Thallyana : Je ne trouve pas ça contradictoire Fili peut observer que Kili semble effrayé, tout en se demandant pourquoi il est effrayé. Supposer une cause (la façon de parler de Thorin) sans connaître la raison, si tu vois ce que je veux dire.
Peut-être que tu as raison pour Kili je ne suis pas objective après tout. Mais ce n'est pas exactement un enfant, c'est un adolescent de 16 ans. Et ce n'est pas la seule raison pour laquelle je veux secouer Fili : il est beaucoup trop obsédé par l'idée qu'on puisse vouloir les arnaquer, et sa façon de se plaindre (mentalement) que les gens se prennent pour ses meilleurs amis au bout de deux conversations, et ne veuillent pas argumenter... ça me fait penser 'pauvre petit garçon riche', pour être honnête.
Merci à toi pour ta review, en tout cas !
Chapitre 2 :
Kili était silencieux tandis qu'ils se dirigeaient vers la voiture. Il avait une petite sacoche pendue sur une épaule, et Thorin lui jeta un regard critique quand ils sortirent.
« Où sont tes affaires ? demanda-t-il. On va aller les chercher.
- Oh, dit Kili en regardant son sac. Elles sont là. Je veux dire, je n'ai rien d'autre. »
Il passa d'un pied sur l'autre, l'air embarrassé.
« Je suis désolé, dit-il.
- Ne le sois pas, répondit Thorin. Fili t'emmènera faire du shopping. »
Il adressa un regard significatif à Fili, et Fili soupira intérieurement et hocha la tête. Il se souvint que Kili avait dit que le sweat n'était pas à lui. N'avait-il rien du tout à part ce qu'il portait quand il avait été arrêté ? Bordel.
« Celle-là, dit alors Thorin, en ouvrant la marche vers la BM. »
Kili marqua une pause, légèrement bouche bée.
« C'est la vôtre ? Dit-il.
- L'une d'entre elles, dit Thorin avec un petit sourire. »
Il n'avait pas beaucoup de hobbies, mais ceux qu'il avait étaient chers.
« J'aime les voitures.
- Je les aime aussi, dit immédiatement Kili.
- Comme tu aimes les avions ? demanda Fili avant de pouvoir s'en empêcher. »
Thorin lui jeta un regard noir, et Kili se retourna à moitié, ressemblant à un lapin pris au piège.
« Ou— Euh, oui, dit-il, serrant les doigts autour de la bretelle de sa sacoche. Comme, comme les avions.
- C'est bien, dit Thorin, en haussant les sourcils à l'adresse de Fili. C'est dommage que tu ne saches pas conduire, ou je te laisserais l'emmener faire un tour.
- Je sais conduire, dit Kili. »
Il eut immédiatement l'air de regretter l'avoir dit quand Fili et Thorin se retournèrent tous deux pour le fixer.
« Non, je veux dire— je ne dis pas que vous devriez me laisser faire, ça va, je ne— je ne veux pas
—
- Tu n'es pas assez grand, dit Fili. Tu dois avoir dix-sept ans pour avoir le permis de conduire. »
Et il doit y avoir une trace officielle de ton existence pour que tu te portes candidat, ajouta-t-il silencieusement.
« J'ai seize ans, dit Kili. C'est— est-ce que ça ne suffit pas ? »
Fili fut brièvement surpris — Kili n'avait pas du tout l'air d'avoir seize ans, trop petit et maigrichon et les yeux trop écarquillés — puis il fut de nouveau surpris par ce que Kili avait dit.
« Non, dit-il. Tu dois avoir dix-sept ans. Comme je viens de dire.
- Oh, dit Kili. »
On aurait dit qu'il n'avait même jamais envisagé qu'il puisse y avoir une limite d'âge pour la conduite, ce qui était – eh bien, c'était totalement bizarre, voilà ce que c'était. Mais en même temps, presque tout dans le passé de Kili semblait plutôt bizarre. Bombur leur avait dit de ne pas lui poser de questions, de juste le laisser leur en parler s'il le voulait, mais Fili se sentit soudain brûler de curiosité : où diable ce gosse bizarre avait-il été pendant les seize premières années de sa vie, et qui étaient ses parents pour qu'il ressemble tellement à un Écu-de-Chêne.
« Allons-y, alors, dit Thorin. »
Il y eut un bref moment gênant où Fili ne fut pas sûr de devoir monter devant ou de laisser Kili y aller – ou peut-être que Thorin voudrait qu'ils aillent tous les deux à l'arrière ? - mais la question fut résolue quand Kili monta à l'arrière sans poser de question, touchant timidement la poignée de la portière comme s'il avait peur de la briser.
« Est-ce que tu es déjà allé à Cambridge, Kili ? demanda Thorin en démarrant la voiture.
- Oui, dit Kili. Mais je— »
Il s'interrompit.
« Je n'ai pas— vu beaucoup de choses, dit-il enfin. Tous les bâtiments.
- Ils sont beaux, n'est-ce pas ? dit Thorin. Fili t'emmènera faire le tour de son université plus tard.
- Si tu veux, dit rapidement Fili, espérant à moitié que Kili s'avère détester l'ancienne architecture. Pas si ça t'ennuie.
- Non, ils sont beaux, dit rapidement Kili. Les bâtiments. Merci. »
Fili s'affaissa dans son siège.
« Ouais, pas de problème, dit-il. »
Autant pour samedi.
Thorin installa Kili dans l'une des chambres d'amis. Elle était assez jolie, propre et fraîche avec une vue sur Grantchester et quelques aquarelles inoffensives sur le mur, mais c'était quand même une chambre d'amis, ce qui ne fut que plus évident quand Kili posa son sac sur le lit et qu'il eut l'air immédiatement déplacé, abîmé et petit et moche sur le large édredon blanc.
« Les tiroirs et les placards sont vides, dit Thorin. Il y a beaucoup d'espace pour tes affaires. »
Kili regarda sa petite sacoche d'un air dubitatif.
« Merci, dit-il. »
Fili, appuyé dans l'embrasure, soupira. Il essayait très fort de maintenir son air d'indifférence, au moins jusqu'à ce qu'il perce ce gosse à jour, mais il devait admettre que Kili rendait ça difficile.
« Il te faudra des affaires, alors, dit-il. Et un déjeuner. Je l'emmène manger dehors ? »
La question s'adressait à Thorin, qui avait sans doute du travail qu'il devait rattraper.
« Prends la Range Rover, dit Thorin. Il y aura de la place à l'arrière au cas où vous auriez besoin d'acheter quelque chose de gros. Tiens. »
Il ouvrit son portefeuille et sortit l'une des cartes, la tendant à Fili.
« Tu connais le numéro. »
Fili prit la carte et la rangea dans sa poche.
« Du shopping, dit-il, essayant de ne pas avoir l'air trop déprimé. Est-ce que tu as besoin d'une douche ou quelque chose avant de partir ? »
Kili le fixa puis secoua silencieusement la tête. Il avait l'air de n'être pas tout à fait sûr d'où ils allaient ni de ce qu'ils allaient faire.
« Alors viens, dit Fili. »
« Tu es assez grand pour conduire, alors ? Dit Kili lorsqu'ils furent installés dans la Range Rover.
- J'ai dix-neuf ans, répondit Fili. Je le fais pas souvent parce que les parkings sont pourris et le système de route est horrible, mais c'est utile si tu veux acheter beaucoup de trucs.
- Oh, dit Kili. »
Il se retourna pour regarder à travers le pare-brise. Fili négocia Trumpington Street sans renverser un seul touriste (dommage) et tourna vers la Grande Arcade. Il se contenta de laisser le silence s'étendre – à la fois parce qu'il n'était pas vraiment sûr de quoi dire à Kili et parce que conduire à Cambridge était comme jouer à un jeu vidéo où au lieu de perdre des points pour avoir touché les obstacles qui surgissaient constamment de nulle part, ils vous envoyaient en prison. Enfin, cela dit, il entra dans le parking et se gara.
« Putain, merci, marmonna-t-il en coupant le moteur.
- Est-ce que Thorin est ton papa ? demanda Kili. »
La question sortait tellement de nulle part que Fili se retourna et le fixa. Il n'avait pas l'intention d'avoir l'air intimidant – honnêtement, il ne savait même pas qu'il pouvait avoir l'air particulièrement intimidant – mais Kili eut une sorte de mouvement de recul et détourna les yeux.
« Désolé, dit-il. Je ne voulais pas te vexer.
- OK, dit Fili. »
Il n'était pas sûr de savoir de quoi parlait Kili, mais il savait que Kili était bizarre, alors il était prêt à laisser passer certains trucs bizarres.
« Non, ce n'est pas mon papa. C'est mon oncle. Est-ce que Bombur ne t'a pas dit ça ?
- Si, dit Kili. Désolé. »
Il regarda par la fenêtre, et Fili soupira et ouvrit sa portière.
« Allez, viens, dit-il. Il te faut définitivement plus qu'un seul sous-vêtement de rechange si tu dois me côtoyer de près pendant plusieurs semaines. »
Il sourit à Kili, mais Kili se contenta de rougir.
« Désolé, dit-il. »
Fili se mordit la langue et inspira profondément.
« Ne sois pas désolé, dit-il. Tu n'as pas besoin de t'excuser tout le temps. C'est pas ta faute si t'as pas vêtements. »
Sauf que ça l'est, ajouta-t-il mentalement, puisque de toute évidence si Kili ne s'était pas fait prendre à voler il aurait peut-être encore accès au reste de ses affaires, où qu'elles soient. Quelque part à Canterbury, probablement.
« D— commença Kili. »
Puis il eut l'air de se mordre la langue à son tour.
« Um, OK, reprit-il. »
Ils marchèrent en silence pendant quelques moments. Fili pensa à essayer de faire la conversation, mais jusqu'à présent ça s'était plutôt mal passé,aussi retourna-t-il enfin au seul sujet auquel Kili s'était vraiment intéressé.
« Mes parents sont morts, dit-il. »
Ça faisait encore mal, une sorte de douleur sourde en lui, mais il y était habitué maintenant, alors il pouvait le dire aussi simplement que ça.
« Oncle Thorin m'a recueilli parce que je n'avais personne d'autre. »
Il eut un léger sourire narquois.
« Ça te rappelle rien ? »
Kili lui jeta un regard comme s'il n'était pas tout à fait sûr de ce qu'il voulait dire.
« Mais ce n'est pas ton papa ? dit-il.
- Comment ça ? demanda Fili. Je veux dire, il ne m'a pas, genre, adopté ni rien. C'est ça que tu voulais dire ? »
Kili ouvrit la bouche comme s'il allait dire quelque chose, puis la referma.
« Oui, dit-il. Désolé. C'est ce que je voulais dire.
- Eh bien, non, dit Fili. Mon père est mort. Et j'ai dix-neuf ans, donc je peux me débrouiller tout seul, maintenant. Non que Thorin le croie, mais bon, c'est son problème. »
Kili le regarda un moment, puis hocha la tête.
« OK, dit-il.
- OK, répondit Fili. Et toi, alors ? »
Il se donna un coup de pied mental juste après l'avoir dit, mais il ne le retira pas, non plus. Il avait parlé de ses parents à Kili, alors qu'y avait-il de mal à poser une question en retour ? Ils l'avaient accueilli sans la moindre idée de ce qu'il faisait avant d'avoir été arrêté – sinon qu'il avait été impliqué dans un accident de voiture – et Fili pensait vraiment qu'ils devraient obtenir quelque chose, au moins.
« Euh, ouais, dit Kili en regardant droit devant lui. Mes — parents sont morts, aussi. Est-ce que c'est là qu'on va ? »
Il tendit le doigt dans la direction générale de pas grand-chose, essayant clairement de changer le sujet.
« Non, ici, dit Fili en prenant pitié de lui. On va t'acheter quelque chose à mettre. »
Au final, faire du shopping avec Kili s'avéra plus facile que Fili ne l'aurait cru. Il acquiesçait à tout ce que Fili suggérait, et à la fin de la sortie, sa présence était pratiquement inutile : Fili attrapait juste des trucs qui lui plaisaient dans la bonne taille et à l'occasion les mesurait contre Kili pour vérifier si ça lui irait. T-shirts, jeans, chemises, chaussures, un bon manteau d'hiver – ils eurent tout fini en moins de deux heures. La seule chose que Fili fit choisir à Kili furent ses propres boxers et chaussettes, et même alors il prit simplement les plus proches sur l'étagère.
« Pas un connaisseur, alors, dit Fili avec un petit sourire. »
Kili ne sembla pas comprendre ce qu'il voulait dire, cependant, alors il laissa tomber. Le gosse n'était pas doué pour la plaisanterie, c'était certain.
Lorsqu'ils eurent tout ramené à la voiture et déposé les sacs dedans, Fili déclara qu'il était l'heure du déjeuner.
« Rien de spécial, dit-il. Prêt A Manger ou quelque chose. Tu aimes les sandwichs ? »
Il s'interrompit, se souvenant exactement de ce que Kili faisait quand il avait été arrêté.
« Oh ouais, je suppose que tu aimes ça, marmonna-t-il.
- Quoi ? dit Kili, puis : Tu aimes ça, toi ? Les sandwichs, je veux dire.
- Ouaip, dit Fili. Je veux dire, qui n'aime pas ça, franchement ?
- J'aime ça, dit Kili. Oui, j'aime les sandwichs aussi.
- Tant mieux, dit Fili. Allons-y, alors. »
Lorsqu'ils eurent fini de déjeuner – ce qui ne prit pas longtemps du tout à Kili, remarqua Fili, levant les yeux de sa deuxième bouchée pour voir que Kili avait déjà terminé son sandwich et se léchait avidement les doigts – Fili avait commencé à s'habituer à Kili. Il était bizarre, définitivement – oh, tellement bizarre – mais il n'était pas de mauvaise compagnie. Il ne parlait pas beaucoup, et quand il disait des choses ça n'avait pas toujours de sens, mais il n'était pas agressif ou dédaigneux, et il ne parlait pas pendant des heures de trucs ennuyeux, ce qui était mieux que beaucoup de gens que Fili avaient rencontrés.
« Alors tu es déjà venu par ici ? demanda enfin Fili, surprenant Kili en train de fixer la grande silhouette de King's Chapel derrière eux. Je veux dire, tu as vu tout ça, hein ?
- Oui, dit Kili, fixant toujours la chapelle. Elle est grande, pas vrai ?
- Tu as un truc avec les mots, dit Fili. Je peux te faire entrer, si tu veux. Je suis un étudiant et un résident, donc on entrera gratuitement. »
Kili lui jeta un regard presque avide, mais ensuite il pressa soudain les lèvres l'une contre l'autre.
« C'est une église ? Dit-il.
- Une chapelle, techniquement, dit Fili. Mais ouais, en gros. »
Kili secoua la tête.
« Peut-être — est-ce que tu veux y aller ? »
Fili haussa les épaules.
« Ça m'est égal, dit-il. J'y suis déjà allé, alors. Je veux dire, si t'as envie.
- Non, non, c'est bon, dit Kili, l'air un peu soulagé. Si tu ne veux pas, alors — c'est bon, moi non plus.
- Eh bien, OK, alors, dit Fili. »
Il se sentait légèrement perplexe, parce qu'il avait été sûr que Kili voulait y entrer. Il se leva et brossa ses vêtements pour chasser les miettes.
« Qu'est-ce qu'il reste ? Il nous faut des trucs pour ta chambre. Une télé, peut-être, et une console de jeu. »
Kili le fixa.
« Une télé ? Dit-il. Une — pour ma chambre ? Tu veux dire la chambre dans ta maison ?
- À moins que tu aies une autre chambre quelque part dont tu ne me parles pas, dit Fili. »
Puis il marqua une pause, parce qu'en fait, il n'était pas vraiment sûr que ce ne soit pas le cas.
« Viens, dit-il. »
Acheter de l'équipement électronique aurait été beaucoup plus facile si Kili n'avait pas commencé à agir de façon fuyante à l'instant où ils passèrent la porte de la boutique. Honnêtement, Fili ne savait pas trop pourquoi il l'avait suggéré en premier lieu – le gosse ne serait là que quelques semaines, alors l'équiper de technologie semblait un peu exagéré. Mais d'un autre côté, la chambre d'amis avait eu l'air si incroyablement impersonnelle, et même lorsque les tiroirs seraient pleins de vêtements, ça ne serait pas mieux. Donc, va pour de l'électronique.
S'il pouvait juste trouver Kili et lui demander ce qu'il voulait.
Finalement, il le retrouva debout dans un coin, l'air de croire que quelqu'un allait sortir des ombres pour s'en prendre à lui d'un moment à l'autre.
« Hey, dit Fili. »
Il ignora la façon dont Kili sursauta violemment – cinglé – et montra l'autre bout de la boutique du doigt.
« J'en ai trouvé une bonne, dit-il. Écran plat, wi-fi, la totale. Tu veux venir jeter un œil ? »
Kili secoua la tête.
« Ça a l'air super. C'est super. »
Fili soupira.
« T'es sûr ? dit-il. Et une console ? Ou un ordi portable ? Il t'en faudra un pour l'école. Une stéréo ? »
Il fronça les sourcils.
« T'as un iPod ? »
Kili le regarda comme s'il parlait une autre langue.
« L'école ? dit-il au bout d'une longue pause.
- Bordel, dit Fili. »
Peut-être que c'était trop. Si le gosse essayait de les arnaquer pour qu'ils lui achètent des trucs, c'était définitivement une arnaque au long cours.
« OK, on va s'en tenir aux trucs importants, dit-il. Et un téléphone ? T'as un téléphone ? »
Kili resta très immobile quelques instants, puis secoua la tête.
« Non, dit-il. Je n'ai rien.
- Non, c'est certain, marmonna Fili. D'accord, alors, on va te prendre un téléphone et un iPad et c'est tout ce dont tu auras besoin de toute façon. Et ensuite on sortira d'ici. »
Il se détourna, mais pas assez vite pour manquer le soulagement sur le visage de Kili.
Sortir du magasin d'électroniques allégea définitivement l'atmosphère, mais bien que cela ait résolu un problème – parce que Fili était certain que s'ils étaient revenus sans téléphone pour Kili Thorin les y aurait renvoyés sur-le-champ – ça n'aidait pas le second, à savoir comment faire en sorte que la chambre de Kili ressemble un peu plus à la chambre de Kili. Qu'est-ce qu'on mettait d'autre dans une chambre de toute façon ? Il pensa à sa propre chambre, qui se définissait surtout en étant un bordel complet la plupart du temps. Quoi d'autre, cela dit ? Des posters, peut-être ? Ou–
« Des livres ! Dit-il, faisant sursauter Kili à côté de lui. Est-ce que tu aimes les livres ? »
Kili cligna des yeux.
« Et toi ? demanda-t-il.
- Oh oui, mon fils, dit Fili avec un grand sourire. Je sais où sont les meilleurs dealers.
- Ouais, j'aime bien les livres, dit Kili.
- Super, dit Fili. D'occasion ? Beaucoup plus excitant. Par ici ! »
Et il démarra, slalomant entre les touristes et se dirigeant vers sa librairie d'occasion préférée, enfouie au centre de la ville et cependant cachée par la petite église dans le Passage Saint Edward.
Quand ils arrivèrent, cependant, il y avait un signe sur la porte. Changement de Direction, disait-il, et Fili grogna. Nouvelle direction signifiait invariablement des conneries d'entreprise et rendre l'endroit brillant et moderniser, ce qui détruirait inévitablement tout ce qu'il y avait d'intéressant dans la librairie. Ils installeraient probablement un café. Ou en feraient un café.
« Conneries, marmonna-t-il. »
Quand bien même, autant en profiter tant qu'il pouvait. Il poussa la porte, faisant tinter la petite cloche, et se fraya un chemin à travers de grandes piles de livres dans la boutique.
« Bonjour, dit une voix. »
Fili sursauta, se retournant pour regarder Kili. Kili regardait autour de lui avec confusion, mais il n'y avait personne en vue. Des livres du sol au plafond, comme toujours, le petit endroit en était rempli, mais personne qui aurait pu dire bonjour.
« Euh, salut ? dit Fili.
- En effet ! dit la voix. »
Et un petit homme à l'air poussiéreux apparut soudain de derrière le comptoir. Il avait dû être à genoux ou accroupi pour regarder quelque chose, mais même debout, il atteignait à peine l'épaule de Fili. Il leva les yeux à travers une masse de cheveux bruns bouclés.
« Vous cherchez quelque chose en particulier ?
- Pas vraiment, dit Fili. Vous êtes le nouveau propriétaire ?
- Certainement ! dit le petit homme. Bilbon Sacquet, pour vous servir. »
Il fit une étrange petite courbette, et Fili la lui rendit avec un grand sourire.
« Fili Écu-de-Chêne, pour vous servir, dit-il. »
Une chose qu'on pouvait dire de Cambridge : c'était rempli de cinglés. Kili s'intégrerait parfaitement, au moins.
« Alors, qu'est-ce que vous allez faire de cet endroit ?
- Hmm, dit Mr Sacquet, en regardant autour de lui. Eh bien, j'ai pensé que je changerais le nom, pour commencer. Et ensuite – il a besoin d'un peu de changement, vous ne croyez pas ? Un peu de sang frais ? »
Fili regarda autour de lui, sentant son cœur se serrer un peu. Sang frais signifiait probablement Starbucks en langage d'entreprise.
« Pas vraiment ? dit-il.
- Vous ne croyez pas ? demanda Mr Sacquet en ajustant son gilet. Il n'y a pas du tout assez de livres à mon goût.
- Pas assez... de livres ? dit Fili. »
Il se retourna de nouveau pour regarder la boutique derrière lui. Il était à peu près sûr qu'il y avait plus de livres que d'air.
« Exactement ! dit Mr Sacquet avec un sourire. Oh, ça te plaît ? lança-t-il vers le fond de la boutique, où se trouvait Kili. C'est une édition originale, tu sais ! »
Fili se retourna pour voir Kili faire son imitation du lapin-pris-dans-des-phares. Il secoua la tête et se dirigea vers lui, prenant le bras de Kili.
« Il est inoffensif, dit-il en s'assurant de baisser la voix. Juste excentrique. Tu vois quelque chose qui te fait envie ? »
Il jeta un œil à l'étagère que regardait Kili.
« Rien de tout ça n'est vraiment du matériel à mettre sur une table de nuit. Les trucs plus légers sont dans l'arrière-boutique. »
Il marqua une pause, cependant, pour caresser du doigt la tranche d'un magnifique exemplaire relié de l'Origine des Espèces.
« Waouh, marmonna-t-il, c'est super cool. »
Il reposa le livre, cependant – il n'aimait pas s'acheter des choses avec l'argent de Thorin, pas quand Thorin lui donnait un argent de poche plus que généreux. Il avait dépensé tout ce qu'il lui restait la nuit dernière en payant des tournées à ses amis, mais le jour de paye était lundi, donc il reviendrait l'acheter à ce moment-là.
C'était dans l'arrière-boutique que se trouvaient tous les romans, avec les bandes dessinées et tout ce qui n'avait pas au moins cinquante ans. Kili fixa les étagères autour de lui comme s'il n'avait jamais vu autant de livres dans un même endroit (ce qui était entièrement possible, bien sûr – Fili n'avait certainement jamais trouvé d'autre endroit qui réussisse à accumuler tant de matériel de lecture dans un si petit espace).
« Qu'est-ce que tu aimes, alors ? demanda Fili. Choisis quelques trucs. Rien n'est cher, alors le ciel est ta limite. »
Kili regarda autour de lui pendant un moment, puis tendit la main pour toucher la tranche d'un livre relié de couleur vert foncé.
« Celui-là ? dit-il. »
Fili se pencha en avant pour regarder.
« Oliver Twist ? dit-il. C'est de circonstance.
- Ah oui ? dit Kili. Est-ce que c'est bon, alors ? »
Fili commençait à penser qu'il n'y avait aucun intérêt à faire la moindre blague en présence de Kili.
« Ouais, bien sûr, dit-il. Tu aimes Dickens ? Ils en ont plein.
- Ceux-là ? dit Kili, désignant plusieurs autres Dickens, tous reliés dans un même vert foncé.
- Ouaip, dit Fili. Il nous faut un panier ou quelque chose. Deux secondes. »
Il retourna dans l'autre moitié de la boutique et obtint un sac en toile de Mr Sacquet. Le temps qu'il revienne, Kili avait soigneusement empilé tous les Dickens verts, et tenait maintenant une autre édition reliée, rouge cette fois. Il ne l'avait pas ouverte, mais la tenait juste dans ses mains, et quand Fili revint, il le tendit.
« Celui-là ? Dit-il.
- OK. »
Fili le saisit et regarda la tranche.
« Une Revendication des Droits des Femmes, lut-il. Un peu ennuyeux pour ta chambre, tu crois pas ? »
Quand il leva les yeux, Kili se mordillait la lèvre et le regardait de côté.
« Ouais, dit-il. Désolé. »
Fili roula des yeux.
« Tu es un génie qui lit de la littérature pour filles du 19ème siècle, d'accord, dit-il en reposant le livre sur la pile. C'est pas comme si j'avais pas des tendances intellos moi-même. Mais pourquoi pas quelque chose qui n'endormirait pas un objet inanimé ? »
Il se promena entre les étagères en cherchant quelque chose de plus attrayant, et revint avec une poignée de perspectives intéressantes : Salman Rushdie, Neal Stephenson, Iain Banks.
« Toujours intello, t'en fais pas, dit-il en les lâchant sur la pile. Autre chose ? »
Kili secoua la tête.
« Merci, dit-il.
- Bien, dit Fili. Je ne crois pas qu'on puisse en porter plus de toute façon. Retournons à la voiture. »
Ils eurent juste le temps de rejoindre la voiture avant que les bras de Fili ne tombent pour avoir porté trop de livres, et Fili déclara que le tour de l'université attendrait une autre fois. Le retour à la maison fut plutôt tranquille, et quand ils arrivèrent, la maison était silencieuse et vide, un mot de Thorin sur la table.
« Il sera de retour pour le dîner, dit Fili en posant les livres sur la table. Tu veux défaire tes bagages ou quelque chose ? »
Kili disparut à l'étage, et Fili pensa à commencer la lecture qu'il était censé faire, puis décida de s'abstenir. Il se fit une tasse de thé et s'assit avec le journal à la place, et profita de la demi-heure la plus paisible qu'il ait eue toute la journée. Au bout de quelques minutes, son esprit s'éloigna de l'histoire qu'il lisait, et il commença à penser à Kili. Ç'avait été une étrange journée, pas de doute là-dessus, mais en même temps c'était – plutôt sympa. Ou quelque chose. Fili ne savait pas vraiment comment décrire ça. Il ne passait généralement pas beaucoup de temps avec ses amis en-dehors des cours et des soirées au pub, et il n'avait jamais eu de problème avec ça, n'avait jamais vraiment ressenti qu'il manquait quelque chose. Mais juste traîner toute la journée, même si c'était avec quelqu'un d'aussi bizarre que Kili – c'était – eh bien, c'était sympa.
Et d'ailleurs, il ne savait rien de Kili, pas vraiment. Tout ce qu'il savait c'était qu'il aimait Dickens et peut-être les avions et qu'il n'aimait pas beaucoup parler. Pas beaucoup d'informations après une journée entière passée ensemble.
Enfin, au moins Fili commençait à avoir l'impression que peut-être Kili n'était pas un artiste de l'arnaque. D'abord, son comportement était contre-productif à l'extrême s'il voulait être pris comme confident de Fili. C'était une chance pour lui que Fili apprécie les gens maladroits, vraiment, ou ç'aurait été terminé en dix minutes. Et ensuite-
Kili apparut soudain dans la cuisine, tenant quelque chose dans ses mains.
« Salut, dit-il, sautant d'un pied sur l'autre. J'ai pris ça pour toi. »
Il tendit l'objet, et Fili vit que c'était un livre, une superbe édition reliée avec des lettrines d'or sur la tranche.
« Merci, dit-il. »
Il le prit avec perplexité et le retourna. L'Origine des Espèces. Le livre qu'il avait repéré dans la boutique.
« Oh, merci, dit-il à nouveau, mais quelque chose de déplaisant se tortilla dans son ventre. Est-ce que— ça a dû coûter cher. »
Il dit cela lentement, essayant de se souvenir de quand ils avaient été dans la boutique. Ils étaient partis ensemble, et ils avaient été ensemble tout le temps, sauf quand Fili était allé demander un sac à Mr Sacquet. Quand est-ce que Kili avait eu le temps d'acheter le livre sans qu'il le voie ?
« Oh— ouais, je, je ne l'ai pas payé, dit Kili. C'est bon, je n'aurais pas — je n'ai pas d'argent. »
Fili le fixa.
« Tu l'as volé, dit-il, espérant avoir mal entendu d'une façon ou d'une autre.
- Ouais, dit Kili. »
Il jeta un regard au livre, puis regarda nerveusement Fili.
« Il ne te plaît pas ? dit-il. Je croyais qu'il te plaisait. »
Fili fixa le livre entre ses mains.
« Thorin va me tuer, marmonna-t-il. »
(-)
Oups ! Comme vous le voyez Kili est loin d'avoir eu une éducation normale... Dites-moi ce que vous déduisez de son comportement dans ce chapitre, je suis curieuse de voir ce que vous avez repéré !
