'il lui arrive la moindre chose, je ne te le pardonnerai jamais.

Et à ces mots il transplana.

_ Tu n'as pas de raison de m'imaginer avec Potter, lança Lily à Stan.

Il la regarda, intrigué.

_ Je ne reste chez lui que parce que je n'avais nulle part où aller. C'est l'archétype même du bon samaritain. Je ne dors même pas dans sa chambre. Il n'y a plus rien entre nous depuis longtemps. Il me dégoute.

Stan se mordit la lèvre, perplexe. Il hésitait à la croire.

_ Si je t'ai rejeté ce n'est pas à cause de Potter. C'est parce que tu me fais peur. Tu ne m'as pas protégée de l'endoloris. Et maintenant tu me séquestres, ligotée à m'en faire mal.

Il continuait à la regarder sans un mot, doutant de sa sincérité. Lily se mit à pleurer.

_ Après tout ce que j'ai fait pour toi, reprocha-t-elle entre deux sanglots. Me forcer à être avec Potter, pour ma première fois, quand je voulais juste être avec toi.

_ Arrête, dit-il en se rapprochant d'elle. Je ne peux pas entendre ça. C'était une si mauvaise idée, je l'ai regrettée chaque jour.

_ Et moi je devais endurer un calvaire avec Potter. Le laisser me toucher… Je me sens si humiliée !

Stan tenta prudemment de lui caresser la joue, là où il l'avait frappé, pour lui montrer sa tendresse. Il était prêt à se reculer si elle attaquait, mais au contraire, elle se laissa faire sous ses doigts. Puis ses pleurs reprirent de plus belle.

_ Je t'aimais tant, j'aurais pu tout faire pour toi. Maintenant j'ai l'impression d'être une prostituée, je me sens sale.

_ Non, ne dit pas ça, dit-il en l'enlaçant, toujours avec précaution.

Elle posa sa tête sur son épaule et continua de pleurer.

_ Je t'aime, et je sais que tu m'aimes encore, la rassura-t-il. Tout va redevenir comme avant, je te le promets.

Ils restèrent ainsi un moment, elle pleurant, lui la consolant en l'enlaçant et lui caressant le dos. Au bout de quelques minutes, des bâillements se mêlèrent à ses larmes, et elle ferma les yeux.

_ C'est ça, repose-toi, dit-il en lui caressant les cheveux. C'est bientôt fini.

Il se recula légèrement et elle se laissa tomber contre lui, les muscles complètement détendus.

_ Tu es épuisée. Tu veux que je t'installe sur le lit ?

Elle lui fit un petit sourire et répondit « oui » d'un hochement de tête.

_ Allez viens princesse !

D'un coup de baguette il la libéra du fauteuil. Puis il la souleva et la porta jusqu'à son lit. Il la posa délicatement dessus et s'apprêtait à la border quand un détail de sa tenue attira son attention : le col de son pull avait glissé sur son épaule et la bretelle de son soutien-gorge dépassait. De couleur rouge vif, le sous-vêtement criait « Gryffondor ». Elle vit un éclair de compréhension passer sur son visage. Il n'eut pas le temps de réagir qu'elle s'était saisi d'un bougeoir en argent posé sur la table de nuit et le frappa au crane de toutes ses forces. Il tomba dans un bruit sourd.

Elle se redressa et le vit qui gisait à terre, du sang coulant derrière sa tête. Elle se leva tant bien que mal et se dirigea vers une commode sur laquelle elle avait vu trôner un sabre médiéval. Jamais objet d'art n'avait été si utile. Après quelques minutes qui lui parurent une éternité, craignant que Stan ne revienne à lui, elle réussit à se défaire de ses liens. Son premier réflexe fut de courir vers la porte, mais elle se retint à temps. Les Mangemorts étaient peut-être déjà arrivés, ou un membre de la famille ou du personnel de Stan pourrait l'arrêter. Elle se précipita vers la fenêtre de la chambre. Elle n'était qu'au premier étage, et du lierre grimpait contre les parois du manoir. Elle ne fit ni une ni deux, ouvrit la fenêtre, agrippa le lierre et descendit le mur difficilement mais rapidement, s'écorchant coudes et genoux au passage. Elle fut bientôt assez près du sol pour sauter et se laisser tomber à terre. Elle se rattrapa sur les mains et se mit à courir sur la pelouse pour rejoindre l'entrée du domaine, dont elle apercevait les grilles au loin.

Elle craignait d'être touchée par un sort dans le dos ou de voir les Mangemorts passer les grilles. Elle courrait comme elle n'avait jamais couru, à s'en décrocher les poumons. Soudain, son sang ne fit qu'un tour : une douzaine de silhouettes apparurent aux grilles vers lesquelles elle se dirigeait. Elle s'arrêta en plein élan. Elle était complètement visible, essoufflée et débraillée au milieu de l'allée. Ils ne la laisseraient pas passer. Elle pensa courir pour se réfugier dans les bosquets qui bordaient le chemin, quand son regard croisa celui d'un des hommes à l'entrée. James. Lui, entouré de Sirius et d'une dizaine d'aurors.

Elle resta plantée là, tremblante, les larmes aux yeux et se mordant la lèvre. Elle ne croyait pas sa chance. James se précipita vers elle, suivit par ses coéquipiers. Il secoua la tête, l'air de celui à qui on en fait voir de toutes les couleurs. Elle sourit, et il lui rendit à pleines dents. Arrivé à sa hauteur, il la prit dans ses bras et l'enlaça fermement.

_ Je venais te sauver, dit-il au creux de son cou, soulagé.

_ J'y retourne si tu veux, plaisanta-t-elle, sans néanmoins faire mine de bouger.

_ James, amène-la à Sainte-Mangouste.

_ Oui, chef.

Il allait l'amener au portail pour pouvoir transplaner quand elle l'arrêta.

_ Attendez !

Le chef de patrouille se retourna, imité par le reste de la troupe.

_ Il a organisé une réunion de Mangemorts. Il m'a dit que des grands pontes seraient là. Ils peuvent arriver à tout moment.

_ Sirius, va chercher des renforts, ordonna le responsable. Les autres, on y va !

Les aurors et leur chef partirent en courant vers le manoir, tandis que Sirius, James et Lily rejoignaient les grilles pour transplaner.

_ Infirmière ! S'écria James en apparaissant à l'hôpital.

En un instant, des blouses blanches les entouraient pour prendre Lily en charge.

_ Attends-moi ici, je reviendrai te chercher, lui dit-elle en s'éloignant déjà.

_ Quoi ! Non, non, non, paniqua-t-elle en lui tenant le bras. Reste avec moi.

_ Je dois y aller, dit-il en la regardant dans les yeux. Je veux y aller.

Il prit son visage dans ses mains et l'embrassa doucement.

_ A toute à l'heure, promit-il avant de transplaner à nouveau.

Lily se laissa entraîner par les infirmières et s'affala sur un lit. Cette journée n'en finirait jamais.