Ririte : Merci pour ta review ! Fili n'est pas tendre, mais je te promets qu'il va s'améliorer au fil de l'histoire ! Même si effectivement au début j'ai envie de le gifler^^

Une passante : Ah c'est intéressant que tu dises ça, tu es la seule à avoir remarqué que Kili ne savait pas lire ! Félicitations pour ta perspicacité ;)

Chapitre 3

Fili ouvrit le livre et regarda la couverture intérieure. 50£, ça disait, d'une écriture nette. Pas beaucoup d'argent en ce qui concernait Fili, mais il était à peu près sûr que ça représenterait quelque chose pour Mr Sacquet, d'autant plus que la plupart des bouquins qu'il vendait coûtaient trois ou quatre livres maximum. Ce qui voulait dire que le volume allait devoir y retourner. Ce qui voulait dire qu'il ne pouvait pas glisser ça sous le tapis.

Non qu'il en ait envie, vraiment. Les sentiments presque amicaux qu'il avait ressentis pour Kili s'étaient évaporés instantanément, et maintenant il se retrouvait à vouloir dire Je te l'avais bien dit, mais sans personne à qui le dire.

« Alors, c'est ça, pas vrai ? dit-il en levant les yeux vers Kili, qui le regardait avec une expression inquiète. On te dit que tu peux avoir tout ce que tu veux et tu réponds en piquant des trucs ? Quoi, tu ne peux pas t'en empêcher, c'est ça ? Ou peut-être même que c'est amusant pour toi, de voler les gens ? »

Le visage de Kili pâlit brusquement, et il fit un rapide pas en arrière.

« Je croyais qu'il te plairait, répéta-t-il. Il avait l'air de te plaire dans la boutique.

- C'est pas la question ! dit Fili, élevant maintenant la voix. Même si je pensais que c'était la meilleure invention depuis le pain en tranches, ça ne veut pas dire que tu peux le voler, bordel de merde ! »

Kili recula d'un autre pas, levant à moitié les mains.

« Je ne—, dit-il, la voix à peine au-dessus d'un murmure. Je suis désolé, je— je suis désolé, je suis désolé, c'était une erreur, je ne— je ne recommencerai pas.

- Et comment que tu ne recommenceras pas, dit Fili, reposant le livre sur la table. Bon sang, je devrais juste appeler la police, les laisser régler ça. »

Le peu de couleur qu'il restait au visage de Kili disparut complètement.

« La police ? Dit-il. »

Fili secoua la tête et tendit la main, cherchant son téléphone dans sa poche. Il était plutôt furieux, mais il n'allait pas appeler la police – pour commencer, c'était bien plus de tracas que ça n'en valait. Il voyait déjà les gros titres : Thorin Écu-de-Chêne abrite un jeune délinquant. Non, c'était Thorin qui avait voulu accueillir ce gamin, alors Thorin pouvait gérer ça. Ce n'était pas le problème de Fili.

Mais malheureusement, il s'avéra que c'était au moins en partie son problème, après tout. Parce que tandis qu'il essayait encore de trouver son téléphone pour appeler Thorin, il sentit quelque chose le frôler et leva les yeux pour voir que Kili s'était sauvé, traversant la cuisine en courant en direction du couloir et de la porte d'entrée.

« Merde, dit Fili. »

Il se propulsa de sa chaise. Quoi qu'ait fait Kili, Thorin sauterait au plafond s'il rentrait à la maison et découvrait que Fili l'avait juste laissé s'enfuir. Fili sortit en trombe de la cuisine et trouva Kili en train de secouer frénétiquement la poignée de la porte d'entrée – c'était une vieille maison, et la porte était verrouillée avec une bonne vieille clé en métal ainsi qu'une serrure en cylindre, plus deux verrous en haut et en bas, parce que Thorin était un taré paranoïaque. Fili dévala le couloir, voyant le moment où Kili réalisa et tendit la main vers le verrou, et il lui rentra dedans juste une seconde plus tard, l'entraînant au sol dans une sorte de semi-plaquage de rugby maladroit. Il les fit rouler afin d'être au-dessus de Kili et s'assit fermement sur sa poitrine, mettant ses genoux sur les coudes de Kili afin de l'empêcher de se débattre.

« Bordel de merde, dit-il en haletant. Où tu crois aller ? »

Kili le fixa, respirant lourdement, les yeux tellement écarquillés que Fili put voir les blancs sur tout le tour. Puis, soudain, toute lutte sembla le quitter, et il se laissa retomber au sol.

« Elle arrive, alors, dit-il, l'air étrangement vide. La police, je veux dire. »

Fili fronça les sourcils. Il y avait une égratignure sur la pommette de Kili – il avait dû se cogner contre la poignée de la porte – et Fili eut soudain l'impression qu'il n'aurait peut-être pas dû être si brusque. Même s'il n'était pas bien sûr de ce qu'il aurait pu faire d'autre avec Kili à moitié sorti pour aller on ne savait où. Le gosse avait réussi à rester complètement sous le radar pendant seize ans, plus ou moins un ou deux accidents de voiture, et Fili ne se faisait aucune illusion : s'il voulait disparaître, il disparaîtrait.

« Je ne l'ai pas appelée, dit-il. Et je ne vais pas le faire non plus. »

Kili le fixa avec un froncement de sourcils incrédule.

« Pourquoi pas ? dit-il. »

Fili réfléchit à la réponse qu'il pourrait donner, mais au final, il s'en tint à la vérité.

« Parce que ce serait tout un bordel, dit-il. Et de toute façon, Thorin est ton gardien, ou quelque chose comme ça. C'est à lui de décider ce qu'il va faire de toi. »

Cela eut pour seul effet de donner l'air encore plus terrifié à Kili, et Fili soupira.

« Il n'est pas aussi effrayant qu'il en a l'air, dit-il. Je veux dire, je ne dis pas que tu n'auras pas d'ennuis, mais c'est pas comme s'il allait t'enfermer dans le grenier et te faire vivre d'araignées et d'eau de pluie. »

Il marqua une pause, réfléchissant à ce qui pourrait réduire les risques que Kili se sauve.

« Et je ne pense pas qu'il appellera la police non plus, au fait, ajouta-t-il. Il aime gérer les choses lui-même, en général. »

Kili le regarda pendant un moment, puis détourna les yeux.

« Je comprends, dit-il.

- Tant mieux, dit Fili. Alors, si je te laisse te lever, est-ce que tu vas encore essayer de t'enfuir ? Parce que je suis pas vraiment d'humeur à faire plus de sport aujourd'hui. »

Kili secoua la tête, et Fili se releva et tendit la main pour le tirer par le bras. Il ne lâcha pas lorsque Kili fut sur pieds – peut-être qu'il ne pourrait pas garder une main sur lui à chaque instant jusqu'à ce que Thorin revienne, mais il pouvait certainement faire de son mieux – et il s'assura que la porte était verrouillée et que la clé était dans sa poche avant de pousser Kili dans la direction de la cuisine. Une fois là-bas, il ferma également la porte de la cuisine, puis s'appuya contre elle et lâcha le bras de Kili.

Kili s'éloigna de quelques pas puis se tint au milieu de la cuisine, enroulant ses bras autour de lui-même comme s'il était gelé. Il jeta un regard au livre qui reposait sur la table, puis détourna rapidement les yeux, comme s'il avait peur que le simple fait de le regarder puisse être considéré comme compromettant. Comme s'il avait besoin de quoi que ce soit d'autre pour être compromis.

« Donc tu es un vrai voleur, alors, dit enfin Fili. Tu ne volais pas juste parce que tu avais faim, et tout ça. »

Kili leva les yeux, de la façon oblique qui était la sienne.

« Oui, dit-il. »

Il jeta de nouveau un regard au livre.

« Je croyais que tu le voulais, dit-il. Il est joli. Il a une jolie couleur. Je pensais qu'il te plairait. »

Fili le fixa.

« Tu ne comprends pas du tout, pas vrai ? dit-il. »

La bouche de Kili s'ouvrit et se referma sans un mot. Il avait un regard de panique à peine contenue dans les yeux, et Fili s'appuya encore plus lourdement contre la porte.

« Putain, ça craint, marmonna-t-il. »

Kili ne répondit pas. En fait, Kili ne dit rien pendant un long moment, resta juste là au milieu de la cuisine et fixa le sol. Fili n'était pas exactement d'humeur à parler, et Thorin allait rentrer d'une minute à l'autre, aussi se contenta-t-il de s'appuyer contre la porte et de réfléchir, pensant qu'hier, ses plans du samedi avaient principalement impliqué de se détendre et peut-être travailler un peu. Enfin – et ça ne faisait probablement qu'une vingtaine de minutes, mais ça avait paru une éternité à Fili – il y eut le bruit d'une clé dans la porte de derrière. Fili enfonça sa main dans sa poche pour s'assurer que la clé de la porte de devant était toujours là, puis jeta un regard à Kili.

« Si je sors parler à Thorin, est-ce que tu vas essayer de te sauver ? demanda-t-il. »

Kili secoua la tête sans lever les yeux. Les fenêtres de la cuisine avaient toutes des fermetures sécurisées, de toute façon, donc Fili se dit qu'ils ne craignaient probablement rien. Quand bien même, il referma fermement la porte derrière lui quand il se glissa dans le couloir.

« Fili, dit Thorin, s'interrompant tandis qu'il enlevait son manteau. Comment ça s'est passé, le shopping ?

- Ouais, dit Fili en se grattant l'arrière de la tête, alors – ça aurait pu mieux se passer, carrément. »

Thorin fronça les sourcils.

« Explique-toi, dit-il.

- Voilà, dit Fili. En fait on est allé dans cette librairie, et Kili – il, euh, il est parti avec un des livres. Pas un livre bon marché, d'ailleurs. »

Thorin le fixa.

« Parti avec ? dit-il.

- Volé, dit Fili. »

Thorin haussa les sourcils, et Fili soupira.

« Je n'en avais aucune idée jusqu'à ce qu'on rentre à la maison, dit-il. Je l'aurais ramené tout de suite pour qu'il le rende, je te le jure. »

Et peut-être qu'ensuite je l'aurais ramené à Bombur pour le rendre, lui aussi.

Le visage de Thorin s'assombrit.

« Où est-il ? demanda-t-il.

- Dans la cuisine, répondit Fili. »

Il s'écarta tandis que Thorin le dépassait, puis le suivit dans la cuisine. Kili était toujours debout au milieu de la pièce, mais quand Thorin et Fili entrèrent, il recula de quelques pas, jusqu'à ce qu'il soit plus qu'à mi-chemin vers le mur du fond.

« Où est le livre ? demanda Thorin. »

Fili montra la table du doigt sans un mot. Thorin avança et saisit l'objet, l'ouvrit et regarda le prix. Puis il le reposa sur la table, et bien qu'il ne l'ait pas exactement abattu, le bruit fut assez fort pour que Kili sursaute et semble se recroqueviller légèrement sur lui-même.

« Cinquante livres, dit Thorin. Tu as été libéré du commissariat il y a moins de deux jours. Est-ce que tu tiens vraiment à y retourner si vite ? »

Kili fixa le sol, resserrant ses bras autour de lui. Il ne répondit pas, et le visage de Thorin s'assombrit encore.

« Je t'ai fait entrer dans ma maison, et maintenant tu n'as même pas la politesse de répondre à ma question ? dit-il.

- Je suis désolé, murmura Kili. Je ne veux pas retourner chez la police. Je suis désolé.

- Peut-être que tu aurais dû penser à ça avant d'enfreindre la loi, dit Thorin. Je ne veux pas d'un voleur sous mon toit, est-ce que tu comprends ? »

De nouveau, Kili ne répondit pas, et Thorin abattit sa main sur la table.

« Est-ce que tu comprends ? dit-il. »

Il n'avait pas crié, mais c'était quand même dit d'une voix forte et abrupte. Pas aussi forte que quand il lui arrivait de crier sur Fili, mais Fili avait l'habitude et pas Kili. Ce fut évident à la façon dont il recula de plusieurs pas en trébuchant jusqu'à ce que son dos soit appuyé contre le mur et baissa brusquement la tête, comme s'il craignait que quelqu'un soit sur le point de le frapper. Fili, qui avait presque eu hâte de voir Kili se faire sermonner, sentit quelque chose de déplaisant se tordre dans son estomac en le voyant, pâle et recroquevillé contre le mur, et avant qu'il ne puisse y réfléchir – et en dépit de son meilleur jugement – il tendit la main et saisit le bras de Thorin.

« Hé, dit-il à voix basse. Tu lui fais peur. »

Thorin lui jeta un regard noir.

« Il a raison d'avoir peur, dit-il. Il faut qu'il sache que je ne vais pas le dorloter.

- Non, je veux dire... »

Fili fit un signe de la tête vers Kili.

« Je crois que tu lui fais vraiment peur, Thorin. »

Thorin le fusilla encore du regard un moment, puis se retourna pour regarder Kili. Kili s'était recroquevillé dans le coin entre le placard de la cuisine et le mur, et peut-être que c'était un tour de la lumière, mais Fili avait l'impression qu'il tremblait. Peut-être que Thorin le vit, aussi, parce qu'une partie de sa colère sembla quitter son visage, et il ouvrit ses poings serrés et respira profondément.

« Tu admets avoir volé ce livre ? dit-il. »

Sa voix était calme, le tranchant de la rage avait disparu.

« Oui, murmura Kili au bout d'un moment. Je n'ai pas— ce n'était pas pour moi. Je le voulais pour— pour Fili. »

Il leva brièvement les yeux, désespérément.

« Ce n'était pas pour moi, je le promets.

- Pour qui c'était n'a pas d'importance, dit Thorin. Comme je te l'ai dit, je ne veux pas d'un voleur sous mon toit. »

Kili se recroquevilla encore davantage.

« Je peux être différent, dit-il. Je ne serai plus un voleur, s'il vous plaît. Je me ferai pardonner, je le promets, je serai vraiment sage. »

Il leva de nouveau la tête.

« Je serai tellement sage, s'il vous plaît, dit-il. »

Thorin l'observa un long moment, puis se tourna vers Fili.

« As-tu parlé au propriétaire de la librairie ? demanda-t-il.

- Pas encore, dit Fili. J'étais trop occupé à essayer d'empêcher celui-là de se sauver. »

Thorin haussa les sourcils, et Fili sortit de sa poche la clé de la porte d'entrée en haussant les épaules.

« Je ne sais pas si la librairie est ouverte demain, dit-il. Il vaudrait probablement mieux lui parler en personne. »

Thorin fixa la clé pendant un long moment silencieux, puis saisit de nouveau le livre.

« L'Origine des Espèces, murmura-t-il, caressant la tranche du doigt. Une superbe édition.

- Pour ce que ça vaut, il a vraiment essayé de me l'offrir, dit Fili. Je l'avais regardé dans la boutique. »

Thorin hocha brièvement la tête, et reposa le livre.

« Les règles, dit-il en se tournant vers Kili. Défense de voler. Défense de prendre quoi que ce soit qui appartienne à quelqu'un d'autre sans sa permission. Défense de quitter la maison sans ma permission ou celle de Fili. »

Il étrécit les yeux en direction de Kili, qui avait légèrement levé la tête, révélant l'égratignure sur sa joue.

« Défense de se battre, dit-il avant de jeter un regard à Fili.

- Un accident, marmonna Fili. »

Thorin hocha la tête.

« Défense de se battre, répéta-t-il. Garde ta chambre bien rangée. Sois au lit à onze heures tous les soirs. Aide à cuisiner et faire le ménage quand on te le demande. Défense de répondre. »

Il réfléchit un moment, puis hocha la tête avec satisfaction.

« Tu seras avisé d'autres règles si et quand elles se présenteront, dit-il. Compris ?

- Oui, dit Kili. »

Il leva les yeux et jeta un regard oblique à Thorin.

« Vous allez appeler la police ?

- Est-ce que tu peux te plier aux règles ? demanda Thorin.

- Oui, dit Kili.

- Alors non, pas cette fois, dit Thorin. Mais demain, nous retournerons à la librairie où tu as volé ceci pour le rendre. Tu t'excuseras et offriras réparation au propriétaire. Il décidera de quelle forme prendra cette réparation. Et tu répareras également ta faute envers moi, je déciderai de la réparation lorsque je saurai ce que le propriétaire veut de toi. Est-ce que c'est compris ? »

Kili hocha vigoureusement la tête.

« Oui, dit-il. Je suis désolé.

- Bien, dit Thorin. Donne-moi ton téléphone. »

Kili sembla un peu étonné de cet ordre, mais il sortit le téléphone neuf de sa poche et le tendit. Il y eut un moment de difficulté quand Thorin s'avança pour le prendre et que Kili recula précipitamment dans le coin, mais quand Thorin s'arrêta et se contenta de tendre la main, Kili sembla se calmer légèrement, et s'arracha même à son refuge pour placer le téléphone dans la main tendue de Thorin. Thorin le mit dans sa poche et hocha la tête.

« Tu le récupéreras quand je déciderai que tu es prêt, dit-il. En attendant, va dans ta chambre. Je t'appellerai quand le dîner sera prêt. »

Kili resta très immobile, fixant Thorin avec une expression de stupéfaction sur le visage.

« C'est tout ? dit-il. Il n'y a — il n'y a rien d'autre ?

- Pour l'instant, dit Thorin. Va.

- Oui, merci. Merci, dit Kili. »

Puis il sortit presque en courant de la pièce. Fili se précipita derrière lui pour s'assurer qu'il montait vraiment, puis il retourna dans la cuisine pour trouver Thorin en train de froncer les sourcils devant le téléphone de Kili.

« Pas de mot de passe, dit-il en regardant Fili.

- Il l'a seulement eu aujourd'hui, dit Fili. Il ne l'a probablement même pas encore allumé. »

Thorin regarda de nouveau le téléphone et soupira.

« Alors ce n'était pas une grande punition de le lui enlever, dit-il.

- Facilement acquis, facilement perdu, dit Fili. »

Il se renfonça dans son fauteuil, essayant d'afficher un air de nonchalance. En vérité, cependant, il se sentait secoué et tendu, et il ne pouvait s'empêcher de repenser à l'air incrédule de Kili quand il avait demandé s'il n'y avait pas d'autre punition pour lui. Il avait déjà été privé de sortie, de son téléphone et envoyé dans sa chambre, sans parler du fait qu'il allait devoir rembourser Mr Sacquet et être puni par Thorin demain. Alors que pensait-il qu'il allait arriver d'autre ?

Fili pensa qu'il le savait probablement, mais il ne voulait pas y penser trop fort. Le problème, c'est que Thorin n'allait pas rendre ça facile pour lui.

« Est-ce que je te fais peur, Fili ? demanda-t-il, se tournant vers lui en fronçant les sourcils.

- Comment ça ? demanda Fili. Tu veux dire, est-ce que je m'inquiète que tu te tues au travail prématurément ? »

Thorin se renfrogna.

« Je veux dire, est-ce qu'il t'arrive d'avoir peur que je puisse physiquement te faire du mal, dit-il.

- Quoi ? Bordel, bien sûr que non, dit Fili. Pourquoi est-ce que je penserais ça ? »

Thorin se tourna pour regarder le coin où Kili s'était recroquevillé plus tôt. Fili regarda aussi, et soupira, donnant un coup de coude à Thorin.

« C'est pas toi, dit-il. Je veux dire, oui, tu cries pas mal quand tu t'y mets, mais je n'ai jamais eu peur de toi comme ça. Je te le promets.

- Tant mieux, dit Thorin. Je n'ai jamais voulu faire peur ainsi à un enfant.

- Eh bien, je crois qu'il a compris le message, maintenant, de toute façon, dit Fili. Je veux dire, peut-être qu'il a l'habitude de – de se faire un peu frapper, mais il est là maintenant, alors il ira bien.

- Et ça te va ? dit Thorin. Qu'il soit encore là ?

- Est-ce que j'ai le choix ? demanda Fili. »

C'était une blague, en quelque sorte, mais Thorin le regarda seulement avec son air sérieux.

« Oui, dit-il. Il est encore temps de le renvoyer. Bombur ne nous en voudrait pas, pas après ce qu'il a fait aujourd'hui. Mais si nous l'acceptions maintenant, alors il est accepté. Pour de bon. Alors qu'est-ce que tu choisis ? »

Fili ouvrit la bouche. Si Thorin lui avait posé la question une demi-heure plus tôt, il pensa qu'il aurait probablement dit ouais, renvoie-le, cet enfoiré de voleur. Peut-être même qu'il allait dire ça maintenant, même après avoir vu Kili trembler dans le coin comme s'il pensait que quelqu'un allait lui faire du mal. Après tout, avoir une mauvaise enfance ne signifiait pas qu'on pouvait juste passer son temps à piquer des trucs.

Mais il ne le dit pas. À la place, et il en fut presque surpris lui-même, il dit :

« Eh bien, on a acheté toutes ces fringues pour lui, alors ce serait stupide de le renvoyer maintenant. »

Thorin hocha la tête, lui ébouriffant les cheveux.

« C'est l'heure du dîner, alors, dit-il. C'est ton tour de le faire. »

Fili se leva pour commencer le repas, mais marqua ensuite une pause.

« Au fait, c'est bizarre, dit-il. J'ai en quelque sorte – j'ai eu l'impression qu'il ne comprenait peut-être pas vraiment pourquoi j'étais en colère contre lui. Je veux dire, quand je lui ai crié dessus pour le livre. »

Il regarda Thorin, qui l'observait sans sourire.

« Je veux dire, il savait que j'étais fâché qu'il l'ait pris, mais je ne crois pas qu'il ait vraiment compris pourquoi, dit-il. Il n'arrêtait pas de dire qu'il pensait que ça me plairait, comme s'il croyait que la raison pour laquelle j'étais en colère était qu'il avait pris le mauvais livre ou quelque chose. »

Thorin considéra cela en silence, et Fili se détourna pour commencer le dîner. Tandis qu'il éminçait les légumes, cependant, il fut frappé par l'étrangeté de toute la situation. Ce gosse, à l'étage, vivait avec eux, et en ce qui les concernait il était sorti de nulle part deux jours plus tôt. Comme une sorte d'alien venu de Mars ou quelque chose.

« Hé, Thorin, dit-il. Où crois-tu qu'il était pendant tout ce temps ? »

Thorin leva les yeux de son journal. Il resta plongé dans ses pensées un moment, puis secoua la tête.

« Nulle part de bon, dit-il. »

(-)

Oh, tu ne crois pas si bien dire, Thorin !