Note de l'auteur : bonsoir,
Voici le sixième OS ! Certains lecteurs pourraient le reconnaître, mais j'ai modifié radicalement la fin ( et un peu le reste aussi).
Merci à lectrice anonyme pour sa review. Bonne lecture à tous.
Aucun personnage de Square Enix, ni de Disney ne m'appartient, de même que les lieux.
Promesse
(Naminé(L)Néo-Riku)
Se plonger dans l'oubli. Ne plus songer à rien. Elle somnolait au milieu du palier serein qui était celui de son humaine. Elle attendait; oui, recroquevillée sur elle-même, elle attendait Kingdom Hearts savait quoi. Elle n'en avait pas le droit, après tout, puisqu'elle était une Simili. Même si elle avait un nom...
Naminé, la pureté du Néant incarnée en une seule personne – une chose dont elle n'était pas consciente, parce que pour elle, même le Néant ne voulait pas d'elle. Pourquoi n'avait-elle pas pu retourner vraiment en Kairi ? Pourquoi subsistait-il un ersatz d'elle, alors qu'elle n'était rien ? DiZ le lui avait tellement dit qu'elle avait fini par le croire !
Elle frissonna dans son sommeil trompeur. Qu'en était-il de Roxas ? Vivait-il la même chose en Sora ? Après tout, c'étaient deux Similis on ne peut plus spéciaux. Ils étaient dotés d'un cœur, qu'ils partageaient avec leurs humains. Ils étaient capables de... ressentir.
La Simili ouvrit ses yeux azur. Non, c'était faux. Tout Simili pouvait éprouver quelque chose bien qu'on racontât qu'il n'avaient pas de cœur. Cette particularité ne se limitait pas à elle et Roxas. Elle avait vu Axel. Alors qu'il était avec elle et Riku à la Cité du Crépuscule, Naminé avait discerné des émotions en lui. Une fois, une larme avait même coulé le long de sa joue. Elle le savait parce que c'est Roxas qui le lui avait dit.
Le but ultime du Simili était de retrouver son cœur s'il ne parvenait pas à reconnaître les sentiments, non ? Elle soupira, toujours allongée sur le Palier de l'Éveil de Kairi. Ce qui était sûr, c'était qu'elle s'en voulait encore pour les atrocités qu'elle avait faites, et pas seulement à Sora... Rien que d'y penser à nouveau, elle sentit un frémissement en son être : douloureux, pénible...
Naminé se redressa et entoura ses jambes avec ses bras. Elle enfouit la tête dans ses genoux. Elle avait mal.
Un visage s'imposa dans son esprit : deux yeux verts aussi brûlants que les feux de Maléfique, même s'ils n'en avaient pas la noirceur; un visage angélique, à l'expression volontaire, dure... Une voix grave, bien que douce, qui avait juré de la protéger aux dépens de sa propre vie. Une chevelure argentée, si pâle sous la lumière émise par les murs de ce manoir où elle demeurait enfermée...
Naminé se mordit la lèvre jusqu'au sang et retint un sanglot. Elle ne parvenait pas à l'oublier, lui qui n'avait été qu'un jouet : celui du Conspirateur Ténébreux, puis de Marluxia... Pourquoi avait-il fallu qu'il meure! Pourquoi avait-elle laissé faire cela, alors que...
Blême, elle redressa la tête. Qu'était-ce donc ? Que lui arrivait-il ?
Naminé se releva du Palier et s'étonna encore d'être elle-même. Le Palier luisait faiblement sous ses pieds. Elle se mit à marcher tout en frottant ses bras. Étrange qu'elle eût aussi froid dans un endroit pareil... qu'elle eût froid tout court. Une mèche blonde taquina son visage, et ses doigts la repoussèrent en tremblant un peu.
C'est alors qu'une petite lueur, venue de nulle part, perça la robe des ténèbres pour voleter vers elle avec grâce et agilité. La Simili fronça les sourcils. Qu'était-ce donc ? La drôle de luciole tourna autour d'elle, ce qui amena un sourire amusé sur ses lèvres, puis elle s'arrêta devant elle, sage, patiente.
Naminé tendit la main vers elle; la luciole recula. Intriguée, elle avança et réitéra le geste. Elle finit par arriver au bord du Palier, avec cette petite lueur qui semblait la défier, comme si elle lui disait « alors, oseras-tu sauter ? » avec une voix moqueuse. Elle pencha la tête sur le côté. Que devait-elle faire ? Théoriquement, elle ne risquait rien puisqu'elle était à l'intérieur de Kairi et qu'elle ne pouvait pas se faire le moindre mal.
Elle n'avait jamais essayé... Elle avait bien quitté le Palier lorsqu'elle était « née », puis avait été capturée pour servir les desseins de l'Organisation XIII, mais elle ne se rappelait plus comment elle avait fait. Une chose était sûre : ce n'était pas en sautant dans le vide... D'ailleurs, qu'était ce dernier ? En tant que Gardienne des Souvenirs et être du Néant, elle ne devrait pas l'ignorer pourtant...
Soudain, la lueur plongea, ce qui arracha un cri à Naminé; elle porta alors les mains à sa bouche comme si le son de sa propre voix l'effrayait. Elle avait oublié qu'elle savait parler... Tout lui revenait petit à petit; Kairi... n'avait-elle plus besoin d'elle pour être complète et lui « donnait-elle » une chance ? Est-ce qu'elle le faisait consciemment ? Qu'en était-il de Roxas ?
Il était le seul à connaître toute la vérité pour ce qui concernait Néo-Riku; une fois, alors que leurs humains dormaient, ils avaient réussi à se revoir par le biais d'un rêve et à se rejoindre sur l'île de la Destinée, du moins la représentation qu'en avaient Sora et Kairi.
Naminé leva des yeux pleins de larmes vers l'adolescent à la crinière blonde et ébouriffée.
— J'ai si mal encore d'y repenser... Je l'ai tellement blessé, Roxas...
— Néo-Riku ne t'en veut pas, j'en suis certain. Il t'aimait...
— Et moi, je lui ai brisé le cœur.
Comme un grand frère, il l'avait prise dans ses bras et lui avait murmuré qu'il partageait sa douleur... même s'il ne se souvenait plus de la personne pour qui il souffrait tant.
Ses yeux abritant un morceau de ciel fixèrent le vide qui s'étalait sous ses pieds; hésitante, Naminé avait peur de causer des dégâts chez Kairi. Peut-être qu'elle la plongerait dans le coma si jamais elle faisait cela! Un Simili était parfois considéré un peu à tort comme étant le double ténébreux de son humain... Quoique, elle avait l'âme si noire après tous les crimes qu'elle avait commis, alors cela devait être vrai !
Finalement, ce ne fut pas elle qui eut le geste décisif, mais le Palier lui-même : animé de vie, il commença à pivoter de manière à sombrer, lui aussi! À moins que cela ne fût les Ténèbres qui bougeaient autour d'eux ? Naminé sentit ses pieds glisser. Affolée, elle courut jusqu'au centre pour essayer d'enrayer le phénomène. Elle se retrouva bientôt assise et elle était en train de déraper vers le vide... Le Palier la chassait!
La Simili laissa échapper un cri puissant. C'était la première fois que sa voix portait autant dans l'espace! Ses ongles se plantèrent dans le vitrail et se cassèrent, en vain. Sa silhouette ne fit plus qu'une avec les Ténèbres environnantes, alors qu'elle continuait de chuter inexorablement. Étreinte par les oripeaux de la peur, elle plia les genoux vers elle et serra fort son corps frêle. Où allait-elle atterrir ? Qu'allait-il se passer désormais ?
Quelque chose de glacial lui coupa le souffle et chassa l'oxygène de ses poumons; paniquée, Naminé commença à se débattre contre cette chose qui cherchait à l'étouffer... De l'air! Il lui fallait de l'air! Ses pieds battirent dans la matière fluide où elle se trouvait. Désespérée, elle laissa ses bras faire de même, alors que sa poitrine la brûlait.
Des doigts attrapèrent ses poignets; dans l'obscurité ambiante, la Simili ne parvenait pas à percevoir qui c'était. Ils l'attirèrent contre un torse musclé. Une bouche se posa sur la sienne pour lui insuffler de l'oxygène, alors qu'elle sentait que son propriétaire bougeait lentement vers le haut.
Leurs têtes crevèrent la surface de l'eau sombre. Un ciel criblé d'étoiles leur faisait face. L'inconnu lâcha les lèvres de Naminé, qui était au bord de l'évanouissement, puis l'étreignit pour l'obliger à nager avec lui. Elle se laissa faire sans lutter. Bientôt, ils purent sortir de l'eau glaciale et se retrouver sur une plage d'un sable aussi noir que la nuit. Il continuait à la serrer contre lui tandis que celle-ci reprenait ses esprits.
Affalée sur lui, elle toussa et trembla de tout son être. Elle n'avait pas la force de se relever, un voile opaque persistait à troubler sa vision. Elle hoqueta :
— Où... où suis-je ?
Il tourna son visage vers le sien et dégagea quelques mèches blondes. Naminé battit des paupières, mal à l'aise, et croisa un regard qu'elle croyait ne plus jamais revoir. Elle laissa échapper un gémissement de stupéfaction. Il se pencha vers son oreille et lui murmura :
— Bienvenue dans mon monde, Naminé. J'ai eu du mal à le créer pour y survivre, mais j'y suis parvenu.
— Néo...
La mâchoire de l'adolescent se contracta lorsqu'elle le nomma ainsi.
— Appelle-moi Yochi, je préfère cela.
Naminé fronça les sourcils. Yochi ? Dans les langues anciennes, cela signifiait « terre », ou « monde »... alors que « Riku » voulait dire « terre ferme ». Néo... Yochi jouait-il sur le sens tout en démontrant qu'il possédait sa propre identité ? Elle plongea ses yeux dans les siens, toujours aussi captivants. Elle lui fit :
— Mais...
— J'ai réussi à te retrouver après tout ce temps. Tu vois, nous sommes enfin ensemble.
Sa main gantée vint effleurer la joue de la Simili. Un sourire étira sa bouche alors qu'il se penchait de nouveau vers elle. Naminé sentit son souffle s'accélérer et eut peur. Elle chercha à repousser l'adolescent en levant les bras, mais comme s'il avait prémédité son geste, il les attrapa.
Son visage prit une expression plus rêveuse lorsqu'il frôla ses lèvres des siennes. Sa respiration fut plus rapide ; il les captura et ferma les yeux. La jeune Simili rougit brusquement et gémit contre sa bouche. Yochi laissa sa main vagabonder dans son dos tandis que sa langue venait trouver la sienne pour entamer une lente valse. Le baiser se fit plus profond, plus passionné; leurs corps réagirent instinctivement en se rapprochant davantage qu'ils ne l'étaient déjà.
Il fut le premier à rompre le charme, par manque d'air. Ses yeux étaient dilatés par l'envie et le désir, à tel point que Naminé frissonna, haletante. Elle parvint à balbutier, la voix hachée :
— Après... ce que je... t'ai fait, comment... peux-tu...
— Avais-tu le choix, Naminé ? Toi aussi, tu fus le jouet de tous ces êtres, répliqua l'adolescent, tout en traçant une arabesque imaginaire sur la joue de la jeune fille.
— Je t'ai brisé le cœur, je...
Honteuse, elle détourna la tête et ferma les paupières. Yochi admira quelques secondes la pâleur de sa peau, puis les lignes gracieuses de son cou, avant de soulever son menton pour le tourner de nouveau vers lui. Il ne pouvait pas lui en vouloir pour tout cela. Au fond de lui, malgré la fausse promesse implantée dans son esprit, malgré le faux porte-bonheur, malgré les actions de Naminé... Il n'avait jamais cessé de croire en elle, en ce qu'elle désirait vraiment. Il n'avait jamais cessé de voir les sentiments qu'elle portait à son égard même après ce qu'elle avait été obligée de lui faire...
Naminé persista à fermer les yeux; Yochi continua de la fixer, puis lui murmura :
— J'ai été créé à partir d'un être qui n'acceptait pas ses ténèbres. Je me pensais plus fort que lui. En fait, nous sommes simplement différents. On t'a demandé d'effacer mes souvenirs, tu l'as fait parce que tu le devais. Tu m'as implanté une fausse promesse que je t'aurais faite, mais je sais que nous devions nous rencontrer. Tu as joué avec ma mémoire et avec celle de Sora, parce que tu étais pieds et poings liés.
Naminé sentit une larme couler sur sa joue. Un sanglot secoua sa poitrine. Lentement, Yochi déganta une de ses mains pour capturer cette perle de tristesse.
— Sais-tu ce que Riku m'a dit lorsque je lui ai demandé où irait mon cœur ?
Elle ouvrit les paupières; ses yeux embués et sa tête lui firent « non ». Il sourit, posa son front contre le sien et murmura :
— À la même place que tous les cœurs. Il n'avait pas tout à fait tort, sauf que j'ai choisi de vivre. Pour le Kingdom Hearts, je n'existais pas, vu que je n'étais qu'un clone qui a eu la vie courte... Alors j'ai pu créer ce monde pour m'accueillir, et il n'attend que nous pour naître de ses cendres, lui aussi...
Naminé le coupa, émue :
— Comment as-tu fait pour me retrouver ?
— J'ai utilisé mon cœur pour trouver ta lumière. Quant à Kairi, ne t'en fais pas... Elle restera complète. Tu n'es plus une Simili, mais celle que mon âme a choisi.
Naminé ouvrit la bouche de stupeur. Ainsi, la petite luciole... C'était lui!
— Tu as laissé ton cœur te quitter un instant... pour...?
La main de Yochi descendit le long du bras de la Simili, ce qui la fit frissonner davantage.
— Ce n'est pas si terrible que cela. Je me savais assez fort pour cela. Je suis unique, Naminé, et toi aussi...
Quoi, alors ce qu'elle éprouvait était... de l'amour ? C'était ça, cette sensation enivrante, mais ô combien cruelle ? Était-ce donc ce qu'il y avait entre Sora et Kairi, qu'elle avait essayé de séparer sous les ordres de Marluxia, mais aussi parce qu'elle se sentait plus seule que jamais ?
Au final, le destin s'était bien moqué d'elle. Son cœur avait frémi pour Sora, sans penser que c'était Kairi à travers elle qui avait réagi, même si elle n'en avait pas eu conscience; ensuite, ce cœur-là avait battu avec violence pour Lui... le clone du meilleur ami de Sora. Néo-Riku. Yochi. Pourtant, elle l'avait conduit droit à la mort.
Il ne lui en voulait pas. Il leur offrait une seconde chance. Peut-être que le Kingdom Hearts n'approuverait pas la création de ce nouveau monde, ni leur existence autonome... mais tant qu'il en était encore temps, mieux valait en profiter.
Yochi la contempla, toujours avec cette même lueur tendre au fond des yeux. Naminé rougit et s'agita, ce qui le fit sourire. Il se releva en la portant dans ses bras sans dire un mot. Tous deux devaient se reposer. Non loin de la plage, une petite cabane les attendait. Un repas et une bonne nuit de sommeil ensemble leur feraient le plus grand bien. Ils n'avaient pas besoin de plus. Demain serait un autre jour.
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Soudain, son porte-bonheur s'illumina d'une lueur blanche et chaude. Intriguée, Kairi ouvrit la main et le contempla. Deux petites lucioles s'échappèrent alors du cœur de l'étoile, lui tournèrent autour, puis filèrent vers l'océan pour y plonger en laissant derrière elles deux filaments porteurs d'espoir. La jeune Princesse de Cœur, juchée sur le tronc de l'arbre à Paopus, se redressa; une chaleur naquit dans son cœur et la submergea d'une émotion qui lui amena les larmes aux yeux.
Elle ne comprit jamais pourquoi, mais elle était heureuse en cet instant. Heureuse pour celle qui autrefois avait touché aux chaînes des Souvenirs et qui semblait avoir enfin retrouvé la place qu'elle cherchait tant dans l'existence. D'où lui venait cette certitude ? Ça, elle ne le sut jamais non plus.
Ce n'était pas grave. Elle était apaisée.
