25 novembre 2025

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Eurydice tapait du pied sans pouvoir se retenir alors qu'elle fixait la pendule accrochée au mur non loin de son bureau. La grande aiguille eut à peine le temps de d'arrivée sur le douze et d'annoncer dix-huit heures qu'Eurydice était déjà prête à transplaner. La jeune femme salua rapidement ses collègues avant de disparaître dans un craquement sonore. Elle atterrit à peine quelques secondes plus tard dans le jardin de la maison de Ted et Victoire.

Son regard croisa celui de Nikolaï, qui appuyé contre le mur de la maison, fumait une cigarette. Elle se dirigea à grands pas vers lui.

— Ils vont bien ? Questionna-t-elle fébrile.

— Le bébé avait du mal à arriver alors ils ont dû faire appel à un spécialiste. Depuis on a pas de nouvelles.

— Ted est avec elle au moins ?

Nikolaï secoua la tête négativement.

— Le gars a dit qu'il risquait de les déranger plutôt qu'autre chose donc il l'a mis à la porte.

Le jeune homme eut à peine le temps de finir sa phrase qu'Eurydice se précipitait dans la maison. Elle trouva son meilleur ami assis dans le salon en face d'une tasse de thé refroidie depuis longtemps. Ted releva son visage vers elle et se leva alors qu'elle alla vers lui pour l'enlacer.

— Merci d'être là, Di, lui souffla-t-il à l'oreille.

— C'est normal, Ted, répliqua-t-elle alors qu'ils s'asseyait sur le canapé l'un à côté de l'autre.

Eurydice glissa sa main dans celle de son meilleur ami et la pressa doucement. Mr et Mrs Weasley étaient installés à la table de la salle à manger le visage défait. Bill Weasley lui fit un pauvre sourire auquel la jeune femme répondit du mieux qu'elle pouvait.

— Ils ont dû insonoriser la pièce, lâcha finalement Ted dans un murmure.

— Hein ?

— Ils ont dû insonoriser la pièce parce qu'elle criait trop fort. Ça risquait d'inquiéter le voisinage, expliqua son ami le regard fixé sur un point invisible.

La porte d'entrée s'ouvrit sur Nikolaï. L'homme s'essuya ses chaussures sur le tapis de l'entrée avant de pénétrer dans la maison. Il se dirigea vers eux et s'assit à la gauche d'Eurydice. Cette dernière attrapa sa main avant qu'il n'ait pu faire un mouvement pour l'en empêcher et joignit leurs trois mains sur ses genoux. Victoire allait s'en sortir et l'enfant qu'elle portait aussi. Il fallait qu'ils survivent.

— Tu sais quand Louis doit arriver, Eurydice ? Questionna Bill après plusieurs minutes de silence.

— Il m'a dit qu'il avait une réunion ce soir, donc sans doute pas avant une demi-heure au moins, répondit-elle.

Bill hocha la tête lentement avant de reporter son attention sur la table. En face de lui, son épouse se balançait d'avant en arrière sur sa chaise. Eurydice l'entendait marmonner en Français sans comprendre ce qu'elle disait. La jeune femme tendit l'oreille en entendant une porte à l'étage s'ouvrir. Elle n'était visiblement pas la seule à avoir perçu le grincement caractéristique car Ted se leva d'un bond et se dirigea vers l'escalier suivi d'Eurydice et du reste des personnes présentes.

— Mr Lupin. Votre fils est né, déclara la sage-femme. Il est bonne santé et votre femme bien qu'épuisée s'en est très bien sortie.

— Je peux les voir ?

— Bien entendu, Mr Lupin, toutefois votre épouse s'est endormie.

— Je serai discret, répliqua Ted en montant les escaliers d'un pas rapide.

Eurydice le suivit du regard en souriant avant de se tourner vers Nikolaï qui l'enlaça visiblement aussi soulagée qu'elle. L'atmosphère joyeuse se dissipa rapidement lorsque la voix de Ted leur parvint de la chambre conjugal. Le sortilège d'insonorisation avait visiblement été levé. Ted appelait le médecin à l'aide et Eurydice crut entendre que Victoire perdait bien trop de sang. Sans attendre, les parents de la jeune femme se précipitèrent tandis que Nikolaï préférait rester au rez-de-chaussée pour ne pas les gêner. Un craquement sonore retentit à l'étage puis un deuxième. Ted apparu, paniqué, en haut des escaliers.

— Victoire est en train de faire une hémorragie. On doit l'amener à Sainte Mangouste. Est-ce que vous pouvez vous occuper du petit ? Demanda-t-il.

— Bien sûr, vas-y ! rétorqua Eurdyice.

La jeune femme monta à l'étage tandis que plusieurs autres craquements sonores retentissaient dans la maison. Elle sentit que Nikolaï la suivait alors qu'elle pénétrait dans la chambre. La pièce sentait le sang et la sueur. La pauvre Victoire avait dû souffrir le martyr. La jeune femme repéra rapidement le berceau où dormait le nourrisson. Elle le prit dans ses bras aussi délicatement que possible et demanda à Nikolaï de faire léviter le berceau jusqu'à sa chambre.

Lorsqu'ils arrivèrent dans la chambre, Eurydice posa le bébé dans son lit et esquissa un sourire. Comme la plupart des nourrisson il n'était pas d'une beauté renversante mais ses cheveux violets trahissaient les gênes de son père.

— Tu t'es déjà occupé d'un bébé, Eurydice ? Questionna Nikolaï dans un murmure.

— Oui mais pas un de cet âge, répondit-elle. Je vais appeler ma mère. Je suis sur qu'elle saura quoi faire. Toi, reste-là ! ajouta-t-elle en sortant de la pièce.

Le téléphone se trouvait dans le salon. Les Lupin, plus modernes que les Flint, avaient un téléphone sans fil. Elle décrocha le combiné et composa le numéro de la demeure familiale. Une sonnerie. Deux sonneries puis la voix de sa mère à l'autre bout du fil.

— Allô Maman ? C'est Eurydice.

— Di ? Que se passe-t-il, ma chérie ?

— Victoire a accouché mais ça c'est mal passé. Ils ont dû l'amener à Sainte Mangouste et nous ont laissé Nikolaï et moi avec le bébé.

— J'arrive tout de suite, répondit Avalon avant de raccrocher.

A peine une minute passa avant que deux coups frappés à la porte ne fassent sursauter Eurydice. La jeune femme se précipita vers la porte d'entrée et invita sa mère à pénétrer dans la maison.

— Où est le bébé ?

— A l'étage, il dort pour le moment.

— Il ?

— Un garçon, oui, déclara Eurydice en souriant. Suis-moi !

Eurydice monta les marches de l'escalier quatre par quatre, sa mère sur ses talons. Nikolaï tourna son visage vers elles lorsqu'elles pénétrèrent dans la pièce.

— Mrs Tonks n'est pas restée ? S'étonna Avalon.

— Elle n'était pas encore arrivée lorsqu'ils sont partis.

— La sage-femme l'a lavé et habillé, remarqua Avalon. Pour le moment, il n'y a rien à faire. Il faut juste lui préparer un biberon pour quand il se réveilla. Tu le réchaufferas avec un sort, vérifieras la température avant de lui donner. Viens avec moi, je vais te monter.

Eurydice suivit sa mère dans la cuisine lorsque la porte de la maison s'ouvrit sur Louis et Andromeda. La jeune femme ne put cacher un soupir de soulagement en voyant cette dernière.

— Eurydice. Mrs Flint, dit-elle en les voyant. Le bébé est né ?

— En effet, répondit Eurydice, mais… Mais il y a eu des complications. Ils ont dû emmener Victoire à Sainte Mangouste.

— Elle va s'en sortir ? Questionna Louis visiblement très inquiet.

— J'espère. Tout ça s'est passé tellement vite que je n'ai pas eu le temps de poser de questions, avoua la jeune femme

— Et le bébé ?

— Il est en haut avec Nikolaï. Il avait les cheveux violets tout à l'heure.

Andromeda Tonks sourit tandis que quelques larmes de bonheur coulaient le longs de ses joues. Eurydice la suivit du regard alors qu'elle se dirigeait vers l'escalier. Louis s'approcha d'elle.

— Il faut que… Je dois aller à Sainte Mangouste, déclara-t-il.

— Je comprends, répondit-elle en posant sa main sur sa joue. Dis à Ted que le petit va bien et que sa grand-mère est là désormais, qu'il ne s'inquiète pas pour lui. Il doit être là pour Victoire, il doit être fort pour elle. Tu lui diras ?

Louis hocha la tête avant de se pencher pour déposer un doux baiser sur les lèvres de sa compagne. Il s'éloigna d'elle, lui sourit tristement et transplana.

— Elle va s'en sortir, ma chérie. Les médicomages de Sainte Mangouste sont des bons soignants, essaya de la rassurer sa mère.

Eurydice n'avait jamais apprécié Victoire. Pourtant contrairement à cette dernière, elle n'avait jamais laissé ses sentiments dérivés vers de la haine. Elle méprisait Victoire, la trouvait souvent trop niaise et parfois possessive mais malgré ça Victoire ne méritait pas de mourir. Surtout pas en mettant au monde son premier enfant.

Sainte Mangouste était rempli de très bons médicomages comme lui avait dit sa mère. De très bons médicomages que sa mère ne connaissait que trop bien.

— Tu as encore besoin de moi, chérie ? Questionna Avalon.

— Maman ? Est-ce que tu trompes Papa ? Interrogea Eurydice d'une voix neutre.

Avalon écarquilla les yeux en entendant la question que venait de lui poser sa fille. Cette dernière pouvait voir à sa réaction qu'elle ne s'attendait pas à ce qu'elle lui réponde cela.

— Pourquoi ? Je… Non ! Qu'est-ce qui te fait dire ça ?

— Tu sais, ce n'est pas la peine de mentir. Je t'ai vu avec Ernie MacMillan dans ce restaurant asiatique.

Avalon sembla comprendre ce que disait sa fille et ne put s'empêcher de lâcher un rire nerveux.

— Je ne vois pas ce qu'il y a de drôle. A peine une semaine après votre anniversaire…

— Je n'ai pas de liaison avec le médicomage MacMillan, la coupa Avalon en souriant. Il a essayé, mais j'ai refusé.

— Mais il a essayé.

— En effet mais ça ne dépendait pas de lui mais de moi. J'ai dit non et il a arrêté d'essayer.

— Papa le sait-il ?

Avalon hocha la tête.

— Il a remarqué son manège lors de la petite fête que Sainte Mangouste a donné, il y a trois semaines. Étrangement, il a trouvé ça très drôle et plutôt flatteur. D'après lui, cela prouve qu'il a de bons goûts, plaisanta-t-elle.

— C'était après la fête.

— Je sais. J'ai donné rendez-vous au médicomage MacMillan suite à ça car je souhaitais lui faire savoir explicitement que je n'étais pas intéressée. Tu pourrais être Inspectrice de la police magique.

— Je suis journaliste , c'est presque pareil, répliqua Eurydice, un léger sourire ornant ses lèvres.

— Je comprends mieux pourquoi tu étais aussi étrange ces dernières semaines.

— Étrange ?

— Oui. Étrange, c'est le mot. T'avais l'air de toujours pesé tes mots lorsque tu me parlais.

Parfois Eurydice se demandait si sa mère n'était extralucide. Elle voyait tout et comprenait tout mieux que les autres.

— Je t'explique comment faire ce biberon alors ? Interrogea-t-elle.

Eurydice sourit à sa mère avant de la suivre dans la cuisine et d'écouter attentivement ses explications. Après avoir salué toutes les personnes présentes, Avalon quitta la maison.

Louis fut le premier à rentrer de Sainte Mangouste. Il était un peu plus de vingt-et-une heures trente. Il les rassura et leur apprit que la vie de sa sœur n'était pas en danger mais qu'elle allait devoir passer quelques jours à Sainte Mangouste. Étant donné que l'établissement n'avait pas de service de pédiatrie, le nourrisson devrait rester avec Andromeda dans la maison familiale. Bill et Fleur furent les deuxièmes à transplaner et en les voyant chacun sut que Louis n'avait pas menti. Le couple n'aurait jamais quitté l'hôpital à moins que son état se soit stabilisé.

— Eurydice, je peux te parler ? Demanda Louis.

Le jeune homme l'entraîna à l'extérieur de la maison. Les réverbères moldus éclairaient de leur lumière pâle la rue et une partie du jardin.

— J'ai vu Alexander aujourd'hui, déclara-t-il en frappant dans un caillou.

— Ah. Vous avez déjeuné ensemble ?

— En effet.

Un silence assez gênant s'installa entre eux alors que Louis continuait de frapper dans des cailloux.

— Tu voulais me dire quelques choses de précis ou… ? Demanda-t-elle finalement.

Les températures étaient fraîches en ce mois de novembre et Eurydice n'avait pas pris la peine d'enfiler de veste avant de sortir.

— Je suis au courant.

— Au courant ?

— Alexander m'a dit que… qu'il était gay et qu'il sortait avec mon cousin.

— Ah ! Et ?

— Et rien. Qu'est-ce que tu voulais que je lui dise ? Je lui ai demandé s'ils étaient heureux. Il m'a assuré que oui et puis… et puis c'est tout. Il m'a dit que t'étais la seule de la famille à le savoir, que tu les avais surpris lors de la soirée…

— S'il te plaît non, Louis. J'essaye désespérément d'oublier cette vision cauchemardesque.

— Désolé.

De nouveau, un silence s'installa entre eux et une rafale de vent fit frissonner Eurydice. Avant qu'elle n'ait pu l'en empêcher Louis retira son pull et lui mit sur les épaules. Le jeune homme se retrouva ainsi en t-shirt.

— Tu vas attraper froid, lui dit-elle en faisant mine de lui rendre.

— Mais non, rétorqua-t-il en la prenant dans ses bras.

Doucement, il la berça contre son torse. Eurydice sentit la chaleur de son corps contre le sien. Louis n'avait jamais froid et semblait toujours avoir la peau chaude voir bouillante.

— Tu vois ? Je t'aime, Di souffla-t-il avant de poser ses lèvre sur les siennes.

La jeune femme se serra un peu plus contre lui et passa ses mains dans ses boucles rousses. Elle sentit les mains de Louis descendre sur ses fesses tandis qu'il la ramenait encore plus près de lui.

Un raclement de gorge les sortit de leur étreinte. Les deux jeunes gens tournèrent leur visage vers l'intrus et découvrir Nikolaï qui fumait près de la porte d'entrée.

— Pendant un instant, j'ai cru que vous alliez le faire contre le mur, plaisanta-t-il.

Ce n'était pas la première fois que Nikolaï faisait des blagues concernant leur couple mais ce fut la première fois qu'Eurydice entendit la petite note d'amertume dans sa voix.

— Le bébé va bien ?

— Le petiot dort comme un loir.

— Tu vas rentrer chez toi ? Questionna Louis.

— Non, j'ai dit à Ted que je restais pour son gosse. On brise pas une promesse chez nous. Hein Di ?

— En effet.

— Tu devrais rentrer Louis. Tu commences à avoir la chair de poule, remarqua Nikolaï avant de tirer une nouvelle taffe sur sa cigarette.

Le jeune couple pénétra dans la maison des Tonks. Bill et Fleur s'étaient de nouveau installés autour de la table de la salle à manger et discutaient de ce qu'ils allaient faire avec le bébé. Victoire allait, en effet, devoir passer plusieurs jours à Sainte Mangouste.

— On peut se relayer si vous voulez, proposa Eurydice. Louis et moi pouvons rester la nuit prochaine par exemple.

— Le problème c'est surtout la journée. On ne peut demander qu'à Andromeda mais ça m'embête tout de même. J'ai pas envie qu'elle se sente obligée de le faire.

— Me sentir obligée ? De garder mon arrière-petit-fils ? Ce jour n'est pas près d'arriver, Bill Weasley, répliqua la femme qui venait de pénétrer dans la salle à manger.

Eurydice sourit en l'entendant dire cela. Maintenant que tout le monde était d'accord il allait falloir faire un planning pour répartir les jours et les nuits. Cette semaine n'allait pas être de tout repos.