Ririte : Je comprends que tu aies du mal, mais dis-toi que Thorin sa seule expérience c'est quand il a recueilli Fili après la mort de ses parents. Et Fili n'en a aucune, c'est un ado riche de 19 ans. Pour Bilbon, réponse aujourd'hui !

Faii269 : Thorin va devoir apprendre à changer son comportement, mais ça ne se fait pas en quelques heures !

Chapitre 5 :

La petite boutique près de l'église était effectivement ouverte le lendemain, bien qu'on soit dimanche. Thorin avait insisté pour qu'ils y aillent tous, Fili dut donc dire adieu à un dimanche matin de farniente. Cela ne le dérangea pas trop, cependant – il se sentait étrangement responsable d'avoir laissé Kili voler le livre, même si évidemment ça n'avait pas été sa faute du tout, donc il voulait montrer son visage et faire savoir à l'étrange petit Mr Sacquet qu'il n'approuvait pas le comportement de Kili.

Ledit Mr Sacquet était à moitié en haut d'une échelle quand ils arrivèrent, se retournant quand la cloche sonna et leur souriant à tous.

« Bonjour ! s'exclama-t-il. »

Il s'empressa de descendre de l'échelle et de les regarder.

« Bonjour, Mr Sacquet, dit Fili. »

Mr Sacquet le regarda en fronçant les sourcils un moment, puis Kili, et finit par sourire en les reconnaissant.

« Oh, encore vous deux, c'est ça ? dit-il. Vous ne pouvez sûrement pas avoir déjà lu tous ces livres ! »

Kili resta silencieux et sombre, mais Thorin tendit la main.

« Mr Sacquet, dit-il. Thorin Écu-de-Chêne.

- Ravi de vous rencontrer, j'en suis sûr, dit Mr Sacquet en lui serrant vigoureusement la main. Oui, bonjour. »

Il observa le visage de Thorin, puis regarda de nouveau Fili et Kili.

« Oui, vos fils sont venus hier et ont acheté la moitié de mon arrière-boutique. J'espère qu'ils ont tout trouvé à leur goût ?

- Un peu trop à leur goût, j'en ai peur, dit gravement Thorin. »

Fili lui jeta un regard, un peu surpris qu'il n'ait pas corrigé la supposition de Mr Sacquet qu'ils étaient ses fils, mais Thorin semblait davantage concerné par la raison de leur visite.

« Kili, dit-il. »

Kili s'avança, faisant la même tête que s'il se rendait à son propre enterrement, et déposa le livre volé sur le comptoir. Mr Sacquet le saisit avec intérêt.

« Ah, oui, dit-il. Une très belle édition ! »

Il ouvrit le livre.

« 50 livres. Peux-tu te l'offrir, mon garçon ?

- Il n'est pas venu pour l'acheter, Mr Sacquet, dit Thorin, l'air assez exaspéré. Il est venu pour le rendre. Il l'a volé dans votre boutique hier.

- Je suis désolé, dit Kili, les yeux fixés sur le sol.

- Volé ? dit Mr Sacquet, son sourire faiblissant. Oh là là.

- Il sait que c'était mal, et il sera convenablement puni. Et il regrette beaucoup, n'est-ce pas Kili ?

- Oui, s'empressa de dire Kili, sans lever les yeux du sol. Je suis vraiment désolé, Mr Sacquet. Je ne le ferai plus, je le promets.

- Oh, eh bien, dit Mr Sacquet en s'illuminant un peu, s'il est désolé et qu'il l'a ramené, alors il n'y a pas de mal, n'est-ce pas ? Pourquoi ne mettons-nous pas simplement l'affaire derrière nous ? »

Thorin fronça les sourcils.

« J'ai peur de ne pas pouvoir vous permettre de le laisser s'en tirer aussi facilement, Mr Sacquet, dit-il.

- Ah non ? dit Mr Sacquet, l'air assez inquiet. Oh là là.

- Non, dit Thorin. Il doit apprendre de ses erreurs. J'insiste pour que vous inventiez une punition qui convienne.

- Une punition ? dit Mr Sacquet. Eh bien, je ne suis pas sûr – je veux dire, je ne peux pas exactement le coucher sur mon genou, n'est-ce pas ? Il a l'air un peu trop grand. »

Il sourit à Kili, mais Kili ne le vit pas, et ne sembla même pas comprendre la punition non plus, car il s'assombrit davantage, si c'était possible.

« Mr Sacquet, dit Thorin, commençant à prendre l'air intimidant. Vous prenez à la légère une situation très sérieuse.

- Vraiment ? dit Mr Sacquet, l'air fort joyeux et apparemment pas du tout intimidé par l'attitude autoritaire de Thorin. Eh bien, c'était mon livre, après tout, alors je pense que j'ai le droit de prendre ça à la légère si je veux. Mais, oh, si vous y tenez. Hum. »

Il fixa Kili d'un air songeur pendant un moment.

« Eh bien, voilà, dit-il, pourquoi ne viens-tu pas m'aider de temps en temps dans la boutique ? Une heure après l'école, une ou deux fois par semaine. Si je te payais – hum – quinze livres sterling de l'heure, que bien sûr, tu me rendrais immédiatement, voyons, en moins de deux semaines tu aurais remboursé le prix du livre avec les intérêts. Et puisque tu n'as même pas gardé le livre, je pense que ce serait plus que généreux. Qu'est-ce tu en penses ? »

Il s'adressait à Kili, mais ce fut Thorin qui répondit.

« Deux livres de l'heure, dit-il. »

Mr Sacquet sembla stupéfait.

« Eh bien, ce n'est vraiment pas beaucoup d'argent, dit-il. Bien en-dessous du salaire minimum, en fait. J'aurais les syndicats sur le palier. »

Thorin le fusilla du regard, et Mr Sacquet soupira.

« Quatre livres, dit-il. Une heure après l'école deux fois par semaine pendant – hum – six semaines, et une demi-heure de plus quand j'en aurai besoin, et ça fera exactement cinquante livres. C'est mon dernier mot.

- Entendu, dit Thorin. »

Tous deux se serrèrent la main. Fili couvrit discrètement sa bouche de sa main – il était sûr que Mr Sacquet ne lui en voudrait pas de rire du ridicule de toute la scène, mais il pensait que Thorin pourrait ne pas apprécier de voir sa dignité attaquée.

« Eh bien – Kili, c'est ça ? dit Mr Sacquet. »

Il se tourna vers Kili, qui regardait maintenant Thorin en biais avec une expression éberluée sur le visage.

« À quelle heure finis-tu l'école ? »

Kili hésita et regarda Fili avec incertitude.

« Trois heures et demi, environ, répondit Fili.

- Parfait, dit Mr Sacquet. Et aimes-tu les livres ?

- Oui, dit Kili. J'aime les livres.

- Excellent ! dit Mr Sacquet. Tu es déjà l'employé du mois ! Maintenant, si nous prenions tous du thé ?

- Je crois que nous devrions partir –, dit Thorin. »

Mais Mr Sacquet avait déjà disparu dans son bureau, et un moment plus tard il réapparut et les fixa tous.

« Vous venez ou pas ? dit-il. Vraiment, j'insiste. »

Fili adressa un sourire narquois à Thorin, et Thorin lui rendit un regard noir.

« Très bien, alors, dit-il. Prenons le thé. »

Le thé s'avéra être les onze heures, qui s'avérèrent être la plus énorme pile de biscuits que Fili ait jamais vu, accompagnés par du gâteau et des petits pains. Mr Sacquet – ou Bilbon, comme il insista pour qu'ils l'appellent tous – maintint un flot incessant de bavardage, et ne sembla pas du tout perturbé par le silence de Kili et l'air perpétuellement renfrogné de Thorin. Le tout était, franchement, hilarant, et Fili se surprit à apprécier de plus en plus l'étrange petit homme. Il ne put s'empêcher de se demander si Bilbon avait eu l'intention de manger tous les biscuits, le gâteau et les petits pains tout seul s'ils n'étaient pas venus, et si oui, comment se faisait-il qu'il ne soit pas rond comme un ballon. Mais il ne posa pas la question – évidemment – et se contenta de s'interroger, et de sourire de temps en temps d'un air narquois en imaginant un Bilbon en forme de ballon rouler dans la rue en discutant joyeusement dans le vent.

Enfin, Bilbon les laissa partir, mais suggéra que Kili reste et fasse son 'intégration' aujourd'hui, s'ils avaient à faire en ville. Thorin acquiesça – probablement juste pour pouvoir sortir plus vite de la boutique – et dit au revoir assez brusquement, se précipitant presque dans l'air froid de janvier. Fili le suivit à un rythme plus tranquille, et quand il arriva dehors, Thorin était debout devant l'église et fulminait si intensément que Fili s'étonna qu'il ne réchauffe pas la rue à lui tout seul.

« Quel homme insupportable, dit-il.

- Qui, Bilbon ? dit Fili. Je le trouve sympa. »

Thorin se tourna vers lui avec une expression de désespoir.

« Il n'a pas arrêté de parler, dit-il.

- Ça s'appelle avoir du savoir-vivre, dit Fili, ne prenant même plus la peine de cacher son amusement. Quelque chose dont tu ignores tout. »

Thorin étrécit les yeux.

« Ne croie pas que je ne peux pas te priver également de sortie, dit-il. »

Fili fouilla exagérément ses poches à la recherche de livres volés, puis secoua la tête.

« Allez, viens, dit-il. Partons, avant qu'il ne vienne nous inviter à déjeuner. »

Fili eut pitié de Thorin et se porta volontaire pour retourner chercher Kili une ou deux heures plus tard. Quand il entra dans la boutique, cependant, Bilbon examinait un livre de comptes sur le comptoir, mais Kili n'était nulle part en vue.

« Ah, Fili, dit Bilbon. Justement l'homme que je voulais voir. Ton frère s'en est très bien tiré aujourd'hui. Il n'est pas très doué pour ranger les livres, j'en ai peur, mais il fait un café excellent.

- Euh, ce n'est pas mon frère, dit Fili. C'est mon – c'est – mon oncle s'occupe juste de lui pendant un moment. Jusqu'à ce qu'il puisse rejoindre une famille d'accueil.

- Ton oncle ? dit Bilbon en fronçant les sourcils.

- Thorin, dit Fili. »

Il ne savait pas trop comment Bilbon s'était débrouillé pour avoir toute une conversation avec eux ce matin sans tirer au clair leurs relations, mais il était ravi de le corriger maintenant.

Bilbon fronça davantage les sourcils.

« Étrange, dit-il. Mais vous vous ressemblez tous tellement. Quelle curieuse coïncidence. »

Fili envisagea d'aborder la partie cousin éloigné, mais décida de s'abstenir. Même s'il appréciait Bilbon, il n'était pas d'humeur à se faire entraîner dans une autre longue conversation pour le moment.

« Hum, dit Bilbon, comme pour lui-même. Je suppose que ça explique certaines choses, cela dit. Oui, en effet. C'est un enfant placé, alors ? Il a eu une vie difficile, dans ce cas, je suppose ?

- Je – suppose, dit Fili. Il est sympa, cela dit. Un peu bizarre, mais sympa.

- Oui, oui, dit Bilbon. Et c'est pour ça qu'il n'aime pas que les gens le touchent, c'est ça ? À cause de son enfance ?

- Euh, dit Fili. Je ne suis pas – qu'est-ce que vous voulez dire ? Le toucher comment ?

- Oh, de quelque façon que ce soit, dit Bilbon. Jel'ai tapoté sur l'épaule et il a failli bondir au plafond ! J'aimerais que vous me l'ayez dit avant de le laisser avec moi, je n'ai certainement jamais eu l'intention d'effrayer le pauvre garçon.

- Oh, eh bien, dit Fili, vous l'avez juste fait sursauter, je parie. Il est normal, vraiment. Il n'est pas, genre, dérangé ou quoi que ce soit.

- Nous avons tous nos moments de faiblesse, dit Bilbon, comme si c'était une réponse sensée. »

Puis il se tourna pour crier par-dessus son épaule.

« Kili ! Ton frère adoptif est là !

- Ce n'est pas mon- »

Mais Fili s'interrompit quand Kili sortit du bureau, tenant un balai entre les mains.

« Salut, dit-il.

- Salut, dit Fili. Prêt à partir ? »

Kili hocha la tête et appuya soigneusement le balai contre le mur.

« Est-ce que c'est bon ? demanda-t-il à Bilbon.

- Oh, oui, oui, dit Bilbon en lui faisant signe de partir avec les mains. Va t'amuser dehors. Tu ne veux pas être enfermé dans une vieille librairie poussiéreuse toute la journée, j'en suis sûr. »

Kili hocha la tête.

« Mais j'aime bien la librairie, dit-il à voix basse en passant près de Bilbon. »

Et Bilbon s'illumina.

Sur le chemin du retour, Fili réfléchit à ce qu'avait dit Bilbon, que Kili n'aimait pas être touché. Il ne savait pas vraiment – il ne se souvenait pas de l'avoir touché lui-même, à part quand il l'avait plaqué au sol, ce qui était une occasion spéciale, et quand il l'avait réveillé par erreur, ce qui n'était sûrement pas un scénario typique. Bilbon s'imaginait probablement des choses, décida-t-il. Il estima que ça valait la peine de vérifier, cependant, donc quand ils sortirent de la voiture, il posa rapidement une main sur le bras de Kili.

« Et voilà, on est rentré, dit-il. »

Puis il se sentit comme un idiot, parce que sans blague.

Kili glissa de sous sa main, et soudain il y eut un espace entre eux qui n'était pas là auparavant.

« Oui, dit-il, sans regarder Fili. »

Tiens.

« Viens, alors, dit Fili. »

Il plaça une main sur le dos de Kili pour le guider vers la maison. Et d'un seul coup, cet espace revint, et la main de Fili resta suspendue dans les airs, le dos de Kili à deux pas devant elle. Fili fixa sa main et haussa les sourcils.

« Peut-être que tu es un peu dérangé, un peu tout, marmonna-t-il. »

Ce soir-là, après le dîner, Thorin déclara enfin ce que serait le reste de la punition de Kili.

« Puisque tu as fait preuve de bonne volonté dans la boutique de Bilbon aujourd'hui, et puisque sa punition semble fort adaptée, je ne vais rien faire de sévère, dit-il. Tu es privé de sortie pendant une semaine, et tu n'auras droit à ton téléphone que pendant les heures d'école, et seulement au cas où il y aurait une urgence. Ton ordinateur – est-ce que tu as un ordinateur ? »

Il fronça les sourcils vers Kili comme si l'idée venait de lui arriver, puis regarda Fili.

« Est-ce que tu lui en as acheté un ?

- J'en ai un plat, dit Kili à mi-voix. Un truc de tablette.

- Bien, dit Thorin. Tu l'utiliseras uniquement pour tes devoirs. La télévision est limitée à la chaîne documentaire. Tu prendras une part active dans les corvées de la maison et chercheras des façons de te rendre utile. Compris ?

- Oui, dit Kili, l'air soulagé. Merci.

- Il n'y a pas de quoi, dit Thorin avec un sourire. J'espère que nous pouvons mettre tout ça derrière nous. À présent, je suis sûr que demain sera épuisant pour toi, je te conseille donc de te coucher tôt.

- Oui, merci, dit à nouveau Kili avant de se lever. Bonne nuit.

- 'Nuit, dit Fili sans lever les yeux de son ordinateur. »

Quand Kili eut disparu, cependant, il leva la tête et regarda Thorin d'un air songeur.

« Tu crois qu'il recommencera ?

- J'espère que non, marmonna Thorin. »

Fili fut réveillé en sursaut par le bruit des cris de Thorin. Les mots étaient étouffés, venant de plusieurs pièces plus loin, mais la voix et le ton de fureur étaient distinctifs, et il s'assit dans son lit, le cœur tambourinant sous la surprise. Un instant plus tard, il y eut un bruit de chute, et ce fut suffisant pour que Fili sorte du lit et ouvre sa porte en grand, saisissant l'objet lourd le plus proche – en l'occurrence, un solide presse-papier en verre sur son bureau – au cas où quelqu'un serait entré par effraction. La porte de la chambre de Thorin claqua, et un instant plus tard Fili fut confronté à Thorin lui-même, debout dans les ténèbres du palier comme une goule, et faisant sursauter Fili si violemment qu'il faillit faire tomber le presse-papier.

« Bordel, murmura-t-il, appuyant sa main libre sur son cœur. Donne un putain d'avertissement, tu veux ? »

Thorin le fixa un moment. Il était pieds nus et torse nu, habillé seulement de son pantalon de pyjama, et avec la lumière de la lune qui lui tombait dessus et ses longs cheveux noirs en bataille autour des épaules il avait vraiment l'air d'un esprit. Ce n'était pas aidé par le fait qu'il ait l'air à la fois furieux et étrangement terrifié, une expression que Fili n'avait jamais vue sur le visage de son oncle auparavant.

« Hé, dit Fili. Hé, ça va ? Qu'est-ce qui s'est passé ? »

Thorin secoua la tête.

« Kili est dans ma chambre, dit-il. Retire-le de là et remets-le dans son propre lit.

- Dans ta – pourquoi est-ce qu'il est dans ta chambre ? demanda Fili.

- Pas de questions, dit Thorin. Fais ce que je dis. »

Et il avait l'air si terriblement, violemment en colère que, pour une fois, toute idée de réplique sarcastique s'enfuit de l'esprit de Fili.

« Ouais, dit-il. Ouais, OK. »

Il dépassa Thorin et continua sur le palier en direction de la chambre de Thorin. La porte était fermée, et quand il posa une main sur la poignée, il entendit Thorin entrer dans la salle de bains – celle qu'ils n'utilisaient jamais, puisque toutes les chambres en avaient une petite – et ferma la porte. Un instant plus tard, il entendit le verrou cliquer. Merde. Il se passait quelque chose de très bizarre.

Il tourna la poignée et se glissa dans la chambre de Thorin. La lumière était éteinte, et les rideaux étaient tirés, avec seulement un petit espace laissé entre eux, de telle façon qu'une barre de lumière entrait dans la pièce. Pendant un moment, Fili fut complètement désorienté, aveuglé par les ombres d'un côté et la lumière argentée de l'autre. Il chercha l'interrupteur, puis marqua une pause, le cœur dans la gorge. Quelque chose avait bougé dans la barre de lumière. Quelqu'un était là.

« Kili ? murmura-t-il. C'est toi ? »

Il avait une étrange sensation de surréalisme, avec les bruits dans la nuit, l'apparition fantomatique de Thorin, et maintenant cette pièce plongée dans le noir avec quelqu'un à l'intérieur.

« Kili ?

- Je suis désolé, dit Kili dans les ténèbres. Je suis désolé, je suis désolé. »

Il murmurait, la voix rauque et effrayée, et Fili avança en trébuchant puis s'agenouilla, ayant l'étrange impression qu'allumer la lumière pourrait précipiter la crise qu'il sentait suspendue au-dessus de lui.

« Qu'est-ce que tu as fait ? demanda-t-il. Qu'est-ce qui se passe ? Pourquoi est-ce que Thorin... »

Mais il ne termina pas sa phrase, parce que dès qu'il mentionna le nom de Thorin, Kili eut un sanglot étranglé dans les ténèbres.

« Je suis désolé, dit-il, parlant vite et en jacassant. Je suis désolé je suis désolé je suis désolé.

- Oh, bordel, dit Fili, allez. Allez, tout va bien. »

Ses yeux commençaient à s'habituer à l'obscurité, maintenant, et il put voir une forme vague recroquevillée dans le coin qui devait être Kili. Il s'avança.

« Hé, dit-il. Hé, tout va bien. Tu n'es pas blessé, n'est-ce pas ? Tu n'es pas blessé ? »

Kili ne répondit pas, mais continua sa litanie à voix basse, et Fili sentit ses cheveux commencer à se dresser sur l'arrière de sa nuque. Il tendit la main, puis marqua une pause.

« Est-ce que je peux te toucher ? dit-il. Est-ce que c'est bon ? Est-ce que je peux... »

C'était inutile, cependant : Kili ne sembla pas l'entendre du tout. Il avait l'air de vaciller, s'aperçut Fili, fronçant les sourcils dans les ténèbres pour distinguer les mouvements. Ou de se balancer.

Bordel. Il se balançait.

« Allez, hé, allez, dit-il à nouveau. »

Il se sentait impuissant et même un peu paniqué. Qu'est-ce qu'il était censé faire, bordel ? Est-ce que Kili – est-ce que c'était une sorte de crise mentale ? Et si oui, comment était-il censé faire sortir Kili de la chambre de Thorin ?

« Je vais te toucher, OK ? dit-il. Rien de mal, c'est promis. »

Et il s'avança très lentement et posa une main sur le bras de Kili.

« Je suis désolé je suis désolé, murmurait Kili, encore et encore dans les ténèbres. Je suis désolé je suis désolé.

- OK, c'était pas si mal, pas vrai ? dit Fili, plus pour s'empêcher de trop paniquer que pour communiquer avec Kili. Je vais te prendre dans mes bras, OK ? Est-ce que ça te va ? »

Il ne prit pas la peine d'attendre une réponse, mais se pencha en avant et attira Kili dans ses bras, se préparant à une explosion quelconque.

Elle ne vint pas. À la place, Kili se raidit un moment, puis émit une sorte de sanglot, agrippant le dos de Fili.

« Je suis désolé, murmura-t-il dans le cou de Fili. »

Et Fili sentit des larmes glisser sous son haut de pyjama.

« Je suis désolé.

- Je sais, dit-il, resserrant sa prise sur Kili. »

Le pauvre gosse tremblait – tremblait et se balançait – et sa peau était glacée.

« Je sais, tout va bien. C'est pas grave, chut, tu vas bien. Tout ira bien. Personne n'est en colère, tout va bien. »

Kili semblait encore être perdu dans une sorte de monde imaginaire, et ne réagissait à rien de ce que disait Fili. Mais Fili le dit quand même, caressant les cheveux de Kili et disant tout va bien, hey, tu vas bien, encore et encore, espérant que ça finisse par être vrai. Il espéra et espéra, mais Kili continuait de trembler et frissonner contre lui et de s'excuser, encore et encore et encore. L'esprit de Fili carburait, essayant désespérément de comprendre ce qui pouvait se passer, ce qui avait pu se produire. Du somnambulisme, pensa-t-il. L'état de Kili, comme une transe, le fait qu'il ne soit pas dans sa propre chambre – c'était logique, hein ? Mais alors pourquoi est-ce que Thorin avait piqué une telle crise ? Le somnambulisme, c'était bizarre et flippant – bordel, l'état dans lequel était Kili en ce moment n'était rien sinon flippant – mais ça n'expliquait pas la fureur sur le visage de Thorin, la façon dont il s'était enfermé dans la salle de bains. En fait, le somnambulisme semblait presque bénin, si bien que Fili se surprit à espérer que c'était ça. Bizarre et flippant, mais juste une curiosité au final, assez facile à gérer.

Kili ne dormait pas, cependant. Il était réveillé, et il parlait. Il parlait et parlait. Je suis désolé. Je suis désolé. Je suis désolé.

« Arrête, murmura Fili. Kili, hé. S'il te plaît, arrête. »

Mais Kili n'arrêta pas.

Il n'avait aucune idée de combien de temps ils restèrent assis là – mon Dieu, ça semblait être des heures – mais enfin, Kili sembla s'épuiser il s'effondra lourdement contre Fili, mais ne tremblait plus qu'un petit peu, et ne se balançait plus du tout. Il cessa de parler – enfin, enfin – et Fili, sur le point de pleurer lui-même de soulagement, recula un peu et examina son visage dans les ténèbres.

« Là, tu vois ? dit-il. Ça va. Tout va bien. Tu vois ? »

Kili ne répondit pas, mais il ne dit pas je suis désolé, non plus, et Fili décida que ça comptait comme une victoire.

« OK, alors, dit-il, c'est l'heure de retourner te coucher. Allez. Bordel, tu es glacé. »

Il se leva, hissant Kili à sa suite et dut ensuite le rattraper quand il faillit tomber.

« OK, doucement, dit-il. Vas-y lentement. Allez. Un pied devant l'autre. Voilà. »

Lentement – douloureusement – il réussit à amener Kili à la porte. Il y eut un moment de tension où il dut jongler sa prise sur Kili pour pouvoir ouvrir la porte, mais il réussit sans faire tomber Kili – ou le faire se tenir sur ses deux pieds, ce qui revenait au même, il en était à peu près sûr – et moitié en le portant, moitié en le traînant, le fit sortir dansle couloir.

Le palier semblait plus long qu'il ne l'avait jamais été, mais Fili garda les yeux fixés sur la chambre de Kili et s'encouragea – ce qui eut le bonus d'encourager Kili.

« Un pas. OK, encore un. Encore un. Bien, on recommence. OK, tout se passe très bien, on s'en sort très bien. »

Et enfin, il atteignit la chambre de Kili – la porte de Kili était entrouverte, rendant l'opération plus facile – et assit Kili sur le lit.

« Dors, dit-il, poussant Kili jusqu'à ce qu'il s'allonge. Allez, tu vas bien maintenant. Tu es de nouveau dans ton lit. Rendors-toi. »

Kili leva la tête vers lui. Même dans la semi-obscurité, son visage semblait hagard.

« Je suis désolé, dit-il.

- Ouais, je sais, dit Fili. Mais ça va. C'est pas grave, tu vas bien. »

Il lutta avec les couvertures jusqu'à ce que Kili soit en-dessous, puis se leva, incertain de ce qu'il devrait aire ensuite. Retourner se coucher semblait – impossible, et aller retrouver Thorin semblait plutôt terrifiant, donc il finit par tirer le fauteuil de Kili et s'asseoir, fixant le lit de Kili. Nom de Dieu. Nom de Dieu. C'était quoi, ce bordel ?

Il pensait que Kili dormait, mais au bout d'une dizaine de minutes il entendit de nouveau cette voix rauque et désespérée, dire quelque chose de différent pour la première fois depuis que Fili était entré dans la chambre de Thorin.

« Il était tellement fâché, dit Kili.

- Chut, dit Fili. Rendors-toi. Tout ira bien demain matin. »

Mais il n'était pas du tout sûr que ce serait le cas.

(-)

Je vous avais prévenues. Je vous avais dit qu'on plongeait dans le drama... et je suis sûre que vous voyez très bien ce que Kili est allé faire dans la chambre de Thorin.

Et sinon, dans cette dernière partie de chapitre, pour la première fois depuis le chapitre 1 je n'ai pas envie de frapper ou secouer Fili.

Mais seulement dans la dernière partie, parce que je trouve que ça en dit très long, le fait que Bilbon se soit aperçu en deux heures de ce que Thorin et Fili n'ont pas réalisé en 24 heures ou plus, à savoir que Kili ne supporte pas qu'on le touche.